LA MO
il pas le premier des trônes de la terre , et pour en nommer un plus élevé, plus éclatant, ne fan- •drait-il pas remonter jusqu’à celui qui repose sur le cou des chérubins dans le septième ciel, et
qu’ombragent les soixante-dix mille branches’ de
l’unmôrtel Cédrat, jusqu'à VArsck, au trône de lumière que l’œil de l’homme ne peut envisager, et dontie soleil n’est que l’ombre. Vois : la rosée des cieux descend sur la terre pour npurrir les innombrables créatures que Dieu a mises sous ta main et
qui te nomment chaque joor dans leurs prières. Tandis que l’épée de no^ cavaliers repousse 1 -infidèle qui venait chaque* printemps porter dans nos campagnes les ravages de ses cruelles algarades, (j), l’ordre et l’abondance entretiennent ht paix dans ton empire. Ces guerres impies qui solaiènt les jours de nos pères ont disparu d’entre nous, ALDfouf, Alr-Qeblah, Al-Schar^ah, ai-Gharb (o), ne font plus qu’une seule région 'toutes nos tribus ne font pl ps qu’une seule fa! mille. Bénissons le seigneur qui envoiela paix et la
(*) -dt-Garah t irruption soudaine.
(>) Le Nord, le Midi, le Levant et le Couchant. ; r
guerre, la gloire et l’infamie. — O fils d’Omeyah, voilà que le ciel a donné une nouvelle colonne à ton trône ; voilà qu’un nouvel astre se lève pour lui prêter sa lumière. Du haut des monts Daren étaient descendues des hordes sauvages qui mêlent d’artciennes idolâtries à notre sainte croyance; ils avaient chassé les fils d’Edrys de leurs villes fortifiées, et le Mahgreb (i) allait devenir la proie de ces insensés. Abd-al-Malek a marché contre eux, et ils se sont dispersés à son approche, comme la poussière chassée par le vent qui précède l’orage. Il n’a pc^nt violé la côutume fondée par # l’onclè du prophète , Aly , le saint en Dieu, pour régler la guerre entre musulmans ; il n’a pas poursuivi l’ennemi au-delà d’un canton, il ne l’a point tué hors du champ de bataille , il n’a point bloqué ses places plus d’une demi-lune. Cependant la victoire a couronné la cause juste et sainte. Devant le jeune lion, les tigres vaincus se sont enfuis jusqu’en leurs repaires, et ce qu’avait commencé la force, la justice et la miséri-
(i) La Mauritanie, l’Afrique.
La mosquée. 37
corde l’ont achevé. Fez est délivrée, les Berbères soumis* le Maligreb pacifié ; le trésor impérial reçoit de nouveau les tributs de l’Afrique, et ton nom, ô Khalyfè, se redit dans ses chaires. Béni soit le bras qui châtie les rebelles, béni soit Abd-al-Malek ! — Et toi, qui lui donnas le jour, puissant Hagib , noble descendant d’ Amer, le • compagnon du prophète , 6 Mohhammed , toi que, dans leur ardente reconnaissance, les mille tribus dp l’Islam ont salué du nom d ' invincible, quelle voix humaine peut dignement célébrer ta gloiçe ? il faudrait emprunter à l’ange des canti ques l’une des soixante- dix mille langues qu’il emploie incessamment dans chacune de ses soixante-dix mille bouches à chanter les louanges du Très-Haut. Ton bras châtie l’infidèle* ta voix gouverne l’empire, ton esprit dirige la science? tu es l’çpée de la foi, le bouclier dé l’Etat, la lumière des initiés ; les ennemis d’Allah fuient devant ton regard, les rebelles tremblent sous t» main , nos guerriers te glorifient, nos sages t’ad- . mirent, et le peuple, te bénit. Achève , Al-Mansoûr, achève l’œuvre sainte et glorieuse que pour
18 LA MOSQUÉE
suit ton zèle infatigable. Le livre dit : . « Tu ne laisseras point de trêve aux infidèles. » Accom-* plis le précepte du livre; qu’il n’y ait plus, entre eux et toi, d’autre ambassadeur que le choc des armes, le hennissement des chevaux, le bruit des timbales et. des clairons. Aux voûtes de eé temple où l’on adore Allah , le dieu unique, le dieu qui n’est ni père ni fils, et qui n’a point de compagnon, ton bras a déjà suspendu les dépouilles du temple impie , peuplé d’idoles, où le corps d’un triple dieu est servi, comme une chair immonde , aux estomacs roorr tels. Il est temps de purger la terre de ces iniquités. Prends ton épée, agite ton drapeau. Les fils d’ismaël se lèveront à ta parole, et les anges, comme au combat de Bedr, marcheront devant toi. Va, chassé de leur dernier asile les pervers enfans de Belaj-al-Rhoumy (i); franchis les monts ; pénètre , comme nos pères , dans le pays àkAfranc (a); porte le glaire’ et la loi partout où
' r (f) Pelage I’é) ranger.
;(*ÿ La Etanee. ’ ! .b »•> r.
ii vri"-'! .'ièi ;
LA MOSQUÉE
le soleil porte ses rayons. Qcroyans, qui de vous ne s’empressera d’accourir, comme les guerriers d’Abou-Beckr , à la voix de ce nouvel Yézyd?
Vous le savez , l’épée est la clé du ciel et de l’enfer ; la guerre contre les infidèles sanGtifie autant que le pèlerinage au saint temple Haram , autant que les sept promenades autour de la sainte Kaàbah de la Mecque , autant que la prière entre les saintes collines Safah et Mervah. Ornes frères, que la crainte de la mort , que le regret de la vie , ne glacent point votre courage. Quand Djafar mourût aux côtés du prophète, ses amis le pleuraient , et le prophète dit : « Ne pleurez plus sur Djafar, ô Musulmans, son sort est digne d’envie. Dieu lui a donné deux ailes, et il parcourt l’i trimerisité des cieux. » Telles furent les paroles du prophète. D'ailleurs, le nombre de nos jours est fixé dès notre naissance; àilheurO précise , il faudra paraître devant lëtribuspil de Dieu, et là, lfes mérites seront comptés. Uüè goutte de sang versé pour la sainte cause vaut mieux que deux mois de jeune et d’oraison. Ceux qui meurent dans le combat ont toutes leurs fautes p^frdonnées; au
40 LA MOSQUEE
jour du jugement , leurs blessures seront odorantes comme le musc et resplendissantes comme l’aurore. Ils passeront avec la vitesse de l’éclair • et sans tomber dans l’abîme, sur le pont Syrath, plus fin que le cheveu , plus affilé que le rasoir ; ils seront portés dans les jardins où coulent des fleuves , dans les jardins qu’habitent les vierges purifiées, au corps transparent, qui n’ont d’autre besoin que celui d’aimer, et dônt les yeùx , ombragés de sourcils noirs, sont si beaux , que si l’une d’elles laissait tomber un regard sur la terre pendant la nuit la plus sombre , elle y jetterait autant de lumière que le soleil à sa douzième heure. O croyans , qui vous fiez aux promesses d’en haut, méritez la gloire de la terre ét la gloire
du ciel. Allez , rentrez dans vos demeures ; aigui-
sez vos lances, tendez vos arcs, appelez vos cDursiers , et quand la tropnpette de guerre annoncera aux infidèles que l’épée d Isrpaêl est tournée contre eux , qu’aucun Musulman , de.ceux qui prennent pieusement leur place parmi les fidèles de la mosquée, nelaissé vide sa place parmi les guerriers du canftp. C’est au nom d’Allah, c’est par
LA MOSQUÉE. 4 1
ordre d'Allah que je vous appelle aux armes.
Al-djihed , Al-djihéd (i) / »
Le Khatyb n’eut pas achevé ces mots , qu’au silence religieux qu’on avait jusque là gardé, succéda un immense tumulte. L’indolept Hescham se leva sur son trône, l’alferez (a) du Khalyfe agita l’étendard impérial , les chefs de l’armée . étendirent leurs cimeterres , les voix de la foule
enthousiasmée ébranlèrent les voûtes du temple, et le cri d'cd djihéd , que répétaient les muezzins du haut des minarets , volant comme un signal de mosquée en mosquée, retentit en un moment jusqu’aux extrémités de l’empire.'
(i) La guerre sainte, (a) Porte-enseigne.
LES JOUTAI.
'.Uiîif.tcv.Siv;; M£p>*T)if?V;>M*
Au temps d’Al-Mansour , l’empîre arabe d’Espagne avait atteint son plus haut point de splendeur. Vingt années de succès militai^ f Sans mélange d'aucune défaite , ayant de nouveau ouvert à serf armes dès provinces’ïfi^brd, que Thariq et Mouza, lors de lu première conquête,
enlevèrent à la course de leurs chevaux, les
Chrétiens , qui, pendant ies longues dissensions de leurs vainqueurs, avaient pu sans cesse accroî» tre leur territoire, se trouvaient encore une fois refoulés dans les montagnesde l’ancienne Cantabrie, berceau de leurindépendance. A la faveur de ces expéditions et de cés triomphes , les g titres civiles et les guerres de races dont l’Espagne arabe' fut Continuellement agitée sous les Emyrs , gouverneurs pour les Khalyfes d’jOrient, * et qui se prolongèrent long-témps après l’érection
LES JOUTES
du Khalyfat indépendant de Cordoue, étaient suspendues, et Semblaient étouffées. La paix la plus profonde réfnait dans l’intérieur de l’empire. Toutes les créations importantes, tous les grands ouvrages de luxe ou d’utilité, dont les neuf
premiers KhalyfesOmmyades illustrèrent à l’envi leur règne, subsistaient à la fois avec éclat. Les hommes éminens par le talent et les lumières accouraient de tous les pays de l’Islam à la cour de Cordoue. Enfin les sciences et les arts, devenus populaires, étaient la commune occupation d’un peuple heureux, tranquille et puissant.
Un événement, rare à cette époque, la révolte
des Berbères d’Afrique, en soulevant ,de- poù-* y eau les races Occidentales (i) contre la domination toujours contestéé des Orientaux («)■, avait • * causé d’assez vives alarmes. Par un succès rapide et complet, le, jeune Ald-al-Malet s’était illustré at»x jeux des Arabes, qui .déjà voyaient en, lui le •'digne héritier d’Al-Mansoûr. A 'son retohr, le
■{i) Schatyyns. . .%*.}' : .. i • J
LES JOUTES
Khalyfe' avait ajouté au nom d 'Al-Modhaffèv (le victorieux) que lui avaient donné les soldats de son armée, le titre de Wali de Fez, et sa victoire, la première qu’il eût remportée, devait être célébrée, avec la publication de la guerre sainte, par des fêtes et des réjouissances générales. Al- Mansoûr n’avait point attendu l’éclat des cérémonies auxquelles était conviée la nation, pour mêler sajoieàla joie publique; il avait déjà rendu ses grâces au ciel. Jalouse de la vraie gloire , sa grande âme dédaignait une vaine ostentation.
Jamais, dans ses plus glorieux triomphes , il ne permit que des trophées fussent portés devant lui, ni qu’une foule de captifs suivissent les pas de son cheval. Après le succès du bien-aimé de ses fils, et quand la fierté semblait plus permise, il conserva la même modestie. Des dons à tous les hospices, à toutes les écoles, d’abondantes aumônes répandues secrètement sur les pauvres des trois religions , çent jeunes orphelines dotées, et deux mille esclaves chrétiens rendus à la liberté, voilà par quels témoignages avait éclaté son orgueil patérnel.
46 L£S iOUTKS.
Les jeux devaient commencer aussitôt après l’office du matin. Au sortir àel'Aljama , le Kkalyt’e et sa cour , suivis d'une multitude avide et toujours grossissante , se rendirent , par le large chemin de Médynat-al-Zohrah, au-delà des murs de la cité. Là , près des rives du Guadalquivir , au milieu de la plaine que fertilisent les innombrables veines qu’il y répand , s’élève un vaste cirque. Une épaisse muraille de marbre, soutenue, à d’égales distances, par de légers arcs-boutans , qui ressemblent aux anses d’un vase colossal, forme son enceinte , en dessinant un • cercle allongé. Sur cette muraille circulaire s’appuie un amphithéâtre d’immenses gradins, que surmontent , dans la partie la plus resserrée du cirque, deux élégantes galeries couvertes. Au faite aigu de la plus élevée de ces galeries , était planté l’étendard du Khalyfe, dont les plis éclatans se détachaient sur l’azur foncé du ciel. Hescham, entouré de sa cour de. femmes, y vint prendre place, avecsonHagib, sonamiral, leeommandant de sa garde, les Walis de ses provinces , et lesprincipaux fonctionnaires de l’empire. Il Oeou-
‘■DigitizeauyGOOgle
LES JOUTES. {q
pait seul une petite loge séparée, à peu près semblable à l’espèce de niche entourée de grillage, où il se tient dans le portique d’audience , toutes les veilles des jours saints, et sur laquelle est écrit : « Approche et parle, tu auras justice. ,
Au milieu des riches uniformes de tous ces guerriers arabes , les regards se fixaient sur la longue tunique de velours noir , et la toq*e de même étoffe qui habillaient un vieillard étranger. C’était l’ambassadeur qu’avait envoyé l’empereur de Constantinople Jean Zimiscès, pour renouveler, entre la Grèce et l’Espagne musulmane, des traités de commerce et d’alliance. Éloigné , par la rigueur de la loi , des cérémonies religieuses du matin , on 1 avait convié au spectacle des jeux. Il avait à ses côtés, pour truchement et pour compagnie, un évéque chrétien, qui ayant fait précédemment partie d’une légation envoyée par le Khalyfe a Constantinople , avait alors reçu de l’ambassadeur grec les services d’hospitalité qu’il lui rendait à son tour.
La seconde galerie, faisant face à celle du Klialyfe, était réservée aux vieillards du Divan, aux
DES JOUTÉS.
membres des Acadéjnigp, et aux magistrats de la ville; mais dans l’une et dans l’autre, les pre-
miers rangs étaient occupés par des dames qui laissaient voir, en ouvrant leurs longs voiles , d’élégantes parures de fête, et des visages délicats qu’ombrageaient de leurs boucles tressées des cheveux légèrement teints avec la poudre de ' traëqg. Les places d,u vaste amphithéâtre étaient dévolues aux familles les plus distinguées de Cordoue, grossies presque toutes par quelques hôtes de province. On y voyait aussi des barons chrétiens delà Castillp ou de Léon , qui s’étaient réfugiés à la cour du Khal) le, à la suite de quelque» différends avec leurs souverains. ÊnGft, une foule innombrable de‘ Berbères , de Mozarabes et de
Juifs, passée sur les pOnts du fleuve et les hunes des navires,, sur les murailles et les terrasses de là ville , sur les canaux de plomb qui apportent l’-eau fraîche des montagnes , et jusque sur les collineslesplus rapprochées. la Sierra-Mosayant de dérober aux tribus privilégiées
rena
qui remplissaient l’amphithéâtre, quelques^ parcelles du brillant spectacle qu’elles avaient sous
. Diaitized byjGoogle
LES "JOUTES
les yeux, encadrait cet immense et magnifique tableau.
Les tournois des Arabes, nobles divertissemens d’un peuple doux et civilisé , ne ressemblaient point à ceux des chrétiens, qui les approprièrent, en les imitant, à leurs mœurs encore sauvages ; ce n’était pas de véritables combats où se rencontrassent tous les périls de la guerre,’ ou pussent se satisfaire la haine et la vengeance. Pour y déployer la force, l’adresse, le courage, il ne fallait pas attenter à la vie d’un rival, et le vainqueur pouvait s’enorgueillir sans remords de ses innocens -triomphes , car jamais le sang des hommes ne coulait sur l’arène, versé par la main des hommes..
Dès qu’au signal du Khalyfe, le bruit des instrumens guerriers eut commandé le silence à la foule attentive, des hérauts d’armes appelèrent les cordbattans, et deux troupes parurent à la fois aux- deux extrémités de la licé. Chacune d’elles était formée de douze cavaliers. Les uns, appartenant à la tribu d’Amèr , montaient des jumens
LES JOUTES
blanches. Ils portaient pour livre'e (i), par dessus la cotte de maille faite d’un léger tissu de fils d’acier, de courtes tuniques de velours rouge, semées d’étoiles d’or , et serrées autour des reins par des écharpes de soie bleu-ciel. Sur le cimier de leurs turbans s’agitaient des aigrettes de même couleur ; le petit bouclier qui couvrait leur bras gauche était entouré d’un large ruban pareil à l’écharpê*, et leurs coursiers portaient sur la crinière et sur la croupe des nœuds flottans de ruban semblable. Abd-al-Malek commandait cette élégante quadrille. L’autre avait pour chef Al-Mondbyr , son ami, son frère d’armes. Elle était composée de douze jeunes hommes de la tribu de Maknésah. Ceux-ci montaient des chevaux noirs ; leurs tuniques étaient blanches ; les ceintures , les rubans et le panache , d’un rouge éclatant. Les uns et les autres n’avaient pour armes que des lances de jonc, légères et flexibles, dépouillées delepr fer, au bout desquelles flot-
(:)■ Le mot livrée ( [Jiirea ), avant de descendre d’abord aux page», puis aux laquais , a signifié le» couleurs qui distinguaient l«s difféaenles quadrilles d’un carrousel.
LES JOUTES