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LE LICENCIÉ DON TADEO CRISTOBAL. 8î5
m’attendait un nouveau mécompte. Don Tadeo venait de quitter son logement, et nul ne put ou ne voulut me dire où il avait élu domicile.
Découragé et abattu au terme d’une journée tout entière passée en courses inutiles, je me promenais assez tristement sous les Arcades des Marchands (Portales de los Mercaderes), donnant sur la grande place de Mexico. J’avais résolu, en désespoir de cause, de demander quelques renseignements sur don Tadeo aux nombreux écrivains publics dont les échoppes situées sous ces galeries sont autant de bureaux de renseignements toujours ouverts; mais, arrivé sous les arcades, j’oubliai le motif qui m’avait amené dans cette espèce dé bazar, rendez-vous quotidien des oisifs de Mexico, et mon attention fut entièrement distraite par le tableau animé qui se déroulait sous mes yeux. On s’étonnera , moins de cette distraction, si l’on se figure le magique aspect de la plaza Mayor de Mexico une heure avant le coucher du soleil. Les Portales de los Mercaderes occupent, en effet, presque un des côtés de cette place immense, que la cathédrale, VAyuntamiento et le palais du Président bornent sur les trois autres faces. Les plus belles rues de Mexico viennent y déboucher entre ces édifices ; c’est la rue de la Primera- Monterilla , toute bordée de boutiques élégantes ; c’est la rue de los Plateros ou des Orfèvres, presque exclusivement occupée par des joailliers ou des bijoutiers ; puis, en regard de ces rues, où le commerce européen déploie toute sa splendeur, le menu négoce mexicain semble avoir choisi pour théâtre les sombres arcades de los Mercaderes. Â l’épdque de mon séjour à Mexico, aucune innovation à la française n’était venue encore altérer la physionomie pittoresque de ces arcades, qui rappelaient assez fidèlement ce qu’on nomme à Paris les Piliers des Halles. De lourds arceaux appuyaient d’un côté sur de vastes magasins, de l’autre sur des pilastres au pied desquels se dressaient des
boutiques {aîact-naf) abondamment pourvues de livres de piété, de rosaires, de dagues et d’éperons. A côté de ces boutiques, comme pour représenter la vente en détail à ses derniers degrés, des leperos en haillons trafiquaient en petits articles de verroterie, et, leur fonds de commerce sur un doigt de la main, poursuivaient les chalands de leurs importunes sollicitations. De temps à autre, des vendeuses de canards sauvages en ragoût 'ou tamales *, accroupies dans l’ombre des arceaux, mêlaient au bourdonnement de la foule leur cri si connu : Aqui hay poto grande , mi eUma ; $e~ norito venga sted *, ou celui non moins populaire et plus bref: Tamales queretanos *. Les passants et les acheteurs n’étaient pas moins curieux à observer que les marchands. La couleur chatoyante des robes et des iapalos *, l’or des mangas, les bariolages des sarapes, formaient sous la douteuse lumière que laissaient pénétrer les pilastres un pêle-mêle étincelant qui rappelait les plus folles mascarades vénitiennes. C’était le soir surtout que la foule qui se pressait sous les arcades des Mercaderes offrait un brillant spectacle. Le soir, échoppes et boutiques se fermaient, et les Arcades des Marchands devenaient un club politique. Assis sur le seuil des portes soigneusement verrouillées, ou arpentant à grands pas cette espèce de cloître, officiers et bourgeois s’entretenaient des révolutions faites ou à faire, jusqu’à l’heure où les galeries presque désertes servaient d’asile à de plus doux mystères et n’entendaient plus résonner sous leurs voûtes silencieuses que le murmure étouffé de quelque entretien d’amour.
J’errais depuis quelque temps déjà sous les Arcades des Marchands, lorsque la vue d’une échoppe d’écrivain public
4 . Espèces de quenelles faites de maïs et de viandes fortement assaisonnées de piment et cuites dans une feuille de maïs.
2 . « J’ai du bon canard, mon âme; venez, mon Jeune seigneur. >