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I. AbréTiation flamande de Francis, FraiMUtut

224 (EUVBES DE HKNBI GOlfSGIKNGE.

nent garde ^ ils le paieront cher. Les montagnes ne se rencontrent pas> mais bien les homnies.

— Sans doute^ baes^ ce qui est différé n'est pas perdu.

— Je serais bien sot de faire encore ferrer mes chevaux ou de commander d'autres travaux chez ce drôle éhonté.

— - Oui^ baes^ qui est trop bon est à demi fou.

— Personne de ma maison ne mettra plus le pied dans sa forge.

— Non, baes.

— Et alors le moqueur sera bien attrapé et se mordra les doigts, n'esi-il pas vrai?

— Sans doute, baes.

— Mais, Kobe, je crois que ce vaurien de forgeron est payé par quelqu'un pour me vexer et se railler de moi. Le garde champêtre croit aussi que c'est lui qui, à la nuit de mai dernière, a écrit quelque chose sur notre enseigne.

— A l'àne d'argent, baes.

— Il est inutile de répéter ces vilaines grossièretés!

— Oui, baes.

— Tu devrais le rosser d'importance entre quatre yeux pour que personne ne le voie, et puis lui faire mes compliments.

— Oui, baes.

— Le feras-tu?

— Les compliments, oui, baes.

— Non, la rossée!

— C'est-à-dire que vous voudriez me voir revenir à la maison sans bras ni jambes. Je ne suis pas très-fort.

BAES GÀNSËNDONGK. 225

baes^ et le foi^eron n'est pas chat à empoigner sans

— As-tu peur d'un aussi lâche fanfaron? H y a de quoi être honteux I

— 11 n'est pas bon de se battre contre celui qui est las de la vie. Mieux vaut Jean poltron que Jean mort^ dit le iwpoverbe, baes.

— Kobe, Kobe, je crois que tu ne mourras pas de courage.

— Je Tespère, baes.

Tout en causant, la colère de baes Gansendonck se dissipa. Parmi beaucoup de défauts il avait cependant une bonne qualité : c'est que , bien qu'il prît très-facilement la mouche^ il oubliait très-promptement l'offense qu'on lui avait faite.

II avait traversé quelques sapinières et se promenait sur ses propres terres, où il trouva mille occasions de laisser le champ libre à son sentiment outré de la propriété et de tempêter et invectiver contre tout le monde. Ici, une vache s'était fourvoyée et, s'écartant du sentier, avait passé sur sa terre; là, une chèvre avait quelque peu brouté le feuillage de sa plantation; plus loin, il crut découvrir des pas de chasseurs et la trace de leurs chiens.

Cette dernière circonstance surtout le fit trépigner de colère. Il avait fait placer à tous les coins de ses champs de grands poteaux avec Finscriptiôn : Chasse défendue^ et nonobstant ce il s'était trouvé quelqu'un d'assez auda. deux pour violer son droit de propriété.

fl était en train de jeter au vent , sur ce fait, une ky^-

SM CEUVRES DK HKMRI G01T8GIENGE.

rieUe d'imprécations^ et dans son connoax fl frappait da poing le tronc d'un hêtre.

Kobe se tenait debout derrière le baes et songeait au dîner; car il devait y avoir un lièvre. Il songeait qu'on ne saurait peut-être pas en Uen préparer la sauce^ et cette pensée le faisait aussi frapper du pied. Entre temps il se bornait à répondre : oui^ baes^ et non^ baes^ sans faire attention à ce que disait son mattre.

Tout à coup Pierre Gansendonck entendit une y(âx moqueuse crier :

— Blaeskaek ! blaeskaek !

Furieux, il regarda tout autour de lui, mais n'aperçut personne que son domestique qui, les yeux fixés sur la terre, remuait les lèvres comme s*il eût été occupé à manger.

— Comment, maraud, est-ce tolî s'écria baes Gansendonck avec fureur.

—Encore moi ! répondit Kobe : Seigneur Dieu, quV vez-vous donc, baes?

— Je demande, vaurien, si c'est toi qui viens de parler?

— Ne l'avez-yous pas bien entendu, baes? Gansendonck exaspéré lui arracha la fourche des

mains et allait l'en frapper; mais lorsque le domestique s'aperçut que l'afifah^ était sérieuse, il bondit en arrière, et levant les mains au ciel, il s'écria :

— 0 Seigneur, voflà que notre baes devient tout à fait fou!

— Blaeskaek! blaeskaek! cria de nouveau une voix derrière Pierre Gansendonck.

BASg GÂRSENDONGK. îtf

n aperçât alors une pie dans les branches du hêtre et entendit Toiseau railleur répéter son injurieuse apo« strophe :

— Kobe^ Kobe, cria-t-il, cours chercher mon fusil de chasse. C'est la pie du forgeron : il faut qu'elle meure^ la coquine de béte!

Mais la pie s'élança de Parbre, et prit son vol vers la maison.

Le domestique fut pris d'un rire cpnvulsif si violent, qu'il tomba sur te gazon j où it se roula pendant quelques instants.

— Finis ! hurlait le baes^ ou je te chasse ! Finis de rire^ te dis-je.

— Je ne puis, baes !

— Lève-toi I

— Oui, baesT

— J'oublierai ton impertinence à une condition : il faut que tu empoisonnes la pie du forgeron.

— Avec quoi, baes?

— Avec du poison.

— Oui, baes, si elle veut le manger.

— Alors tue-la avec un fusîL

— Oui, baes.

— Allons, partons... Mais que vois-je là-bas dans ma sapinière? Soyez donc propriétaire pour être pillé par un chaciml

A ces mots il courut vers la sapinière, suivi par le do« mestique, et tout en tempêtant.

Il avtdt aperçu de loin une pauvre femme et deux enfants occupés à briser les branches mortes des saçiQ& e^

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à réunir ces branches en un gros fagot. Bien qu'une trèi&ancienne coutume permette aux pauvres gens de ramasser le bois sec dans les sapinières^ baes Gansendonck ne pouvait soufirir qu'il en fût ainsi. Le bois sec était sa propriété tout aussi bien que le bois vert^ et nul ne devait toucher à sa propriété. Ajoutez .à cela que c'était une femme ^ et qu'il n'avait à craindre ni résistance ni moquerie. Cela lui donna du courage et lui permit de lâcher la bride à sa colère, n saisit la pauvre mère par les épaules en s'écriant :

— Impudents voleurs! Allons, marchez au village avec moi! dans les mains des gendarmes! En prison, fainéants vauriens!

La femme tremblante laissa tomber le bois qu'elle avait ramassé, et fut tellement épouvantée par ces terribles menaces, qu'elle se mit à pleurer«sans prononcer une parole. Les deux enfants se cramponnèrent aux vêtements de leur mère et remplirent le bois de cris désespérés.

Kobe hochait la tête avec dépit : l'expression d'indifférence habituelle à sa physionomie avait disparu; on eût dit qu'un sentiment de pitié s'était emparé de lui.

— Ici, coquin ! lui cria le baes; donne-moi un coup de main pour conduire ces brigands aux gendarmes !

— Cher homme, je ne le ferai plus jamais! dit la femme d'une voix suppliante. Voyez mes pauvres petits agneaux d'enfants ; ils se meurent de peur !

— Tais-toi, vagabonde, s'écria le baes; je te déshabituerai bien de marauder et de voler !

Le domestique prit la femme par le bras avec une

BAES 6ANSEMD0NGK. 229

feinte colère et la secoua vivement; mais en même temps il murmm*a à voix basse à son oreille :

— Tombez à genoux et dites Monsieur.

La fenune se précipita à genoux devant baes Gansendonck^ tendit les mains vers lui et dit d'un ton de prière :

— Oh! monsieur ; monsieur^ grftce^ s'il vous plaît ^ monsieur! Oh! pour mes pauvres petits enfants, grftce^ mon cher monsieur!

Le baes parut touché par un mobile secret. Il Iftcha la femme^ la regarda d'un air rêveur, le visage radouci et bienveillant; cependant il ne la fit pas se relever.

Quelqu'un agenouillé devant lui! les niains tendues vers le ciel ! et demandant grâce ! c'était royal !

Après avoir savouré quelques instants ce suprême bonheur, il releva lui-même la pauvre fenmie^ essuya une larme d'attendrissement qui perlait dans ses yeux et reprit : •

— Pauvre mère, j'ai été un peu vif , mais c'est fini. Reprenez votre fagot; vous êtes une brave fenmie. Désormais vous pouvez casser le bois mort dans toutes mes propriétés, et quand même il s'y trouverait un peu de vert, je ne dirais rien. Rassurez-vous, je vous pardonne entièrement.

La fenmie contemplait avec étonnement les deux singuliers personnages qui étaient devant elle, le baes avec son air de protection, le domestique se mordant les lèvres et faisant de visibles efforts pour ne pas rire.

— Oui, petite mère, répéta le baes, vous pou-

S80 (EUYllBS DS HKlfRI COlfSCIENGE.

vez ramftsser les branches mortes dans tous mes bois.

Ce disant; il montrait de la main tous les alentours comme si la contrée entière loi eût appartenu.

La pauvre femme fit quelques pas en arrière pour reprendre son fagot^ et le remercia ainsi d'une voix émue par la reconnaissance :

•-- Dieu vous bénisse pouf votre bontés monsieur le baront

Un frisson parcourut les membres de baes Gansendonck; et son visage fut comme illuminé d^on rayonnement de bonheur.

— Femme! femme ! approchez-vous un peu! s'écriat4I. Qu'avefr-vons dit là ? Je n'ai pas compris.

— Soyez mille fois remercié^ monsieur le baron! répondit la ramasseuse de bois.

Baes Gansendonck mit la main à la poche^ et en retira une pièce d'argent qu'il présenta à la femme en lui disant les larmes aux yeux :

—Tenez, petite mère, réjouissea-vous un peu aussi; et quand ce sera Fhiver^ venez tous les samedi là-bas au Saini^S^astien; on vous y donnera du bois et du pam à foison. Retournez chez vous maintenant

En disant ces mots, il quitta la femme, et sortit préci^ pitamment du bois. Il pleurait tellement que des larmes abondantes coulaient sur ses joues. Le domestique, remarquant cela, s'essuya aussi les yeux avec la manche de sa veste,

— C'est surprenant, dit enfin le baes en soupirant, que je ne puisse voir soufirir personne sans que mon cœurdéborde.

BàES GAlfSKNDOHGK. S5t

•«- Moi non plus^ baes.

— L'as-tu entendu, Kobe? cette femme m'a pris aussi ^ pour monsieur le baron.

— Elle a raison, baes.

— * Tsds4oi maintenant, Kobe; nous àDons regagner tout doucement la maison. .

— Oui, baes.

Kobe se mit à suivre avec la plus grande soumission Tempreinte des pas de son maltre.Tous deux marchaient rêveurs : le baes pensait au beau nom que la pauvre femme lui avait donné; le domestique songeait au lièvre à la sauce au vin qui Tattebdait à la maison.

Depuis quelques instants, trois chasseurs avaient débouché de derrière une haie de chênes et contemplaient^ en riant et en plaisantant, baes Gansendonck et son domestique. C'étaient trois jeunes messieurs en élégant costume de chasse, le fusil sous le bras.

L'un d'eux semblait connaître particulièrement bien le baes du Saini^bastien. Il expliquait à ses compa« gnons par quel singulier démon d'oi^ueil et de suffisance le brave homme était possédé, et leur faisait un grand éloge de Lisa, sa fille.

— Allons, allons, s'écrîa^t-il enfin, nous sommes las : amusons-nous un peu. Suivez-moi, nous accompagnerons le baes au Saini-Sébastieny et nous y viderons une bouteille. Mais ayez soin de lui parler avec respect et d^ fake force compliments. Plus fou ce sera, mieux cela vaudra.

Ce disant, il sauta avec ses compagnons au delà du fossé desséché, et oourut vers le baes. H s'inclina pro-

fondement devant celui-ci et le salua avec mille poli-

Pierre Gansendonck prit des deux mains son bonnet fourré et s'efforça de répéter vis-à-vîs du jeune homme ce que celui-ci avait fait vis-à-vis de lui. Les deux autres chasseurs^ au lieu de prendre part à ces cérémonies, se cachaient derrière le domestique et faisaient d'incroyables efforts pour ne pas éclater de rire.

— Eh bienl monsieur Adolphe^ mon ami, dit lebaes^ comment va votre papa? Toujours gros et gras? Il ne vient plus nous rendre visite depuis qu'il demeure en ville. Mais loin des yeux, loin du cœur, dit le proverbe.

Adolphe prit par la main un de ses amis rieurs et Fattira de force devant le baes :

— Monsieur Gansendonck, dit-il avec solennité, j*ai rhoimeur de vous présenter le jeune baron Victor Van Bruinkasteel; mais veuillez excu$er son infirmité; c'est un mal nerveux qui lui est resté à la suite de convulsions : il ne peut regarder personne sans éclater de rire.

Victor ne put se contenu, il rejeta la tête en arrière, trépigna, et devint violet et bleu à force de rûre.

— Tu vas gâter TaffiEÛre, lui dit Adolphe à Toreille. Finis, ou il va s'apercevoir de quelque chose.

— Faites à votre aise, monsieur Van Bruinkasteel, dit le baes; ce n'est pas à rire qu'on gagne^ des cors aux pieds.

Adolphe prit la main de son ami et répéta la présentation.

— Monsieur Van Bruinkasteel n'a pas l'honneur de me connaître? dit le Baes en s'inclinant.

BAES GAMSEMDONGK. S33

— En effet, répondit Victor, j'ai l'honneur de vous être inconnu.

— L'honneur n'est pas grand, monsieur, répondit le baes en s'inclinant de nouveau. Monsieur vient sans doute passer la saison de la chasse au château avec notre ami Adolphe.

— Pour vous servfr, monsieur Gansendonck.

— Son père nous a acheté le pavillon de chasse, dit Adolphe; monsieur Van Bruinkasteel sera, chaque hiver, votre voisin, et viendra probablement vous rendre visite souvent, monsieur Gansendonck.

— Mais, Adolphe, mon ami, pourquoi cet autre jeune monsieur demeure-t-il là derrière Kobe? Aurait-il peur de moi?

— n est timide, monsieur Gansendonck ; que peut-on faire à cela? C'est l'effet de sa grande jeunesse... Mais, monsieur Gansendonck, vous avez une chasse réservée à ce que je vois : vous êtes donc chasseur aussi?

— Je suis grand amateur, n'est-ce pas, Kobe ?

— Oui, baes, de lièvres. — Moi aussi... Pourvu qu'on ne le laisse pas brûler ! ajouta-i-il à part lui.

— Que grommelles-tu là? s'écria le baes d'une voix courroucée pour montrer à ces messieurs qu'il avait la haute main sur ses domestiques. Que gronmielles-tu là, malotru?

— Je demande si vous ne croyez pas qu'il soit temps de retourner à la maison, baes. Et je me disais en moi-même : pécher et chasser donnent faim à l'estomac.

— Quand un porc rêve c'est de drêche ! Tais-toi.

S84 (EUVBE8 DK HEITRI GONSCIKNGB.

— Oui^ baes^ se taire et penser ne font tort à pe^ 8onne.

— Pas un mot de plns^ te dis-je.

— Non, baes,

— - Ces messienrs me feront-ils Hionneur de venir prendre chez moi un verre de vin du matin? demanda Pierre Gansendonck.

— C'est là précisément ce que nous avions Tintention d'aUer vous demander.

— Bien, venez donc ; vous me direz ce que vous pensez de ce petit vin-là. N'estril pas vrai. Robe, tu l'as goûté une fois au moins, toi? Si vous ne vous en léchez pas les doigts, messieurs, dites que je suis un paysan.

— C'est vrai, baes ! répondit le domestique.

Le baes se mit en route d'un pas majestueux en causant amicalement avec Adolphe , tandis que les deux amis de celui-ci se tenaient en arrière pour pouvoir donner libre cours à leur gatté. Robe jetait sur cette scène des rq;ards sournois, et lui-même eût ri ausà, si le lièvre ne lui eût tellement trotté en tête qu'il en avût des crampes d'estomac.

La société s'avança lentement vers le Saint-Séba^ien.

C'était mie magnifique matinée. Le soleil apparassait à Fhorizon conmie un ardent disque d'or duquel rayonnaient des faisceaux de lumière dans le del entier. Cette étincelante lumière traversait en se jouant les vîntes du

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