‹ Scènes de la vie flamandeChapitre 38 sur 44 · I. André; piononcei drUhenê · texte numérisé non relu

I. André; piononcei drUhenê

SSO CCUVRE8 DE HENRI GONgCIENGK.

Si VOUS voulea^ que cela sdlle mieux^ souvenez-vous qu'S est difficile de prendre les mouches avec du vinaigre^ ou les lièvres en battant le tambour...

— Kobe y Robe ! cria une voix de l'intérieur avec un accent marqué d'impatience.

— Voyez, voyez-le composer sa mine hypocrite! dit d'un ton moqueur un autre batteur.

— C'est justement là l'art que vous n'apprendrez jamais ! riposta Kobe.

Et se tournant vers l'auberge, il cria sur un ton suppliant et comme s'il eût été efirayé :

—Je viens, je viens. Cher baes, né vous fâchez pas, j'accours, je suis là.

— Il gagne son pain à jouer le chien couchant! murmura avec mépris l'ouvrier courroucé; j'aime mieux battre le blé ma vie entière. Voilà ce qui arrive des hommes qui ont passé par tous les filets comme lui \

— n a été dix ans soldat. C'est là qu'on apprend à faire le niais et le bouffon pour travailler le moins posâble. Après cela, il est devenu domestique de messieurs, et ce métier-là ne donne pas non plus de durillons aux mains... Mais quelle diablesse d'énigme nous a-t-il donnée là? Comprenez-vous ce qu'elle signifie?

— Oh! c'est facile à deviner, répliqua le premier; il veut dire qu'il est installé sur la nuque du baes, et qu'O en vit comme le champignon du cerisier. Allons, allons, remettons-nous à battre*

BÀES 6ANSEHD0MGK. JH

Le chat de Tempèrent est son cousin, Grande lanterne, mais petite lumière.

— Hé bien^ Kobe^ demandait baes Gansendonck à son domestique^ quel air ai -je avec mon nouveau bonnet?

Le domestique recula de deux pas et se frotta les yeux comme quelqu'un frappé d'étonnement par une chose incroyable :

— Oh ! baes, s'écria-tril, dites donc, est-ce bien vous? Je pensais voir monsieur le baron. Bonté du ciel! com« ment cela se peu1>-il? Levez un peu la tête, baes ; tournezvous encore un peu, baes; marchez un peu maintenant, baes. Voyez-vous, vous ressemblez à monsieur le baron conune une goutte d'eau.. •

— Kobe, dit le baes avec une feinte sévérité, tu veux me flatter; je n'aime pas cela.

— Je le sais, baes, répondit le domestique.

— n y a peu d'hommes qui aient moins d'orgueil que moi, bien qu'on dise par jalousie que je suis fier parce que je ne puis supporter les paysans.

— Vous avez raison, baes. Mais, en vérité, je doute encore si vous n'êtes pas le baron I

La joie rayonnait dans les yeux de baes Gansendonck; la tête en arrière et dans une fière attitude, il contempla en souriant le domestique qui continuait à faire toutes sortes de gestes d'étonnement.

Kobe n'avait pas tout à fait trompé son maître. A en

2SS OEUVRES BS ^ENRI CONSCIENCE.

juger sur rextérieur^ et sans avoir égard à sa stupide physionomie^ baes Gansendonck ressemblait absolumeut au baron. Rien d'étonnant en cela; depuis trois mois déjà il s'évertuait à copier les vêtements que le baron portait d'habitude; ce à quoi peu de gens avaient fait attention^ parce qu'à la campagne le baron vivait sans la moindre gène et ne portait qu'un costume fort ordinaire.

Maîs^ quelques semaines auparavant > le baron avait eu une fantaisie. Qui n'en a pas? Un magnifique caniche lui était mort, et de la peau de l'animal il s'était fait faire un bonnet fourré. Ce joli bonnet avait si bien donné dans l'œil à baes Gansendonck^ qu'il s'en était fait confectionner un semblable en ville. Ce bonnet étalait en ce moment ses mille boucles frisées sur la tête du baes du Saint-Sébastien, qui ne pouvait assez s'admirer luimême dans le miroir depuis la flatteuse exclamation de son domestique.

n se prépara à sortir.

— Kobe, ditrîl, prends ma fourche; nous allons trave^ fier le village.

— Oui, baes, répondît le domestique en composant sa physionomie, et en suivant son maître sur les talons.

Sur le grand chemin bordé de maisons, ils rencontrèrent beaucoup de villageois qui 6tèrent poliment leur chapeau ou leur casquette à baes Gansendonck, mais qui partaient d*un éclat de rire aussitôt quil était passé. Beaucoup d'habitants accoururent aussi sur le seuil de leur demeure ou de leur étable pour admirer le bonnet velu du baes j celui-ci ne saluait personne le premier, et

BAES GAIIBKRBOHCR. sift

s'ftTançaH la tète haate et d'un pas lent et majeslaeiix comme le baron le faisait d'ordinaire. Ji€be, la figure niaise en apparence^ marehait silencieux derrière son maître^ et le suivait dans tous ses mouvements ausd fidèlementy aussi patiemment, que s'il etA (mk l'offioe d'un chien.

Tout alla bien jusqu'en face de la foi^; mais là se trouvait quelques jeunes gens qui conversaient. Dès qu'ils virent apparaître le baes^ ils se mirent h rire A haut^ qu'on pouvait les entendre dans toute la rue«

&» V le fils du forgeron^ connu pour un railleur émé* rite, se mit à se promener devant la forge la tète en arrière^ à pas compassés^ et singea si exactement baes Gansendonék que celui-d crut en crever de dépit. En passant devant le jeune forgeron^ il lui lança un regard étincelant en éoarquillant les yeux à les faire sortir de l'orbite; mais le forgeron le considéra avec un rire si provoquant que baes Gansendonck^ fou de colère^ passa son chemin en grommelant et menaçant^ et s'enfonça' dans un sentier latéral.

— Blaeskaekl Blaeskùeh! criaiiron derrière lui*

•— Eh bien^ Robe^ que dis-tu de cette canaille de paysans! demanda-t-il quand son courroux fut un peu tombé. Ça ose se moquer de moi ! me traiter comme un fou! un hommecomme moi!

— Oui; baeS; les mouches piquent bien un dieval> et c'est une béte si grande I

— Mais je les retrouverai^ les insolentsl Qu'ils y pren*

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