CD LES VENGEANCES II0MAINB
La duchesse de Bracciano retrouva son gant. Certes, Adolphe, qui l'avait ramenée nu Im^rjuct d'orangers , put croire qu'il y avait de la coquetterie dans cet oubli ; car alois te bosquet était désert. I.o bruit de la fèto retentissait vaguement au loin. Les fanlorciiii annoncés avaient attiré tout le mondo dans la galorio. Jamais Olympia no parut plus belle à son amant. Leurs regards , animés du iii<^me feu, se comprirent. Il y eut un moment de silcHco délicieux pour leurs ûmes et impossible h rondic. Ils s'assirent sur le mémo Imnc où ils s'elaiont trouvés en présenco du cliovolior de Paluzzi et des rieurs
— Malepest(«I jo no vois plus noire Rinaldo! s'écria Lousteau. M.iis ipicls progrès dans la compréhension de l'intrigue un hoinme lilli'rairo ne fera-l-il pas h rhoval sur celle ()aKe? La duchesse Olympia e-il une leiniue qui pouvait nuolier à <te*>ciii "m yanh iht'O un liosqiirt rfc'.iffr//
— A moins d'O're plan» entre l'huitre el le sous-clu^f de bureau, les deux créalions les plus voisines du marbre dans le ri';^ue zouliif,'iipie, il est iiupossihle de ne pas reconnaître ilans Olympia tinr /nnmc de trente ansl dit maduiiie
LA MDSE DD DÉPARTEMENT
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de la Baudraye. Adolphe en a dès lors vingt-deux, car une Italienne do trente ans est comme une Parisienne de quarante ans.
— Avec ces deux suppositions, le roman peut se reconstruire, reprit Lousteau. Et ce chevalier de Paluzzi! hein!... quel Ifomme! Dans ces deux pages le style est faible, l'auteur était peut-être un employé des Droits-Réunis, \| aura fait le roman pour payer son tailleur...
— A celte époque, dit Bianchon, il y avait une censure, et il faut être aussi indulgent pour 1 homme qui passait sous les cisi^aux de 1805 que pour ceux qui allaient à Téchafaud en 1793.
— Comprenez-vous quelque chose? demanda timidement madame Gorju, la femme du maire, à madame de Clagny.
La femme du procureur du roi, qui, selon l'expression de monsieur Gravier, aurait pu mettre on fuite un jeune Cosaque en 18i4, se raffermit sur ses hanches comme un cavalier sur ses étriers, et fit une moue à sa voisine qui voulait dire: « On nous regarde! sourions comme sinous comprenions. »
— C'est charmant! dit la mairesse à Gatien. Do grâce, monsieur Lou^te.lu, continuez!
Lousteau regarila les deux femmes, deux vraies pagodes indiennes, et put tenir son sérieux. Il jugea nécessaire de s'écrier: Attention! en reprenant ainsi :
on LES VENGEANCES ROMAINES. 209
robe Irôla dans le silence. Tout à coup le cardinal Boi Ijoiigano parut aux yeux de la ducheste. Il avait un vi?;igo sombre ; son front semblait cliargi; de nuages , et un sourire amer se dessinait dans ses rides.
— Madame, dit-il, vous êtes soupçonnée. Si vous êtes coupable, fuyez; si vous ne l'êtes pas , fuyez encore : parce que, vci tueuse ou criminelle, vous serez de loin bien mieux en état de vous défendre...
— Je remercie Votre Eminence de sa sollicitude , dit- elle, le duc de liracciano rei>araltra quand je jugerai nécessaire de faire voir qu'd existe
— Le cardinal Itorborigano! s'écria Bianchon. Par les clefs du |)a[i(M si vous ne m'accordez pas qu'd se trouve une magnifique création .st^ulcincnt (lans le nom, si vous ne voyiez pas à ces mois: robe frôla dann le fileneel toute la poé>ie liu nMo t\ti Srhe/toni inventé par madame Radclill'o dans le Cou fenionnul des Pénitent noirt, vous êtes indigne dr! lire des romans...
— Pour moi, reprit Dinah, qui eut pitié des dix-huit ligures qui regardaient Lousteau, la fable marche. Je connais tout: Je suis is Home, jo vois le cadavre d'un mari assassiné, dont la femme, audacieuse et perverse, o ('>labll son lit sur un cratèrtt. A cha<pie nuit, à chaque plaisir, elle se dit : « Tout va se diicouvrlrl... »
— 1^ voyez-vous, s'iN-ria Lousteau, éln-ignnnt ce mon- .sieur Adolphe; elle le serre* elle veut meltre toute sa vie dan» u[i baiser!... Adolphe me fait l'effet d'être un jeune hottnne parfaitement bien fait, mais saut esprit, on de ces jeunes gens l'oimne il en faut aux Italiennes. Ilitialdo plane
.sur l'intrigue i|ue nous ne connaissons pas, mais (pu doit Aire cors«S' coirimiMU'Ile il'un miModrame de plxi'r(''court. Nous pf)uvoiis nou.s llgurer (l'ailleurs <pie Ilinaido pas.se dans le fond du thé/ltro, c<jmme un personnage des drames do Viitor Hugo.
— lit ( 'est le tnorl pcul-Clro, s'écria modanio do la Baudrayo.
— Corn prenez- vous quelquo chose à tout celai demanda madame l'if^defer U la |)ré.s|ilciile.
— (.'est ra\ Issant, dit madiiiiio de In Dauilraye A sa inére. Tous les gens dn Sanrerre ouvraieul do» yeux grands
cumiuu des pièces du cent sous.
— Continuez, de grâce, fit madame de la Bau.lraye. Lousteau continua.
— Votre clefl...
— L'auriez-vous perdue?...
— Elle est dans le boiquet...
— Courons...
— Le cardinal l'aurait-il prise?...
— Non... La voici...
— De quel danger nous sortons !
Olympia regarda la clef, elle crut
reconnaître la sienne; mais Rinaido l'avait changée : ses ruses avaient réussi , il possédait la véritable clef. Moderne Cartouche , il avait autant d'habileté que de courage, et, soupçonnant que des trésors considérables pouvaient seuls obliger une duchesse à toujours porter à sa ceinture
— Cherche!... s'écria Lousteau, La page qui faisait le recto suivant n'y est pas, il n'y a plus pour nous tirer d'inquiétude que la page 212.
212 OLVÏIPIA.
— Si la clef avait été perdue !
— Il serait mort...
— Mort ! ne devriez-vous pas accéder à la dernière prière qu'il vous a faite , et lui donner la liberté aux conditions qu'il...
— Vous ne le connaissez pas...
— Mais...
— Tais-toi. Je t'ai pris pour amant, et non pour confesseur.
Adolphe garda le silence.
— Puis voilà un amour sur une chèvTo au galop, une vignette dessinée par !Sormand, gravée par Ditplal... Ohl les noms y sont, dit Lousteau.
— Eh bien! la suito'î dirent ceux des auditeurs qui comprenaient.
— Mais le chapitre est fini, répondit Loush'au. La circonstance de la vignette change totalement mes opinions sur l'auteur. Pour a\oir obtenu, sous riùn()ire. des vi^'iieltessur bois, l'auteur devait être un conseiller d'Etat ou iiiadamo Darthélemy-lladot, feu l)el'or>;es ou Sewrin.
— Adolphe garda le sileiicel... Ah ! dit Bianchon. la duchesse a moins do trente ans.
— S'il n'y a plus rien, inventez une fini dit madame do la Baudraye.
— Mais. <lit Lousteau, la maculaluro n'a été tirée que d'un seul (•(^té. En stylo lypographii|ue. le CiMé do fecondt, ou, pour vous mieux faire comprendre, tenez, le revers qui aurait dd être imprnn('*. so irouvi" aM)ir reçu un nombre inioinniriisurable O'enipremtes <liverses, elleapiMrlienl a la cla,v>e des feuilles ilitcs de mise en train, (.umiiie il m'rait horribleiiienl long di? vous apprendre en ipiui consistent les dr'régli.'inens d'une feudio de mite en Irain .sachez qu'elle ne [miuI pas plus garder trace des dou/o premières p.iges (pie les pressirrs y ont inipriniées, quo vous ne (lourriez garder un souvenir quelconque du pivmiiTCoup d(< bAton qu'on vous ef)l donm^ .si qu»l<,'iio pacha vous ertl condamnée à rn recevoir cent ciiiquanto sur la [dante de.s pieds.
— Je SUIS coiiime une folle, dit madame Popiiiot-('.handi»'r à monsieur (Ir.ivier; jo biche de m'expliqier le couseill'jr d'Etal, le cardinal, la clef ni celle maculai...
— Vous n'avez pas la ciel de celle plais;iiilerio, dil monsieur tiravier, eh bien! ni moi non plii.s, Udle dame, rassurez-vous.
— Mais il y a unti autre feuille, dil Bianchon, qui rwgardo .sur la table où .se Irouvaieiil les éprouves.
DE BALZAC
— Bon, dit Loustpau, elle est saine et entière! Elle est signée IV; J, 2« édition. Mesdames, le IV indique le quatrième volume, le J, dixième lettre de l'alphabet, la dixième feuille. Il me parait dès lors prouvé que, sauf les ruses du libraire, les Vengeances romaines ont eu du succî-s. puisqu'elles auraient eu deux éditions. Lisons et déchiffrons celte énigme 1
CD LES VE^■GEA^•CES ROMAIKES. 217
corridor; mais se sentant poursuivi par les gens de la ducliesse, Rinaldo
— Va te promener !
— Ohl dit madame de la Baudraye, il y a eu des événcmens imporlans entre votre fragment de maculature et cette page.
— Dites, madame, cette précieuse bonne feuille t Mais la maculature où la duchesse a oublié ses gants dans le bosquet appartient-elle au quatrième voulume? Au diable! continuons:
ne trouva pas d'asile plus sOr que d'aller sur-le-clianip dans le souterrain où devaient être les trésors de la maison de Biacciano. Léger comme la Camille du poète latin, il courut vers l'entrée mystérieuse des Bains de Vespasien. Déjà lestoiclics éclairaient les murailles, lorsque; l'adroit Kiiialdo, découvrant, avec la peispicacilédoni l'avait doue la nature . la porte cachée dans le mur, disparut promptenient. Une liorrilile réilexion sillon'a l'âme de Hinaldo comme la foudre qua'd elle déchire les nuages.
Il s'était emprisonné !... Il tûia lo
— Ohl cette bonne feuille et le fragment de maculature se suivent! La dernière page du fragment est la 212. et nous avons ici 2171 Et, en efl'i-t, si, dans la maculature, Rinaldo, qui a volé la clef des trésors de la duchesse Olympia en lui en sul)>liluanl une à peu près semblable, se trouve, dans celle bonne feuille, au palais des ducs de Bracciano, le roman nif par.iît marchera une conrhision quelconque. Je souhaite que ce soit aussi clair pour vous ()ue cela le devient pour moi... l'our moi, la lête est finie, les deux aman-' S(jnt rcivenus au pal.iis Uracciiino. il est nuit, il est une heure du matin. Rinaldo va f.iire un hnn coup!
— Kl Adolphe'?... dit le (irOsidcnt lioirouge, qui passait pour Cire un peu leste en paroles.
— Et quel style! dit Bianchon : Rinaldo qui trouve l'asile daller I
— i;viilemmenl, ni Maradan, ni les Treuticl et Wurtz, ni Dok'uereau, n'ont imprimé co roman-j.'», dit Lou-teau; car ils avalent des correcteurs à h^urs gages, qui revoyaient leurs éfireuves: un luxe (|u(i nos éditeurs actuels devraient bien si: doiimT, les auteurs d'aujourd'hui s'en trouveraient bien... ('.<• vra quelque pacotilleur du quai...
— Quel quai? dit une dame h .sa voisine. On parlait de baias...
— Continuez, «lit m.idame de la Baudraye.
— En t/jul cas, co n'est (las d'un conseiller d'Etal, <lit Uianrlion.
— (,'est peut-Mre de miidiime Iladot. dit Loiisleau.
— l'ourquoi roum-nt-ils la-dednns madame Iladot de la ChariléT ileinaii'lii la pn-slilenle /i son (Ils.
— Olli- madame jliidol, ma chère [.ri'.sidento, r(-pon<lit In rhftt'diijne, était une femmo auteur qui vivait sous lo roniulnl...
— ij-sfernmeM écrivaient donc sous remporeur'Mi'nianda madiimi' l'o(>inot-( hnndier.
— I.l ma. lame d(i (JeiiljH, et mndnmn doSlai-l? III le procureur du roi piqué pour Dinuh de ct-tto observalion.
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— Continuez, de grâce, dit madame de la Baudraye à Lousieau.
Loustcau reprit la lecture en disant: — Page 2181
218 OLTMPIA.
mur avec une inquiète précipitation, et jeta un cri de désespoir quand il eui vainement cherché les traces de la serrure à secret. 11 lui fui impossible de se refuser à reconnaître l'affreuse vériié. l.a porte , habilement construite pour servir les vengeances de la duchesse, ne pouvait pas s'ouvrir en dedans. Rinaldo colla sa joue à divers endroits, et ne sentit nulle part l'air chaud de la galerie. Il espérait rencontrer une fente qui lui indiquerait l'endroit où finissait le mur, mais rien, rien !... la paroi semblait être d'un seul bloc de marbre.
Alors il lui échappa un sourd rugissement d'hycne. . . .
— Eh bien! nous croyions avoir récemment inventé les cris de hyène? dit Lousieau, la littérature i)e rEm|)ire les coiiiiaj.ssaildéjn, les mettait même en scène avec un certain talent d'histoire naturelle; co que prouve le moi sourd.
— Ne faites plus de réflexions, monsieur dit madame de la Bau<lrayc.
— Vous y voilà, s'écria Bianchon, rjn/êrct, ce monstre romantique, vous a mis la main au collel comme à moi tout h l'heure.
— Lisez! cria le procureur du roi, je comprends!
— Le fatl dit lo président à l'oreille de sou voisin lo .souspréfel.
— Il veut flatter madame de la Baudraye, répondit le nouveau sous-préfet.
— Eh bien I je lis de suite, dit solennellement Loustcau. On écouta le journaliste dans lo plus proibnd silence.