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qiie sa fhmille avait fait interdire^ et il exagéra volontairement les conséquences de rinterdiction en en faisant non-seulement une privation des droits civils^ mais une privation totale de Texercice des moindres volontés. r ' - - /
— Vois le fils Faucheux, disait-il à Isidore, c'était i pourtant un garçon bien aimable : il avait de Téduca- \ tion qui avait coûté cher, et il avait lu tant de choses ^ dans les livres qu'on pouvait l'interroger sur n'importe quoi, il trouvait réponse à tout. On ne peut donc pas dire que c'était un imbécile. Cependant, dans l'interrogatoire, on a trouvé le moyen de lui poser des questions pernicieuses qui l'ont embarrassé. On a trouvé qu'il achetait trop souvent des robes à une demoiselle de la ville, et on lui a nommé un conseil. Ainsi, voilà un jeune homme qui a sept ou huit bonnes mille livres de rentes, et qui ne peut changer une pièce de cent sous pans demander la permisson à un tas de notaires. Quant à la demoiselle, continua Derizelles en appuyant sur ses paroles avec une apparente intention, tu entends bien que le fils Faucheux n'en a plu» entendu parler. C'est donc pour te dire , mon garçon, que lorsque Je serai parti il faudra faire un peu attention à toi, si tu ne veux pas te trouver dans lu même cas. Une supposition qu'on viendrait t'interroger, comme tu n'as pas beaucoup le maniement de la parole, tu répondrais peut-être de manière à faire croire que tu as l'esprit obscur. Si on te demande àm vesieignenents sur tes marohés, sur tes ven-
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tes, sur tout ce qui compose radministration, et que tu répondes uniquement : « A la Saint-Rémy^ perdreaux sont perdrix^ • on dira : <r Voilà un jeune homme qui ti^o fait du tort à lui-même. Il ne sait pas jouir de sa fortune utilement, il compromet son bien, et dans son intérêt comme dans rintérèt des gens à qui son bien et sa fortune pourraient revenir, s'il venait à décéder célibataire^ faut lui nommer un conseil pour le diriger. » Voilà ce qu'on pourrait dire, voilà ce qu'on dirait, mon garçon, acheva Derizelles, qui faisait du Code civil un tambour sur lequel il battait la générale pour effrayer la crédulité de son fils.
— Mais, exclama celui-ci, puisque vous les administrez, mes biens, on ne doit pas être inquiet làdessus.
— Eh ! mon Dieu I que tu as donc la tête dure ! reprit Derizelles ; puisque je te dis que c'est parce que ta famille suspecte mon administration que je m'en vas. Je te parle pour quand je serai parti, et, avant de partir, je te donne des conseils paternels comme c'est mon devoir ; ainsi, par exemple, mon cher garçon, tu seras sans doute obligé de renvoyer ta Lizon. Ton amitié pour elle ne flatte pas la morale. Je Taurais déjà bien renvoyée de moi-même, mais je ne suis pas chez moi, et elle me Ta bien fait sentir, cette fille. Tu lui as donné une chaîne ^en or, et tu as attaché une montre à répétition à la chaîne ; tu me diras que tu as le moyen de faire des honnêtetés ; mais ça fait causer dans le pays^ et la Li^on a tort de mettre sa cfaaine
pour aller à l'herbe. Tu lui as acheté un bonnet de nuit avec des dentelles comme il n'y en a bien sûr pas aux rideaux de la sous-préfecture ; c'est bien joli ; seulement la Lizon devrait bien ne pas le mettre le jour. Mais tu me diras à ça que la coquetterie était le plus gros pépin que notre mère Eve a trouvé sous sa dent quand elle a mangé la reinette du diable. Eh bien, n'en faut pas plus long que cette chaîne et pas plus lourd que ce bonnet pour qu'on dise que la Lizon est nuisible. Tant que tu seras le maître, je sais bien que les propos te seront indifférents ; mais la présence de cette jeunesse dans la maison n'en est pas moins uu motif qu'on peut faire valoir pour obtenir contre toi un jugement pareil à celui qui a privé le fils Faucheux de l'exercice de sa volonté, et si on réussit, tu entends bien que la première chose qu'on fera sera de renvoyer ta Lizon.
— Tonnerre! fit Isidore en abattant violemment son poing sur la table, je ne suis donc pas libre d'avoir une servante et de l'avoir à mon goût f
— Une servante ! fit Derizelles en secouant la tête, c'est plutôt le contraire qu'il faudrait dire. Moi, si j'ai un conseil à te donner, pour avoir la paix avec ta famille, c'est de prendre femme et de renvoyer la Lizon, qui t'empêchera toujours d'en trouver une tant qu'elle sera ici. Dame, reprit-il après un moment de silence, je sais bien que ce sera une perte pour la maison. J'ai manié bien des domestiques dans ma vie, je n'ai jamais rencontré une créatures aussi intelligente, aussi
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activa, aussi intéressée du bion de 8on maître et ansii sonioise que cette fille-là. Depuis six mois, c'est quasiment elle qui fait tout marcher loi. Elle s'est imaginé d'apprendre à lire, elle écrit aussi lisible&icTit qu'un employé du cadastre et elle compte aussi juste qu'un percepteur* On ne peut pas la rencontrer une minute à rien faire, et elle ne peut pfts voir un accroc clans un vêtement sans qu'il lui pousse une aiguille ta doigt ; elle est propre comme un chaudron neuf, et avec Qa donc, plaisante de caractère, toujours de bonne Uumeur, une chanson ne lui coûte pas plus cher qu'an coup de soleil au bon Dieu. Une vraie femme, une bonne pâte de nature enfin. Aussi toutes les bêtes Tadorent. Est-ce pas Tambeau, mon garçon? interrompit Derizelles en flattant le chien favori de sou ÔI9 qui le détirait voluptueusement les membres devant le feu. Est-ce pas que la Lizon est une bonne fille? Ah? quand elle n'y sera plus, tu t'en apercevras plus d'un fois au bouillon borgne de ta soupe. Et comme au nom delà servante, Tambeau avait joyeusement remué la queue, le père d'Isidore ajouta, en tirant doucement les longues oreilles du chien : C'est qu'il comprend, cet animal; il comprend pourtant qu'il fera une perte aussi Et posant en un seul mot le total des qualités et des vertus de la Li?on, Deri^elles murmura, comme s'il se fût parlé à lui-même ;
— Ah I si cette fille-là avait une dot, ce serait un trésor pour un homme ; mais aujourd'hui le$ hommes qui ont dea iQW veykitt une f^mmo qui l9ur ea ap*
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porte encore, et ceux qui n'en ont point sont encore plus exigeants; comme si l'ordre et Tobéissance n'étaientpas la meilleiirerichesse d'une ménagère.. .Aussi, cûntinua«>t*il aTec un accent de commisération, cette pauvre Liion n'a^-elle guère de chance de se trouver pourvue^ car ce n'est pas le certificat que tu pourrais lui donner qui lui fera trouver un mari dans ce paysc^ et si cette fille tourne à mal quelque jour, dame, entre nous mon gargon , ce sera un peu par ta faute.
Si peu familier qu'il fut avec Texercice de la réflexion, Isidore devait être frappé par ces dernières et significatives paroles. Dans ces circonstances, elles devenaient, en effet, une provocation directe à sortir du mutisme duiis lequel le jeune homme s'était obstinément renfermé depuis le jour où la Lizon, lui faisant des conditions, l'avait mis en demeure d'obtenir de son père un consentement à leur mariage immédiat. Malgré la sauvage passion qu'il éprouvait pour elle, et bien qu'il crût à la menace qu'elle lui avait faite de le quitter si au bout de trois mois il ne l'avait épousée, Isidore n'avait pu trouver dans sa volonté assez de force pour entreprendre une lutte avec l'autorité paternelle. Persuadé de l'impuissance des efforts qu'il pourrait tenter, il restait dans cette situation, comme un homme arrêté par un mur à pie dont l'escalade est ir jpossible. 8i Derizelles Teût sommé de renvoyer Lizob, sous peine de se retirer lui-même, Isidore eût certainement laissé partir son père pour conserver la
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servante auprès de lai. Mais là expiraient les eonces« sioDS qu'il était disposé à faire à celle-ci^ et lorsqu'elle lui demaudait quand il solliciterait le consentement nécessaire à leur union, il se bornait à lui répondr*; :
— Jamais mon père ne voudra. Attends que je sois libre de ma volonté, je t'épouserai.
Cette résistance obstinée d'Isidore contrariait singulièrement les projets de Derizelles^ qui ne pou^t pas, en effets mettre un prix à une chose qu'on ne loi demandait pas. Il fut donc obligé de renoncer à ses premiers plans. Une ruse nouvelle fut ourdie d'accord avec la Uzon. Il fut convenu d'abord que le fermier aurait avec son fils un entretien^ dont l'unique but était de lui laisser comprendre qu'il se montrerait dis* posé à consentir à son mariage au cas où il en ferait la demande. Cette demande faite et le consentement obtenu, la Lizon devait agir à son tour.
En écoutant le discours paternel, dont chaque mot avait été pesé à l'avance^ la seule pensée qui s'était dégagée nettement dans l'esprit d'Isidore, c'est que le départ de son père, auquel il croyait sérieusement, pouvait le Uvrer à sa famille, et, comme le fils Faucheux, dont la dolente figure avait été habilement évoquée à ses yeux, il se voyait déjà dépossédé de son bien et soumis à la rigide tlépendance de ses parents, dont le premier acte de volonté serait de le séparer de la Lizon, pour laquelle sa passion sauvage était arrivée en ce moment au paroxysme.
Aussi, lorsqu'il entendit son père aborder le cha-
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pitre des qualités et des vertas ménagères de la servante, Isidore, se rappelant que quelques jours seulement le séparaient du terme que celle-ci lui avait fixé» fit un héroïque appel à toutes les puissances de sa volonté et demanda à son père l'autorisation d'épouser la Lizon. Derizelles, qui depuis un moment regardait son fils comme le chasseur regarde la pièce de gibier qu'il vient de tirer, leva les bras au ciel et feignit un profond étonnement.
— Comment, mon garçon, fit-il après nn court silence, tu serais véritablement dans ces idées-là! Mais cette Lizon est plus pauvre que la besace d'un gueux.
Gomme il s'y attendait bien, Isidore combattit une à une toutes ses objections avec les arguments que lui-même avait employés précédemment. Cependant, comme il craignait que son fils, en le trouvant trop promptement facile, ne recherchât la cause de cette facilité, il dut pour la forme feindre une sorte de résistance.
— Écoute, mon garçon, lui dit-il, je ne veux retirer à la lizon aucune des qualités que je lui ai reconnues avant de savoir que tu songeais à elle : ton caractère, tes goûts, ton insouciance de tes intérêts nécessitent absolument dans la maison la présence d'une femme intelligente, active et zélée. Un mariage aura ceci de bon pour toi, que ta famille n'aura plus aucun prétexte pour te tourmenter : puisque si tu es inhabile à adnûnistrer ton bien, tu auras une femme pour te remplacer. Tu pourras vivre à ta guise, disposer de
ton bîen> personne n'aiira rien à y voir. Voilà tes avantages que tu pourras tirer de ta nouvelle position, sans Qoppter que tu auras la satisfaction intérieure d'avoir fait œuvre dT^^onnôte homme et donné des gages & la moralo en épousant une fille dont la réputation est compromise par ta faute. Mais il ne faut cependant pas exagérer la probité* En réalité tu u'e$ tenu i rien envers la Lizon. On ne se marie pas pour ur jour. Ne regretteras-tu pas plus tard d'avoir uni ta destinée à une fille qui sera peut-être mal considérée dans le pays i cause de.,. Enfin, le monde 2st méchant^ et on n'oubliera pas ce que la Lizon aura été avant d'être ta femme. Es-tu bien sûr que ton affection pour eUe te fera résister à toutes tes tracasseries? £s-tu bien sûr, fit Derizelles avec insistance^ que son aôection pour toi est dégagée de tout calcul intéressé? Jfe ne dis pas que cela soit, mais cela peut être, et tout le monde le dira ou )<^ pensera> ajouta le fermier, qoi n'éveillait pas sans dessein cette idée de défiance dans l'esprit de son fils, et qui observa avec plaisir que celui-ci semblait s'y arrêter.
-*- Dans la circonstance, reprit-il, il est de mon devoir de te mettre en garde contre les entraînements de la passion. Ainsi donc, mon cber garçon, réfléchis, médite, la cbose en vaut la peine. Je pourrais, en usant de mon droit, refuser mon consentement à ce mariage. La Li^on n'est pas la bru que j'avais rêvée. Mais si tu crois cependant qu'elle to rendra beureox» je ne me consolerais pas d'avoir été un <d)stacle à ton
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bonheur. L'idée de ton contentement f«ra la consola* tion de mon exil.
— - Comment I fit IsidoTe, voui nous quitteriez?
— Ah ! plus que jamaUI exclama Denzelles; car tu comprends bien que je ne pourrais pas^ sans me compromettre» rester dans une maison dont la mai* tresse aurait été ma servante. ». Non> non* Elle pren« drait trop sa revanche*
Sur les dernières paroles de ce discours, prononcé avec une onction paternelle, Denzelles serra cordialement la main de son fils et le quitta en l'engageant à éfléchir.
Gomme il en avait tous les soirs l'habitude avant de remonter chez lui^ le fermier alla faire un tour dans son écurie et dans son étable, où il trouva la Lizon occupée à donner à boire aux bestiaux et fort inquiète de cou^ naître le résultat de son entretien avec son fils. Après lui en avoir raconté tous les incidents, Derizelles lui donna ses dernières instructions sur le rôle qu'elle devait jouer auprès d'Isidore pour obtenir de lui la concession qui était le but de toute cette diplomatie.
— Si tu sais t'y prendre, lui dit-il, tout peut être convenu ce soir» signé demain^ et dans un mois on t'appellera madame.
La Lizon se dirigea aussitôt vers la pièce basse où Derizelles avait laissé son fils.
Elle trouva le jeune homme à demi accroupi sous le manteau de la cheminée et se livrant à un /uouologue ^ntéi'ieur dans lequel il repassait tontes les observations
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qui veDaient de lui être adressées par son père reintiveinent à soq projet matrimonial. Par leur nature même, ces observations ne pouvaient qu'encourager Isidore à persévérer dans ses idées. Son mariage avec la servante aurait pour conséquence inévitable de le brouiller avec sa famille^ mais il le mettait en même temps à l'abri des persécutions dont il croyait son célibat menacé. Son père le quitterait! mais cette sépation ne lui causait plus qu'un souci médiocre^ puisque son père avait déclaré lui-même que la lizon était en état de diriger sa maison et d'administrer son bien. Nature taillée dans un bloc de pur égoïsme, Isidore était prêt d'ailleurs à tout sacrifier à la satisfaction des instincts qui le dominaient. Avant tout^ et à quelque prix que ce fût, il voulait assurer la sécurité de sa vie, l'indépendance de ses actions. Parmi toutes les hypocrites raisons que son père, feignant de désapprouver ses projets de mariage, avait mises en avant pour paraître l'en éloigner, une seule arrêtait l'esprit d'Isidore et pinçait douloureusement la fibre de sa vanité : c'était la supposition que la Ldzon l'épousait uniquement par intérêt. Il était depuis cinq minutes plongé dans le bain glacé de la défiance, lorsque le chien Tambeau, qui était couché à ses pieds, flaira l'approche de la servante et poussa un jappement joyeux qui fit relever la tête à Isidore. Il aperçut la LizOQ debout devant lui; son attitude était grave.
— J'ai à vous parler, dit-elle.
— Moi aussi, j'ai à te parler, répliqua Isidore avec