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PNCHEW.SEST. LELCIR
Il n’avait que ses belles couleurs pour toute fortune, et comptait vivre dans le luxe, l’abondance et les honneurs.
— Oui, seigneur Moineau. Voilà pourquoi nos ouvrières sont si fières d’appartenir à l'Empire Formique, et travaillent avec tant de cœur en chantant : Rule, Formicalia !
— Ceci, me dis-je en partant, est contraire à la Loi Animale : Dieu me garde de proclamer de tels principes. Ces Fourmis n'ont ni foi ni loi. Que deviendraient les Moineaux de Paris, qui sont déjà si spirituels, au cas où quelque grand Moineau les organiserait ainsi ? Que suis-je? Je ne suis pas seulement un Friquet parisien, je me suis élevé, par la pensée, à toute l’Animalité. Non, l’Animalité n’est pas faite pour être gouvernée ainsi. Ce système n’est que tromperie au profit de quelques-uns.
Je partis vraiment affligé de la perfection de cette oligarchie et de la hardiesse de son égoïsme. Chemin faisant, Je rencontrai sur la route un prince d’Euglosse-Bourdon qui allait presque aussi vite que moi. Je lui demandai la raison de son empressement; l’infortuné m’apprit qu’il voulait assister au couronnement d’une reine. Charmé de pouvoir observer une si belle cérémonie, jJ’accompagnai ce Jeune prince, plein d'illusions. Il avait l'espoir d’être le mari de la reine, étant de cette célèbre famille d’Euglosse- Bourdon en possession de fournir des maris aux reines, et qui leur en tient toujours un tout prêt, comme on tenait à Napoléon un poulet tout rôti pour ses soupers. Ce prince, qui n'avait que ses belles couleurs pour toute fortune,
quittait un pauvre endroit, sans fleurs ni miel, et comp-
tait vivre dans le luxe l’abondance et les honneurs. ) oi
De la Monarchie des Abeilles.
Instruit déjà par ce que j'avais vu dans l’Empire Formique, Je résolus d'examiner les mœurs du peuple avant d'écouter les grands et les princes. En arrivant, Je heurtai une Abeille qui portait un potage.
— Ah! je suis perdue, dit-elle. On me tuera, ou tout au moins Je serai mise en prison.
— Et pourquoi? lui dis-je.
— Ne voyez-vous pas que vous m'avez fait répandre le
bouillon de la reine ! Pauvre reine! Heureusement que la
Grande-Echansonne, la duchesse des Roses, aura peut-être
envoyé dans plusieurs directions : ma faute sera réparée, car Je mourrais de chagrin d’avoir fait attendre la reine.
— Entends-tu, prince Bourdon ? dis-je au jeune voyageur.
L’Abeille se lamentait toujours d’avoir perdu l’occasion de voir la reine.
— Eh! mon Dieu, qu'est-ce donc que votre reine pour que vous soyez dans une telle adoration ? m'écriai-je. Je suis d’un pays, ma chère, où l’on se soucie peu des rois, des reines et autres inventions humaines.
— Humaine! s’écria l’Abeiïlle. Il n’y a rien chez nous,
effronté Pierrot, qui ne soit d'institution divine. Notre
reine tient son pouvoir de Dieu. Nous ne pourrions pas plus exister en corps social sans elle, que tu ne pourrais voler sans plumes. Elle est notre joie et notre lumière, la cause et la fin de tous nos efforts. Elle nomme une directrice des ponts et chaussées qui nous donne nos plans et nos alignements pour nos somptueux édifices. Elle distribue à chacun sa tâche selon ses capacités, elle est la justice même, et s'occupe sans cesse de son peuple : elle le pond, et nous nous empressons de le nourrir, Car nous sommes créées et mises au monde pour l’adorer, la servir et la défendre. Aussi faisons-nous pour les petites reines des palais particuliers et les dotons-nous d’une bouillie particulière pour leur nourriture. À notre reine seule revient l'honneur de chanter et de parler,
elle seule fait entendre sa belle voix.
— Quelle est votre reine? dit alors le prince d’'Euglosse- Bourdon.
— Cest, dit l’Abeille, Tithymalia XVIT, dite la Grande- Ruchonne, car elle a pondu cent peuples de trente mille individus. Elle est sortie victorieuse de cinq combats qui lui ont été livrés par d’autres reines jalouses. Elle est douée de la plus surprenante perspicacité. Elle sait quand il doit pleuvoir, elle prévoit les plus rudes hivers, elle est riche en miel, et l’on soupçonne qu’elle en a des trésors placés
dans les pays étrangers.
— Ma chère, dit le prince d'Euglosse-Bourdon, croyez-
244 VOYAGE vous que quelque jeune reine soit sur le point d’être mariée.
— N'entendez-vous pas, prince, dit l'Ouvrière, le bruit et les cérémonies du départ d’un peuple? Chez nous, il n'y à pas de peuple sans reine. Si vous voulez faire la cour à l'une des filles de Tithymalia, dépêchez-vous, vous êtes assez bien de votre personne, et vous aurez une belle lune de miel.
Je fus émerveillé du spectacle qui s’offrit à mes regards et qui, certes, doit agir assez sur les imaginations vulgaires pour leur faire aimer les momeries et les superstitions qui sont l'esprit et la loi de ce gouvernement. Huit timbaliers à corselet jaune et noir sortirent en chantant de la vieille cité, que l'Ouvrière me dit se nommer Sidracha du nom de la première Abeille qui précha l'Ordre Social. Ces huit timbaliers furent suivis de cinquante musiciens si beaux, que vous eussiez dit des saphirs vivants. Ils exécutaient l'air de : :
Vive Tithymalia ! vive c’te reine bonne enfant ! Qui mange et boit comme cent,
Et qui pond tout autant.
Les paroles ont été faites par tout le monde, mais l'air est dû à l’un des meilleurs Faux-Bourdons du pays. Après,
venaient les gardes du corps armés d’aiguillons terribles :
ils étaient deux, cents, allaient six par six, sur six rangs
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