LA REPRISE DES FORÇ ATS DE L'H 0\X E UR
— C'est trop fort !
— Oui... c'est trop fort! Dire que tren.te personnes s'échinent depuis trois mois sur trois malheureux actes auxquels on ne comprend rien...
— Oh!
— Vous n'y comprenez rien vous-mêmes...
Savez- vous seulement ce que vous voulez? Non, vous ne le savez'pas!
Robinet blêmissait ; Saint - Phar , rouge comme un coq, allait toujours :
— Où sont vos deux derniers actes? Vous deviez les apporter hier... Mais ils ne sont pas faits, vous ne les ferez jamais... et il faut que nous soyons là, acteurs, régisseuretdirecteur, prêts à subir tous vos caprices et obligés de supporter vos ridicules observations?... Eh bien non ! non ! ! non ! ! ! J ai trente ans de théâtre, et ce n'est pas après trente ans de théâtre qu'on se laisse conduire par des auteurs tels que vous!
Ces derniers mots, lancés d'une voix éclatante, avec un geste hautement dédaigneux, allaient produire un effet énorme. Cerneuil vit le coup et se précipita devant son ami :
— Tais-toi, dit-il, ne nous commettons pas avec ce monsieur !
Et se tournant vers Saint-Phar, qui se
tenait campé, les bras croisés, les yeux fixes, les narines frémissantes...
— La Société des auteurs dramatiques appréciera l'injure faite à deux de ses membres.
Saint-Phar n'avait pas bougé.
Cerneuil échangea un regard avec Robinet.
— En attendant, ajouta-t-il, nous retirons notre pièce.
Sur ce mot, Saint-Ph'ar passa de l'indignation au ricanement.
— Ah! ah! fit-il, c'est donc cela! Voilà où vous vouliez en venir? au retrait de la pièce... Il fallait le dire tout de suite. Vous nous auriez épargné une rude peine !
— Nous faisons toutes nos réser\'^es au sujet de l'indemnité...
— Oui... oui... reprenez votre pièce, allez! C'est ce que vous avez de mieux à faire.
— Et nous déférerons à la Société des auteurs dramatiques...
— Tout ce que vous voudrez. Allez, messieurs, allez!... je ne vous retiens pas.
Les auteurs ainsi congédiés étant partis, les acteurs assemblés pour la répétition ayant disparu à leur tour, il ne restait plus que trois personnes en présence : le vieux souffleur Ulric, immobile sur sa chaise; le régisseur Roseval, debout, tremblant, attendant des