‹ Scènes de la vie privée et publique des animauxChapitre 60 sur 95 · GED ETES ASP DRE EE PSE TE POSTES ED D TEE · texte numérisé non relu

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Danois. Toujours est-il que le drame se passe comme il le désire : le pauvre Azor, naguère si beau, arrive tout souillé aux pieds de sa maîtresse; et là, devant /e formenteur, un affreux Héron au long bec emmanché d’un long cou, qui le regarde de toute sa hauteur, Azor déclare à Zémire qu'il n'est, en résultat, qu'un vil marmiton, qu'il sortait du bain l’autre jour quand il l’a rencontrée, mais que c'était le premier bain qu’il prenait de sa vie. Maitre, que vous dirai-je? À cet affreux récit, voilà Zémire qui se jette aux pieds d’Azor. « Oh! lui dit-elle, que j'ai de Joie de t'aimer dans cette vile condition! que je suis fière de te faire le sacrifice de mon orgueil! Tu veux ma patte, mon amour, voilà ma patte : je te la donne à la face de l'univers! Viens, Azor, viens sur mon cœur ! » À cette scène touchante, mon maitre, vous auriez vu pleurer toute la salle: le Blaireau, le petit-maitre des balcons, s’efforçait en vain de retenir ses larmes; le Bœuf, dans sa loge, fermait les yeux pour ne pas pleurer; la Poule, au poulailler, agitait ses ailes en sanglotant; le Coq, sur ses ergots, voulut appeler en duel le traitre de mélodrame. Ce n'étaient que gémissements et grincements de dents, évanouissements calculés à plaisir : on se serait cru dans une salle peuplée d'êtres humains.

Ici finit le quatrième acte.

Vous dirai-je maintenant le cinquième acte? Je ne crois

pas que j'y sois obligé, mon maître : car enfin Je ne crois

A cet affreux récit,

voilà Zémire qui se jette aux pieds d’Azor.

Le tigre entrait à pas de loup, le poignard à la main.

DE PISTOLET. 299 pas que ce soit à moi, votre Chien, d’usurper les droits de votre critique. Qu'il vous suffise de savoir qu’à ce cinquième acte, les Chiens étaient devenus des Tigres, comme cela se passe chez les bons auteurs. Le Tigre entrait à pas de Loup, le poignard à la main; il surprenait en adultère la Tigresse avec un autre Tigre de son espèce, et je vous laisse à penser s’il les poignardait avec férocité!

Il paraît que la douce Zémire, une fois mariée, était devenue une Tigresse; cela se voit dans les meilleurs ménages. Et puis on m'a dit que e’était une vieille histoire d’un Chien de basse-cour nommé Othello.

Après le cinquième acte, tout rempli de crimes, de meurtres, de coups de poignard, de sang répandu, la toile s’est baissée, en attendant la petite pièce, jouée par des Souris blanches et un gros Pore-Épic qui fait beaucoup rire, rien qu à se laisser voir.

Le drame accompli, la salle entière s’est remise de son émotion. Les larmes ont été essuyées ; les Panthères ont relevé leurs petites moustaches; les Lionnes ont passé leurs ongles rosés dans leur crinière; chacun a songé à sa voisine, le Lièvre à Jeanne la Lapine, l’Escargot au Papillon, le Ver à soie à la Femme du Hanneton, le Coucou à tous et à chacun. D'empressés Ouistitis, la queue relevée au-dessus de la tête, ont apporté à qui en voulait des noix rances, du fromage de Gruyère, des os à demi

rongés, toutes sortes de friandises que l'assemblée a gri-

gnotées du bout des dents. Pour moi, j'ai fait comme vous faites aux grands jours de premières représentations ; Je suis sorti en toute hâte, d’un air mystérieux et comme un Animal de bon sens qui en sait plus long qu'il ne veut en dire. D'un air calme, posé, sentencieux, je suis allé me promener dans la basse-cour qui est le foyer du

théâtre; et dans cette basse-cour, j'ai rencontré toutes

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sortes de Béfes puantes, d’Animaux hargneux, qui se pro-

menaient d'un air rogue et pédant; des Chiens enragés,

des Perroquets au brillant plumage, mais sans cervelle ; des Singes habiles sauteurs; des Lions qui faisaient limer leurs dents par l’ingénue et la grande coquette; des Tigres qui battaient l’air de leur queue sans faire de mal à personne. A cette vue, je me suis rappelé ce que dit le seul historien des Animaux, notre Molière et notre La Bruyère tout à la fois, le seul qui ait accompli dignement cette noble tâche, et, par Cerbère! pourquoi done nous le faire recommen-

cer? Voici ce vers :

D'Animaux malfaisants c'était un méchant plat.

Aussi chacun les évitait avec effroi; ou bien, si quelques-uns les saluaient, c'était en faisant la grimace; quand ils donnaient des poignées de patte, ils retiraient leurs griffes toutes sanglantes; leurs baisers ressemblaient à des morsures. Je me suis laissé dire que ces Animaux-là, c’étaient des critiques. Oh! mon maitre! quel métier vous faites là !

Bonjour. Je dois vous dire que lorsque j'ai dit que

vous m'apparteniez, j'ai été admis dans les coulisses, où

J'ai pu voir toutes ces petites Chattes se graissant le mu-

seau de leur mieux : celle-ci montrant ses dents qui sont blanches, celle-là cachant ses dents qui sont noires; l’une miaulant d’un ton si doux! l’autre se léchant d’un air si

riani! Les unes et les autres, elles m'ont fait patte de

velours, elles m'ont accueilli de leur ronron le plus clin. Bref, on a parlé du beau temps, de l'aurore, du soleil levant, de la rosée qui sème les perles, et tout d’un coup, ces dames, chaudement enveloppées dans leurs fourrures, ont résolu-d’aller voir lever le soleil. Ainsi ont-elles fait. J'ai voulu faire comme tout le monde : je suis allé à Montmorency avec deux Lévriers de mes amis, un jeune Faon du Conservatoire et une jeune Biche timide qui doit débuter la semaine prochaine dans les Volnys et les Plessis.

Nous sommes logés, les uns et les autres, d’une façon très - hospitalière à l'hôtel du Lion d’or. Je dicte cette lettre à la hâte à un Mouton de la forêt de Montmorency, où il exerce le métier d'écrivain public. Ma lettre vous

sera portée à vol de Corbeau, et j'y mets ma griffe, ne

sachant pas écrire, en ma qualité d’apprenti du feuil-

leton.

Montmorency, sous le signe de | Écrevisse.

Pistouer, frère de Curabine.

P.S. — Bien des choses à Louis, notre valet de cham-

bre, ainsi qu'au petit Chat que je trouve un peu rouge;

mais des goûts et des couleurs il ne faut pas disputer. Je ne serais pas fâché que les Serins eussent fini tous

leurs petits à mon retour.

Pour copie conforme,

J. Janin.

Hélas! cette excursion galante du pauvre feuilletonniste en herbe devait être la dernière. Pistolet, malgré son nom, n'était pas né pour mener de front tant de travaux, tant

d’injures, tant de calomnies, dont se compose la vie litté-

raire. C’était tout simplement un charmant et bondissant

Épagneul, plein de joie, plein d'amour, au regard en- P » > P ÿ

chanté, qui ne vivait que pour être un brave Chien, libre de tout préjugé. Il avait en horreur les crimes des partis, les fureurs de l’amour-propre, les divisions intestines du peuple dramatique. Il était né, non pas pour critiquer toutes choses, mais pour jouir de toutes choses. Rien ne lui déplaisait comme de rechercher les faux jappements dans un concert, les fausses notes dans une voix de son espèce, les fausses couleurs dans le plumage, les faux bonds dans le Cerf qui s'enfuit à travers le bois. Il trouvait beau tout ce qui était la vie, le mouvement, le monde extérieur. Il aimait les Animaux en frères, parce qu’il était leur égal en force, en bonté, en beauté, en courage. Il aimait les Hommes tels qu’ils étaient, parce qu'il n’en avait Jamais reçu que bon accueil, bons petits soins, bons offices et croquignoles. Malheureusement le sort l'avait fait le Chien d’un Homme de lettres, et, malgré lui, le pauvre Animal, il avait vu de très-près tous les trésors de cette vie exceptionnelle qui paraît si brillante à ceux qui la voient de loin. Ajoutez à ces tristesses de chaque jour les découragements ordinaires aux jeunes amours, les trahisons des ingénues dramatiques auxquelles Pistolet offrait ses hommages, et vous comprendrez comment il s’abandonna peu à peu à la mélancolie funeste qui vient de le précipiter dans la tombe. — Pistolet est mort d’ennui comme sont morts

les plus grands poëtes. Il est mort en disant, lui aussi :

l'avais pourtant quelque chose là !/ Or, ce quelque chose qu'il avait là, c’étaient les nobles instincts du chasseur, c’était le nez du Limier qui fait lever la Bête fauve, c’était l’ardeur vigilante du Chien courant, e’était la patiente ardeur du Chien d'arrêt, c’étaient tous les bonheurs de la chasse aux Jours de l’automne. Tels étaient les instincts du noble \nimal; mais, contrairement au vœu de la nature, de ce chasseur on à fait un faiseur de feuilletons, de ce Nemrod on à fait un abbé Geoffroy, de cet ardent coureur dans les forêts de Chantilly à la suite des princes de vingt ans, on a fait un mouchard de théâtres et de coulisses. — L’ennui a tué Pistolet ; il est mort de chagrin et de misère, il est mort le dernier des faiseurs de feuilletons. Que si vous lui aviez donné à poursuivre un Cerf dix cors, et non pas des comédiens dix corps, Pistolet serait aujourd’hui aussi bien portant que vous et moi.

Un monument d’une grande simplicité sera élevé aux frais des amis du critique novice. — On souscrit ici. — Jusqu'à présent, nous n’avons même pas reçu cinquante centimes pour contribuer à l’érection de ce monument lunèbre. Quoi d'étonnant? Notre ami Pistolet avait loué tout le monde, il n’avait blessé personne ; il avait si peu d’ennemis et tant d’amis!

Mais ce qui coûte moins cher que le tombeau le plus

modeste, ce sont des vers funèbres. Voici un petit distique

improvisé sur feu Pistolet, par un poëte de ce temps-ci,

M. Deyeux, qui la pleuré comme écrivain et comme

chasseur :

La chasse est tout à fait l'image de notre âge

Où tous les orgueilleux ne font que du tapage.

— NoTE DE L'EDITEUR. -

D'UNE VIIELLE CORNEILLE À 4 L ML 4 4. 4e FRAGMENTS TIRES D'UN ALBUM DE VOYAGE.

Non anni mutant qui trans märé currune.

Horace, Epitres, —

Venez à nous, nous savons tout

— Les Sirènes à Ulysse.

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