I. Jac^es; abréviation de Jaeohvê
la bonne recette I Nous nous tuons à travailler comme des esclaves du matin au soir^ et nous ne recevons en récompense que des sottises qu'on nous jette à la tête. Yous^ vous avez le bon vent; vous flânez^ vous fumez votre pipe^ vous êtes Tami du baes^ vous avez tous les bons morceaux! Vous pouvez dire que votre pain est tombé dans le miel ! Le proverbe dit vrai : pour tromper les gens, il n'y a qu'à s'y connaître, Kobe sourit malicieusement et répondit :
— Avoir, c'est avoir, mais gagner ce qu'on n'a pas, voilà l'art! Le bonheur vole, celui qui l'attrape le tient bien.
— Frotter le manche c'est tromper, et flatter c'est ramper ! gronunela l'un des ouvriers avec aigreur. '
— Des mots ne sont pas des raisons, dit Kobe railleur. Chacun est en ce monde pour faire du bien au fils de son père, et ce qu'on trouve il faut le ramasser.
— Je serais honteux de faire ce que vous faites , s'écria l'ouvrier, irrité; il est commode de tailler des lanières dans le cuir d'autrui ; mais le cochon s'engraisse aussi, quoiqu'il ne travaille pas.
— Un chien en voit un autre avec peine entrer dans la cuisine, dit Kobe en riant. Quand les plats sont inégaux, les frères se brouillent ; mais mieux vaut être envié que plaint. Et puisqu'il faut s'asseoir quelque part en ce monde, j'aime mieux le faire sur un coussin que sur des épines.
— Tais-toi, pique-assiette, et songe que c'est de notre sueur que tu deviens si gras.
BâES 6ÀNSEND0NCK. 917
— Tîstjé, Tîstjé*, pourquoi me mordre ainsi? Vous ne pouvez supporter que le soleil donne sur mon étang. Ne connaissez-vous donc pas le proverbe : Qui porte envie à autrui dévore son cœur et perd son temps. Si je recevais moins, en auriez-vous plus? Suis-je fier? Vous faiâ-je du mal? Au contraire, je vous avertis quand le baes vient, et je vous passe souvent une bonne cruche de bière par le trou de la cave. Vous cherchez ce qui n'est pas perdu, Tistjé ?
— Oui, oui, nous connaissons votre générosité; vous ressemblez au curé qui bénit tout le monde, mais en se bénissant lui-même le premier.
— Ha raison et moi aussi; qui sert l'autel doit vivre de Tautel.
— C'est vrai! s'écria un autre ouvrier. Kobe est un bon garçon, et je voudrais bien être dans ses souliers; je gagnerais aussi mon pain alors en soufflant aux cor^ neilles des nuages de fumée : quand le ventre est plein, le cœur est en repos.
— Oui, ventre plein, pied traînant; panse pleine, tête folle 1
— Laissez-les jaser, Kobe; tout le monde ne peut avoir au ciel une bonne étoile ; moi je dis que vous ave? beaucoup d'esprit.
— Pas plus que le champignon qui est là-haut sur le cerisier, répondit Kobe avec une modestie affectée.
Tous regardèrent avec surprise un grand agaric qui croissait entre les plus fortes branches du cerisier; mais les regards se reportèrent immédiatement sur Kobe pour