‹ Scènes de la vie mexicaineChapitre 5 sur 27 · LE LICENCIE · texte numérisé non relu

LE LICENCIE

DON TADEO CMSTOBAL.

Il y a , à la Bibliothèque nationale de Paris , un antique document qui n’a guère été consulté , sans doute , depuis le jour où il a pris place sur les poudreux rayons du départe* ' ment des manuscrits. C’est un essai sur les idiomes des races indiennes du Nouveau-Monde, composé, vers la fin du XVI* siècle , par fray Alonso Urbano , religieux de l’ordre de Saint-Augustin. L’enchaînement de circonstances qui a amené de Mexico à Paris ce curieux document n’est peutêtre connu que do moi seul , et cela par une excellente raison : c’est moi-môme qui ai rapporté à Paris l’œuvre ignorée du religieux de Sâint-Augustin , et celui qui m’en fit don a probablement cessé de vivre. Quoi qu’il en soit, l’événement à la suite duquel je devins possesseur de ce manuscrit ne s’effacera jamais de ma mémoire, et l’essai de fray Alonso Urbano , bien que je me reconnaisse peu compétent à en apprécier la valeur philologique , a pourtant un grand intérêt à mes yeux : il me rappelle les relations que j’eus avec un des personnages les plus étranges qu’il m’ait été donné de connaître aii Mexique. Ces relations furent bien courtes , mais le récit qu’on va lire fera comprendre l’impression profonde qu’elles m’ont laissée. Je n’ai pas besoin d’ajouter qüe, pour paraître romanesque, ce récit n’en est pas moins réel. Au Mexique, il ne faut pas l’oublier, le roman

Si SCÈNES DE LÀ VIE MEXICAINE.

est dans les mœurs mêmes, et celui qui veut retracer fidèlement ces mœurs exceplioimelles s’expose à passer pour un conteur peu scrupuleux, quand il n’est que simple historien.

Au commencement de l’année < 835, je me trouvais à Mexico, aux prises avec une affaire assez épineuse : il s’agissait du recouvrement fort problématique d’une créance assez considérable sur un débiteur dont on ne pouvait trouver la moindre trace. L’affaire demandait à être conduite énergiquement, et je m’étais adressé, en conséquence, à plusieurs hommes de loi connus pour n’intervenir jamais en vain dans ces cas difficiles. Tous avaient commencé par me promettre leur concours ; mais, dès que j’avais nommé le débiteur introuvable (il s’appelait don Dionisio Peralta), tous s’étaient récriés et avaient opposé à mes justes réclamations les plus étranges faux-fuyants. Celui-ci ne se serait jamais pardonné de causer le moindre chagrin à un aussi galant homme que le seigneur Peralta ; celui-là lui était attaché par un compadrazgo * de vieille date ; le troisième faisait valoir avec attendrissement le souvenir d’une étroite liaison d’enfance. Un quatrième fut plus franc que tous les autres, et me laissa entrevoir qu’au fond de tous ces scrupules d’amitié il y avait la crainte de quelque estocade, procédé que le seigneur Peralta avait sans doute mis plus d’une fois en usage pour se débarrasser de créanciers trop pressants, c Je ne vois, ajouta-t-il, que le licencié don Tadeo Cristobal qui puisse se charger de votre affaire. 11 a un cœur de roc et une main de fer. C’est l’homme qu’il vous faut. » Je courus aussitôt à la calle de los Batanes, où demeurait, m’avait-on dit, le licencié don Tadeo; mais là

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