‹ Scènes de la vie de provinceChapitre 6 sur 45 · PB BALZAC. — U · texte numérisé non relu

PB BALZAC. — U

Extrait do la Com/dte humaine.

ce que vous en savez. Le châtiment qu'encourra voh-e mari n'est pas d'ailleurs la seule chose à redouler, il Inul éviter la dcstilulion de voire fils et ne pas lui casser lo cou. Oans queNjues in?lans , il ne serait plus temps, la gendarmerie est en selle, cl le mandat de dépôt va partir pour Nemours. Zélio se trouva mal. Quand elle eut reprisses sens, elle avoua tout. Après lui avoir démontré qu'elle était rompiicc, le magisirat lui dit que, pour ne perdro ni son fils ni son mari, il allait procéder avec prudence.

— Vous avez eu all'airc à riiommo et non au magisirat, dit--il. Il n'y a ni plainte adressée par la victime ni putilicilé donnée au vol; mais volro mari a commis d'horribles crimes, madame, qui ressortissenl à un tribunal moins commode que je ne le suis. Dans l'étal où .se trouve celte affaire, vous serez obligée d'être prisonnière... Oh I chez moi, et sur parojc, fit-il en voyant Zélie près de s'évanouir. Songez que mon devoir rigoureux serait de requérir ua mandat do dépôt et do faire commencer uno inslruclion ; mais j'agis en ce moment comme tuteur de mademoiselle Ursule Mirouël, et ses intérêts bien culcndus exigeai une transaction.

— Ah ! dil Zélio.

— écrivez à volro mari ecs mots... El il dicta la Icltro suivante à Zélie, qu'il fit asseoira son bureau.

« Mon omit, geit suit arraiiê, et geai ton cli. Jiemais les » haincequcripnont que naulre honci/ueaiet Idsfées à monr> sieur de l'orlenduire an verretu du tefceUimand queue tu » a brûlai, carre monsieur le praucureure du roa tien dô » pliaire haupozitiono Traitsaur. »

— Vous lui éviterez ainsi les dénégations qui lo perdraient, dit lo magistrat en souriant de l'orthographe. Nous allons voir à opérer convenablement la restitution. Ma fcmmo vous rendra volro séjour chez moi le moins désagréable possible, cl jo vous engage à no point dire un mot, et à ne point paraître amigéc.

Une fois la mère do son substitut confessée cl claquemurée, le magistrat fil venir Désiré, lui raconta de point en point lo vol commis par sonfière, occultement au [iréjudico d'Ursule, palcmment au préjudice de ses cohéritiers, cl lui montra la lettre écrite par Zelie. Désiré demanda lo premier à se rendre à Nemours pour faire faire la restitution par son père.

— Tout est grave, dil lo magistral. Lo testament avant été déiruil, si la chose s'ébruite, les héritiers Massin et Crémière, vos parens, peuvent intervenir. J'ai maintenant des preuves sufiisantes contre votre prre. Jo vous rends voire mère, que cette petite cérémonie a sultisamment édifiée sur ses devoirs. Vis-à-vis d'elle, j'aurai l'air d'avoir cédé à vossuppli-ations en la délivrant. Allez a Nemours atbc elle, cl menez h bien toutes ces dil'licultés. Ne craignez rien de personne. Monsieur Bongrend aime trop mademoiselle Mirouël pour jamais commettre d'indiscrétion.

Zelie et Di'siré partirent aussitiM pour Nemours. Trois heures après le départ de son substitut, lo procureur du roi reçut par un ex()rès la lettre suivante, dont l'orthographe a été rcîtablie, allii do no pas ûiiro riro d'uû hommo alteiul pur lo malncur.

A MONSIEUR LE PnoCUnEUFl DD ROI PRÈS LE TRIBUNAL DE FONTAINEBLEAU.

a Monsieur,

to Dieu n'a pas été aussi Indulgent que vous l'aies pouï » nous, et nous sommes otteluis par un mallieur irrépn- » rallie. En nrrivani nu |>onl do Nemours, un Irait s'est I) d('crorlié. Ma femme elail sans domestjquo derrière la » voilure, Ion chevaux sentalenl l'écurie, mon lils rrai- » gnant leur ini|>alienre n'a p<is voulu ijiu» le cocher des- » ceiidil, cl a mis (lied h lerro pour accrocher lo Irait. Au » monieiit où il se retournait pour monter auprès de sa » mère, les clievau:: so sont eiiiporté,s, Désiré ne s'e.sl \ms

.serre coiilro lu parapet os^icz h temps, lo marchepied lui

DE BALZAC

» a coupé Ips jambes, il est tombé, la roue de derrif'rc lui a » passé sur le corps. L'exprî-s qui court à Paris cherciier » les premiers chirurgiens vous fera parvenir celte lettre » que mon lils, au milieu de ses douleurs, m'a dit do vous B écrire, afin de vous faire savoir notre enlière soumission B à vos décisions pour l'aflairc qui l'amenait dans sa fa- B mille.

» Je vous serai, jusqu'à raon dernier soupir, rcconnais- B sant de la manière dont vous procédez, ci je justiûerai » votre conûaflcc.

B François Misoret. »

Ce cruel événement bouleversait la villo do Nemours. I.a foule émue à la grille do la maison Minoret apprit à Savinicn que sa vengeance avait été prise en main par un plus puissant (]uc lui. Le gentilhomme alla prcmplcmcnt chez Ursule, où lo curé de mCme que In jeune fille éprouvait plus do terreur que de surprise. Le lendemain, après les premiers pansemons, quand les médecins et les chirurgiens de Paris curent donné leur avis, qui fut unamimo sur la nécossilé de couper les deux jambes, Minoret vint, abattu, pâle, fléfail, accompagné du curé, chez Ursule, où so trouvaient Dongrand et Savinien.

— Mademoisello, lui <lit-il, je suis bien coupable envers TOUS; mais si tous mes torts no sont pas complètement réparables, il en est (|ue je puis expier. Ma femme et moi, nous avons fait vœu de vous donner en toute propriété noire terre du Rouvre, dans lo cas où nous conserverions notre fils comme dans celui où nous auiùons le malheur afl'reux de le perdre.

Cet homme fondit en larmes à la fin do cetto phrase.

— Je puis vous affirmer, ma -chère "Ursule, dit le curé, que vous pouvez et que vous devez acccepter une partio do cette donation. ,

— Nous pardonnez-vous? dit humblement lo colosse en Se mettant à genoux devant cette jeune fille étonnée. Dans qucl(|ucs heures l'opération va se faire par le premier chirurgien do lllôtcl-Dicu, mais je ne me fie point à la science humaine, je crois à lu loulc puissance de Dieul Si vous nous pardonniez, si vous alliez demander à Dieu do nous conserver noiro lils, il aura la force de supporter ce supplice, cl, j'en suis certain, nous aurons lebontiourdo lo conserver.

— Allons tous à l'église! dit Ursule en so levant.

Ufio lois debout, elle jeta un cri perçant, retomba sur son f'iuteuil cl .s'évanouit. Q^'inil elle eut repris ses sens, elle aperçut ses amis, moins Minoret qui s'était précipilé dehors pour aller chercher un méilecin, tous, les yeux arrêtés sur elle, inquiets, attendant un mot. Ce mot répandit un clfroi dans tous les cœurs.

— J'ai vu mon parrain à la porte, dit-elle, et il m'a fait signe cjiiil n'y avait aucun espoir.

Le londeniaiii do l'opération, Dr-siré mourut en cITet, emporlé par la fièvre et par la revu l.sion dans les humeurs qui succède à ces opérations. Madame Minoret, dont lo ' cœur n'avait d'autre .senlinient qui^ la matcrnrté, devint folle après l'cnterremenl de .son (ils, et fut conduite p.ir son mari chez le docteur lilaocho.où ellce.stmorlec;iiH41.

Trois mois après ces événemcns, en janvier itS,'l7, Ursule époii,s.-i Savinien du consentement de madame ilo l'orlen-. duèrn. Minoret intervint au conlrat pourdormer .'i madnmoisi'lle Mirouet sa terre du Itouvro et vingt-ipiatre nullo francs do renies sur le grand-livre, en ne gardant do .sa lurluni! quo la mai.son de .son oncle et .six mille Irancs do renies. Il est devemi l'hommo lo plus charital)l(\ lo plus pieux do Nemours; il est marguilhcr do lu puroiijso et la providence des malheureux.

— Les pauvres ont remplace mon calant, dil-il.

Si vous avez remarqué sur le bord des chemins, dans les pays où l'on étètc le chêne, quelque vieil arbre blanchi et comme foudroyé, poussant encore des jets, les fiancs ouverts et implorant la hache, vous aurez une idée du vieux maître de poste, en cheveux blancs, cassé, maigre, dans qui les anciens du pays ne retrouvent rien de l'imbécile heureux que vous avez vu attendant son fils au commencement de celte histoire; il ne prend plusson tabac de la mémo manière, il porte quelque chose de plus que son corps. Enfin, on sent en toute chose que le doigt de Dieu s'est appesanli sur celle figure pour en faire un exemple terrible. Après avoir tant liai la pupille de son oncle, co vieillard a, comme lo docteur Minoret, si bien concentré ses afieclions sur Ursule, qu'il s'est constitué le régisseur do ses biens à Nemours.

Monsieur et madame de Portenduère passent cinq mois de l'année à Paris, où ils ont acheté dans le faubourg Saint- Germain un petit hôtel. Après avoir donné sa maison do Nemours aux Sœurs de Charité pour y tenir une école gratuite, madame de Portenduère la mi^re est allée habiter lo Rouvre, dont la concierge en chef est la Bougival. Le pèro de Cabirolle, l'ancien conducteur do la Ducler, homme do soixante ans, a épousé la Bougival, qui possède douze cents francs de rente outre les amples revenus de sa place. Cabirolle fils est le cocher de monsieur de Portenduère.

Quand, en voyant passer aux Champs-Elysées une de ces charmantes petites voitures basses appelées escargots, doublée do soie gris de lin ornée d'agrémens bleus, vous y admirerez une jolie femme blonde, la figure enveloppée comme d'un feuillage par des milliers de boucles , montrant des yeux semblables à des pervenches lumineuses, et pleins d'amour, légèrement appuyée sur un beau jeune homme ; si vous étiez mordu par un désir envieux, pensez que ce beau couple, aimé do Dieu, a d'avance payé sa quote-part aux malheurs de la vie Ces doux amans mariés seront vraisemblablement le vicomte de Portenduère et sa femrhe. 11 n'y a pas deux ménages semtilables dans Paris.

— C'est le plus joli bonheur que j'aie jamais vu, disait d'eux dernièrement madame la comtesse de l'Estoraile.

Bénissez donc ces heureux enfans au lieu do les jalouser, et cherchez une Ursule Mirouèt, une jeune fille élevée par trois vicillardset par lameilleuredesmères, par.l'Adversité.

Goupil, qui rend service .'i tout le monde et que l'on regarde 5 juste titre comme l'homme le plus spirituel de Nemours, a l'estime de sa petite ville; mais il est puni dans ses enfans, qui sont horribles, rachiliques, hydrocéphales. Dionis, son prédécesseur, fleurit à la Chambre des Députés dont il est un dos plus beaux ornemens, à la grande satisfaelion du roi des Français, qui voit madame Dionisà tous ses bals. Madame Dionis raconte h toute la ville tle Nrnidurs les particularités de ses réceptions aux Tuileries el 1rs grandeurs de la cour du roi des Français ; elle trône a Nemours, au moyen du trône (jui certes devient alors populaire.

Boiigrand est juge d'instruction au tribunal do Fontainebleau ; son lils, qui a épousé mademoiselle Levrault, est un très honnête procurour-gi'néral.

Madame Crémière dit toujours les plus jolies choses du monde;. Elle ajoute un g h lamhouri/, soi-disant parce ()uo sa plume crache. La veille du mariage do sa lille, elli' lui a dit en terminant ses inslruciions» qu'une femme devait rire ta chenille ouirièrc de .sa mai.soii, et y porter en toute chose des yeux de sphinx. » Gou[)il liiit d'ailleurs un recueil des coqs-c'i-l'Ane de .sa cousine, un Crémiérana.

— Nous avons eu la douleur de perdre lo bon abbé (.lia. peron, u dit cet hiver madame la vicomtesse de Porlen. duèie qui l'avait soigni! pendant .sa maladie. Tout le canton était à .son convoi. Nemours a du bonheur, car le succcs.scur do 00 suint homme est le vénérable curé de Suint- Lange.

FIN D'CUCLB MIROUET.

l'ail», —lui) rlmcrlc ). >olncucl, 16, rue du CroliMiil,

Stcitcs "îit la ^le fit î3ri)i>mce.

1>¥.S C¥.\.\^VTV\^1.S.

PIERRETTE

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