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son frère à sa mère , comme si elle demandait rexpficatîon de cette singulière énigme.
Mais la brave femme n'eut pas le temps de trouver des mots pour exprimer son émotion; son fils s'élançait dans le jardin^ haletant, poussant des cris 4e joie, tout hors de lui.
— Mère , chère mère , Jeannette, sœur, je suis gttéri ! Riez, chantez, réjouissez-vous : voici Cédle I Elle vient; on Ta chassée $ elle est pauvre comme nous, elle est déshéritée, elle va demeurer chez nous, elle sera votre enfant, mère..* Voyez, voyez, la voilà! Elle vous sourit déjà, la bonne âme ! Ah ! maintenant vous ne pleurerez plus, je suis si fort et si joyeux.» • Oh !
A bas chagrin et tristesse , Ce sera toujours kermesse !
La pauvre femme contemplait son fils avec une joie inexprimable. Elle avait d'abord craint pour sa raison; mais le ton de sa voix ne lui laissa plus de doute, d'autant plus que Cécile se rapprochait à grands pas de la ferme.
La veuve émue et Theurettse Cécile tendirent les bras Fune vers l'autre d'un mouvement simultané. La jeune fille alla droit à la mère Anne et noua ses bras à son oou. Le baiser que la mère donna à sa seconde fille était âN dent comme la plus ardente flamme de l'ftme.
BarthélMiy, immobile et tremblant de bonheur, contnnplait cette scène touchante. Des larmes coulèrent sur ses joues y il leva vers le ciel un oAl plein de prière , et, vaincu par l'émotion, appuya sa tête contre le puits.
Jeannette dansait^ battait des mains et s'écriait :
— Mon DieU; mon Dieu ! voilà qui est bien^ voiià qui est beau!
Soudain Barthélémy parut se remettre de son trouble; CSomme s'il eût eu quelque crainte^ il se rapprocha de sa mère et la poussa^ elle^ Cécile et Jeannette^ vers la maison :
— Entrez ! entrez! ditrih
Elles obéirent à Tordre du jeune homme.
Barthélémy allait fermer la porte, mais il aperçut Catherine la mendiante qui débouchait d'un sentier avec son enfant. Il passa la tête par la porte entre b&illée et fit impatiemment signe à la pauvre fenune de se hAter.
Au moment où elle mettait le pied dans le jardin, il lui cria:
— Vite, vite, Catherine! On est en joie. Cécile est ici, vite!
Et la poussant à l'intérieur, il ferma la porte.
Depuis que Cécile habitait la ferme de la Chapelle, l'humble habitation était en réalité devenue le séjour plein d'attrait et de bonheur que Barthélémy avait rêvé dans la première explosion de sa joie.
Tout y était paix et félicité. Barthélémy travaillait avec ardeur pendant toute la journée et chantait sans cesse en travaillant; il retrouvait l'alerte vigueur de sa jeunesse; sur son visage l'éclat de la santé renaissante se mariait au rayonnement d'un sourire continuel; chaque parole
qui tombait de sa bouche respirait Ténergie et la vivacité; il était rimage même de Tallégresse intérieure.
Ce qui le réjouissait le plus^ c'était la conviction que Cécile ne regrettait pas d'avoir fixé son séjour à la ferme. n est bien vrai que souvent encore elle tombait dans une morne tristesse en songeant à son oncle ^ et qu'elle s'effrayait à la pensée de ce qu'il avait peut-être à souffrir dans le mystère du vieux couvent. Mais cette tristesse ne pouvait contre-balancer le bonheur que lui donnait la tendre affection de Barthélémy et de sa mère^ ni les paisibles joies qui l'entouraient. De ses joues s'effaça peu à peu aussi la pâleur qu'y avait imprimée le chagrin, et bien qu'elle fût d'un caractère cahne et posé^ elle souriait pourtant de temps en temps avec cette sérénité qui indique la paix du cœur.
La jeune fille confectionnait des vêtements pour les paysannes du village^ et conmie elle était plus experte en cette besogne que bien d'autres^ son travail lui valait mainte belle pièce de monnaie. C'était pour elle une grande joie^ et cette circonstance ne contribuait pas peu à entretenir chez elle comme chez Barthélémy l'espoir d'un futur agrandissement de la petite métairie. La tirelire recevait seulement quelques sous par semaine^ parfois même pas un seul^ mais parfois aussi une pièce d'argent; quoi qu'il en fût^ l'épargne grossissait^ et quand Barthélémy^ dans la chambre de sa mère y secouait en plaisantant la petite botte où venaient se confondre les deniers de l'amour et du travail^ elle rendait un son trèsagréable et qui promettait beaucoup.
Le jeune homme n'avait rien ménagé pour embelUr la
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demeure maternelle et la rendre agréable et gaie aux yeux de celle qu'il aimait; il s'était pris d'intérêt et d'affection pour tout ce qui était à sa portée. Dans le jardinet qui se trouvait derrière la ferme ^ il avait tracé des sentiers et des plates*bandes qu'il avait bordées de gazon d'Espagne toujours fleuri. Tout au fond^ contre la haie de hêtre ^ il avait élevé un berceau qu'ombrageaient le chèvre-feuille et la vigne vierge ^ il y avait construit deux bancs en face l'un de l'autre^ l'un pour Cécile et la mère Anne^ Vautre pour lui et sa sœur; le dimanche^ après vêpres^ tous venaient s'y asseoir; ils causaient^ ils chan* talent, ils célébraient , dans de calmes entretiens, les paisibles douceurs de la vie et l'inépuisable bonté de Dieu.
Le jardin était émaillé de fleurs de toute espèce, et les humbles plantes qui croissent dans la bruyère et dans les bois de la Campine s'y mêlaient h celles qu'on y a importées d'autres contrées. Frans, le domestique du jardinier du château, avait donné ces dernières à Barthélémy.
Aux murs mêmes de la maison étaient suspendues des cages où résonnaient sans cesse des chants vifs et joyeux; des pigeons, qui venaient manger dans la main de Cécile, avaient leur logement sous le toit, et trottaient, la gorge enflée, dans les chemins. Aux angles du jardin s'élevaient de grandes perches surmontées de petits moulins et de chasseurs qui indiquaient avec leur fusil la direction du vent, toutes choses que Barthélémy, par amour pour Cécile y avait faites aussi bien qu'il lui avait été possible.
Jeannette avait sa part de toutes ces jouissances; elle en profitait insoucieusement et se réjouissait comme un enfant de la félicité des autres.
La vieille mère était choyée et aimée; dans chaque regard de ses enfants elle voyait rayonner le bonheur, et à coup sûr elle n'eût pas voulu échanger sa destinée contre celle de la dame du château.
Véritablement la ferme de la Chapelle était un paradis sur la terre.
II n'en était pas de même du sombre couvant. Depuis le départ de Cécile, l'habitation de l'oncle Jean était devenue si vide et si morne, qu'à voir cet édifice muet et désolé au milieu des arbres, on l'eût cru frappé de la malédiction divine.
Les laboureurs qui travaillaient aux champs dans les envhrons ne voyaient pas la porte s'ouvrir une seule fois en deux jours. La mystérieuse demeure, avec ses murs lézardés et ses carreaux brisés, leur inspirait une inquiète terreur, et les plus courageux d'entre eux eussent seuls osé prendre le soir le chemin qui l'avoisinait.
Deux fois déjà l'oncle Jean n'était pas venu à l'église le dimanche. A tous ceux qui lui demandaient des nouvelles du vieillard, Mathias répondait que la goutte l'obligeait à garder le lit.
Quoiqu'on sût que l'oncle Jean avait en ^et souif^ autrefois de cette maladie, on doutait néanmoins que l'explication de Mathias fût vraie. D'ailleurs, conune on haïrait Fonde Jean à cause de son avartce> personne ne parut s'inquiéter de lui, sauf Cécile seule, qui, à la noa-« velle de sa maladie, avait pleuré amèretneat.
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C'était au milieu de la semaine^ de bon matin.
Mathias était assis près de Tàtre où brûlait un assez bon feu. Il tenait avec les pincettes un morceau de viande au-dessus des braises^ pour le rôtir^ et le trempait de temps en temps dans une assiette où se trouvait du beurre fondu. A côté du foyer^ dans la cendre brûlante^ fumait un pot de grès.
Lorsque la viande fut rôtie convenablement^ Mathias la mit sur la table ^ et la dévora avec le sourire de la gourmandise satisfaite. Il enferma Fassiette et le pain dans Tarmoire^ s'essuya la bouche avec soin^ et revint s'asseoir auprès du feu.
Il tira avec les pincettes quelques herbes du pot bouillant^ les y laissa retomber et se dit à lui-même :
— n a bonne mine le ragoût de Toncle Jean. Et il s'imagine que cela va le guérir... Conune si l'estomac se laissait tromper aussi facilement que le premier imbédie venu ! Quel âne que celui qui a écrit le livie où il va chercher pareille cuisine I De la chicorée et du cresson d'eau pour faire pousser de la jeune chair sur de vieux os! Et il faudrait que j'allasse chercher du cresson ^ — cela suffirait pour attirer Tattention des voisins... Bah ! j'ai mis là-dedans deux poignées de cochléaria; cela est bon pour le scorbut. Ladre jusque sur le lit de mort ! Mais que m'importe? je ne suis pas ici pour le contrecarrer... n veut essayer de vivre sans manger; eh bien, plus tôt il y sera accoutumé et mieux ce sera. Je croyais d'abord qu'il n'aurait pas traîné aussi longtemps; mais il a la vie dure comme un chat...
D demeura un instant à regarder fixement le feu, et
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«'enfonça dans ses réflexions. Pendant cette méditation^ son visage prit peu à peu une expression sérieuse... Bientôt il murmura :
— Oui, il a la vie aussi dure qu'un chat. Qui sait combien de temps cette vieille lampe peut encore br(der! Et moi, je suis ici comme un sot: je vends la peau de Tours avant qu'il soit à bas... Ce matin, le fermier Glaes m'a dit qu'au conseilde fabrique, le bourgmestre et le curé lui ont demandé des nouvelles de Toncle Jean... Et cette vilaine femme qui va bavarder partout, exciter le monde contre moi... Elle seule est cause de la haine des paysans pour moi. Ce matin, je n'avais pas fait vingt pas dehors pour aller chercher de la chicorée dans la prairie qu'elle était à m'espionner à travers les buissons. Je ne sais , mais je crois que cette mendiante me jouera un mauvais tour... Si le bourgmestre et le curé venaient ici et prétendaient voir l'oiicle Jean ! J'ai un testament qui me fait légataire universel, c'est connu de tout le monde; mais qui sait ce qu'ils diraient à l'oncle Jean? Le curé surtout pourrait lui mettre autre chose en tête!...
Cette pensée le fit frissonner. Il garda un instant le silence, la main sur le front, après quoi il reprit :
— Coûte que coûte, il faut que personne ne l'approche ! Il commence déjà à avoir des idées si singulières sur ce qu'il a fait, et puis il parle sans cesse de Cécile. n ne faudrait pas grand'chose pour faire changer d'avis ce vieux fou. Que faire? faire take les voisins, — mais comment? C'est parce que je suis si seul avec l'oncle Jean que cela leur inspire de la méfiance. Si Cécile était