I.e lendemain, ft (pialm heures, David «wrlll du brrtlolr
ovnnlfnil d|s|Mir.lllre loulrs je» 1rne-< .fe »i-^ opérnM.'.ti.. et vint iipporlerrt son [mto uiu' ii ' ler
dont la IhiesM», la blancheur.. ii«
lai^sdieiil rien à di*sirer, it , , , !•"*
marques des UN plus torts les uns que le» nuire» «lu lanii* di' crin, le vioillaH prit res éi baniillons, il y appliqua la lanKUo en t)urs habitué, depuw wm jeune ^fP", »f nirt» do
DE BALZAC
son palais une éprouvelte à papiers; il les mania, les chiffonna, les plia, les soumit à toutes les épreuves que les typographes font subir aux papiers pour en reconnaître les qualités, et. quoiqu'il n'y eût rien à redire, il ne voulut pas s'avouer vaincu. — Il faut savoir ce que ça deviendra sous presse !... dit-il pour se dispenser de louer son fils. — Trôle t'ome! s'écria Kolb.
Le vieillard, devenu froid, couvrit sous sa dignité personnelle une irrésolution jouée. — Je ne veux pas vous tromper, mon père, ce papier-là me semble devoir coûter encore trop cher, et je veux résoudre le problème du collage en cuve... il ne me reste plus que cet avantage à conquérir... — Ah ! tu voudrais m'atiraper! — Mais, vous le (lirai-je?je colle bien en cuve, mais jusqu'à présent la colle ne pénètre pas également ma pâte, et donne au papier le roche d'une brosse. — Eh bieni perfectionne ton collage en cuve, et tu auras mon argent. — Mon maîdre no ferra chamais la gouleur te fodrc archant.
Evidemment le vieillard voulait faire payer à David la honle qu'il avait bue la nuit: aussi le traita-t-il plus que froidement. — Mon père, dit David qui renvoya Kolb, je ne vous en ai jamais voulu d'avoir estimé voire imprimerie à un prix exorbitant, et de me l'avoir vendue à votre seule estimation; j'ai toujours vu le père en vous. Je me suis dit : Laissons un vieillard qui s'est donné bien du mal, qui m'a certainement, élevé mieux que je ne di'vais l'èlre, jouir en paix et à sa manière du fruit de ses travaux. Je vous ai même abandonné le bien de ma mère, et j'ai pris sans murmurer la vie obérée que vous m'aviez faite. Je me suis promis de gagner une belif^ fortune sans vous importuner. Eh bien ! ce secret, je l'ai trouvé les [àeds dans le feu, sans pain chez moi, tourmenté pour des dettes qui ne sont pas les miennes... Oui. j'ai lutté patiemment jusqu'à ce que mes forces se soient épuisées. Peut-être me devez-vous des secours... mais ne pensez pas à moi, voyez une femme et un petit enfant... — là David ne put retenir ses larmes — et prétcz-leur aide et protection. Rerez-vous au-dessous de Marion et do Kolb, qui m'ont donné leurs économies? s'écria le fils en voyant son père froid comme un marbre de presse. — Et ça ne t"a pas suffi I... s'écria le vieillard sans éfirouvcr la moindre vergogne; mais tu dévorerais la France... Bonsoir I moi, je suis trop ignorant pour me fourrer dans des exploitations où il n'y aurait i)ue moi d'exploité. Le Smge ne mangera pas l'Ours, dit-il en faisant allusion à leur surnom d'atelier. Je suis vigneron, je ne suis pas banquier... V.\ puis, vois-lu, des affaires entre père et fils, ça va mal. Dînons, liens, tu ne diras pas que je ne te donne rien!...
David était un de ces êtres h cœur profond (pii peuvent y repousser U-urs souflnincesdc manière à en faire unse- (;n'l pour crux qui leur sont chers; aus-i, chez eux, quaixl la dju'''ur (b'borde ainsi, est-ce leur effort suprême. Eve avait bien compris ce bf'au caractère d'Iiorunu^ Mais le père, vil dans ce flot de douleur ramené du tond à la surfar,'- la pliiiule vulgaire des eiifdus (|ui ventent ullraper Icim pèreu, el il [irit l'excessilobaltemenl de >iun fils pour la lionie de rin'uccès. Le père et le nissiM|uillènml brouillés. David et Kolb revinrent à minuit environ à Angoulênie, où ils cn'ii'renl^ pied avec aul.nit de pri'cauiioiis qu'en eir-s^nl pris ries voleurs pour un vol. Vi is une heure du nia'in, David fat introduit, sans témoin, vh<y/, mademoiselle Ila-jne Cler^'el, dans l'asile impénétrable prépara'! pour lui par sa lemm'-. i:ti ('ntrant là, David allait y élre gardi'^ par. I.i |ilus in;;féinruse de toutes les pitiés, celle d'un'' grisolle. J.e lendemain malin, Kolb.s(! vanla d'avoir lail sauver son mallro/i cheval, cl de ne l'avoir ipiilléqu'afirèi ravj)irmis (loir; une fialocho qui devait l'emmener aux environ.s do Limoges. Une assez grande provision de matières preiuière.s (ni enmia^'asinéo dans la c ive de U.isiue, en soi le qiio Kolb, Moriou, m.ulnme Si'chard et sa mère, purent n'avoir aucime rejulioii avec inademois(;lle Clergel.
Deux jours aprè» celle ncèno avec son lils, In vieux Sécliard, qui .se vil encore b lui vingl jours avant de se livrer aux orrupii^ion.s de la vendange, «ccourul chez su bellc-
fllle, amené par son avarice. Il ne dormait plus, il voulait savoir si la découverte olfrait quelques chances de fortune, et pensait à veiller au grain, .selon son expression. Il vint habiter au-dessus de l'appartement de .sa belle-fille une des deux chambres en mansarde qu'il s'était réservées, et vécut en fermant les yeux sur le dénûment pécuniaire qui aflligeait le ménage de son fils. On lui devait des loyers, on pouvait bien le nourrir 1 il ne trouvait rien d'étrange à ce qu'on se servît de couverts en 1er étamé.
— J'ai commencé comme ça, répondil-il à sa belle-fille quand elle s'excusa de ne pas le servir en argenterie.
Marion fut obli,gée de s'engager envers les marchands pour tout ce qui se consommerait au logis. Kolb servait les maçons à vingt sous par jour. Enfin, bientôt il ne resta plus que dix francs à la pauvre Eve, qin, dans l'intérêt do son enfant et do David, sacrifiait ses dernières ressources à bien recevoir le vigneron. Elle espérait toujours que ,sos chatteries, que sa respectueu'^e atïection, que sa résignation, attendriraient l'avare ; mais elle le trouvait toujours insensible. Enfin, en lui voyant l'œil froid des Coinlet, do Petit-Claud et de Cérizet, elle voulut observer son caractère et deviner ses intentions; mais ce fut peine perdue ! Le père Séchard se rendait impénétrable en restant toujours entre deux vins. L'ivresse est un double voile. A la faveur de sa griserie, au.ssi souvent jouée que réelle, le bonhomnio essayait d'arracher à Eve les .secrets de David. Tantôt il caressait, tantôt il effrayait sa belle-fille. Quand Eve lui ré, ondait qu'elle ignorait tout, il lui disait : — Je boirai tout mon bien, je le mettrai en viager... Ces luttes déshonorantes fatiguaient la pauvre victime, (pii, pour ne pas manquer de respect à son beau-père, avait fitd par garder le silence. Un jour, poussée à Jiout, elle lui dit : — Mais, mon père, il y a une manière bien simple de tout avoir; payez les dettes do David, il reviendra ici, vous vous entendrez ensemble. — Ah ! voilà tout ce que vous voulez avoir de moi, s'écria-t-il, c'e.5t bon à savoir.
Le père Séchard, qui ne croyait pas en son fils, croyait aux Coinlet. Les Coinlet, qu'il alla consulter, l'éblouirent à dessein, en lui disant qu'il s'agissait de millions dans les recherches entreprises par son fils. — Si David peut prouver qu'il a rén.ssi, je n'hésiterai pas à mettre en société ma papeterie, en comptant à voire fils sa découverte pour uuo valeur égale, lui dit le grand Coinlet.
Le d('fiant vieillard prit tant d'informations en prenant des petits verres avec les ouvriers, il questionna si bien Petil-Claud en faisant l'imbécile, qu'il finit par soupçonner les Coiiitrt de se cacher derrière Métivier ; il leur attribua le plan de ruiner l'imprirru-rio Séchard et de se faire payer |j;u' lui en l'amorçant avec la découverte, car le vieil homme du peuple ne pouvait pas deviner la complicité do Petil-Claud,. ni les Iramcs ourdies pour s'empan^r tôt otf lard de ce beau secret industriel. Enfin, un jour, le vieillard, exaspéré de ne pouvoir vaincre le silence de sa belli'-fillo, et do no pas môme obtenir d'elle de savoir où David s'était caché, ré.solut de forcer la porto de l'atelier à foudre les rouleaux, après avoir fini par apprendre; que son fils y fiL^ail ses oxfK'rieuces. 11 descendit di> grand malin, cl .so mit à travailler la serrure". — Eh bien ! que faites-vous dom là, i)apa Si'chard ? lui cria Marion, qui .se levait au joui pouralleràsa fabriepie, et i|ui boudil.iusi|u'à la heinjjerie. — No suis-ji> pas chez moi, M;u'iou? lit le bonhomme iiouleux. — Ah çà ! devenez-vous valeur sur vos vieux joms?... Vous êles à jeun, cependant... .le vas conter cela Ituil chaud h madame. — Tais-toi, Marion, dit le vieillard en lirant de t-n poch(> deux écus de six francs. Tiens... — Je me tairai, mais n'y revenez pas! lui dit Marion en le monaçaiit du doigt, ou je le dirais à tonl Angoulême.
Dès (juo le vieillard fut .sorti, Marion monta chez .sa matiresse. — T('nez, mailame, j'ai .soutiré douze francs à vo're beauqièi'e, les voilà... — El couuuenl as-tu l'ail? — Ne voulail-il pas voir les bassiiu^s et les provisions de monsieur, hislou-e de découvrir le secret. Jo savais bien (pi'il n'y avait plus rien dans lu pelito cuisine, mais je lui ai
EVE ET DAVID
lait peur comme s'il allait voler son Ois, et il m'a donné deux écus pour me laire.
En ce moment, B.is^ine apporta joyeusement à son amie une lettre de David, écrite sur du magnifique papier, et qu'elle lui remit en secret.
« Mon Eve adorée, je t'écris à toi la première sur la première feuille de papier obtenue par mes procédés. J'ai réussi à résoudre le problème du collage en cuve! La livre de pâle revient, même en supposant la mise en culture spéciale de bons terrains pour les produits que j'emploie, à cinq sous. Ainsi la rame de douze li^Tes emploiera pour trois francs de pâle collée. Je suis srtr dé supprimer la moitié du poids des livres. L'envfloppe, la lettre, les échantillons, sont de diverses fabrications. Je t'embrasse ; nous serons heureux par la fortune, la seule chose qui nous manquait.»
— Tenez, dit Eve à son beau-père en lui tendant les échantillons, donnez à votre fils le prix de votre récolte, la laissez-lui faire sa fortune, il vous rendra dix fois ce que vous lui aurez donné, car il a réussi.
Le père Séch.irl courut aussitôt cliez les Coihîot. Là, chaque éi lianlilloTi fut essaye, niinulieusement examiné : les uns étaient collé'', les auires sans colle ; ils élalenl étiquetés de[)iiis Iros francs jusipTà dix francs par rame; lc>s unsolaiiiil d'uM"' pureté métallique, li-saulp siloux comme du pifiier clu (liiinc; il yen avait d-' toutes b's luiaiic s possibl(.s du blaiic. Des juifs examiuiint des diamans n'auraient p;is eu l''S yeux plus animés qun ne l'étiiicmt ceux desCointet ei du vi(Mix Séchard. — Votre Ois est en bon cliomiii, dit le yr.)s Cointct. — Eli bien 1 paye^ ses dettes, dit le viei.x pressier. — Dieii vulonliers, >'il veut nous prendre pour associés, répondit le grand Coiutet. — Vous êtes des chauffeurs ! s'écria l'Ours retiré ; vous pouraiiivi-z mon fils sous le m un de Mélivler, et vous voulez! que je vous pnj,'. voilà tout. Pas si bêle, bourgeois!
Les d'-ux fières se ri 'gardèrent, mais ils se continrent. — Nous ne soriiii's pas encore assez millionnaires pour nous aaiJSrr h faire l'escompte, répliqua le gros C.oinlet ; nous nous rrnirions assez heureux di- pouvoir payer noire cbiffoii c.jmpttnt, et nous faisons encore des billets à notre marchand. — Il faut tenter une expérience en praud, répondit froid(!ment le grand ("ointet, car ce (jui réussit dans une marmite échoue dans une fabrication onlreiiriso sur une grande échelle. Délivrrz votre lils. — Oui, mais mon lils en liberli! m'adniettra-t-il comme sdii associé ? demanda le vieux Séchard. — ('.«'ei ne nous retranli' p.is, dit le gros Coinlel.Eit-ce ipio vous croyez, mon bonhomme, ipie qii.nid vous aurez donni' dix millf francs à votre lils tout sera dit? Un brevet d'invention coûte deux iiiilli' francs, il faudra faire des voyages à l'aris ; puis, avant de sr lanciT d.iiis des avanci'S,il est (irudint di' fabriquer, (oiiinif dit inuii l'rère, mille rames, risquer des cuvéï'S eiilii res «lin dt> se rendre compte. Voy>'Z-vons, il n'y u rien dont il faillu plus se délier i|ue des invenleurs.— Moi, dit le grand Cointol, j'oinio le pain tout eull.
1.0 vieillard pas.sa Id nuit h ruminer ce dilemme : Si jo paie les detirs île David, Il est libre, et unn lois lilue il n'a pus besoin de m'a-socier à sa fortune. Il sait bien <pie j<i l'ai roulé dans l'allalre de iiulrn première assoeialioii ; il n'en voudra (las f.nre une .seconde. Mou intérêt .'^craildouc do le tenir en pris malheureux.
Les Coinlelcoiiiiaiss^iient assez le pèro Si^chnrd (loiir saroir qu'ils cbasscraienl de t ompaK'iiie. Donc ceslnus liommesdisjiieiil . — Pour laire une soculé bav''e sur !<• .seerid, \l faut des extiériences, et pour fairi! ce.s l'Xpi'rienees il laul lilii-rer Duvid Si''chaid. David liln-ré nous t'-cli-ippi". Cbanin nvait de plus une petite arrière-pensée, l'elit-l.lauil .m- di- Kall : — Aprt's mon m.in.ig'S Je fierai l'fane ihi collier iivcc les C.oinlel, mais Jiis inel.'l je les liens. |,e Kr.iinl I nmlrl m-
disait ; — J'aiineniis mieux a\oir D.iviil ww* de t. je •..■r.iis le maître. Le vieux Séchard mi dls.iil : — Si je paie -en délies, mon lils me miIiio avec un remcrrtinonl. live, nil'iqiiée,inoiiacée par l'< viiji.eron d'Olre chat.séodo lu maison, ut ujiuac. — II. I vii.iii lie la t
ne voulait ni révéler l'asile de son mari, ni même lui proposer d'accerilcr un sauf-conduit. Elle n'était pas certaine de réussir à cacher David une seconde fois aussi bien quo la première, elle répondait donc à son beau-père : — Libérez votre fils, vous saurez tout. Aucun des quatre intéressés, qui se trouvaient tous comme devant une table bien servie, n'osait toucher au festin, tant il craignait de so voir devancé ; et tous s'observaient en se défiant Ifs uns des autres.
Quelques jours après la réclusion de Séchard, relil-Clau était venu trouver le grand Cointel à sa [apoterie. — J'ai fait de mon mieux, lui dit-il. David s'est mis volontairement dans une prison qui nous est inconnue, et il y cherche en paix quelque perfectionnement. Si vous n'avez pas atteint à votre bût, il n'y a pas de ma faute ; lien.irez-vous votre promesse? — Oui, si nous réussissons, répondit le grana Cointet. Le père Séchard est ici depuis quelques jours, il '■•l venu nous faire des questions sur la fabrication du papier : le vieil avare a fliiré l'invention de son lils, il en veut profiter; il y a donc quelque espérance d'arriver à une association. Vous êtes l'avoué du père et du fils... — Ayez le s.iinte sprit de les livrer, reprit l'eiil-Claud en souriant. — Oui, répandit Cointel. Si vous réussissez, ou h mettre David en prison, ou à le nietlre dans ncs.niaiiis par un ai te de soc été, vous serez le nwri de iiuulemoiselUi ilo I ;i iiiye. — Esl-ce là voire uitimntiim? dit Tel.;-' laud. — )>.<; fil O'inlei, puls.pie nous parlons des langues éirangères. — Voici le mien en bon fr^neais, reprit Pdil Claud «l'un Inu sec. — Al» ! voyons, répliqua lointel d'un air curieux. — Piésenlez-moi demain à mad^unc de Sénonches. finies qu'il y a t poer moi quelque chose de positif, enfin arcomphsse,: voire proines-e, ou je paie la délie de Séeli.ird.eije m'^iss .i-.c avei' lui en revendanl ma charge. Jo nu veux pas èle jo'ié. Vous m'avez parlé net, je me sers du inAme lang.ige. J'ai fait mes preuves, faites les viitrc*. Vous avez tout, je n'ai rien. Si je n'ai pas de gages de volro sincérité, je prends votre jeu.
Le grand Cointel prit son ch.ipeau, son |>nrnpluie,son«ir jésuite, et sortit en disant à IVlil-Claud do le suivre. — Vous verrez, mon cher ami. si je ue vous ai pas pn'>i>aré les voies!... dit lo né;:orianl a l'avoué.
Eu un momenl, le tin cl rusé papetier avait reconnu lo danger de s.) posilioii, et vu dans Petit-* Inud un do ces hommes avec lesquels il faut jouer fianr jeu. De|.i, |M)ur 0\r(' en n-esure el par nequit île conscience, il iivail, .sous pnlexle de donner un état de la .siiu.Hioii linancièn< de mademoiselle de la Haye, jeté quelques paroles dan.s l'oreille de l'.ineien consul général. — J'.ii l'atViiire de Irançoiso, car iivec trente mille francs du dol, aujourd'hui, dilil en souriant, une tille ne doit |i.is <^ire exigeante. — Sous on parlerons, aviiil répondu l'rancis du llauloy. IVpuis le dé(i,irl de niadiiiiie de lliirffeloii, la |M>silion de madame de Si'uoiicbes es! bien cli.iUKi'i' : nous |xnirri>ns ni irn-r Krançoise à quelque bon vieux jjentillioinnie . ' —
Et elle .se conduira mal. dit le p.i. elior en uf
froid, lih 1 mariez-la donc h un jeune liom u-
bilieux, que vous prolcKiwl, el qui inelli i iii»
iiiiK belle position. — N"»« vorroiiH. nvn.i sj
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■DE BALZAC
des accoutumances de bien des gens qui venaient y jouer depuis tant d'années. Elle Teçul tous les soirs, et l'emporta décidément sur Amélie de Ctiaudour, qui se posa comme son antagoniste. Les espérances de Francis du Hautoy, qui se vil au cœur de l'aristocratie d'Angoulème, allaient jusqu'à vouloir marier Françoise avec le vieux monsieur de Séverac. que madame du Brassard n'avait pu capturer pour sa fille. Le retour de madame de Bargeton, devenue préfète d'AngoulPme, augmenta les prétentions de Zéphirine pour sa bien-aimée fille\ile. Elle se oisait que la comtesse Sixte du Châtclet userait de son crédit pour celle qui s'était constituée son champion. Le papetier, qui savait son Angonlème sur le bout du doigt, aj'précia d'un coup d'œil toutes ces difficultés ; ijiais il ré- .solut de se lirer de ce pas difficile par une de ces audaces que Tartufe seul se serait permise. Le petit avoué, très surpris de la loyauté de son commanditaire en chicane, le laissait à ses préoccupations en cheminant de la papeterie à l'hôtel rie la rue du Minage, ofi, sur le palier, les deux importuns furent arrêtés par ces mots : — Monsieur et madame déjeunent. — Annoncez-nous tout do même, répondit le grand Cointet.
El, sur son nom, le dévot commerçant, aussitôt introduit, présenta l'avocat à la précieuse Zéphirine, qui déjeunait en tête à tête avec monsieur Francis du Hautoy et mademoiselle do La Haye. Monsieur de ï^énonches élait allé, comme toujours, ouvrir la chasse chez monsieur do Pimenlel. — Voici, madame, le jeune avocat-avoué de quije vous ai parlé, et qui se chargera do l'émancipation de votre belle pupille.
L'ancien diplomate examina Petit-Claud, qui, de son côté, regardait h la dérobée la h»Ue pupille. Quant à la surprise de Zéphirine, à qui jamais Cointet ni Francis n'avaient dit un mot, elle fut telle que .sa fourchette lui tomha des mains. Mademoiselle de La Haye, espèce de pie-grièche à figure rechignée, de taille peu gracieuse, maigre, à cheveux d'un blond fade, était, malgré son petit air arislooratique, excessivement difficile à marier. Ces mots père et mère inconnus, de son acte de naissance, lui inlerdisaient en n'alité la s[)hi're où l'amitié do sa marraine et do Francis la voul.iit [)lacer. M.idemoiselle do la Haye, ignorant sa position, fiiisait la diflieile : elle et^t rejeté le plus riche commerçant de L'Honmeau. La grimace assez .significative inspirée à mademoiselle do La Haye par l'aspect du mai;:re avoué, Cointet la retrouva si;r l(^s lèvres d(! Petit- Cliiud. Madame de Sénonches et Francis paraissaie?it se consulter pour savoir de quelle manière cong(''dier Cointet et son protégé. Cointet, qui vit tout, pria monsieur du Hautoy de lui accorder un moment d'audience, et pa.ssa dans le salon avec le diplomate.
— Monsieur, lui dil-il neltemenl, la palernilé vous aveugle. Vous marierez diflicllement votre fille ; e(, dans votre inléi(M h l(jus, je vous ai niis dans l'inqjossibililé do reculer, car j'aime Françoise comme on aime une pupille. Pi'tlt-Claud sait tout!... Son excessive amhilion vous garantit le boiihi'urde voiro chère petite. D'ahurd Françoise fera d(^ son maii tout ce (pi'elle voudra ; mais vous, aidé par la [iréftte qui nous arrive, vous en lerez un procureur du roi. Monsieur .Milaud est nommé décidi'ment a Nevers. Petil-Claud veiirlia sa charge, vous olilitindez faclli'iru'nt pour lui In [)lace d(' second substitut, et il deviendra l)ienii'»t [irocureur du roi, puis pré.sident du tribunal, député...
Ileyenn dans In sallo ft manger, Francis fut charmant pour le prétendu de sa fille. Il regarda madame do S('- Tiniiehes d'une certaine manière, et tinit cette scène de présentation i n invitant i'etlt-Claud l\ dîner jioiir lo lendemain, nllri de fduser aff/iires. Puis 11 refomiulsil le ni^i^ociant (•! l'avoué jusipie dans la cour en diMuit h l'elil- Claud <pie, sur la ncommandnlion de Cointet, il i-tail dispoié, ainsi rpie iiwiil.-ime île Si-norielies, h confirmer tout ce que le ^'anlien de la lorlune de m.iilemoiselle de Ln Haye niirnit disposé pour le bontieur de ce (lelit nngf. — Ah 1 qu'elle 0^1 Inide I .s'écrln Petil-Claud. Je suiH pris I... — lille
a l'air dislingué, répondit Cuintet; mais si elle était belle vous la donnerait-on?... Eh ! mon cher, il y a plus d'un petit propriétaire à qui trente mille francs, la protection do madame de Sénonches et celle de la comtesse du Châtelet iraient à merveille; d'autant plus que monsieur Francis du Hautoy ne se mariera jamais, et que cette fdie est son héritière. Votre mariage est fait ! — Et cornu. ont? — Voilà ce que je viens de dire, repartit le grand Cointet en racontant à l'avoué son trait d'audace. Mon cher, monsieur Milaud va, dit- on, être nommé procureur du roi à Nevers; vous vendrez votre charge, et dans dix ans vous serez garde des sceaux. Vous êtes assez audacieux pour ne reculer devant aucun des services que demanilera la cour. — Eh bien ! trouvez-vous demain à quatre heures et demie sur la place du Mûrier, répondit l'avoué fanatisé par les prohabilités de cet avenir ; j'aurai vu le père Séchard, et nous arriverons à an acte do société où le père et lo fils appartiendront au saint esprit.
Au moment où le vieux curé de Marsac montait les rampes d'Angoulème pour aller instruire Eve de l'état où se trouvait son frère, David étaii caché depuis onze jours à deux portes de celle du pharmacien Postel, que le digno prêlre venait de quitter. Quand l'abbé Marron déboucha sur la place du Milrier, il y trouva les trois hommes, remarquables chacun dans leur genre, qui pesaient de tout leur poids sur l'avenir et le présent du pauvre prisonnier volonlaire : le père Séchard, lo grand Cointet, le petit avoué maigrelet. Trois hommes, trois cupidités! mais trois cupidités aussi différentes que les hommes. L'un avait inventé de trafiquer de son fils, l'autre de son client, et le gi'and Cointet achetait toutes ces infamies en se flattant de ne rien payer. Il était environ cinq heures, et la plupart de ceux qui revenaient dîner chez eux s'arrêtaient pour regarder pendant un moment ces trois hommes.— Que diable le vieux père Séchard et le grand Cointet ont-ils donc à se dire? pensaient les plus curieux. Il s'agit sans doute entre eux de ce pauvre malheureux qui laisse sa femme, sa belle-mère et son enfant sans pain, répondait-on. — Envoyez donc vos enl'ans apprendre un état à ParisI disait un esprit fort de provii^e. — Eh I que venezvous faire par ici, monsieur le cun'^? s'écria lo vigneron on apercevant l'ubbé Marron aussitôt qu'il déboucha sur la place. — Je viens pour les vôtres, répondit lo vieillard. — Encore une idée de mon fils!... dit le vieux Séchard. — Il vous en coûterait bien peu de rendre tout lo monde heureux, dit le prêtre en indiquant les fenêtres où madame Séchard montrait entre les rideaux sa belle tête ; car elle apaisait les cris do son enfant en le faisant .sauter et lui chantant une chanson. — Apportez-vous des nouvelles de mon fils, dit lo père, ou, ce (jui vaudrait mieux, de l'argent?... — Non, dit monsieur Marron ; j'apfiorte à la so'ur des nouvelles du frère. — De Lucien?., s'écria Petit- Claud. — Oui. Le pauvre jeune homme est venu de Paris à pied. Je l'ai trouvé chez Courtois, nunirant de fatigue et de misère, répondit le prêtre. Oh 1 il est bien malheureux I
Peiit-i'.laud salua lo prfllro et prit le grand Cointot par lo bras en disant h haute voix : —Nous dînons chez madame d(^ Sénonches, il est temps de nous habiller !... Et h deux pas 11 lui ilil à l'oreille : — Quand on a le petit, on a bientôt la mère. Nous tenons David. — Je vous al marié, mariezmoi, dit le Kranil Cointet en laissant échapper un sourire fiiiix. — Lucien est nuin camarade de collège, nous étions cniiinal En hidt jours je saurai bien ipu-lque chose de lui. Faites en sorte que les bans se publient, et je vous réponds do mettre D.ivid en prison. Ma mission finit avec .von (lei'ou. — Ah I s'iM^ria tout donceinenl le grand Cointet, la belle affaire serait de iireinln^ le brevet à notre nom !
l'ii enlend.int cette dernière phrase, le petit avoiii! maigrelet fiissonna. Eu ce moment livo voyait entrer son beau-père et l'abbi' Marron, iiui, par un seul mot, venait de dénouer le ilranui judiciaire. — Tenez, niadaiwe Séchard, dit lo viiMl Ours h sa belle Mlle, voici notre curi^qui vient siins doute nous on raconter do belles sur volro frère.
EVE ET DAVID
— Oh I s'écria la pau^Te Evo atteinte au cœur, que peut-il donc lui être encore arrivé ?
Cette exclamation annonçait tant de douleurs ressenties, tant d'appréhensions, et de tant de sortes, que l'abljé Marron se hâla de dire : — Rassurez-vous, madame, il vit !
— Seriez-vous assez bon, mon père, dit Eve, au vieux vigneron, pour aller chercher ma mère? elle entendra ce que monsieur doit avoir à nous dire de Lucien.
Le vieillard alla chercher madame Chardon, à laquelle il dit : — Vous aurez à on découdre avec l'abbé Marron, qui est bon homme quoique prêtre. Le dîner sera sans doute relardé, je reviens dans une heure. Et le vieillard, insensible à tout ce qui ne sonnait pas ou ne reluisait pas or, Jaissa la vieille femme sans voir l'effet du coup qu'il venait de lui porter.
Le malheur qui pesait sur ses deux enfans, l'avortement des espérances assises sur la lôte de Lucien, le changement si peu prévu d'un caractère qu'on crut pendant si longtemps énergique et probe ; enfin, tous les événemens arrivés depuis dix-liuit mois avaient déjà rendu madame Chardon méconnaissable. Elle n'était pas seulement noble de race, elle était encore noble de cœur, et adorait ses enfans. Aussi avait-elle soutlert plus de m-iux en ces derniers six mois que dc-puis son veuvage. Lucien avait eu la chance d'élre Ruhempré par ordonnance du roi, de recommencer celte famille, d'en faire revivre le titre et b's armes, de devenir grand ! El il était tombé dans la fan;; : Car, plus sévère pour lui ipio la sœur, elle avait regardé Lucien comme pnrdu le jour où elle apprit l'afl'dire dis billets. Les mères veulent quelquefois se tromper; mais elles connaissent toujours bien les enfans qu'elles ont nourris, qu'elles n'ont pas quitlés, el, dans les discussions que soulevaient entre David et sa femme les chances de Lucien A Paris, madame Chardon, tout en parais.sant partager les illusions d'Eve sur son frère, tremblait que David n'eût raison, car il parlait comme elle enleiulail parler sa conscience de mère. Elle connaissait trop la délicalissede sensation de sa fille pour pouvoir lui exprimer ses douleurs, elle était donc forci-e de les dévorer dans ce silence dont sont capables seulement les mères qui savent aimer leurs enfans. l'^ve, do .son ciMé. suivait avec terreur les ravages que faisaient les chagrins chez sa nu"'re ; elle la voyait pussaot de la vieillesse à la décri'pilude, et allant toujours. La mère et la lille se faisaient donc l'une à l'aulre de ces nobles mensonges qui ne trompent point. Dans la vin do celle mère, la phras(« du fiToce vigneron fut la goutte d'eau ipn devait remplir la coupe des olfliclions; madame Chardon se sentit allejnte au cu'ur.
Aussi, quand Eve dit au prftlre : — Monsieur, voici ma mèrel quand l'abbi! regarda ce visage macèn'i comme celui d'imn vieille religieuse, encadré, de cheveux entièrement bl.imliis, niais embelli (lar l'air doux ei cilfiie .les frmmes pieuseiiieiil ri'^-ignèes, et (pu manhenl, coniiiie ou dit, h la volonté de Dieu, comprit-il toute la viedetesdeux créature». I.e prèlre n'eut plus de pilié pour le bi)iirreau, pour Lucien, il Ih'niit eu devinant tous les supplireh subis par les VHlimi's. — Ma mère, ilit i;ve eu s'evsu.vanl les yeux, mou [miivre frère e^i bien presilc nous, il e^l a Marsoc. — Et pourquoi [las in ï demaiido madame Chardon.
L'nbbé Marron raconta tout re (jup j.iirien lui avait dil dp» misères de son voyat'e, el les malheurs di' ses ilerniers Jours il l'aris. Il peiKiiil les aiufoisses qui \eiiaienl d'«xiler In poète ipiand il aviiit npns quels éiau-nl au s. iii il« sa famille les elVeLsile .s<'s imprudences, el ipielles l'I.iienl s.s appréhensions sur l'nccueil ipii pniivail l'allendrea Aui^cm- K^nir-. — En est- il nrrivi'- rt ilouter i\- nou.s'f dit lurtilami- Chardon. — Le malheureux esl venu vers voiut <i puhl, en subissant les plus hnrrililes privalioiis, el il revient disltov^ h entrer dans les chemins les plim huniliie', i|e In \ie. .. h réparer s'-s fanles. — Monsieur, flii h s<eiir, maigre le mal qu'il nous n f.iit, j'ninie iiinu fr^re roinme on aime le ciiriis d'un èlre iiiii n'est plus; el l'aimer uin--i l'esl enioni l'iiimer [ilns que lioniiroiip di< »«i>«ir.s n'iiuiieiil leurs lrère<i. Il iiiiiis a nnulus bu'ii iMiion.i; umis i|ii d
vienne, il partagera le chétif morceau de pain qui nous reste, enfin ce qu'il nous a laissé. Ah! s'il ne nous avait pas quittés, monsieur, nous n'aurions pas perdu nos plus chers trésors. — Et c'est la femme qui nous l'a enlevé dont la voilure l'a ramené! s'écria madame Chardon. Parti dans la calèche de madame deBargeton, à cAlé d'elle, il est revenu derrière ! — A quoi puis-jo vous Aire utile dans la situation où vous êtes? dit le brave curé qui cherchait uno phrase de sortie.— Eh ! monsieur, répondit madame Chardon, plaie d'argent n'est pas mortelle, dit-on ; mais cet plaies-là ne peuvent pas avoT d'autre médecin que le malade. — Si vous aviez assez cl'influence pour délenninor mon beau -père à aider son fils, vous sauveriez toute une famille, dit madame Séchard.— Il ne croit pas en vous, el il m'a paru très-exaspéré ccuitre votre mari, dit le vieillard à qui les paraphrases du \igneron avaient fait considérer les affaires de Séchard comme un guêpier où il no fallait pas mettre le pied.
Sa mission terminée, le prêtre alla dtner chez son petitneveu Poslel, qui dissipa le peu de l>onno volonté do «on vieil oncle en donnant, comme tout Angouléme, raison au père contre le fils. — Il y a de la r<'s.source avec des dissipateurs, dit en finis.sanl le petit rosti-l ; mais avec ceux gui font des expériences, on se ruinerait.
La curiosité du curé de Marsac était cnlièremcnt satisfaite, ce qui, dans toutes les provinces de France, est le principal but de l'exces^iif intérêt qu'on s'y témoigne. Dans 1,1 soirée, il mit le poëlc au courant de tout ce qui se passait chez les Séchard, en lui donnaul son voya;;e c*>uime une mission dictée yar la charité la plus pure. — Vousavei endetté voire so'ur et votre beau-frèn'de dix à douze mille francs, dit-il en lerminanl ; el personne, mon cher mim.Nieur, n'a celle oagalelle à prôler au voisin. En Angoumois, nous ne sommes pas riches. Jo croyais qu'il s'agis.-;iil de l>ooucoup moins quand vous me parliez de bille'.s. Après avoir remercié le vieillard de .si-s bontés le poêle lui dit: — Li parole de pardon que vous m'apportai est pour moi lo vrai trésor.
Le lendemain, Lucien partit de Irès-urand malin de Marsac pour Angoulême, où il entra vers neul heures, une canne h la main, vèUi d'une petite reduigole assez eiuloinmav'ée jiar le voyatteet d'un |i.inUiloii noir à tâ'intes bl.inclies Ses boites usées disaient ir,iilleursas.s<'r iju'il af<|Mirlnnail h la classe infortunée des piéions. Aussi ne so dissimulait-il («s l'ellel que devait pr<><luir«> «ur s^s roiiui.iinoies le rontrasie de son di-p/trl. Mais, k . ' .mI
s(uis l'elrcinte d"S n-niords ipielui i H
[irèire, il aeeepiaii pour l(< moment . lé
d'atfronter les regards des personne.s de jiit i\xiiu»ivsdiir/». Il se clisail en Ini-iu^ine : — io <tiiis héroique I Tuules ce« natures de poiMe ronirneiieenl par se du| •■ •'•■<.
A nesiiri' rpi'il nwirch'i d.iiis L'IUiuiiii'aii, ^ li-
tre la honte de re retour el la | .l'-vii' ,!ii ^ --..ii
cn'ur baliilen pa.ss.inMeviini ' u-
rensenienl iHiur lui, Léonie \' la
liniiUqui- avec MMi eiilani. Il ^ té
ri>iiMrvait de foreeHe niMii <|i"«in I '"
niari.u:.-, Poslel H\ai| fait répète (r- i-
dos- lis. rumine n l'ari» : l'M» loi > n ii-
pe lie la porle l'alel. I.uri. li or
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1.- voila I l.uneii revil In »ieii alinlnf <i U *-.i.l«' i.-t.i. il tioiiv'i 'I -n* l'espjiliKr Ml ui>iir i<t «a in^re, el lia n'enibrAS'
lait ar'epier lu .loi. le .^i l.i.
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iiiiiii» lui av.ut liruiii le teint .
DE BALZAC
empreinte dans ses traits, jetait ses ombres sur son front de poëte. Ce changement annonçait tant de souffrances, qu'à l'aspect des traces laissées par la misère sur sa physionomie, le seul sentiment possible était la pitié. L'imagination partie du sem de la famille y trouvait au retour de tristes réalités. Eve eut au milieu de sa joie le sourire des saintes au milieu de leur marIjTO. Le chagrin rend sublime le visage d'une jeune femme très-belle. La gravité qui remplaçait dans la figure de sa sœur la complète innocence qu'il y avait Mie à son départ pour Paris, parlait trop éloquemment à Lucien pour qu'il n'en reçût pas une impression douloureuse. Aussi la première effusion des sentim^iK, si vive, si nalurelle, fut-elle suivie de part et d'aulre d'une réaction : chacun craignait de parler. Lucien ne put crp .iidant s'empêcher de chercher par un n'gardc lui qui m.uiquait à cette réunion. Ce reg;ird bien c .mpris lit lomJre in larmes Eve, et par contrc-cnup Lucien. Q lant à madame Chardon, elle resta blême, et en appirenee impa^-iMe. Eve se l<^va. descendit pour épargner à snii l'ière un mot dur, et alla dire à Marion : — Mon enfant, Lucien aime les fraises, il faut en trouver!... — Oh I j'ai bi^n pensé que vous vouliez léler monteur Lucien. Soyez trauijuille, vous aurez un joii petit déjeuner et un bon dîner aussi. — Lucien, dit m.nJamt' Ctiaidon àson fils, tu as beaucoup à réparer ici. Tarli pour être un sujet d'orgueil pour (a famille, tu nous a plongés dans la misère. Tu as presque brisé dans les mains de ton (rère l'inslrument de la fortune à laquelle il n'a songé que pour sa nouvelle famille. Tu n'as pas brisé(|ûe cela... dit la mère. Il se fit une pause effrayante, et le silence do Lucien impliqua l'acceptation de ces reproches maleriiels. — Enire dans une voie de travail, reprit doucement madame Chardon. Je ne te blàmo pas d'avoir tenté de (aire revivre la noble famille d'où je suis sortie; mais, h de telles entreprises, il faut avant tout une fortune et des senlimens fif^rs : tu n'as rien eu de tout cela. A la croyance, tu as fuit succéder en nous la défiance. Tu as détruit la paix de celte famille travailleuse et résignée qui cheminait ici dans une voie difficile... Aux premières fautes, un premier pardon est dil. Ne recommence pas. Nous nous trouvons ici dans d''s circonstances ditliciles, sois prudent, écout(> tasoîurrle malh'-ur est un maître dont les leçons, bien durement données, ont porté leur fruit chez elle : elle est devenue sérieuse, elle est mère, elle porte tout le fardeau du ménage par dévouement pour notre cher David; enfin, elle est devenue, par ta faute, mon unique consolation.— Vous pouviez Aire plus sévère, dit Lucien en embrassant sa mère. J'acceple votre pardon, parce que ce sera le seul que j'aurai jamais h recevoir.
Eve revint: à la po.se humiliée do son frère, ello comprit quo madame Chardon avait parlé. Sa bonté lui mit un sourire sur les lèvres, auquc^l Lucien répondit p:ir des larmes réprimées. La présence a comme un charme, elle change b'S dispositions les plus hostiles entre umanscomme iiii sein des familles, quelque forts que soient les motifs de mécontentement. Est-ce (]ue l'affection trace dans le cœur des cliernins où l'on aime h retombiT'f Ce fihénomène appartient-il h la science du matmi-iisme? La raison <lit-el|(> «lu'il faut ou ne jamais se revoir ou se pardonner? Que ce soit nu raisonnement, ?i iinn cause physlipie ou ii l'Ame (jue cet elfid npparlii'niie, chacun doit avoir eprouvii tpie 1rs regards, le geste, l'action d'un être aimé n'trouvent chez ceux «pi'il a le plus oll'i'usés, ch.igritK's ou maltraités, des vesli(jf<s d(ï tendresse. Si l'esprit oublie dil'licilemenl, si l'intérêt souH'ri' encore, le cwur, malgré tout, reprend sa si-rvitude. Aussi, In pauvre so>ur, eu écuutanl jiivi]u'/l rii'Mire du di'jeuner li's conflili'iice du Irèri», ni' fut -elle pas mnllresse de si's yeux cpiand elle le regarda, ni de sen nc- C'-nl quand elle- JaisMi parler son cn^ur. Iji (■omprenantles élémensdo 1,-1 vie littéraire ,'i Paris, ello com[)rit romment Lucien nrnit [lu succumbiTrlans la lulti-. Lu joie du piiéli' en cnre^snnl l'enfant dr'sa smur, ses('nfanlilla;,'c's,|ebiiiili('uide revoir son pay.s cl Is sji-ns, niêli'» nu profond clia!,'riii fie savoir David caché, l^s mots de mélancolie rpd ('clinpjArcnt b Lucien, son allondrisscincnt en voyant (|u'au mi-
lieu de sa détresse sa sœur s'était souvenue do son gotit quand Marion servit les fraises; tout, jusqu'à l'obligation de loger le frère prodigue et do s'occuper de lui, fit de cette journée une fêle. Ce fut comme une balte dans la misère. Le père Séchard lui-même fit rebrousser aux deux femmes le cours de leurs sentimens, en disant : — Vous le fêlez comme s'il vous apportait des mille et des cent!,...
— Mais qu'a donc fait mon frère pour ne pas être fêlé?... s'écria madame Séchard jalouse de cacher la boute de Lucien.
Néanmoins, les premières tendresses pn-sées, les nuances du vrai percèrent. Lucien api-rail biciil.'il chez Eve la dilférrnce de l'affeclion actuelle et de celli' iprellc lui portait jadis. David était profondément honoré, taudis (pie Lurien était aimé quand même, et comme on niiiu; une maîtresse malgré les désastres quelle cause. L'estime, fonds nécessaire à nos sentimens, est la solide étoffe qui leur <loiine je ne .saLs iiuelle certitude, qu'elle sécurité dont oa vit, et qui manquait entre madameChar Ion et sou fiN, entre le frère et la sœur. Lucien se siiiiil privé de celle entièro confiance qu'on aurait eueen lui s'il n'aviiil |).is failli à l'honneur. L'opinion écrite [lard'Arlliez sur lui, devciuu! celle do sa sœur, se laissa dev lier dans le-i g'^sté-:, dans les regards, dans l'accent. Lucien étaient plaiiii ! mas quant à être la glidre, la noblesse de la famille, la héros du foyer domestique, loules ces belles espérances avaient fui sans retour. On oaignil assez sa légèreté pour lui cacher l'asile où vivait David. Eve, insensible aux caresses dont fut accompagnée la curiosité de Lucien, qui voulait voir son frère, n'était plus l'Eve de L'Houmeau pour qui jadis un seul regard do Lucien était un ordre irrésistible. Lucien parla de réparer ses torts, en se vantant de pouvoir .sauver David. Eve lui répondit : — No t'en mêle pas, nous avons pour adversaires les gens les plus perfides et les plus habiles. Lucien hocha la tête, comme s'il eût dit : — J'ai combattu des Parisiens... Sa sœur lui répliqua par un regard qui signifiait :
— Tu as été vaincu. — Je ne suis plus aimé, pensa Lucien. Pour la famille comme pour le monde, il faut donc réussir.
Dès le second jour, en essayant de s'expliquer le peu de confiance de sa mère et de sa sœur, le poëte fut pris d'une [lensée non pas haineuse, mais chagrine. Il appliqua la mesure de la vie parisienne à cette chaste vie de province, en oubliant que la médiocrité patiente de cet intérieur sublime de résignation était son ouvrage. — Ell(>s sont bourgeoises, elles ne peuvent pas me comprendre, se dit-il en se .séparant ainsi de .sa sœur, de sa mère et de Séchard, qu'il ne pouvait plus tromper ni sur son caractère ni sur son avenir.
Ive et madame Chardon, chez qui le sens divinatoire était éveillé par tant de chocs el tant de malheurs, épiaient les plus secrètes pensées do Lucien, elles .se sentirent mal jugées et le virent .s'isolant d'elles. — Paris nous l'a bien changé ! se dirent-elles. Elles rereuillaient enfin le fruit do l'égoïsmo qu'elles avaient elles-mêmes cullivé. Do part et d'aulre, ce léger levain devait fermenter, et il ferinenlu, mais principal(>ment chez Lucien, qui se trouvait si reprochnble. Quant à Eve, elle était bien de ces sœurs ()ui savent dire à un frèro en faute: — Par<lonne-moi tes torts... Lors(pio l'union des Ames a été parfaite comme elle le fut au di'but de la vie entre lîve et Lucien, toute atteinte h co bi'.-iu idéal du siMiilmeut est mortelle. Là nfi di's scélérnt.s .se raccoiniiKidi'ut après des coups de poignard, les amoureux .se brouillent irn'vocablement pour un regard, pour un mot. Dans c(^ souvenir de la (piasi-perfection de la vie du cœur se tro'ive le secret de sr'parnlions souvent inex()licabli'S. On peut vivre avec une di-liaiici^ au ciciir, quand le passé n'olfre [las le tableau d'une affection puro et .sans nuages; mais |iour drux êlri's autrelols unis, une vie où le ri'gard, la [laroleexigeiil des précautions, devient insupporlubli'. Aussi le . gr.iuds poijtes foutais mourir leurs Paul et Virginie au sortir d(î l'adolescence. Compn^ndriez-vous Paul et Virginie brouillés?... Hemnnpions, à In gloire d'ICvo et do Lucien, (pie les intérêts, si foiteinenl blessf's, n'avivaient |ioint ces blessures: chez la sœur inéi>ri..t.lwblL',
EVE ET DAVID
comme chez le poëte de qui venaient les coups, tout était sentiment; aussi le moinJre malenlonitu, la plus petite querelle, un nouveau m ''compte dii à Lucien pouvail-il les désunir o-.x inspirer une de ces querelles qui brouillent irrévocdLljiiifiit. En fait d'argent tout s'arrange, mais les sentimens sont impiioyaldes.
Le lendemain Lucien reçut un numéro du journal d'Angoidèmc. cl paiil de plaisir en se voyant le sujet d'un des Premiers-AngouWme que se permit cette estimable leuillo qui, semblable aux Académies de province, en lillo bien élevée, selon le mot do Voltaire, ne faisait jamais parler d'elle.
« Que la Franche-Comté s'enorgueillisse d'avoir donné le jour à Victor Hugo, à Charles Nodier et à Cuvier ; la Bretagne, à Clia'.eaubriand et à Lamennais; la Normandie, h Casimir Dilavigne ; la Tourainc, à l'auteur d'Eloa ; aujourd'hui, l'Aiigoumois, où déi<) sous Louis XllI l'dlustro Guez, plus connu sous le nom de Balzac, s'est fait notre compatriote, n'a plus rien à envier à ces provinces ni au Limousin, qui a produit Dupuytren, ni à l'Auvergne, patrie de Montlosier, ni à Bordeaux, qui a eu le bonheur de voir naître lant de grands hommes ; nous aussi, nous avons un poëtol l'auteur des beaux sonnets intitulés les Marguerites }o\iit à la gloire du poëte celle du prosateur, car on lui doit également le magnilique roman de l'Archer de Charles IX. Un jour nos neveux seront lic>rs d'avoir pour conqialrlote Lucien Chardon, un rival de Pétrarque 111... « Dans li'S journaux de province de ce temps, les points d'admiration ressrmblaient aux hurra par lesquels on accueille les fpeech des meeting en Angleterre. « Malgré ses éclalnns succès h Paris, notre jeimo poète s'est souvenu que l'hôtel do Bargeton avait été le berceau de ses triomphes, que l'aristocratii; angoumoisine avait applaudi, la première, à ses poésies ; que l'épouse de monsieur le comte du CliAlelet, préfet de notre département, avait encouragé ses premiers pas dans la carrière des Muses, et il est revenu parmi nous I... L'Iloumeau tout entier s'est ému i|uand, hier, notre Lucien de Itubempré s'est présenté. La ni\uvelle do son retour a produit p:irloul la plus vive semai on. Il est rerlain que la ville d'Angouh^me ne se laissera wx devancer par L'Iloumeau ilans les honneurs qu'on pàvl de décerner à celui qui, soit dans la presse, .«•oit da\ s v'* littérature, a représenté si glorieusement notre ville .'\ l\\ is. Lucien, h la fois poëte rpligieux (!l royalisie, a bra\ l'i k fureur des partis ; il est venu, <lil-on, se reposer des fuliftics l'uni? lutte qui fatiguerait des alhlMes plus forts encore qi\ de:» hommes de pi)i''Nie et de n^verie.
« Par unt' penséinimineHimenl politique, à l.i(|uelK nous npplnudisson<, et que nind ime la cominsso du ChAtefel n eue, dil-on, In prr'inière, il est question de rendre Ji notre grand (loi'le I" tilp- et le nom de l'dhislre finnlle des lluliempré, ilonl l'uniqni< hi'riiit're est madame Chardon, sa mère. Hajeunir ain-i. par di-s lalen-e| panh's gloires nouvelles les vieMles fimilles près de s'eleindre esl, chez l'immortel nuteiir de la (hiirle, une nouvelle preuve de son constant désir exprlmt* par ces mots : union et oiilili.
« Notre poëte esl desremlu chez un s<Fur, madame Séchard. »
A 1.1 rubrique d'AngoulOine se trouvaient les nouvelles suivantes :
« Notre préfet, mon-ieur le rnmle du ChAlelel. di'j/i nommé geniithotnme «Tdinnire de la chambre de Sn Miiji'sté, vient d iMre fait conseiller d'Klat en wrvic- exlraurdinnire. »
« Hier toutes les nuloriJ^s se .sont pr<V.onlées chez monsieur le préfet, n
u Madame» In romtoMn Sixie du CliAtelnl rrrevrn Iouh les jeudis. »
<i Le m. lire de I. T.si'arbi», monsieur île NèKreplU'^e, ri'pré^'ii' lul de lu brandie r.idelle iti-» il'l'lij.irl, l'èri' demi. duiiiii du C.hrt'elel. T' l'eiiinieiil iioniiné romle. pur il" l'rnnee, et coinmaiideiir «lu l'ordri' ruynl de SiimI-I.imiii. es», ilil-i>n. iliKIgnô pour pri''<ider le Kraïul roliege élei loral d'AngoulOmu atis prochuiueï élections. ■
— Tiens ! dit Lucien à sa sœur en lui apportant le journal.
Apres avoir lu l'article attentivement, Eve rendit la feuille à Lucien d'un air pensiL
— Que dis-tu de cela? lui demanda Lucien étonné d'une prudence qui ressemblait à de la froideur. — Mon ami, répondit-elle, ce journal appartient aux Cointet, ils sont absolument les maîtres d'y insérer des articles, et ne pouvent avoir la ma'n forcée que p.ir la préfecture ou par l'évèehé. Supposes-tu ton ancien rival, aujourd'hui préfet, assez généreux pour chanbT ainsi les louanges? Oubliestu que les Cointet nous poursuivent sous le nom de Métivier, et veulent sans douto amener David à les faire proOter de ses découvertes?... D-' quelque part que vienne cet article, je le trouve inquiétant. Tu n'exciuis ici que des haines, des jalousies; on l'y calomniait en vertu du proverbe : Stil n'eft prophète en fon paya, cl voilà que tout change en un clin d'M-il !... — Tu ne connais pas l'amour proi)ro des villes de province, répondit Lucien. On esl allé dans une petite ville du Midi recevoir en triomphe, aux porles de la ville, un jeune homme qui avait n-mporlé le prix d'honneur au grand concours, en voyant en lui un graiiil homme en herbe ! — Ecoute-moi. mon cher Lucien, je ne veux pas le .sermonner, je le dirai tout dans un seul mot : ici défie-loi des plus petites choses. — Tu as raison, répondit Lucien surpris do trouver sa sœur si peu enthousiaste.
I-e poète était au comble de In joio de voir chnnp^r en triomphe sa mesquine et honteuse rentrée à AngouU^me. — Vous ne croyez pas au peu de «loire qui nous coi'^le .si clirr! s'écria Lucien aprè^ une heure de silence pen<lanl laquelle il s'amassa comme un orage dans son cœur. Pour toute réponse, Eve regarda Lucien, et ce regard le rendit honteux de son accusation.
Quebpies instans avant lo dîner, un garçon de bureau do la préfecture ap|H)rla une lettre nilressée à monsieur Lucien Chardon, et qui parut dunner gain de c.iuse .'i la vanité du pou:e, que le monde di.sputait h la famille. Celle lettre était l'invitation suivante :
0 Monsieur le comte Sixte du Ch.'^lelel et m.iil.ime la comtesse du CliUelel prient niiuisii-ur l.iirii'ii ( b.ird ii de leur faire l'honneur dedîncravcc eut le quuui> septembre prochain. >. S. v. p. »
A celle lettre était jointe celte carie de vi-ile :
LE COMTE iIXTE 00 CHATtLET,
Gcntlllioinnio ordinnir» ilo \a ("Ji.imlun du Roi, Pf^fcl do ta Cbareiile, Conseiller d'Klal.
— Vous Oies en faveur, dit le fit-rv «vVh.ird, on |virle de vous en ville comme d'un (jran 1 iKTtuMni.i' . Or> «o .lUpulernlie Angouli^inei I L'IlouiiiiMM des couronnes...— Vachère l'Ai'. dit In. >r.
je me nlroiive nbsidument coniiiu , ' le jour où Ji- d'Vals nlliT rhex malnme lir h . i>U MUS I .il it l'iiir le.lbv'r.lu préf-l, — 1 ik
bon sciiN lie In lemme île prmiiii' le doii «• monlrer n>i mon.le qu'nvif
lliineromplel, el en !■ "•
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Cull? (,iue i" ul |Mllir I *»•'
ni.iihiiii'-i on p.i* qu. |.|..«> tb.i'.*' tviiiUe K.w 11. lin ilnil i.(ir dire n »^^t »n"ir, At.itil d'rtllrr w rou. Iirf i — Tu ne ui»
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