‹ Scènes de la vie flamandeChapitre 42 sur 44 · BASS 0AN8END0MGK · texte numérisé non relu

BASS 0AN8END0MGK

mon domestique soit vif et décidé , @t W denture pas froid quand j^ suis fâché.

Kobe ooptempla soa maUpe avec un daul^uieui^ §ou? rire de pitié.

-«r Ah ! tu as'encore mal au ventre ! s'écria le baes; ça commence à me lasser, T'imagines^u qu§ 1^ Saif^fv Sébastien soit un hôpital? Je ne V0ux pas que tu aies mal BU ventre I Tu n'as qu'à manger m p^u moiP9^ &vk{§ glouton que tu es ! Allons, parleras-tu, oui ou ponî

-^ Je parlerais bien volontiers, répondit ^he^j^i ]§ ne savais qu'au premier n)ot vous me fermeriez la boucbf pour faire une sortie et chanter votre éternelle Utanie.

rr- Quel ton prend&'tu là? Dis tout net que jç suis un assonunant bavard : ne te gène pas, Kobe j ite torpbenl tous sur le corps de baes Gansendoncfc, Pourquoi ne jet^ terais-tu pas aussi la pierre à celui qui t^ donn^ i manger?

TT- Voyez-vous bien? dit Kobe en sopriant tristement; je n'ai pas dit deuK mots, et vous voilà lancé à ealifour:? ehon sur votre dada ! Je me garderais bi^n de vous diid pne parole offensante, n^ais reconnaisses avec naoi, baesi que bien leste serait Taraignée qui filerait sa toile sut votre bouche...

^— Je suis le mattre, je puis parler seul aussi longtemps qu'il me platt.

— En effet, baes; permettezHnoi donc de me iam, dussé-je en suffoquer.

— Te taire? non, je ne le veux pas : tu parleras; je suis curieux de voir ce qui peut sortir de ban d'ime sette tête comme la tienne.

990 (EUVRXS DK HSHRl CONSCIXNGS.

«— Les eaux tranquilles sont les plus profondes^ baes.

^ Allons , parle, mus pas trop longtemps. Et surtoat n'oublie pas que je ne paie pas mon domestique pour en recevoir des leçons.

— n y a un proverbe, baes, qui dit : Le sage va coasulter le fou, et y trouve la vérité.

^ Eh bien, dis-moi ce que le fou a à conseiller au sage. Si tu veux parler raisonnablement, je t'écouterai bien un peu.

Le domestique se tourna avec sa chaise vers son mdtre, et dit d'un ton net et résolu :

«^ Baes, il se passe ici depuis deux mois des choses que même un lourd domestique ne peut voir sans que parfois le sang lui botiille d'impatience.

— Je le crois bien, mais cela ne durera pas longtemps; les gendarmes ne sont pas payés pour attraper des mouches.

— Quant à ce qui me regarde, baes, je suis paresseux, je Tavoue; mais pourtant le cœur est encore bon. Je ferais beaucoup pour sauver notre brave lisa du malheur à cela était en mon pouvoir; et je n'oublie pas non plus, baes, que, malgré vos emportements, vous êtes au fond bon pour moi.

— C'est vrai, Kobe, dit le baes ému, j'entends avec plaisir que tu es reconnaissant envers moi; mais où veux-tu en venir avec ce ton sérieux?

— Ne me faites pas atteler le chariot devant les chevaux, baes : je toucherai assez tôt la corde sensible.

— Sois court ou je me sauve; tu me feras mourir à barguigner ainsi !

BÀES GANSENDONGR. 297

— Eh bien, écoutez-moi un instant seulement, lisa était depuis longtemps promise en mariage à Karel, qui est un bon garçon, bien qu'il ait commi sune imprudence^..

— Un bon garçon? s'écria le baes. Comment! tu rappelles bon garçon, lui qui, comme un assassin, vient attaquer et battre comme plâtre monsieur Van Bruinkasteel dans son propre château?

— Le meilleur cheval bronche parfois.

— Ah! tu appelles cela broncher? ah! c'est un bon garçon? Tu paieras cher ce mot-là. Ton pain blanc est mangé; tu quitteras la maison aujourd'hui même.

— Mon paquet est déjà fait, baes, répondit Kobe froidement; mais avant que je parte vous entendrez ce que j'ai sur le cœur. Vous l'entendrez, dussé-je pour cela vous poursuivre dans la campagne, dans la rue, dans votre chambre. C'est mon devoir, et la seule reconnaissance que je puisse vous témoigner. Que vous me renvoyiez, cela ne me surprend pas; qui dit la vérité nulle part n'est hébergé.

Baes Gansendonck trépignait d'impatience, mais ne disait plus mot; le ton grave et décidé de son domestique le troublait et le dominait.

— Notre Lisa, poursuivit Kobe, eût été heureuse avec Karel; mais vous, baes, vous avez amené le renard dans votre poulailler; vous avez attiré chez vous un jeune fat, vous l'avez excité à remplir les oreilles de votre fille de fades compliments, à lui parler d'un amour feint, à lui chanter des choses contraires à toute modestie...

— Ce n'est pas vrai ! grommela le baes.

S»8 CEUVEES BE PENBI ÇpN§qi]EMGE.

— you9 ayez youlii qu'il par^t frai^çai^ h yot^ fiUe. Pouviez-vpus compreudre ce qu'il çUsait ^ ypqp mû i^'eii 8§vez pas un mpt?

— Et toi; vaurien, le comprends-tu, toi qui en p^Ies

8} fésolûi^eiitt

-T- J'eQ coipprends assez, b^^ poqr m'étre aperçu que ]e diable fie la volupté et de la tromperie était e|i jeu. Quelle a été la suite 4e votre jmprévpy^nc^? I^'^ut-il vous le dire? L'honneur de vpt|^ fUle est souillé, non p^3 sans rémission, mais il l'est ^s^^ dans l'opinion des gens po)ir qu'il ne puisse jamais reprendre sa pureté première; Çarel, le peul l^pmm^ qui l'aimât véritablement et qui pût la rendre heureuse, dépérit consumé par 1(6 désesppjr; sa mèrp est au lit malade du chagrin 4e son upique enfant; vous, baes, vous êtes haï et méprisé p^y c)^acun. On dit que vous serez la cause de la mort d^ Kare), du déshopneur de votre fille, de yotre propre malheur.

r- Oui, quan4 on veut tuer un chien, 0|> dit cjij'fl es| enragé; mais ils n'ont à se mêler en rien de mes affaires ! cria 1^ baes avec colère ; cela ne les regarde pas, je fais ce qui me plaît 1 Et toi, insolent maraud, je t'apprendrai aussi à mettre le nez dans ce qui ne te regarde pas.

— Cela m'est parfaitement égal que mes paroles vou^ plaisent ou non, baes, répondit P^pbe; pe soqt les derr nières que je prononcerai au Saint-Sébastien.

Jï fallait que baes Gansendpnck, malgré ses menacps, tînt infiniment à son domestique et craignit de le voir partir; ça? chaque fois (me celui-ci annpnçaît fçpi-

dément qa'il était résolu à quitter sq^ jservîoei 1^ Cûlère du baes s'apmsait^ et il prêtait pompl^s^n^i^ei^i l'omlle à la parole du domestique. Kobe reprit :

— Maintenant;, que peut-jl enrpsijjt^r? N^psfrçç pas le cas de dire avec le pf'oyerbe : J^nt y^ la c^ruph^ ^ ^^au q{\'h la fijii elle se brise? Npn^ la pu(diq^e pçtenup natur re)le ^ yo^r^ gllç yoiis s^qvepa 4^iin plus g^V^ #sbQ|l'' neur : ipfxm }e baro|i so lasser^ ^0 Ift sqçi^lé, djç Ljs^ , et cherchera d'autres distractions... L|is§f çe{^ p!§pt^^ ]hl tous p^jjx qui ppRsient Wei^ la fftipOR^; Ip monde vous r^il)§fa gt se ^^éjouira de vûtr§ l^pi^teii^ ^g^B" tioi^.....

— Mais, Kobe, qui peut s'arranger de facqi} ^ pontegter tQut le monde? Çpluj qui I^âtit à 1^ rue ng fn^nque pas de critiques. Je ne comprends pas t§ folie j ne ^v^ rais-tu p^ ce gui est ep j^u? l^^ p?fï^QXi épQuserft Lisa; Il n'if ^ pas ^ en doute;*; assurément c'est as^z visible. Çt alor§ les |[](iauydi3es (apgfies du vill^Q^ et jtpi ^yqg, vQus ouvrirez de grands yeu^ eçi^ilfe un^ bande ^ hiboux efn solejl. Si je n^éta^s sûr de cel^, i} y a^i^^t peutrétre quelque chose h redire] m^i^^ 9\pv^ l^^ii)^> personne n*aur^it h s'm ip^)er. J^ s^i^ ffî§4^F§ <^ez moi!

— Yraiu^j&pt! le baron va épou$^ç ys^? A}prs tout est pQur le mieux, et vous pouvez p)aBt^i^ ^ I^eau plur* met sur votre chapeau^ baes]; mai$pren(|i*e chofe fl^^p pour chose faite n'est pas rare. Puis-jie VQU^ fmpe u^p question, b^es?

— Eh bien?

•^ Le baron vous a-tril parlé de ce mariage?

aOO CEUYBIS DS BEIfRI GONSCiENGE.

— > Cela n'est pas nécessaire.

— Ahl TOUS l'avez alors sans doute interrogé sur ses intentions?

— Cela n'est pas nécessaire non plus.

— Le baron en art-il parlé à Usa?

— Quel enfantillage dis-tu là^ Kobe? Il ira sans doute demander Tassentiment de Lisa^ sans savoir si moi^ qui sois seul mattre^ je consens au mariage? Les choses ne se passent pas ainsi!

— Non 1 Mais le baron s'est moqué de vous et de votre flUe quand le docteur lui a demandé^ au cimetière^ en présence de dix personnes au moins^ si vraiment il voulait épouser Lisa.

— Que dis-tu là? monsieur Yan Bruinkasteel s'est moqué de moi?

— n a demandé au docteur s'il s'imaginait qu'un baron comme lui pût épouser la fille d*un aubergiste de village; et comme on lui disait que vous-même aviez déjà consulté le notaire sur les conditions du contrat, il s'est écrié : Lisa est une brave fille ^ mais son père est un vieux fou qui devrait être à Gheel * depuis longtemps.

Ces dernières paroles firent bondir le baes de colère, comme si on venait de lui marcher sur le pied.

— Qu'oses-tu dire? cria-t-il d'une voix menaçante; je devrais être à Gheel! Que te prend-il? Perds4u l'esprit^ insolent? Ah I c'est bien vrai : chien enragé moitl jusqu'à son maître!

— Je vous répète ce qu'une dizaine de personnes

I. Gheel eçt on Tillage de U Gampine où Ton enToie les ions pour t èlie

MM|Qàl.

BAES GANSENDONGK. 301

assurent avoir entendu. Vous êtes libre de ne pas le croire si vous voulez : à quoi bon...

— Oui, oui, achève : à quoi bon des lunettes au hibou qui ne veut pas voir î Je ne sais comment il se fait que je ne t'empoigne pas par les épaules et ne te flanque pas à la porte.

— A quoi bon la lumière pour qui ferme les yeux? poursuivit Kobe. Le baron s'est moqué de vos espérances en d^autres circonstances encore...

— Non, non, ce que tu vas dire n'est pas vrai : ce ne peut pas être vrai. Tu ajoutes foi aux calomnies de gens envieux qui crèvent de rage de ce que j'ai plus d'argent qu'eux, et de ce qu'ils prévoient bien que Lisa sera une grande dame, en dépit de ceux qui sont jaloux d'elle.

— Quand l'aveugle rêve qu'il voit, il voit ce qui lui plaît, dit Kobe en soupirant. S'il n'y a pas d'onguent qui guérisse votre blessure, je n'y puis rien non plus, et je dis avec le proverbe : chacun fait sa soupe comme il veut la manger; suivez votre goût, et faites le mariage demain.

— Inventions de méchants envieux, et rien de plus !

— Le docteur ne vous porte pas envie, baes; c'est un homme grave et prudent, qui seul peut-être de tout le village est resté votre ami. Lui-même m'a engagé à vous mettre, bon gré malgré vous, le danger sous les yeux.

— Mais le docteur est trompé, Kobe; on lui a fait accroire des faussetés. 11 ne peut en être autrement, te dis-je. Ce serait beau que le baron n'épousât pas Lisa!

— Il ne faut pas compter sur le poulet à naître de l'œuf qui n'est pas pondu, baes .

^ OEuvRilf m PKVai CeUftÇlSNCE.

— fen 81118 aii^i cefUm Qiie ^u mm âeaioQ {^.

— Vous n'êtes pai; eppQçfi ep s^Ue et vous galopez déjà. Je VOI98 cUs^ b^es, qujB le barop se nnoque de voas^ VOfis touçpe pa 44|p¥de ^( ¥0u$ ^îte de f(^u; j^ vous dis gii0 vous êtes aveugle^ q^^ je vqus plai^g^ YPUç et I4sa; et que demain matin je pars d'ici pour ne pas voif la triste fin de ce^e malheureuse ii^ii^^. E;t si vqus voulez me prêter l'prei|le, })aeSj poup adieu je vous deaneFai un conseil^ un ponaeil qui vaut de l'or.

— Poi^? a4|eu1 VqïQP^I paille, quel pçt ceptëcieux ponseil?

r- Voyeï-VQfis^ b^eç^ qui e^t tcop pi?édule est facilement dupé. Si j'pt^i^ à votre place ^ je voudrais savojr aujourd'hui ce qui m ^^i ïi^^ ^u pavillon dp chasse, pi demanderais hardiment i^ moqsi^ur y m Biruinkasteel qiipPes sopt ses iflées m sujet de Lisa. De belles parulisf e^ dps pQippliments ep rajr ne me séduiraient pas; touf fpes discouffif fraient par cette question : éppusezrvous ou n'épopse^-vous pas? Je le forcerais à jqu§r castes sur table et à me donner une fois pour toutes une rép^^ çmre et flépisÎYC. S'il refusait^ comme c'e^ prpbable, jg lui défendais d'adresse^ désormais la parole à Lisa; jl» repiettrais trèiH^ite la barrière à l'ançi^i poteau^ je m'e^Lcuserais près de Karel^ je 1^ rappellerais et hâterais son mariage ^v^c tâsa. C'est U^ l'unique mpyen qui vou$ reste d^éyitec un grand malheur et le désàomopur.

-r Eh biep^ si monsieur Van Pruinkasteel ne vient pa$ bientôt m^ parler luînoiéme de son mariage^ j^oserai l'ipterroger à ice sujet; mais ça ne presse pas.

— Cane presse pas^ bae$î De la main àla bouphe. b

bouillie tûm|)e à terre. 1} fj^uj; que yoi^s j^çbjeg ftMi^urd'hui même ce que le baron pprie ^ms sa if^nplie.

rrr Allops, allp^s, s'écfia Ig b^s, i'it^l cette fipr^sdlaée ^u payillon 4e chasse: je deraan4^i*^ au ba^^pn qu'il s'expliqup nettement; m^ je ^ais d'i^ypçf^ p^ qu'il va répondre.

— • Je désirerais bieg quç yous pussiez dire vrai^ ^ae§} mais je crains bien qiie voiis ne soyez mal étee^.

rrr Commept? que je pusse dire la vérité?

— Ou que yous disiez vrai cette foisTc}.

— C'est le monde renversé ^ spupira le b^es ayec ^nq dpuloureuse in^patience; le domestique fait la lecop au maître... et il faut qi^e j'avale celai Jpue?: ayec un ftne^ il ypu$ sangle le visage de s^uqueue. Mais attends un peu^ je serai bientôt yengé^ dès cette après-dinée^ je vais au pavillon; et que dirasrtu^ insolent maraud, quand je reviendrai avec la déclaration du baron quHl entend épouser J^isfaf

■TT Que vous ayez seul du bon sens^ baes^ et que tous les autres^ moi compris^ sont de grands imbéciles. Mais que dire^-vpps^ baes^ si n^onsieur Van Qn^inkasteel s^ n^que de vpust

-r Ce]^ ne se peut, te dis-je î

-TT Oui, mais enfifi si cela était?

--- Si I si ! si le ciel tombait nous serions tous morts.

—Je répète ma question, baes : si le baron vous écon* duit en se n^pquant de vpusl

— Ah! baron ou non, je lui montrerai qui je suis, et

Un affreux cri de détresse, un cri perçant d'angoisse

arrêta la parole sur ses lèvres.

Tous deux bondirent ^ émus et effrayés^ et coururent vers la chambre où se trouvait Lisa.

La jeune fille était debout près de la fenêtre et regardait (kns la rue. Ce qu'elle voyait devait être terrible, ses lèvres se contractaient convulsivement sur ses dents serrées; ses yeux tout grands ouverts semblaient sortis de Torbite, et un frisson d'effroi parcourait ses membres. A peine baes Gansendonck était-il au milieu de la chambre qu'un nouveau cri aussi déchirant que le premier retentit; — Lisa leva les deux mains au ciel et toinba lourdement à la renverse sur le plancher.

Le baes se jeta à genoux à côté d'elle en se lamentant '

Kobe courut à la fenêtre et jeta un regard au dehors. n pàUt et se mit à trembler aussi; les larmes jaUlirent de ses yeux; ce qu'il vit le frappa d'une telle stupeur qu'il ne prêta aucune attention aux cris par lesquels baes Gansendonck demandait du secours.

Dans la rue^ devant la porte même de l'aubei^^ Karel; les mains liées derrière le dos^ suivait entre deux gendarmes le chemin de la ville; une vieille femme se traînait en gémissant derrière lui et arrosait de larmes brûlantes la trace des pas de son malheureux fils. Lefo^ geron Sus s'arrachait les cheveux et était à demi fou de colère et de douleur. Beaucoup^ de paysans et de paysannes suivaient la tête basse ^ la physionomie attristée. Plus d'un tablier essuyait une larme de pitié. On eût dit un convoi funèbre escortant jusqu'à la tombe un mort bien-aimé.

BAES GAMSENDONGK. 305

Quand un âne se trouYe sar un terrain ferme, il n'a rien de pins pressé qne de se risq[aer sur la glace, où il se casse la jambe.

A peine baes Gansendonck eut-il fini de dîner que, suivant le conseil de son domestique, il se mît en route pour aller interroger le baron sur ses projets. Ne voulant pas passer devant la forge, il sortit par la porte de derrière de Fauberge, et prit un sentier qui devait le conduire, à travers des sapinières et des champs déserts, au pavillon de chasse de monsieur Van Bruinkasteel.

La physionomie de baes Gansendonck n'exprimait nullement la tristesse, bien que depuis le matin sa fille fût au lit en proie à une violente fièvre nerveuse; au contraire, une certaine satisfaction rayonnait sur son visage, et de temps en temps il souriait d'un sourire aussi ouvert et aussi triomphant que s'il se fût réjoui d'une victoire remportée. A la mobilité de ses traits et aux expressions diverses qui s'y succédaient, on pouvait s'apercevoir que tout en marchant, il se berçait de rêves agréables et s'abandonnait complaisamment au cours des espérances et des illusions. Depuis quelque temps déjà il murmurait en lui-même, et des gestes trahissaient seuls la préoccupation de son âme. Mais peu à peu les séduisantes contemplations auxquelles il s'abandonnait l'entraînèrent si loin que sa voix s'éleva de plus en plus, et bientôt il dit tout haut ;

806 OEVVEEfl P|i HIMBI GONSGISlfCE.

— Ah ! ils se liguent tous contre moi et ils s'imaginent que je reculerai d'un pas devant leurs stupides criailleries? Baes Gansendonck saura montrer ce qu'il est et ce qu'il peut ! Un autre dirait : mieux vaut des amis que des ennemis^ mais je dis^ moi : mieux vaut être envié que plaii^tj et celui qui cpippte trop d'amis est le jouet de tout le monde. Le baron n'épouserait pas Lisa?... Et aujour4'bui ii^éme il a envoyé deux fois son domestique prendre des nouvelles de ma s^ntq! Quand yyréûécbis him il p'y a pas à en douter. Nf» m'a-t^i) pas ditVilr mênoe que lA^ est beaucoup trpp bonne et trop instrmte pou? devenir Ift femme d'un grossier brasseur! N'a-t-il P9S ajouté ; Elle fera un fueilleur ms^^iagp et rendra heuT reux quelqu'un qui sau^a )a comprendre, n q^p i^uible que p'est suffisamment clair, Çeç insplents paysans cppieuHIs qu'un bafon y va çorpiiip f^ux, et dit tout net: Trinp^ ypulous-npus nou§ m^^iep? NpUj cela p^ §e pass§ pa§ fi,mif Al^l ippnsieur Van Bruinkasteel içefusefsH d'épouser I^isa? Je gage cinq bonpiprs de tei^e qu'il mç saute ^u pou dès que j'pu ouvre )a î^puçhe, Mousieus Ym Pruiukftsteel u'épous^PftH p^g Li§a? N^ p^ l'épi?us ser? PommQ si je n'ava}§ p^ rem^qué pourquoi il m témoignait toujpups tfiut ^^supitié @( mp frottait 1^ fnapche tellement que tout |q mp^idp pouvait s'en aperce; voir. C'était mpusieur Gansendonck p{^r-<^ij p^pn^ur Gansendmck par-là; des Ijèyres qu'il euvoy^t^ }es perdreaux qu'il apportait luiTm^me, Et Lisa ne in^gp pçg de gibier... Ainsi^ c'est à moi qu'il voulait f^rp plaisir* Pourquoi? Assurément ce n'est pas pour mes I^e^ux yeux* NoU; non^ il nettoyait le chemin parPP qu'il vpulait

risquer le ^^nd pas. Je lui faciliterai la cboseî il n'en sera pas peu satisfait...

BaesG^n^eniippçK s^ frQtta )e§ main^ ^vec unq jpyiBuse satisfactiop et se tut qu^que^ in§t§pte pour mieux savourer sans doute la douceur des séduisantes convictions jaqxquelles il s'î^rrêt^jt. Un peii plp loiH; \\ éclata de rire tout à coup, et reprit :

-^ A}i ! ah! i) me semble les vojr toug pi| village avec des nez aussi longs que ma fpurphe. Voilà le baron qui s'en va donnant \^ bras à Lisaj ils sont §i biep habillés que les paysans en sont fprçés de fenner leui^ yeux gblpuii^î quatre domestiques, avec de§ galons (|'or et d'argent au chapeau, les suivent; la voiture à quatre char vaux suit; ifloi^ Piepre G^nsençjpnc)^, j^ rn^rcl^e à côté dé monsieur Yan Bripnkastee), je pprt§ 1^ tét§ haute , ç| je regarde ces langues de vipère et ces envieux^ comm§ le beau-pèpe d'un baron peut et é^oH regarder cette stupide canaille dp paysan^. Nqus .arrivpps ^Téglise; 1^ il y ^ des tapjs pt des cpus^ins; on sème des fleur; §pus nos pas 5 l'OFgUP jpue que }es vitres en tremUenti le oui est prononcé devant l'autel. ... et Usa part e^ ppst§ §yep spn n\m^ ^ twprs }p village, teUepaent que les pavés font feu^ tput droit pour Paris... J^ei lendemain^ vingt paysaus au moin§ sont au lit^, malades 4^ dépit et d'envie. Entre temps je vends pu je loue le Saint-Sébcuh' Uen^ et Iprsque mon gen(l|*p et m^ M^ ?§yiennent, Je pars aveq eux ppup un grand çh^te^ii ! gap^ Q^psen-: donck, c'est-à-dire, mpnsiei|r QaQse|)dpnpk ^ mis se$ moutons % sec; il ne fait p|u§ que doni^eç des ordres, fnanger^ ÇÎias§pr, x^on^x à pbgvaj.j... lifaig ep gidug^^l

808 CeUVBES DE HENEI CONSCIENCE.

à toutes ces belles choses^ j'sd manqué me cogner le

nez contre la porte du pavillon... • Ce disant^ le baes tira le cordon de la sonnette : Après un instant d'attente , un domestique ouvrit la

porte:

— Ah! bonjour^ baes; vous venez sans doute rendre visite à monsieur le baron?

— En effets gaillard^ répondit le baes d'un air hautain. — - 11 n'est pas à la maison.

— Conmient^ il n'est pas à la maison?

— C'estrà-dire il n'est pas visible.

— Pas visible pour moi? Ce serait du beau ! n est au lit peut-être?

— Non, mais il ne veut recevoir personne : vous pensez bien pourquoi. Un œil bleu et le visage plein d'égratignures....

— Cela ne fait rien. Il né faut pas qu'il cache son visage pour moi ; je suis avec monsieur le baron sur un pied d^ familiarité telle que je pourrais lui parler, quand même il serait au lit... Et j'entre, parbleu; sa défense ne me regarde pas.

— Entrez donc ! dit le domestique avec un malin sourire ; suivez-moi; j'annoncerai votre visite.

— Ce n'est pas nécessaire, gronmiela le baes ; entre nous les compliments sont de trop.

Mais le domestique le conduisit dans une petite antichambre et le força, malgré sa résistance, à s'asseoir pour attendre la réponse du baron.

Déjà plus d'une demi-heure s'était écoulée^ et le domestique n'était pas de retour. Le baes commença

BAES GÂNSENDONGK. 309

à s'ennuyer terriblement, et il murmura à part lui :

— Ce domestique s'imagine aussi se moquer de moi. C'est bon; je le noterai sur mon calepin. Il ne gagnera pas de cheveux gris à notre service. Il faut qu'il décampe ! Ça lui apprendra... Mais ^'écoute à me rendre sourd, et je n'entends pas bouger un brin de paille dans le pavillon. Le domestique aurait-il oublié qu'il m'a fait attendre ici? Non, il n'oserait cependant pousser aussi loin l'impudence. En tout cas, je ne puis rester assis ici jusqu'à demain. Allons, je vais un peu voir... Ah! j'entends lé maraud, il rit ! De qui donc peut-il rire ?

— Baes GansendoncK, dit le domestique, veuillez me suivre : monsieur le baron a la bonté de vous recevoir; mais ce n'est pas sans peine. Sans mon intervention, vous retourneriez chez vous comme vous en êtes venu.

—Eh, eh, que me radotes-tu là, insolent? s'écria le baes en colère; sache à qui tu parles : je suis monsieur Gan^ sendonck !

— Et moi je suis Jacques M îermans pour vous servir, ïépondit le domestique avec un sang-froid bouffon.

— Je te retrouverai, maraud, dit le baes en montant l'escalier; tu sauras ce qu'il t'en coûtera pour m'avoir fait attendre toute une demi-heure dans ce cabinet. Fais bien vite ton paquet; tu ne te moqueras plus longtemps ici de gens comme moi.

Le domestique, sans répondre à cette menace, ouvrit la porte d'un salon et annonça à haute voix :

— Le baes du Saint-Sébastien f après quoi il planta là le baes Gansendonck irrité, et redescendit rapidement les escaliers.

MO cBUYEii 6i rilit&l lioiiëdiiNcs.

Mofisieitf Yàn Bruinkasteel étaH ëaiië att fd^d dn nloiii le eottdti appuyé sur une iable. Bon isSl gatld^e ClaU oouteri d'un bandeàti; boû ttMA et ses jôtoés p(vlaient les marques dé sa lutte avec le bràs9ètii<.

Mais ée qui attii^ bieà plus que cela l'atteiitiôn de baes GànseUddnck k soii entrée j èe f ut la maguifiqné robe dechalnbre tu^tue du barons Les éOîflemlB mesà bigarrées de 6b Véfètnent éblouirent se§ yf^ixï, t/tcefA ivee tiH soutiré d'admiratioit qilMl fécHà^ m^flë attiit d'avoir salué le baron :

— Yertudieu^ Inôniiietir lé bàrcM^ Ijuellé belle robe dé diambre vous aves là 1

^ Bonjour^ monsieur Galisendôhék^ ait lé birèn ^ faire attention h retelsmation; toUs.tenèM sàuè deolé TOUS informer comment je vaist Je voua retfiéreié dé cette amicale attention.

— Ne le prenes pas eu mauvaise pari^ montiefi^ ^ baron; mais avant de vous demander des nouvelles de votre santé, je voudrais bien savoir oà irons atez fait faire cette robe de chambre? Elle nie dmne vnÉfiOrt dansl'orill

«» Ne me faites pas rlre^ inonsieur 6a09eiid<mclt^ fiëU me fidt mal aut joues.

^ Ge n'est pss peut t^j iion> nony c'est sériestié" ment que je parle.

•^ Singulière demandé! j'ai acheté i^îette robe de chambre à Paris.

•^ A Paris! c'est dommage^ baroii.

*-*• Pourquoi donct

— Je m'en serais vol(mtiers fait faire une paréilléè

BÀES eÀRSSNDONGK. Ml

— Elle coûte près de deux cents francs I ^ Ah 1 je né regardé pas à cela.

— Elle ne vous irait pas^ monsieur Gansetidonok^

^ Elle ne m'irait pas? Si je puis la payer^ elle doit bien m'allért Mais laissons cela^ Franchement^ eoni^ iliént va la santé^ monsieur Yan Bniinbasteelî

^ Vous toyeis : ùâ orïl bleu et le corps couvert de oontùsiomâ.

^ Le GO€[ufal ft tout dé même été empoighé pat les géiftdârmes et conduit & la ville^ Vous lui fêtes sand doute payer comme il faut son impudente brutalité?

•«^ Assutément^ il faut qu'il soit puni; il ni'a attendu atéc pt^éditatiofi et assailli dans ma propre deiiieutet Là loi traite sévèrement de pateils actes. Pourtant je n'aimerais pas qu'on jugeât FafTaire d'après la lettre de la loi> car dans ce cas il en aurait potir cinq ans au moins^ Sa vieille mère est venue ce matin me prier et me supplier ; j'ai pitié de la pauvre fénime..^

— Pitié I s'écria le baes avec colère et surprise : pitié de ces coquins-là?

•^ Si le fils est Un vaurien ^ qu'esirce que la malheu-^ reusé mère y peut?

•^ Elle n'avait qu'à mieux élever son fils. Cette brute canaille n'aura que Ce qu'elle mérite^ Et que s'aviseraient de penset les paysans s'ils p<mvaient traiter des gens tels que nous comme si nous étions leurs égaux? Non^ hon^ il faiit maintenir là ctaintè> lé respect^ là soumission : ils portent déjà la tète beàucôtip trop haut. Si j'étais à votre place ^ je ne regarderais pas à l'argent pont donner une i^ùde leçon au brasseur et à tout le village ated lui.

att OEUVRES DE HENBl CONSCIENCE.

- C'est là mon afimre.

— Sans doute j je le sais bien^ baron; chacun est mattre de ce qui le regarde.

La tournure de Tentretien déplaisait apparemment au baron ^ car il détourna la tête et demeura quelques instants sans mot dire. Le baes qui^ de son côté, ne savait que dire non plus^ parcourait la chambre d'un œil distrait et s'efforçait de trouver un moyen d'aborder b question du mariage de sa fille. Il remuait les pieds, toussait de temps en temps^ mais son esprit ne llù{ou^ nissait rien.

— Et notre pauvre Lisa? dit enfin le baron; le spectacle de l'arrestation du brasseur a dû lui causer une terrible émotion. Je conçois cela; elle Taime depuis son enfance.

Le baes parut s'éveiller brusquement aussitôt que le nom de Lisa, prononcé par le baron ^ vint frapper son oreille. Voilà^ pensa-t-il, le chemin singulièrement préparé. Pour en venir à son but^ il répondit en souriant :

— Elle l'aime, croyez-vous, baron? Non, non ! C'était autrefois une amourette, comme on dit; mais c'est fini depuis longtemps.; j'y ai mis le holà, et j'ai mis le brasseur à la porte. Pensez un peu, baron, ce lourd tonneau de bière eût volontiers épousé ma Lisa !

— Il en est d'autres , baes, qui pourraient bien avoir le même goût» j

Un éclair de joie brilla dans l'œil du baes; fl bondit sur son fauteuil, et dit avec un rire qui avait la prétention d'être malin :

— Ah ! ah ! Je sais cela depuis longtemps; rhonune

BÀES aÂNSENDOKGK. 313

d'esprit devine où est la vache dès qu'il en voit la queue.

— La comparaison est jolie.

— N'est-ce pas? Aussi y a-t-il longtemps que nous y voyons clair, baron. Mais prenons le taureau par les cornes; aussi bien les détours ne sont plus nécessaires entre nous.

Le baron regarda le baes avec un sourire aussitôt réprimé.

— Ainsi; monsieur le baron pense sérieusement au mariage? demanda Gansendonck triomphant.

— Comment savez-vous cela? Je Ta! caché même à mes amis.

— Je sais tout, baron; j'ai plus de ressources dans mon bissac que vous ne croyez.

— En effet, vous devez être devin, ou vous avez du bonheur dans vos suppositions. Quoi qu'il en soit, vous frappez sur la tête du clou.

— Abrégeons quant au reste alors, dit le baes en se frottant les mains; allons, je fais un sacrifice : je donne à ma Lisa trente mille francs de dot en argent et biens fonds. Elle en aura trente mille autres à ma mort. Nous vendrons l'auberge pour ne plus avoir de rapports avec ces grossiers paysans... et je viendrai demeurer avec vous dans votre château. De cette* manière, vous recevrez les soixante mille francs dès le premier jour.

En disant ces mots, il se leva, tendit la main au baron et s'écria :

— Vous voyez que jj^e ne fais pas beaucoup de difficultés. Allons, monsieur Yan Bruinkasteel, topez sur

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