Mot anglais qui signifie ouragan, tempête
route, et les circonstances , il faut bien le reconnaître, justi- , fiaient assez ces craintes. !
De retour d'un exil employé à parcourir l’Europe et à cher- | cher dans de studieux loisirs l’oubli des malheurs de son | pays, le général don Anastasio Bustamante occupait alors la I présidence. Si le désintéressement et la probité , unis à un ardent patriotisme , suffisaient pour gouverner un grand État, | Bustamante eût été l’homme qu’il fallait au Mexique. Comme j presque tous les généraux qui se sont partagé le pouvoir dans ; la république mexicaine , c’est dans la guerre de l’indépen- 1 dance qu’il avait fait ses premières armes. Ami et partisan j dévoué de l’empereur Iturbide, il avait hautement blâmé j l’ingratitude de Santa- Anna , qui avait commencé sa carrière j militaire en se révoltant contre celui qui l’avait tiré de l’ob- j scurité. Ce fut le commencement de cette inimitié personnelle 1 1 qui subsiste encore entre les deux généraux. A l’époque où 1 1 je me trouvais à Mexico , Santa-Anna ne pouvait pardonner 1 1 au général Bustamante de l’avoir emporté sur lui pour la pré- i sidence. Depuis trois ans, ce dernier avait eu à traverser de t dangereuses épreuves. Deux années s’étaient à peine écou- i lées depuis la prise de Yera-Cruz par les Français , et déjà le j dénùment du trésor public avait contraint le congrès de frapper l’importation d’un droit additionnel de quinze pour c cent. Le commerce souffrait avant l’adoption de cette mesure : | la décision du congrès ne fit qu’augmenter sa souffrance. Le i malaise général amena des mesures qui , au dire de tous les | hommes familiarisés avec la marche des mouvements politiques au àlexique, pouvaient être dangereusement exploitées par les adversaires du gouvernement. Les événements ne tardèrent pas à confirmer la justesse de ces fâcheuses prévisions.
On se souvient peut-être d'un certain lieutenant don Blas que j’avais rencontré à la venta d’Arroyo-Zarco , et que j’a- ^ vais laissé attablé avec le bravo don TomasVerduzco *. Quel-
À . Voir page 202.
LE CAPITAINE DON BLAS. 2H
ques relations assez négligemment suivies avec cet officier ne Teussent guère rappelé à ma mémoire, sans les rapports mystérieux qui semblaient exister entre lui et un homme dont j’avais toute raison de me défier. Depuis ma dernière rencontre avec don Tomas, j’étais sous l’obsession d’une crainte que ne justifiaient que trop les antécédents connus de ce misérable. J’avais cru devoir prendre quelques précautions contre une attaque qui devait , selon toute apparence , s’envelopper de ténèbres. Je n’avais eu, du reste , pour me conformer aux règles de la plus stricte prudence , qu’à modifier assez légèrement la consigne de la maison que j’occupais, tenue en tout temps , par habitude comme par nécessité , sur le pied d’une place de guerre. Le portier était un vieux soldat de l’indépendance, brave et honnête homme, qui ne montrait jamais plus de vigilance que lorsqu’il était ivre. Il en résultait que la maison était on ne peut mieux gardée. J’étais, il est vrai , la première victime de cet excès de précaution de sa part, car ce n’était jamais sans une extrême difficulté que je parvenais à faire décrocher, pour me livrer entrée à moi-même , la chaîne de fer qui retenait les battants de la porte cochère.
V Angélus tintait encore à toutes les églises de Mexico, quand , pour la dernière fois , à ce que je croyais , je traversais les rues à cheval,, de retour d’une promenade au Paseo. Le jour était tombé au moment où je regagnais mon logis, et je n’y fus introduit qu’après un pourparler plus long que d’habitude avec le vieux gardien de la porte. Appuyé contre la muraille pour se maintenir en équilibre et sauver les apparences , le brave homme , sa baïonnette à la main , se contenta de me montrer du doigt un soldat qui , assis sur un des bancs de pierre du vestibule , se leva avec empressement à mon approche. Un shako sans visière, et trop petit pour la tête qu’il couvrait , se balançait sur une chevelure longue et mêlée comme la crinière d’un lion. Un uniforme d’un drap
grossier et un pantalon aussi démesurément large que le shako était exigu , des souliers dont l’empeigne entr’ouverte donnait passage aux doigts du pied, une figure d’un rouge cuivré , dénotaient dans cet homme un lepero arraché par la presse aux loisirs du trottoir. Néanmoins un certain air picaresque et arrogant annonçait qu’il n’était pas sans avoir conscience de sa profession et de la splendeur de son accoutrement militaire. Le soldat me tendit une lettre en me disant qu’en sa qualité d'asistente du lieutenant don Blas , c’était de sa part qu’il venait. Je reconnus en effet l’écriture dq lieutenant ; la lettre était ainsi conçue :
« Mon cher ami ,
c J’ai lu avec attendrissement, dans le roman français que vous m’avez prêté un jour, l’histoire de deux amis qui s’aidaient au besoin de la bourse et de l’épée. Aujourd’hui j’ai besoin de votre bourse , et vous prie de remettre au porteur ; qui a toute ma confiance , une once d’or que je vous rendrai à la première occasion. Je puis vous affirmer que ce sera un service dont le pays vous saura gré aussi bien que voire dévoué serviteur et ami.
Cf Blas P
c P. S. Réflexion faite, si vous pouviez m’apporter l’once d’or vous-même, ce serait plus sur, et, pour imiter le dévouement des amis dont l'histoire m’a si vivement ému, je vous offre mon épée. «
Je pensais, comme le lieutenant, que l’once d’or arriverait plus sûrement jusqu’à lui si je la lui portais moimême.
a Où est votre officier? demandai-je au soldat qui attendait la réponse.