CD LES VENGEANCES ROMAINES
Un gémissement profond répondit au cri de Rinaldo ; mais , dans son trouble, il le prit pour un écho, tant ce gémissement était faible et creux!
il no pouvait pas sortir d'une poitrine humaine.
— Santa Maria !
— Si je quitte cette place , je ne saurai plus la retrouver! pensa Ri-" naido quand il reprit son sang-ùoid accoutumé. l''rappcr, je serai reconnu : que faire?
— Oui donc est là ? demanda la voix.
— Hein ! dit le brigand , les crapauds parleraient-ils, ici ?
— Je suis lo duc do Uiacciano. Qui
que vous soyez, si viTus n'appartenez pas il la duchesse, venez, au nom do tous les saints, venez il moi...
— Il faudrait savoir où tu es, monseigneur le doc , répondit Rinaldo avec l'importanco d'un lioiuiuo qui se voit nécessaire.
— Je Ui vois , mon ami , car mes yeux sont accoulumcs à l'obscurité.
Kcoiito, muicliu dioii... bien... loui no a gauche... viens... ici... Nous voila réunis.
liinaldo.moltantsrs mains en avanl par |irmlence , rencontra des huiics de fer.
— du me lionipe Iciia lo bandit.
— Non , tu as louuliù ma cage
LA MDSE DtJ DÉPARTEMENT.
ou LES TBNGBANCBS BOHÀIRBS. 221
Assieds - toi sur un fût de porphyre qui est là.
— Comment le duc de Bracciano peut-il êire dans une cage ? demanda le bandit.
— Mon ami, j'y suis depuis trente mois, debout, sans avoir pu m'asseoir... Mais qui es-tu, toi ?
— Je suis Rina'do, le prince de la campagne , le chef de quatre-vingts braves que les lois nomment a tort des scellerais , que toutes les dames admirent et que les juges pendent par une vieille habitude.
— Dieu soit louél je suis sauvé!...
Un honnête homme aurait eu peur ; tandis que je suis s&r de pouvoir très
222 OLYMPU.
bien ra'entendre avec toi! s'écria le duc. 0 mon cher libérateur, tu dois être armé jusqu'aux dents.
— E verxs \mi>l
— Aurais-tu des...
— Oui, des limes, des pinces... Corpo di Hacat ! je venais emprunter indéfiniment lis trésors des liiacciani.
— Tu en auras légitimement une bonne part, mon cher Hinaldo , et peut-être irai-jc faire la chasse aux hommes en ta compagnie.
— Vous m'étonnez, Excellence!...
— Ecout«-nioi , Hinaldo 1 Je ne te parlerai pas du désir de vengeance qui nie ronge le cœur: je suis la depuis trente mois— tu es Italien — tu
on LES TENGB^NCIS BOHAINSS. 223
me comprendras ! Ah I mon ami, ma faligue et mon épouvantable captivité ne sont rien en comparaison du mal qui mo ronge le cueur. i a duchi'sse de Bracciano est encore une dos plus belles femmes de Home , je l'aimais assez pour en Otro jaloux...
— Vous, son inaril...
— Oui , J'avais tort, peul-ôtre I
— Certes , cela no ne se lait pas , dit Itinuldo.
— Mu jalousie fut excitée par la conduite de la duchesse, reprit li; duc. L'événement a prouvé que j'avais raison. In jcuiio Kraiii.ais aimai! Olympia, il était aimé d'elle, j'eus des preuves de leur mutuelle affectioD...
Millo pnrdons, mrstlamosl dit F.ousirnu; mni.s, voypzvous, il m'est irn[pOvsilile du nu pas vous faire t)t)scrvpr combien la liltériiluro do l'I'jnpiro nll.ijt droit uu fait .sans ourun déliiil. ce qui mi- sembin lo rnrnrt^rfi des Irmps primitifs. In lilti-ralure do (elle ('poipio tcnnit In milieu cnlro le soinmairn des cliapiircs de l'élémaque et les n'qnisitoircs du iniiiisK'Te public. l'Ile avait des idi-es, iimis i-llo iii' les cx|iriirinit pas, la ilciliiiKrii'uscl elle observait, mais ell(> no faisait part de .ses observations A personne, l'avare I il n'y nvnit que Fourlié cpii lit finrl de ses obs(>rvalioiis h quelqu'un. l.a titUralure le contentait alor/, suivant Tr^iires- Miin (l'un lies plus niais rrlliques de la llrviii' ili's Urux-Moiidi's, d'une auttz pure etquiue et du rontinir bien net de louteT le» figure» à l'antique; elle ne danmit pu» »ur le» pèrindetl Je le criiis bien, elle n'avait pas de piTimlrs, ellii n'avait pas de mots à faire rliatoyer j elle vous ilisait :<c|.iiliiii niniall Ininelli-, Toiiiellc n'aiiiiait pus l.iiliin ; l.iibiii liin Toinellr l'I les gendarmes pririnit l.iibin, qui fut mis en prison, mené ii la COUT d'ossikes et giiilliitini^. s Forlo csqui.vse, contour net
•B DALZ«C. —II. Extrait de U Comédie kunoin»
Quel beau drame! Eh bieni aujourd'hui, les barbares font chatoyer les mots.
— Et quelquefois les morts, dit monsieur de Clagny.
— Ahl répliqua Lousteau, vous vous donnez de ces RI
— Que veut-il dire? demanda madame de Clagny, que ce calembour inquiéta.
— Il me semble que je marche dans un four, répendit la mairesse.
— Sa plaisanterie perdrait à être expliquée, fit observer Catien.
— Aujourd'hui, reprit Lousteau, les romanciers dessinent des caractères; et, au lieu du contour net, ils vous dévoilent le cœur humain, ils vous intéressent soit à Toinette, soit à Lubin.
— Moi, je suis effrayé de l'éducation du public en fait de littérature, dit Bianchon. Comme les Russes battus par Charles XII, qui ont fini par savoir la guerre, le lecteur a fini par apprendre l'art. Jadis on ne demandait que de l'intérêt au roman ; quant au style, personne n'y tenait, pas même l'auteur; quant à des idées, zéro; quanta la couleur locale, néant. Insensiblement le lecteur a voulu du style, de l'intérêt, du pathétique, des connaissances positives; il' a exigé les ci/ij sens littéraires: l'invention, le slyle, la pensée, le savoir, le senliment; puis la critique est venue, brochant sur le tout. Le critique, incapable d inventer autre chose que des calomnies, a prétendu que toute œuvre qui n'émanait pas d'un cerveau completélaii boiteuse. Quelques charlatans, comme Walter Scott, qui pouvaient réunir les cinq sens littéraires, s'éiant alors monlré,s, ceux qui n'avaient que de l'es, rit, que du savoir, que du style ou que du sentiment, ces éclopés, ces acéphales, ces manchots, ces borgnes littéraires, se sont mis à crier que tout élait perdu, ils ont prêché des croisades contre les gcm qui gâtaient le mé!ier, ou ils en ont nié les œuvres.
— C'est l'histoire do vos dernières querelles littéraires, fit observer Dinah.
— De grâce I s'écria monsieur de Clagny, revenons au duc de Bracciano.
Au grand désespoir do l'assemblée, Lousteau reprit la lecture do lu ionne feuille.
224 OLTHPU.
Alors je voulus m'nssurer de mon malheur, afin de pouvoir me venger sous l'ailo le la Providence et de la loi. l.a ducfesse avait deviné mes projets. Nous nous cnnihaliions par la pensée avant de nous comlialtre le poison à la main. Nous voulions nous imposir niuluellemenl une confiance que nous n'avions pas ; moi pour lui faire prendre un breuvage, elle pour s'emparer do moi. Elle l'Iaii fenimo, elle l'emporta; caries femmes oui un piégn de plus que nous BUlns il leiidro. et J'y ionil>ai : je fus heureux; mais le lemlemain malin je me réveillai dans uru' capi de fer, Ju rii;;is pendant loulo la juuruée dans l'obs-
00 LIS TINUIANCBS BOMilNIS. Hb
ciirilé do celle cave , siluiS) sons la chambre â coucher de la duchesse 1.0 soir, enlrvé par un coulie-|Kiids lialiilenienl ménagé, jo iravcnvU li'S pinnriieis, el vis il,nn> les lu as de son aniani U durhi'ssr», qui me ji-la un liiorcrau de pain, ma pilanre de tous li's smc.. \oilA Min vin depuis liuilo moisi iwiis celle piison du iii.irlirp, mes cris ne iMiivetii parvenir A aucune oreille. P.is de lin-nra pour iiioi. Je n'espérnis plusl En elTel. Li cliuinliro du la duclicssu i<si nu fond du palais,
DE BALZAC
et ma voix, miand j'y monte, ne peut êire eniend""e de personne, Chaque fois que je vois ma temme, elle me montre le poison que j'avais préparé
pour elle et pour son amant ; je le demande pour moi, maïs elle me refuse la mon, elle me donne du pain ei je raarige ! J'a\ bien fait de manger, de vivre, j'avais compté sans les bandits!...
— Oui, Excellence , quand ces imbéciles d'hounètes gens sont endormis, vous veillons, nous...
— Ah ! Rinaldo , tous mes trésors sont à toi , nous les partagerons en frères, et je voudrais te donner tout, jusqu'à mon duché...
— Excellence obtenez-moi du pape une absolution m articulo mttrlis , cela me vaudra mieux pour faire mon état.
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— Tout ce que tu voudras ; mais lime les barreaux de ma rage et prêle-moi ton poignard... Nous n'avons guère de temps, va vite... Ah ! si mes (Jents étaient des limes... J'ai essayé de mâcher ce fer...
— Excellence, dit Rinaldo en écoulani les dernières paroles du duc, j'ai déjà bcié un barreau.
— Tu es un diejii I
— Voire femme était à la fête de la princesse Villaviciosa; elleétait revenue avec son petit Français ,' elle est ivre d'amour, nous avons donc le temps.
— As-tu fini ?
— Oui.-
OlTMPIà.
— Ton poi^ard ? demanda vivement le duc au bandit.
— I^ voici.
— Hien.
— J'entends le bruit du ressort,
— No m'oubliez pas! dit le bandit qui «e connaissait en reconnaissance.
— Pa< plus que mon pi^re.du le duc.
— Adieu! lui dii Itinalilo. Tiens, comme il s'envole ! ajouta lo bandit en voyant disparaître lo duc. Pus/ilut que ynn pare , se dit-il , si c'est ainsi qu'il com|)to se se souvenir do moi...
Ab! j'avais pourtant fa>i lo scimont du no jamais nuire aux femmes...
Mais laissons, pour un moment, lo
on tE<i rFNOBANcr» domm^bii. KO
Ijjtidit livré a ses ri'ncjxions, et tnotivm^ comitiAloduo dans Iob uptnrtonieoH du polals.
— nnrnrc iino vifcnelln, un Anfiour sur un coljmnenn 1 PnJH la i£W «si uni) pu^o liliin» hc, <lit !«.• journaliste. Voirj «Ifiix (iiiircH puKfs liluiii'lioti prises pur co titre .si iliHIcioux h i^i-rlre <pniM<l on a I heureux iiiulltuur i'm luire des roinuiis: t'onehiiion I