LA REPRISE DES FORÇ A TS DE L'HOSXE UR
ordres; et M. Saint-Phar, arpentant la scène, sombre, agité, silencieux...
Tout à coup, le directeur s'arrêta et dit à haute voix :
— Qu'allons-nous faire, maintenant?
Saint-Phar n'avait pas l'habitude de consulter ses inférieurs. Cette interrogation ne s'adressait qu'à lui-même, c'était un lambeau de monologue.
Pourtant, Roseval pensa qu'il pouvait y répondre. Il glissa timidement ces deux mots ;
— Une reprise...
— Une reprise! rugit Saint-Phar en se tournant brusquement vers le pauvre régisseur, mais laquelle? Je vous le demande! laquelle ?
Et il se remit à marcher, comme Napoléon dans les pièces de l'ancien Cirque-Olympique.
Ce fut le vieux souffleur qui rompit le silence.
— Dites donc, Roseval ! fit-il en interpellant son camarade, d'un air dégagé, vous rappelez-vous les Forçats de l'honneur?
Cette simple phrase produisit l'effet attendu. Le directeur s'arrêta de nouveau.
— Les Forçats de l'Honneur, murmura-t-il, c'est une pièce qui a eu un grand succès autrefois...
— Et qui n'a pas été reprise, ajouta le souffleur.
— Vous croyez ?
— J'en suis sûr... On n'a jamais pu trouver un acteur pour le rôle de Fontenoy...
— Ah ! c'était Fontenoy?
— Et madame Paul. Ils avaient une scène au troisième acte!... Ah! quelle scène! Je n'ai rien vu de plus beau au théâtre... Et le cinquième acte, donc ! Q uand M. de Solange arrivait et disait au banquier qui croyait l'avoir assassiné :
a Excusez-moi, monsieur, de vous avoir fait un peu attendre... » Je vois encore Montléry dans ce rôle-là !
— Montléry jouait ?
— Je crois bien! c'était son plus beau rôle... c'est là-dedans qu'il a débuté. Et le père Simonnet, qui figure aujourd'hui aux Délassements-Lyriques, c'était lui qui jouait le banquier. Moi, j'ai créé le rôle de l'officier de marine, M. de Versac... Ah! c'était le bon temps !
— Quand a-t-on joué cela?
— En ;i8.
— Quarante et un ans ! La pièce a dû vieillir.
— Mais non ! pas trop... vous verrez. Il y a quelques mots à éplucher par-ci par-là... des