‹ Scènes de la vie italienneChapitre 3 sur 9 · Chapitre des Albums · texte numérisé non relu

Chapitre des Albums

L'album est en vogue en [Italie; partout il vous arrête au passage, et sollicite une inspiration. Heureusement le pays est fécond en idées, en noms harmonieux, en poétiques souvenirs. Il est plus aisé d'écrire cent vers sur un album d'Italie qu'un quatrain ailleurs. On m'a fait bien souvent l'honneur de me demander quelques rimes improvisées, sur la terre classique

:2()4 SCÈNES ni: la vil italienne.

des improvisateurs; j'ai été assez heureux quelquefois, non pas pour réussir, mais pour ne pas rester court en chemin: c'est tout ce qu'on peut demander. En transcrivant sur ce hvre quelques-unes de ces poésies, celles que je me suis rappelées, ou dont quelques personnes avaient bien voulu garder copie, j'aurais pu revoir et beaucoup corriger; j'ai mieux aimé les livrer à l'impression avec leurs défauts originels. J'imposais toujours une condition aux propriétaires des albums : celle de m'indiquer eux-mêmes le sujet de mes vers: j'étais bien sur. d'ailleurs que ce choix, que je laissais à leur disposition, ne roulerait que sur l'Italie. Florence, Rome, Naples; ou sur des souvenirs de l'Empire et de Napoléon; c'est-à-dire, la mine la plus riche et la plus facile à exploiter pour un poète. Dans le premeir volume, j'ai déjà inséré les poésies que j'ai écrites sur l'album de madame de Lipona.

ARR,rrSE A PLOKBITOIE.

SLR L ALBUM DE MADAMK MARIM.

Dans mes secrets ennuis, je l'ai tant appelée Cette molle rivière et sa fraîche vallée, Paysages si beaux, et tant de fois dépeints ; Ces collines (J'a;:ur que parfument les pins, Kt ce village é>niS(jue où rayonne la tuile. Où s'abi'ite au soleil l'arbre qui donne l'huile,

2()() SCÊKKS DE LA Vit IIALIEWNE.

OÙ le pieux vallon caressé par le vent M'apporte Y Angélus des cloches du couvent !

Et Florence était là ! sur son fleuve endormie, J'ai voulu l'embrasser comme une tendre amie, Et mes lèvres en feu frissonnaient de plaisir, Gomme si de ma main j'allais pour la saisir. Des montagnes d'azur lui servaient de ceinture ; Elle me déroulait sa noble architecture ; L'Arno devant sa porte, avec de joyeux sons, Saluait des grands-ducs les larges écussons : Pour la bien caresser, la rivière était lente; Que de tours couronnaient sa tête étincelante î Quelle douce lumière impossible aux crayons ! Enveloppait ses murs d'un tissu de rayons ! Du sommet de sa tour, avec sa voix ardente, La Giotto m'envoyait le nom sacré du Dante ; Il me semblait revoir, sur les clochers lointains. Les spectres lumineux des sculpteurs Florentins, Et du Brunoleschi, le magique fantôme Debout, comme un géant, sur la croix de son dôme. Bientôt la nuit tomba ; sur les marbres noircis. Je vins m'asseoir aux lieux où Dante s'est assis ;

Indi(;ne pèlerin, je crus que cette pierre Donnerait un instant la force à ma paupière, Afin de mieux la voir avec mes faibles yeux, La tour que lit Giotto pour soutenir les deux !

T. Il 1*

K2MPOILI,

A MADEMOISELLE AMÉLIE DKSAINT

Empoli, doux rivage Aux riantes maisons , Beau fleuve , tiède plage De fleurs et de gazons :

* 'Délicieux village à quelques lieues de Florence ; toutes les jeunes filles y travaillent aux chapeaux de paille.

Sur tes molles collines Chantent avec le vent Les douces mandolines, Les cloches du couvent.

C'est toi qui nous l'annonce Cette ville, ta sœur, Que la bouche prononce Avec tant de douceur ; Empoli, quand on foule Ton bienheureux gazon , Florence se déroule Et luit à l'horizon.

Dans ta vive auréole D'azur et de gaîté, Le jour léger s'envole Comme un songe d'été; Toujours on s'y réveille Sur un riant chemin; Le bonheur de la veille Renaît le lendemain.

Aux chants de la folie.

Tressez dans ces vallons, La paille d'Italie, Filles aux cheveux blonds; Devant la fraîche place Qui vous voit réunir, Le voyageur qui passe Emporte un souvenir.

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