SCÈNES
DE
LA MOSQUÉE
« Dieu est grand. Il n'y a qu’un Dieu, et Mahomet est son prophète. Venez, à la prière , venez à l’adoration , Dieu est grand , il est unique. >* Ge eri , mille fois élancé dans les airs du haut des minarets des six cents mosquées de Cordoue, appelait à la prière du matin les habitans de cette grande cité. A peine le soleil commençait à frapper de ses premiers rayons les innombrables croissans d’of qui brillaient à la pointe des obélisques, et déjà s’agitait toute la population de la capitale de l’empire arabe. Trois cent soixante-quinze périodes de dou^e lunai-
6 LAMPSQUÉE.
sons s’étaient accomplies depuis la fuite de Mahomet à Médinè, et l’on était au premier Djémah du saint mois de Rhamadan (i). Mais une solennité , plus grande que les solennités aocQutumées de ce jour , augmentait l’empressement des fidèles , toujours dociles à l’appel des Muezzins (a). Ce n’était pas seulement le peuple de Cordoue qui se rassemblait aux approches de YAljama (3) ; les habitans du grand faubourg d’orient couvraient d’une multitude empressée les rives du Guadalquivir, et de longues processions de gens des campagnes, montés, pour lâ plupart, sur des chevaux ou des ânes, et quelques-uns sur des chameaux, venaient, de toutes les directions, mélerleur foule àla foule
(i) Premier vendredi du carême.
L'aunée 3?6 de l’hégire correspond à l’an 998 de Père chrétienne , et io36 de l’ère espagnole, — Pour connaître les événemens de cette époque , 011 peut consulter VEssai sur V histoire Ses Arabes et des Mores d'Espagne. ( Première partie , chap. 2.)
(a) Mouadzyn (en espagnol, Almucdano), crieur, qui fait l’office deà cloches.
(3) M-Djami , grande mosquée, cathédrale.
* * ut.
LA MOSQUÉE, 7
sortie des deux cent mille maisons de la ville impériale. . .. •
Le mois, des fleurs 'prêtait à la cérémonie l'une de ses plus belles journées. Par une conjoncture que le peuple jugeait heureuse, la lune, qui ne s’était levée sur l’horizon qu'après la douzième heure de la nuit, avait brillé jusqu’à l’aube du matin, et son disque pâle apparaissait encore à l’occident, au des dernières étoiles, tan-
dis xjue le soleil régnait tout radieux sur son trône de l’orient. L’air était calme ; aucun vent ne pliait la cime' des palmiers, et quelques brises légères, soufflant de l’ouest par intervalles, apportaient, avec la fraîcheur des sommets neigeux de la Sierra-Morena, les parfums des mille jardins qui enveloppent d’une ceinture embaumée Korthobah la grande.
Les dix- neuf rues parallèles qui aboutissent aux dix-neuf portes des trois faces du temple, et les trente-huit rues semblables dont elles sont transversalement coupées, ne pouvaient contenir la multitude qui affluait à flots pressés sous les colonnes de leurs longues galeries. La rue du
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centre, conduisant s^la porte principale, et plus large que ses dix-huit sœurs qu’elle sépare en nombre égal, était couverte, dans toüte son étèndue, des plus riches tapis de Perse, dont les brillantes couleurs, imita nt’célles d'une verte prairie, faisaient ressortir tout l'éclat des fleurs odorantes dont ils étaient jonchés , tandis que de longues guirlandes, tressées entre les maisons, formaient sür ce parterre un berceâ8^)arfumé. Cette rue était vide ; un double rang de cavaliers de • • la garde africaine retenait de chaque côté les flots du peuple. Mais, à travers les jalousies des vastes balcons symétriquement avancés sur la rue, on voyait scintiller de riches vétemens de femmes, et du haut des azoteas (i), au milieu des orangers touffus de ces nouveaux jardins de Babylone, près des fontaines jaillissantes qui les arrôsent, une autre foule, suspendue dans les airs, semblait regarder, comme de la surface d’un autre sol, un spectacle souterrain.
Après quelques momens d’attente, le bruit
• (i) A/-9othehfi , IcAnases.
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lointain des chirimias aiguës, dfes sonores arutfils , des sourds atabals et du thuntana retentis - '9 santC 1 ), annonça l’arrivée de ceux qu’attendaient tous ces regards fixés. Un corps de Kaschefs (a), seule troupe qui partageât avec la garde africaine du Khalyfe le privilège de rester constamment souf^p-^rmes, ouvrait la marche et précédait le cortège. Leurs chevaux blancs, leurs courtes lances,, leurs vestes militaires, couvertes, non d’une cotte de maille, mais de broderies en soie, témoignent qu’ils remplissent un office de paix plutôt qu’un service de guerre. A^rès eux venaient les magistrats municipaux dont ils reçoivent les ordres pour la répression des délits etle maintien du repos public. Parmi ces derniers^ on distinguait^ aux insignes de leurs professions, les chefs de cor- 1 poratfoas des divers métiers^ les ÀlguazUs (3) commandés par le Mothésib (4), les Siccas (5), les
(i) Clairons, trompettes, timbales et tam-tam.
(») Découvreurs, cavaliers de maréchaussée.
(3) Al-Ouazyl , officiers de police urbaine. '
(4) Édile, préfet de police.
(5) Inspecteurs des monnaies.
io
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les collecteurs du Zégah(v ), les percepteurs du Scharadi. et du Ttuulyl (3), les inspecteurs des bazars, chargés de pourvoir aux approvisionnemens delà ville, et de surveiller les transactions commerciales. A leur suite venait, gardant un ordre aussi parfait que des hommes de pied, un nombreux détachement deçà vainque la garde africaine. Depuis Abdérame, le fondateur du trône de Cordoue, qui aborda en Espagne, ayant pour toute armée une çehtaine de Berbères, c’est aux guerriers de cette nation qu’est confiée la garde du Khalyfe. £ls sont tous montés sur des chevaux «oirg; leurs morions d’acier sont cachés sous les plis d’un large turban blanc; la cuirasse courte et polie qui couvre leurs poitrines, étincelle de mille feux aux rayons du soleil, et leurs'mains sont chargées de larges, cimeterres à poignées d’or. Ail milieu de leurs rangs, marchait la foule immense des officiers du palais, ayant à leur tête l’inspecteur des demandes en répara-
(ij Majordomes des hôpitaux.
( 3 ) Dîme en nature.
(3) Droits de douanes et de capitation.
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LA MOSQUËË. I I
lions du griefs, suivi du gra/ul et du petit teneur de l : encrier, et le secrétaire de la main auguste , assisté des scribes de l’écriture fuie et de la grosse écriture. Enfin l’étendard de l’empire, se déployant avec majesté dans les airs, annonça l'approche du Khalyfe. Cet étendard est une longue bannière de soie verte (i), au centre de laquelle brille, sur un écusson d’argent, une clé d’azur, symbole qu’adoptèrent les compagnons deThâriq, lorsqu’en abordant à l’antique Calpé , leur épée ouvrit à la loi les portes de l’Occident. n Hescham II. venait de Médjnat-al-Zqfah (a)$ de la ville de palais, toute bâtie de marbre et de
(i) Je n’ai pn découvrir quelle était précisément la couleur (fit
drapeau des Khalyfes de Cordoue ; mais tout porte à croire qu il était vert; car cette couleur distinctive des sectateurs d’Aly avait «lé < celle de Mahomet ét de seasuccesseurs en Orient , jusqu’à la chuté 4 des Ommyades, lesquels l’adoptèrent, sans doute en Espagne.^:
drapeau des Abbassydes fut noir,' celui des Fathémites, blanc, etee-
paille. Sur ce dernier était brodée
lui des rois de Grenade, jaune-p une grenade à moitié ouverte, dont les grains é^tient'en rubis, et qu’entourait cette légende ; Je suis. née avec la codrlmne. I ''
(a) Ville de Zorah (fleur), bâtie par Abdéramc III- pour sa mdtiresse. .
LA MOSQUÉE
bois de cèdre, de la ville aux toits dorés, où les colonnes de jaspe, d’albâtre et de porphyre sont aussi nombreuses que les arbres de tous les climats qui croissent mêlés dans ses jardins. Il était porté sur un palanquin de forme indienne que traînaient douze chevaux blancs conduits par autant d’esclaves noirs vêtus de longues tuniqUes blanches, et qui marchaient à leurs côtés. Les rubis , les émeraudes , les pierreries de mille couleurs brillaient sur les harnais des chevaux, et sur les ais du char qu’une espèce de dôme fermé de plumes d’autruche et de paon défendait contre les feux du soleil. Sous ce dôme, Hescham était à demi-couché, et les yeux delà multitude cherchaient avidemment à découvrir
Ge prince qui , depuis vingt ans de règne, ne à’était montré à ses regards que dans les grandes Solennités religieuses.
Une écharpe de soie verte, roulée sur lé front, et attachée sous le menton par les deuxextrémités, enveloppait sa tête et son coû. Depuis ses épaules jusqu’à ses pieds, que chaussaient des bottines rouges , il était couvert d’une ample robe,
LA MOSQUÉE. l3
mi-partie de toile d’or et de soie verte , Sur laquelle tranchait un long baudrier de velours
pourpre orné de boutons d’or , qui soutenait ,
dans un fourreau semblable , une épée droite à deux tranchans. Cette robe était entourée de
broderies , où , par Pentrelacement des fils du
tissu , le nom du Khalyfe se trouvait mille fois
répété ; c’est an des trois privilèges du pouvoir * % «• impe'rial (i). Hescham ne comptait pas au-delà
de trente-deux années ; ses traits étaient nobles
et réguliers; sa ]
louce, intéressante.
Mais une taille efféminée, des yeux languissans, un visage pâle que les reflets du turban impérial aidaient encore à décolorer , montraient un homme énervé dans les langueurs du sérail , et qu’une longue enfance devait conduire à une vieillesse anticipée. La foule, à son passage, s’inclinait humblement, et courbait la tête jusque sur la poussière; mais ses respects, tout reli-
' *<iiL " t 'irtsçHi
(•) Ce privilège se nommait s0tù. Jl y avait un intendant du ri»
rai, chargé de la fabrication des ro besoin Khalife. Les deux autres
privilèges de la souveraineté' étaient la monnaie et la prière dt la Khotbah.
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I 4 LA MOSQUÉE
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gieux , s’adressaient moins au prince, chef de l’empire , qu’au successeur du prophète, au premier des imams , au pontife de la foi. On vénérait moins la personne d’Hescliam que le fils du sage et bienfaisant Alhakem II > le petit-ûls du magnanime Abdérame III* l’héritier de cette glorieuse famille des Ommyades, qu’une longue suite de bons princes avait rendue chère à la nation.
A voir la cour qui entourait immédiatement le.Klialyfe, on aurait dit d’un jeune enfant qu’on n’a point encore enlevé aux mains des femmes. A son côté, et dans le palanquin dont les raouvemens souples et cadencés le berçaient mollement, se tenait sa mère, la sultane Ssobybha (i), dont 1 âge déjà mûr n’avait point flétri tous les charmes, ni altéré la fierté. Son front était, chargé d’un diadème éclatant ; seule, entre toutes lés femmes, elle avait le visage découvert, et ses regards se. promenaiei# avec assurance sur la toule prosternée. Ai^our d’elle, étaient portées,
(i) Aurore.
LA MOSQUÉE. ; l5
sur d’élégantes litières, toutes les femmes dont elle avait formé la cour de son fils. La multitude répétait le nom des principaux membres de ce divan d'un prince efféminé. C’étaient Lobnah, autrefois secrétaire intime de son père le docte Alhakem; Maryem, qui avait professé dans les chaires publiques de Séville la rhétorique et la poésié; la jeune Kadidjah, qui composait les vers et la musique de ses chansons ; Ayschah , sans rivale pour l’étendue de la science, et Rhédiab, si célèbre parla grâce de l’esprit, qu’on l’appelait Vlieureuse étoile , quand elle paraissait. Toutes portaient un long voile de soie blanche qui, posé sur le fiqgpt, e(f tombant sur les épaules, enveloppait de ses plis le .corps entier, et venait, en se croisant devant la poitriue, couvrir le visage jusqu’aux yeux. Quelques hommes, en petit nombre, se trouvaient mêlés à ce cortège féminin. L’un était l’oncle du Klralyfe, le vieil Abd-al-Âzyz (i), qui remplissait l’emplôi
jugé le plus honorable de l'empire ,éceljn de
(i)* Serviteur du Fort.
LA MOSQUÉE
gardien de la bibliothèque impériale du palais Merouân ; les auitrçs étaient les deux médecins du Rhalyfe , le juif Samuel de Rotai jéhud , et Mohhanamed-al-Razy, du Khorasan, illustre par ki science et par la charité, que les pauvfes bénissent et que les savans glorifient, qui enseigne ayec éclat la botanique, la chimie, l’anatomie, (i) * 3 et qu’ou montre, ait doigt comme la merveille <4 es °P tenjps,. .
Le Rhalyfe et son bizarre eptourage n’étaient poiut encore passés, la fqule avait à peine relevé sfcs paille t^tes inclinées en silence, que ' déjà • des pria d’enthousiasme saluaient d’un immense et glQPQUX çonçart là venue du véritable, chpf
de l’empife. « Gloire au fils d’Amer! gloire à l’in-
vifiçiblç qu’il vive de longues années ! >> Toutes lu** bouches voulaient bénir, tous les regards Voulaient atteindre Al-Mansoûr . Le ljagib (a) verrait à pheval et en hsbit de guerre. Sur les plis 4u turhan rouge qui ceignait spn front , et
(i) Al-Mansoûr , dont les Espagnols ont fait Aimanzanr.
(a) Hkadjeb , chambellan , titre du premier ministre des Khalyfrs
de Cordoue.
LA MOSQUÉE. I 7
qulornaitun croissant de pierres de Golconde, s’élevait un cimier d’or surmonté d’une espèce de fer d’épieu, . court et carré. Sa veste était faite, comme le turban , d’une étoffe tissue avec les toisons des chevreaux de Kachemyre , et teinte avec la pourpré syrienne. Une fine cotte de maille la couvrait sans la cacher, et ses anneaux d’acier poli, tressés et flexibles comme les fils d'une toile de soie, cuirassaient, sans les étreindre, la poitrine et les épaules ; le reste du corps était défendu par les hauts montans de la selle.
Uif long poignard , un léger cimeterre fourbis
aux forges de, Damas étaient suspendus à l’écharpe blanche qui pressait trois fois ses reins. Les lonp éfriers, où ses pieds étaient enfermés jusqu'au-dessus des chevilles, lui servéient à diriger un étalon du Hedjaz, dont la crinière flottante, les yeux ardens, les jambes sèches et bondissantes annonçaient l’indomptable énergie d’un fils du désert, et que couvrait, au liéu de la housse dé soie, uift longue peau dé tigre agrafée sur le poitrail par ses griffes d’or. Un Silahdai' (i) por-
t (i) Écuyer. ’
l8 LA MOSQUÉE.
tait sa lance et son adarga (i) richement ciselée. L’attitude d’Al-Mansoûr est calme, grave, majestueuse. Ses beaux et nobles traits, brunis par le soleil d’Andalousie, amaigris par les veilles, attestent les travaux du ministre ainsi que les fatigues du général, et des filets d’argent commencent à sillonner sa longucbarbe noire. Mais, dans le doux regard de son œil bleu, dans le sourire de bienveillance qui anime cette bouche habituée au commandement, se lit l’heureuse union dp génie et delà bonté. c .
A sa droite marchait Abd-al-Malek. j(a), l’ah>é elle bien-aimédesesfils; Abd-al-Malek, vivante image de son père, mais tout brillant des grâces de la jeunesse , et qui le représentait à l’âge encore si tendre, où la sultane régente lui remit, avec le sceau du Khalyfe, les destinées de l’empire. A Sa gauche était le Berbère Solymm^ Sa/ijbSçharta, ou chef de la garde africaine, que son teint cuivré, ses traits courts, ses lèvres épaisses entou-
(t) Al Darqmahy bouclier rond. * •
(s) Serviteur du Prince .
LA. MOSQUÉE. . " IQ
rées d’une barhe laineuse, faisaient reconnaître, au milieu des blanches et nobles figures des enfans du Yémen, pour un des fils subjugués , mais non soumis, de l’Atlas. Ils étaient immédiatement suivis par l’Emyr delà mer (i), par les six TValis( 2 ) des grandes provinces de l’empire, Tolède,
Mérida, Sarragosse, Valence, Grenade et Murcie,
par leurs vingt-quatre Wazirs (3), et par les Kay 3s (4) de quelques places fortes, tous en costptoe de guerre, tous portant les insignes de leur dignité. Puis venaient, yêtus de longues robes traînantes à la manière de l’Orient, les vieillards composant ïàl-'Dyônan on Meschouar (5) • puis, les'raembres des divers^ académies) aux quels étaient mêles un grand nombre de savans étrangers venus Je la Syrie et' de l’Égypte ; enfin, les nombreux fonctionnaires de l’ordre civil , dépendant, comme les chefs de l’armée, du mi-
(!) Amyr-al-Bahhr, amical. '• ^
(a) Gouverneurs. ' .
•{ï) Licutcnans «te district. ' ‘‘ '
(4) Commandaiiin . # ' " * . • •
. u, ' .. Cx. •> '
(5) Divan ou Conseil. * , ‘ *
LA MOSQUÉE
nistre unique. Plusieurs escadrons de cavalerie, précédés de leuPs troupes de musiciens q»i mêlaient incessamment aux acclamations de la multitude le bruit des iustrumens guerriers, terminaient cette longue procession, dans les rangs de laquelle on avait compté toutes les. autorités et toutes les gloires de l’empire.
Le Khalyfe, le llagib et leur suite s’arrêtèrent devant la façade de la Mosquée y" sur la vaste place de la MosaUah , où le peuple s’assemble pour prier aux fêtes du Beïram (i). Alors les por r , tes. lamées de bronze, tournant sur leurs énormes gonds, découvrirent ^ le vaste péristile du temple , où. se tenaient^ rangés en deux longues
files , ses nombreux desser vans. D’xïn côté, le col-
lége des Imams , des patres qui enseigné aux fidèles les préceptes du livre,, qui entretiehnent
(.1) C’était aussi sur cette place que se faisait la Me de. t Sacrifices , l'une des quatre Pâques en usage chez les Arabes d’Cspagne. Le Khalyfe frappait hri-méme les victimes avec une lance que tenait de grand Khady. On distribuait en présens les corps desehatneauz , s des bit nias, des bœufs et des moutons qui péristaienr dans ces fêles, où bon a compté quelqvefois jusqu’à quinze cents victimes.
LÀ MOSQUÉE. ' ÜI
l’orthodoxie de la foi , qui accomplissent les cérémonies prescrites pour le culte ; de l’autre, le collège des Khadjs , dont l’office , également clérical, est de faire descendre la loi unique aux intérêt» profanes , aux choses de ce monde , soit en l’interprétant , comme loi civile, entre les plaideurs, soit en l’appliquant, comme loi criminelle, aux’coupables. Les premiers avaient à* leur tête le Khatjb (i), le chef de la Madrézah (a) et le Dài des dais (d); les autres étaient précédés du Khctdy des Khadys (4) et de ses quatre assesseurs, qui forment le tribunal supérieur de J’empire , et dont la fonction redoutable est de juger les juges.-
JLè Khalyfe descendit de son palanquin , les fejnmes de leurs litières; Al-Mansoôr et ses officiers quittèrent leurs chevaux , et toute la cour f
gardant le plus grand ordre et le plus grand si-
(i) Prédicateur principal.
(a) École gratuite. '
(3) Chel' des missionnaires. *
(4) Ktutk) al-Kodhait.
22 Là MOSQUÉE.
lence, entra dans le parvis. Là, sont jes portes qui conduisent aux tribunaux , aux écoles , aux habitations des prêtres , et à la haute tour ou se font les observations astronomiques. Ühe vaste cour conduit de ce portique à la Mosquée ; elle s’étend sur une citerne de même étendue, dont la sépare une couche de terre végétale pressée entre les dalles supérieures et les voûtes souterraines- Cette cour est pavée d’une mosaïque de marbre, qui se reproduit en dessins uniformes , et du centre de chaque rosace s’élèvent , à des intervalles réguliers , les hautes tiges d’orangers séculaires qui répandent an loin le parfum des fleurs et des fruits dont ils sont à la fois chargés. Sous leur feuillage épais et brillant, qui cache Jes rayons du soleil, mais laisse pénétrer en s’agitant, les fraîches haleines de la brise , jaillissent dans des bassins de marbre une infinité de jets d’eau vive, où les fidèles , avant de pénétrer dans
lè sanctuaire, se purifient par les ablutions que la loi prescrit. , -, ’ 1*
Entourés d’une foule A' Imams qui les bras
croisés sur la poitrine, et la' tête inclinée, sera-
LA MOSQUEE
filaient , dans leur complète immobilité , deux rangées de statues de marbre blanc Hescham et sa suite s’arrêtèrent quelques instans aux fontaines de purification, pour se laver le visage , les mains, et les bras jusqu’au coude. Ces fontaines sont l’image des deux sources purificatoires qui coulent devant la porte du paradis , pour que les élus, avant d’entrer dans la demeure des bienheureux , y éteignent les jalousies , les haines et toutes les passions qui troublent les hommes. L’ablution faite, le Khalyl’e fut introduit dans la Mosquée.
Ce monument eut pour architecte l’homme < qui éleva l’édifice même de l’empire arabe en * Espagne, ce proscrit miraculeusement échappé au massacre de sa famille entière , qui vint relf.ver en* Europe la vieille tige des Ommya- . des abattue, dans l’Asie sous la hache des Abbassydes, et qui fon&a , par un schisme, le Khalyfat de Cordoue, » rival de celui d’Or lent. Abdérame ï or (r) traça lui-même le plan de
(i) A bd-al -Rhhaman , soiriteur du Miséricordieux.
LA MOSQUÉE
son Aljâma , et consacrait une heure de chaque journée à diriger le travail de sa construction. ,11 n’en jeta les fondemens qu’apirès les longues amnées de guerre et de tripmphes sanglans que lui coûtèrent la résistance de ses rivaux en Espagne et les attaques de ses ennemis d’Asie. Abdérame termina son œuvre de foi , mais non son œuvre d’architecte; il laissa un empire fortement constt* tué par la victoirept par la clémence ; mais il Ferma les yeux, sans-avoir entendu retentir sous les yoô-* tes de son temple la prière de consécration. Hescham I er acheva , pieusemënl l’ouvrage de son • père.
* Si quelque initié d’une secte ascétique, fuyant les embûches des quatre tentateurs ennemis-ale l'âme (i), parcourt neuf fois l’enceinte consacrée, entre la seconde et la troisième prière , il Comptera cent vingt brasses dans la longueur de l’édi- • fice , et soixante dans saîargeur ; il s’arrêtera, en faisant une génuflexion , au centre des trente-huit •
nefs qu’il faut traverser pour se fendre des pof-
(i) Ce soijt Yblis , ou le Diable, al Douma -, ou le Moude, al - Nefs , ou l’Appétit ,' le Désir, et al-Hewa , ou l’amour.
fci-
te
LA MOSQUÉE. s5
les au sanctuaire, et des dix-neuf nefs qui s’étendent entre les murailles latérales. Si c’est un étranger couvert de Ylrfiam (ï), qui vient accomplir dans l’Aljama les prières de neuf jours , il tournera lentement, en. récitapt chaque jour une sourate (a), autour de ses mille quatre-yingt-treize colonnes de marbre, toutes faites d’unétseï
pièce , toutes unies , sans base, hautes , légères,
et semblables àii des troncs de palmiers dont on aurait coupé la tige à la naissance des feuilles. Rangées symétriquement comme les arbres d’un jardin, elles portent la merveilleuse charpente de pyi odorant, légère voûte des toits du temple, au-dessus desquels resplendit, à quarante brasses d’élévation , la grenade d’or qui couronne un dôme unique (3). Quatre mille six cents lampes d’argent , suspendues à des chaînettes de nftême métal, descendent des voûtes pour éclairer les irrlères de nuit ; et dans un nombre égal de riches
cassolettes, fument mcessairiment l’encens, l’aloës
(i) Manteau de pèlerin. ’
(a) Chapitre du Coran.
(î) On appelait la mosquée de Cordpue M-Kobbai , le doute. '
a6 LA MOSQUÉE.
et l’ambre. Sous la coupole que forme le dôme de*la Mosquée, on aperçoit, au milieu de ces innombrables fanaux qui éclairent et parfument l’édifice , deux énormes vases de bronze , pendus à des chaînes de fer , à peine ébauchés , et dont la forme étrange et massive ne les distingue pas moins que le métaLqui les compose, des lampes élégantes par lesquelles chaque nef est uniformément éclaii^, La ludjière qu’ils répandent, ali lieu de s’échapper par de petites'oiivertures circulaires , sort d’une large gueule béante , et sur les flancs de la lourde machine, se distinguent, d’un côté, une croix, symbole delà religion dejésus, de l’autre, un lézard grossièrement ciseld(i)'. . Ce sont des trophées de guerre qu’Al-Mansoùr a ’ .
tropole chrétienne qu’il a conquises l’année précédente, lorsqu’ajprès avoir pénétré victorieusement jusqu’à l’extrémité de là fialice , il 'emporta d’assaut la ville sainte de Corapostelle , que les
(0 Ç ru * y JMgarto , <arme^ tic saint Jacques.
LA MOSQUÉE
Espagnols, en la vouant à leur patron saint Jacques, croyaient mettre à jamais hors de l’atteinte des infidèles. Enfin, sur toutes les parois intérieures du temple , brillent , à des intervalles égaux , des versets du Coran qui se déroulent en longues et capricieuses arabesques, et dont lès lettres d’or, incrustées dans le marbre blauc des
Hv. • '
mui ailles, sont revetues d’une fine mosaïque de cristal qui fait étinceler les saintes paroles, comme autant de rayohs lumineux* qu'aurait ti$cés le doigt de§ anges. Ce sont les s*euls ornemens du templet* Aucune figure , aucun symbole , aucune représentation d’objets du èiel*>u delà terre ne s’y fait apercevoir. Dans cette absence de toute image, dans cette nudité, dans te vide, respirent l’horreur de toute idolâtrie et ia pure croyance enl’unité de Dieu ( 1 ). 7 i\.
Lorsque le Khalyfe ,* ayant à ses côtés sa méfé
Dan^quelqueS mosquées, surtout en Afrique, il j avait .dés
^ 1: su* tuui en Ainque, u y avait /les
talismans pom éloiguar les rats, les serprns e , lés scorpions ; ma* ÇO.S talismans, ausquels on [donnait d’onÿnnirr la figuré <1,* qti’iis étaient (leste
qll’i ropirtU.
maux
U **'4WT* y 1
talent point exposes aux
àfî £ > ittaeà : v’ftif Ù.Ï
a 8 LA MOSQUÉE.
et son Hogib, se fut assis dans la Maksoura , tribune élevée entre quatre colonnes de la nef centrale, et que toutes les personnes qui formaient
son cortège eurent pris place sur des carreaux de velours, on ouvrit les portes au peuple. Aussitôt une foule immense , mais calme, recueillie, silencieuse , inonda les vastes pourtours de l’édifice. Selon la loi , les hommes mariés ou veufs occupaient les premières places , accroupis suides nattes de jonc 5 les jeunes gens restaient debout derrière eux, tandis que les matrones et les vierges , retirées , aux deux côtés de l’édifice ,, dans des espèeés de cloîtres où les conduisent des portes particulières, étaient protégées par d’épaisses grilles centre le regard des liommes .Dans cette multitude, on. ne comptait que des ènfans d’Ismaél, que des élus qui ont ouvert leur entendement et leur croyance aux paroles du prophète d’Allah. Le pied d’un infidèle ne peut fouler le pavé du temple. Les juifs nombreux, et les chrétiens plus nombreux èncore, qui vivent en paix sous le sceptre du Khalyfe, avec leurs lois } leurs juges et leurs prêtres , sont bien admis
Digiti;
LA MOSQUÉE
dans les rangs de l’armée, et dans un grand nombre d’emplois civils , mais non dans l’enceinte sacrée; l’Arabe hospitalier reçoit bien l’étranger que sa loi condamne dans le sanctuaire du foyer domestique, mais non dans celui de la sainte assemblée. Nulle exception à la règle n’est permise, nulle infraction ne reste impunie. A^nin juif, même le^ médecin du prince, aucun mozîarabe, même l’écuyer du Hagib , ne pourrait franchir le seuil du parvis, sans payer de sa tête la profanation de la demeure des purifiés.
Dès qu’un religieux silence, succédant au bruit confus de la foule qui pénètre, s’étend et se ran-
ge dans les nefs, eut annoncé que le temple 'était rempli, le Kliatjb monta dans le irûnbar (i), et croisant ses bras sur la poitrine, après une Ion- " gue génuflexion, il prononça d’une voix forte la * formule, signal des prières : » Au nom d’Allah clément et miséricordieux (2). » A ces mots, qui furent apportés les premiers par l’ange Gabriel
.a chaire, tribune otwerl» aux quatre faces.
(*) R'csrn Ellah al-rahhmân al-rahhy w.. Cette formule es! le signe
de croix des musulmans.
3q L4 mosquée.
au prophète, et dontle pouvoir est si grand, que, lorsqu’ils descendirent du ciel, «les nuages furent chassés vers l’orient, les vents s’apaisèrent, la mer fut émue, lesanimaux dressèrent lesoreilles, et les démons forent précipités des sphères célestes; » à ces mots, tout le mcrnde se prosterna. Alors le Khaty®fcommença d’une voix lente et solennelle à réciter la Khÿtbah ( i ), qu’à la meme heure, au même instant, trois cent mille imams répélaient dans trois cent mille mosquées devant les fidèles assemblés :
* « Louanges au Très-Haut qui seul peut repousser loin de nous le malheur, et nous mettre à l’abri des trahisons; qui seul peut entendre les brûlans désirs de ses fervens adorateurs dans les deux habitations; qui est le seul but du culte des hommes dans les deux mondes. ToqS rcs.mortels sont faibles, lui seul est fort ; tous les mortels sont pauvres, lui seul est riche. Lui seul accordé la conservation et le secours f ‘il pardonne aujft fautes; il reçoit le repentirp il punit avec sévérité, mais il est doux ét patient. — U n’y a de T)ièu
(O Prône, office.
Digiti^e
l! mosquée. 3i
que Int; y a-t-il un autre créateur ^que le Très-
haut? — Ilaccôrdeà votre esprit la nourriture
spirituelle, à votre corps, la temporelle. Il n’y a
de Dieu que Dieu. Oui, par celui qui écoule et
qui voit, il n y a de Dieu que Diteu ; par celui qui
connaît le manifeste et le caché, ilri y a de Dieu
que’Dieu. — Mouza (Moïse), lorsque Dieu lui
parla sur le mont Sinaï, prononça ces mots : «Il
n’y a de Dieu que Dieu. » Ydunous (Jonas), dans
lé ventre de la baleine, lorsque le Très-Haut lui
fit entendre sa voix, s’écria : <11 n’y a de Dieu
que Dieu. <> — Y'ouzef (Joseph), au fond du puits,
lorsque Dieu le consola, dit aussi : « Il n’y a de
diieu que Dieu. » — ïbrahjm (Abraham), dans
la fournaise ardente, lorsque Dipu lui apparut,
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proclama cette venté : « Il n’y’a de, Dieu que Dieu.» — pui, nous confessons qu’il n’y a de Dieu que Dieu seul, qu’il n’a point d’associés; il est le vjvant, ilVy a de Dieu que lui. — INous confessons que notre seigneur et maître Mohhanimed est son serviteur et sonprophète. : — O Dieu, sois-
lui propice^ ainsi qu’à sa famille et à ses compagnons, bénis-le et. accorde-lui la paix. »
LA MOSQUÉE
« Sachez que le monde est périssable, et que ses plaisirs sont passagers. Nous y passons nos •jpurs dans l’esclavage pour avoir du pain, et la mort vient bientôt les terminer. — O mes frères, nous avons un corps faible* un léger viatique, une mer profonde à traverser, et un feu dévorant à craindre. Le pont Syrath est bien étroit, la balance bien juste, le jour de la résurrection & n’est pas éloigné. — Le jiigè de ce grand jour sera un seigneur glorieux. En ce moment terrible, Adem (Adam), le pur en Dieu , dira : « O mon i\me, ô mon âme! • Noah (Noc), le prophète de Dieu, Ibrahjrn , l’ami de Dieu, Isrnaël , le sa^ crifié à Dieu, Youzef , le véridique en Dieu, Mouza, l’allocuieur de Dieu, Issa (Jésus), l'esprit de Dieu, prononceront la même parole. Mais notre prophète, notre intercesseur, s’écriera: «O mon peuple, ô mon peuple! » et. le Très-Haut (que sa gloire éclate à tous lés yeux, que ses bienfaits s’étendentà tousleshomnSès!) fera entendre ces mots consolans : « O mes serviteurs, ô mes serviteurs!» .
Les oraisons diverses qui composent l’oflice
LA MOSQUÉE. 3S
du jour saint, et que termine la prière pour le Khalyfe régnant, principal attribut de son autorité, furent suivies d’un profond et long silence. Hescham quitta son trône , s’approcha d’une vaste fontaine placée à l’une des extrémités du temple, y renouvela ses ablutions, et pénétra, en s’agenouillant, sous une espèce de petite cellule pratiquée dans la muraille du côté de l’Orient, basse, étroite, obscure, entièrement nue, et dont la voûte est faite d'un vaste coquillage. On l’appelle le Mirhab ; elle indique la position de la sainte Kaabah (i) vers laquelle tout musulman doit tourner la face en récitant les cinq prières delà journée. C’est là le lieu du recueillement et delà grâce ; c’est là le sanctuaire , le saint des saints. Les inspirés y obtiennent la faveur des extases mystiques, et le pavé de marbre est profondément creusé par les genoux des croyans qui s’y succèdent sans interruption. Le Khalyfe n’y resta qu’un moment ; Al-Mansoûr et les principaux chefsi’y remplacèrent dans l’ordre de leur autorité. Chacun ensuite reprit sa place, lesilen-
(i) Temple d'Abraham à la.Mectjm.
.34 la mosqléjî.
ce régna de nouveau, et le Khatyb, remontant
dans sa chaire, commença de la sorte :
« Au nom d’Allah clément et 'miséricordieux!
— O croyàns, bénissez le seigneur qui répand sur vous ses bienfaits. Chaque année, au leyer de cette lune sainte qui vit descendre du ciel les premiers commandemens qu’envoya le Tout-Puissant à ses élus par la voix de son ange et de son prophète, lorsque nous assemblons dans nos mosquées les enfans de vos tribus, afin de leur rappeler l’accomplissement des cinq préceptes que les anciens docteurs ont nommés les colonnes de l’Islam, la foi, la prière, l’aumône, le jeûne et le pèlerinage, chaque année, nous glorifions Allah pour des grâces nouvelles. — Fils d’Alhakem, fils d Abdérame, fils d’Omeyah, toi que le seigneur, qui tient dans sa main les royaumes, a fait le successeur de son prophète (i), lé gardien de sa loi ( 2 ), le chef de ses fidèles (3), vois quelle splendeur environne ton trône : n’est-
(0 Khalyfe
(») jil-Nasser-U-dyn-ElMi. ‘ >
( 3 ) Amjrr-al-Moumenin.