‹ Scènes de la vie militaireChapitre 4 sur 45 · UNE IDEE DE FOUGUE · texte numérisé non relu

UNE IDEE DE FOUGUE

Vers les derniers jours du mois de brumaire, au moment où,, pendant la matinée, Hulot faisait manœuvrer sa demi-brigade» entièrement concentrée à Mayenne par des ordres supérieurs, urt exprès venu d'Âlençon lui remit des dépêches pendant la lecture desquelles une assez forte contrariété se peignit sur sa figure.

— Allons, en avant! s'écria.-t-il avec humeur en serrant les papiers au fond de son chapeau. Deux compagnies vont se mettre en. marche avec moi et se diriger sur Mortagne. Les chouans y sont. — Vous m'accompagnerez, dit-il à Merle et à Gérard... Si je comprends un mot à ma dépêche, je veux être fait noble! Je ne suis peut-être qu'une bête, n'importe, en avant ! Il n'y a pas de temps à perdre.

— Mon commandant, qu'y a-t-il donc de si barbare dans cette carnassière-là? dit Merle en montrant du bout de sa botte l'enveloppe ministérielle de la dépêche.

— Tonnerre de Dieu! il n'y a rien, si ce n'est qu'on nous embête.

Lorsque le commandant laissait échapper cette expression militaire, déjà l'objet d'une réserve, elle annonçait toujours quelque tempête, les diverses intonations de cette phrase formaient des espèces de degrés qui, pour la demi-brigade, étaient un siir thermomètre de la patience du chef; et la franchise de ce vieux soldat en avait rendu la connaissance si facile, que le plus méchant tambour savait bientôt son Hulot par cœur, en observant les variations de la petite grimace par laquelle le commandant retroussait sa joue et clignait les yeux. Cette fois, le ton de la sourde colère par lequel il accompagna ce mot rendit les deux amis silencieux et circonspects. Les marques n>*- me de petite vérole qui sillonnaient ce visage guerrier parurent plus profondes et le teint plus brun que de coutume. Sa large queue bordée de tresses étant revenue sur une des épaulettes quand il remit son chapeau à trois cornes, Hulot la rejeta avec tant de fureur, que les cadenettes en furent dérangées. Cependant, comme il restait immobile, les poings fermés, les bras croisés avec force sur la poitrine, la moustache hérissée, Gérard se hasarda à lui demander :

— Part-on sur l'heure?

— Oui, si les gibernes sont garnies, répondit-il en grommelant.

— Elles le sont.

— Portez arme ! Par file à gauche, en avant, marche ! dit Gérard à un geste de son chef.

Et les tambours se mirent en tête des deux compagnies désignées par Gérard. Au son du tambour, le commandant, plongé dans ?es réflexions, parut se réveiller, et il sortit de la ville accompagné de ses deux amis, auxquels il ne dit pas un mot. Merle et Gérard se regardèrent silencieusement à plusieurs reprises comme pour se demander : a Nous tiendra-t-il longtemps rigueur? » Et, tout en marchant, ils jetèrent à la dérobée des regards observateurs sur Hulot, qui continuait à dire entre ses dents de vagues paroles. Plusieurs fois, ses phrases résonnèrent comme des jurement? aux oreilles des soldats; mais pas un d'eux n'osa souffler mot, car, dans l'occasion, tous savaient garder la discipline sévère à laquelle

étaient habitués les troupiers jadis commandés en Italie par Bonaparte. La plupart d'entre eux étaient, comme Hulot, les restes de ces fameux bataillons qui capitulèrent à Mayence sous la promesse de n'être pas employés sur les frontières, et l'armée les avait nommés les Mmjençais. Il était difficile de rencontrer des soldats et des chefs qui se comprissent mieux.

Le lendemain de leur départ, Hulot et ses deux amis se trouvaient de grand matin sur la route d'Alençon, à une lieue environ de cette dernière ville, vers Mortagne, dans la partie du chemin qui côtoie les pâturages arrosés par la Sarthe. Les vues pittoresques de ces prairies se déploient successivement sur la gauche, tandis que la droite, flanquée des bois épais qui se rattachent à la grande forêt de Menil-Broust, forme, s'il est permis d'emprunter ce terme à la peinture, un repoussoir aux délicieux aspects de la rivière. Les bermes du chemin sont encaissées par des fossés dont les terres, sans cesse rejetées sur les champs, y produisent de hauts talus couronnés d'ajoncs, nom donné dans tout l'Ouest au genêt épineux. Cet arbuste, qui s'étale en buissons épais, fournit pendant l'hiver une excellente nourriture aux chevaux et aux bestiaux; mais, tant qu'il n'était pas récolté, les chouans se cachaient derrière ses touffes d'an vert sombre. Ces talus et ces ajoncs, qui annoncent au voyageur l'approche de la Bretagne, rendaient donc alors cette partie de la roule aussi dangereuse qu'elle est belle. Les périls qui devaient se rencontrer dans le trajet de Mortagne à Alençon et d'Alençon à Mayenne étaient la cause du départ de Hulot; et, là, le secret de sa colère finit par lui échapper. Il escortait alors une vieille malle traînée par des chevaux de poste que ses soldats, fatigués, obligeaient à marcher lentement. Les compagnies de bleus appartenant à la garnison de Mortagne et qui avaient accompagné cette horrible voiture jusqu'aux limites de leur étape, où Hulot était venu les remplacer dans ce service, à juste titre nommé par ses soldats une scie patriotique, retournaient à Mortagne et se voyaient dans le lointain comme des points noirs. Une des deux compagnies du vieux républicain se tenait à quelques pas en arrière, et l'autre en avant de cette calèche. Hulot, qui se trouva entre Merle et Gérard, à moitié chemin de l'avant-garde et de la voiture, leur dit tout à coup :

— Mille tonnerres! croiriez-vous que c'est pour accompagner les deux cotillons qui sont dans ce vieux fourgon que le général nous a détachés de Mayenne ?

— Mais, mon commandant, quand nous avons pris position tout à l'heure auprès des citoyennes, répondit Gérard, vous les avez saluées d'un air qui n'était pas déjà si gauche.

— Eh! voilà l'infamie. Ces muscadins de Paris ne nous recommandent-ils pas les plus grands égards pour leurs damnées femelles l Peut-on déshonorer de bons et braves patriotes comme nous en les mettant à la suite d'une jupe! Oh! moi, je vais droit mon chemin et n'aime pas les zigzags chez les autres. Quand j'ai vu à Danton des maîtresses, à Barras des maîtresses, je leur ai dit : « Citoyens, quand la République vous a requis de la gouverner, ce n'était pas pour autoriser les amusements de l'ancien régime. » Vous me direz à cela que les femmes...? Oh! on a des femmes! c'est juste. A de bons lapins, voyez-vous, il faut des femmes, et de bonnes femmes. Mais assez causé quand vient le danger. A quoi donc aurait servi de balayer les abus de l'ancien temps, si les patriotes les recommençaient? Voyez le premier consul, c'est là un homme : pas de femmes, toujours à son affaire. Je parierais ma moustache gauche qu'il ignore le sot métier qu'on nous fait faire ici.

— Ma foi, commandant, répondit Merle en riant, j'ai aperçu le bout du nez de la jeune dame cachée au fond de la malle, et j'avoue que tout le monde pourrait sans déshonneur se sentir, comme j& l'éprouve, la démangeaison d'aller tourner autour de cette voiture pour nouer avec les voyageuses un petit bout de conversation.

— Gare à toi. Merle! dit Gérard. Les corneilles coiffées sont accompagnées d'un citoyen assez rusé pour te prendre dans un piège.

— Oni? Cet incroyable dont les petits yeux vont incessamment d'un côté du chemin à l'autre, comme s'il y voyait des chouans; ce jnuscadin duquel on aperçoit à peine les jambes; et qui, dans le moment où celles de son cheval sont cachées par la voiture, a l'air d'uji canard dont la tête sort d'un pâté! Si ce dadais-là m'empêche janiais de caresser la jolie fauvette...

— Canard! fauvette! Oh! mon pauvre Merle, tu es furieusement

LES CHOUANS. 6i

dans les volatiles. Mais ne le fie pas au canard! Ses yeux verts me paraissent perfides comme ceux d'une vipère et fins comme ceux d'une femme qui pardonne à son mari. Je me défie moins des chouans que de ces avocats dont les figures ressemblent à des carafes de limonade,

— Bah ! s'écria Merle gaiement, avec la permission du commandant, je me risque ! Cette femme-là a des yeux qui sont comme des étoiles, on peut tout mettre au jeu pour les voir.

— Il est pris, le camarade, dit Gérard au commandant, il commence à dire des bêtises.

Hulot fit la grimace, haussa les épaules et répondit :

— Avant de prendre le potage, je lui conseille de le sentir.

— Brave Merle, reprit Gérard en jugeant à la lenteur de sa marche qu'il manœuvrait pour se laisser graduellement gagner par la malle, est-il gai! C'est le seul homme qui puisse rire de la •mort d'un camarade sans être taxé d'insensibilité.

— C'est le vrai soldat français, dit Hulot d'un ton grave.

— Oh! le voici qui ramène ses épaulettes sur ses épaules pour faire voir qu'il est capitaine, s'écria Gérard en riant; comme si le grade y faisait quelque chose.

La voiture vers laquelle pivotait l'ofiicier renfermait en effet deux femmes, dont l'une semblait être la servante de l'autre.

— Ces femmes-là vont toujours deux par deux, disait Hulot.'

Un petit homme sec et maigre caracolait, tantôt en avant, tantôt en arrière de la voiture; mais, quoiqu'il parût accompagner les deux voyageuses privilégiées, personne ne l'avait encore vu leur adressant la parole. Ce silence, preuve de dédain ou de respect, les bagages nombreux, les cartons de celle que le commandant appelait une 'princesse, tout, jusqu'au costume de son cavalier servant, avait encore irrité la bile de Hulot, Le costume de cet inconnu présentait un exact tableau de la mode qui valut en ce temps les caricatures des incroyables. Qu'on se figure ce personnage affublé d"un habit dont les basques étaient si courtes, qu'elles laissaient passer cinq à six pouces du gilet; et les pans si longs, qu'ils ressemblaient à une queue de morue, terme alors employé pour les désigner. Une cravate énorme décrivait autour de son cou de si nombreux contours, que la petite tête qui sortait de ce labvrinthe de

mousseline jiistiûait presque la comparaison gastronomique du capitaine Merle. L'inconnu portait un pantalon collant et des bottes à la Suuvorov, Un immense camée blanc et bleu servait d'épingle à sa chemise. Deux chaînes de montre s'échappaient parallèlement de sa ceinture; puis ses cheveux, pendant en tire-bouchons de chaque côté des faces, lui couvraient presque tout le front. Enfin, pour dernier enjolivement, le col de sa chemise et celui de l'habit montaient si haut, que sa tête paraissait enveloppée comme un bouquet dans un cornet de papier. Ajoutez à ces grêles accessoires, qui juraient entre eux sans produire d'ensemble, l'opposition burlesque des couleurs du pantalon jaune, du gilet rouge, de l'habit cannelle, et vous aurez une image fidèle du suprême bon ton auquel obéissaient les élégants au commencement du Consulat. Ce costume, tout à fait baroque, semblait avoir été inventé pour servir d'épreuve à la grâce, et montrer qu'il n'y a rien de si ridicule que la mode ne sache consacrer. Le cavalier paraissait avoir atteint l'âge de trente ans, mais il en avait à peine vingt-deux; peut-être devait-il cette apparence soit à la débauche, soit aux périls de cette époque. Malgré cette toilette d'empirique, sa tournure accusait une certaine élégance de manières à laquelle on reconnaissait un homme bien élevé. Lorsque le capitaine se trouva près de la calèche, le muscadin parut deviner son dessein, et le favorisa en retardant le pas de son cheval ; Merle, qui lui avait jeté un regard sardonique, rencontra un de ces visages impénétrables accoutumés par les vicissitudes de la Révolution à cacher toutes les émotions, même les moindres. Au moment où le bout recourbé du vieux chapeau triangulaire et l'épaulette du capitaine furent aperçus par les dames, une voix d'une angélique douceur lui demanda :

— Monsieur l'officier, auriez-vous la bonté de nous dire en quel endroit de la route nous nous trouvons 1

11 existe un cliarme inexprimable dans une question faite par une voyageuse inconnue, le moindre mot semble alors contenir toute une aventure; mais, si la femme sollicite quelque protection, en s' appuyant sur sa faiblesse et sur une certaine ignorance des choses, chaque homme n'est-il pas légèrement enclin à bâtir une fable impossible où il se fait heureux? Aussi les mots de « monsieur l'officier, » la forme polie de la demande, portèrent-ils un trouble

inconiiu dans le cœur du capitaine. Il essaya d'examiner la voyageuse et fut singulièrement désappointé, car un voile jaloux lui en cachait les traits; à peine même put-il en voir les yeux, qui, à Iravers la gaze, brillaient comme deux onyx frappés par le soleil.

— Vous êtes maintenant à une lieue d'Alençon, madame.

— Aiençon, déjà!

Et la dame inconnue se rejeta ou plutôt se laissa aller au fond de la voiture, sans plus rien répondre.

— Aiençon? répéta l'autre femme en paraissant se réveiller. Vous allez revoir le pays...

Elle regarda le capitaine et se tut. Merle, trompé dans son espérance de voir la belle inconnue, se mit à en examiner la compagne. C'était une fille d'environ vingt-six ans, blonde, d'une jolie taille, et dont le teint avait cette fraîcheur de peau, cet éclat nourri qui distingue les femmes de Valognes, de Bayeux et des environs d'Alençon. Le regard de ses yeux bleus n'annonçait pas d'esprit, mais une certaine fermeté mêlée de tendresse. Elle portait une robe d'étoffe commune. Ses cheveux, relevés sous un petit bonnet à la mode cauchoise, et sans aucune prétention, rendaient sa figure charmante de simplicité. Son attitude, sans avoir la noblesse convenue des salons, n'était pas dénuée de cette dignité naturelle à une jeune fille modeste qui pouvait contempler le tableau de sa vie passée sans y trouver un seul sujet de repentir. D'un coup d'œil, Merle sut deviner en elle une de ces fleurs champêtres qui, transportée dans les serres parisiennes où se concentrent tant de rayons flétrissants, n'avait rien perdu de ses couleurs pures ni de sa rustique franchise. L'attitude naïve de la jeune fille et la modestie de son regard apprirent à Merle qu'elle ne voulait pas d'auditeur. En effet, quand il s'éloigna, les deux inconnues commencèrent à voix basse une conversation dont le murmure parvint à peine à son oreille,

— Vous êtes partie si précipitamment, dit la jeune campagnarde, que vous n'avez pas seulement pris le temps de vous habiller. Vous voilà belle! Si nous allons plus loin qu' Aiençon, il faudra nécessairement y faire une autre toilette...

— Oh ! oh ! Francine !... s'écria l'inconnue.

— Plaît-il?

— Voici la troisième tentative que tu fais pour apprendre le •terme et la cause de ce voyage.

— Ai-je dit la moindre chose qui puisse me valoir ce reproche?...

— Oh! j'ai bien remarqué ton petit manège. De candide et simple que tu étais, tu as pris un peu de ruse à mon école. Tu commences à avoir les interrogations en horreur. Tu as bien raison, mon enfant. De toutes les manières connues d'arracher un secret, c'est, à mon avis, la plus niaise.

— Eh bien, reprit Francine, puisqu'on ne peut rien vous cacher, convenez-en, Marie, votre conduite n'exciterait-elle pas la curiosité d'un saint? Hier matin sans ressources, aujourd'hui les mains pleines d'or, on vous donne à Mortagne la malle-poste pillée dont le conducteur a été tué, vous êtes protégée par les troupes du gouvernement, et suivie par un homme que je regarde comme votre ■mauvais génie...

— Qui, Corentin?... demanda la jeune inconnue en accentuant ces deux mots par deux inflexions de voix pleines d'un mépris qui déborda même dans le geste par lequel elle montra le cavalier. Écoute, Francine, reprit-elle, te souviens-tu de Patriote, ce singe que j'avais habitué à contrefaire Danton, et qui nous amusait tant'

— Oui, mademoiselle.

— Eh bien, en avais-tu peur?

— 11 était enchaîné.

— Mais Corentin est muselé, mon enfant.

— Nous badinions avec Patriote pendant des heures entières, dit Francine, je le sais, mais il finissait toujours par nous jouer quelque mauvais tour.

A ces mots, Francine se rejeta vivement au fond de la voiture, près de sa maîtresse, lui prit les mains pour les caresser avec des manières câlines, en lui disant d'une voix alTectueuse :

— Mais vous m'avez devinée, Marie, et vous ne me répondez pas. Comment, après ces tristesses qui m'ont fait tant de mal, oh! bien du mal, pouvez-vous en vingt-quatre heures devenir d'une gaieté folle, comme lorsque vous parliez de vous tuer. D'où vient ce changement? J'ai le droit de vous demander un peu compte de votre âme. Elle est à moi avant d'être à qui que ce soit, car jamais

VOUS ne serez mieux aimée que vous ne l'êtes par moi. Parlez, mademoiselle.

— Eh bien, Francine, ne vois-tu pas aulour de nous le secret de ma gaieté? Regarde les houppes jaunies de ces arbres lointains : pas une ne ressemble aux autres. A les contempler de loin, ne dirait-on pas d'une vieille tapisserie de château? Vois ces haies derrière lesquelles il peut se rencontrer des chouans à chaque instant. Quand je regarde ces ajoncs, il me semble apercevoir des canons de fusil. J'aime ce renaissant péril qui nous environne. Toutes les fois que la route prend un aspect sombre, je suppose que nous allons entendre des détonations : alors, mon cœur bat, une sensation inconnue m'agite. Et ce n'est ni les tremblements de la peur, ni les émotions du plaisir; non, c'est mieux, c'est le jeu de tout ce qui se meut en moi, c'est la vie. Quand je ne serais joyeuse que d'avoir un peu animé ma vie!

— Ah! vous ne me dites rien, cruelle! — Sainte Vierge, ajouta Francine en levant les yeux au ciel avec douleur, à qui se confessera-t-elle, si elle se tait avec moi?

— Francine, reprit Tinconnue d'un ton grave, je ne peux pas t'avouer mon entreprise. Cette fois-ci, c'est horrible.

— Pourquoi faire le mal en connaissance de cause?

— Que veux-tu! je me surprends à penser comme si j'avais cinquante ans, et à agir comme si j'en avais encore quinze! Tu as toujours été ma raison, ma pauvre fille; mais, dans cette affaire-ci, je dois étouffer ma conscience... Et, dit-elle après une pause, en laissant échapper un soupir, je n'y parviens pas. Or, comment veux-tu que j'aille encore mettre après moi un confesseur aussi rigide que toi?

Et elle lui frappa doucement dans la main.

— Eh! quand vous ai-je reproché vos actions? s'écria Francine. Le mal en vous a de la grâce. Oui, sainte Anne d'Auray, que je prie tant pour votre salut, vous absoudrait de tout. Enfin, ne suis-je pas à vos côtés sur cette route, sans savoir où vous allez?

Et, dans son effusion, elle lui baisa les mains.

— Mais, reprit Marie, tu peux m'abandonner, si ta conscience..,

— Allons, taisez-voup, madame, reprit Francine en faisant une petite moue chagrine. Oh! ne me direz-vous pas...?

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