‹ Scenes De Moeurs ArabesChapitre 7 sur 11 · LE COM&CT · texte numérisé non relu

LE COM&CT

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ininterrompues de communication, et se parlent, par la transmission des signaux, une langue muette qui s adresse aux yeux - , et qui, pour traverser l’espace avec rapidité, l’emporte autant sur la parole que là lumière sur le son. Le feu est leur moyen le plus habituel de correspondance. Pour produire, dans la nuit, une flamme plus vive, et, dans le jour, une fumée plus lumineuse;^ pour former des symboles par le nombre, le mélange et la direction des feux , ils emploient des substances qu’a découvertes et préparées l’art de la chimie. Au charbon réduit en noussière , au soufre si prompt à s’enflammer, ils mêlent cette poudre blanche et brillante qu’ôii appelle solde pierre (i), et dont la puissance, déjà connue , déjà essayée, mais encore sans emploi, doit prêter bientôt à l’art de la guerre ses plus formidables moyens de destruction (2). ' Tandisque l’armée, entière suspendait sa mar-

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(«) ItaUJi-al-Baroud, \at peti'ee r salpêtre.

(a) On peut consulter , su* l'invention et l'usage Ue la poudre- à cSnon chez les Arabes; Vjissai ne r.l' Histoire des Arqbes et des Mores d i.sj>agiic ( tom. U , p. cl*suiv.)

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lot) ; LE COMBAT.

che, Al-Mausoùr-, quittant la place qu’il occupait auprès de i’étendarddu Khalyfe, avait rapidement franchi les rangs des tribus arabes , puis ceux des Berbères de l’avant-garde, et, suivi seulement par quelques cavaliers d escorte, il gravissait une colline ardue dont le pied baignait dans la rivière, et du haut de laquelle était parti le premier signal d’alarme. En arrivant sur la hauteur , il laissa échapper un cri de surprise , et son cheval s’arrêta , retenu par une secousse machinale : l’armée chrétienne était devant ses yeux , campée sur l’autre rive du Tormès.

. Quelque habitué que fût Ài-Mansoûr, par vingt années d’épreuves, à l’indomptable constance des Espagnols , à cette énergie patiente qui les ramenait au combat après vingt défaites , il lui semblait qu’abusé par un songe , il n’avait devant lui qu’une vision fantastique. A peine quelques mois s’étaient écoulés depuis qu’il avait, battit ces mêmes Chrétiens dans deux rencontres sanglantes, qu’il avait chassé devant

lui les débris de leurs troupes, qu’il avait traversé

toutes leurs provinces, qu’il avait emporté d’as-

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saut la ville sainte où reposent les os de.lqüt apôtre; et dé$, ces vaincus obstinés, plus prompts que lui dans les apprêts et dans le départ, se retrouvaient à sa rencontre, non point

ou il les avait refoulés, mais au milieu de la plaine , à l’entrée de leurs champs , et prêts à lui disputer le passage de la frontière. Cependant, il ne pouvait douter de leur présence. On voyait distinctement les huttes à moitié creusées dans le sol et couvertes de branchages , où s’abritaient les soldats. De loin en loin , parmi ces masures construites à l’instar des celles des ha-

meaux , s’élevait , comme un manoir féodal , la tente du baron qui réunissait ses vassaux autour de sa bannière. En aidant sa vue d’un de ces

instrumens d’optique par le secours desquels les astronomes arabes étudient le mouvement des coi;ps célestes , Al-Mansoûr pouvait compter le nombre descentes seigneuriales que renfermait le camp des Chrétiens. Ce camp, adossé à un amphithéâtre de collines', formait trois quaiv tiers distincts.. Le plus éloigné, deu» fois . plus

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Iô8 LE COMBAT.

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nombreux i'i hii seul que les’ deux autres ensemble, était compose des Leonères , • des Galiciens et des Asturiené, tous sujets directs du roi de Léon. Sur une haute tente, posée comme la cathédrale d’une ville, au centre des. habitations, flottait un vaste étendard où l’on distinguait , sur un fond rouge, la croix jaune et le lézard de Compostelle. Là devait être le vieux Bermudo II , qui , depuis seize années, occupe le

trône de Pelage, par nul autre que le roi ne pourrait arborer la bannière royale. Le quartier le plus voisin de la rivière, celui qui for-

niait l’avant-garde du camp, était occupé par

les guerriers de Castille. Une bannière carrée, •

ornée aux quatre coins par deux tours et deux

lions , annonçait que leur vaillant comte don Garcia Hernandez était au milieu d’eüx. Dans

lè troisième quartier, placé en arrière de celui des Castillans , et sur le flanc de celui des Léonères , on n’apercevait auCttn drapeati de prince. C’était un‘ corps auxiliaire, envoyé patte roi de Navarre, ’cc Sahcho-le-MajciiT plus

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occupé (les intérêts de sa famille que de ses »

devoirs de chrétien qu de sa renommée de

chevalier (i). " . v ' .

Les Espagnols n’avaient point seulement ,

comme les Arabes, un devoir religieux à rem-

plir, quand ils prenaient les armes contre les ennemis de la croix, une obligation plus pré-

cise les réunissait tous les ans sous la bannière de leurs fouverains. Chaque laboureur, descendant des populations conquises, appartenait au possesseur de la terre à laquelle il était attaché; celui-ci, homme-lige, arrière-neveu de quelque

soldat des armées conquérantes, devait à per-

pétuité le service de son bras aux fils du chef qui avait divisé , entre scs hommes d’armes, les vastes domaines qu’il tenait, sous la même condition, du roi son suzerain. Ainsi, par l’effet de ces devoirs successifs, de cette chaîne ininterrompue d’obéissance, l’appel du roi enlevait à la glèbe le dernier serf de son der-

''(t) Le fils aîné de Sanelio , Ferdinand F, réuni t ja ns sa main tous les jerptret de l’Êspagne chrétienne, et fonda la^prcmiérc ,dy. nantie d’origine frangaij^. - . .

ut) . li COMBAT.

nier vassal. Admirable pour, tenir sous le joug

les populations asservies , l’institution féodale n’était pas moins favorable' à la défense et à l’agrandissement du territoire/ Les continuels succès d’Al-Mansoûr l’ayant rendu maître de ( la Castille entière, de cette province si patiemment reconquise sur les descendans de Mouza par .les descendans de Pelage , le c^nite don Garcia , réfugié avec ses vassau* sur les terres du roi de Léon, ne pouvait recouvrer ses domaines que par la guerre obstinée, impla-.

capable, sans trêve ni répit, qui les avait donnés à ses ancêtres ; et c’était seulement dans cette guerre incessante, qui ajoutait pièce à pièce, comme les alluvions d’un fleüve, de nouveaux champs au territoire , que les hommes d’entreprise pouvaient acquérir aussi des fiefs héréditaires. Ainsi, la constance et l’opiniâtreté naturelles du caractère espagnol étaient èncore stimulées par tous les aiguillons de T intérêt personnel. H y avait d’ailleurs, dans les usages militaires des Arabes, un vice irrémédiable que les Chrétiens mettaient merveilleusement à pro-

LE COïfBAT. III

fit. Cette retraité et cette dispersion de l'armée

musulmane après chaque campagne, ainji que la double qualité d’Al-Mansoûr, qui devait partager sa vie entre la sall^ d’audience du ministre qt la tente du général, rendaient impossible la conservation des conquêtes. Une bataille gagnée, une ville prise , ne donnaient, avec des ennemis comme les Espagnols , qtfç l ; occupation temporaire d’un pays qu’il' fallait leur enlever uùfe aiitre fois, gu printemps dé

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née suivante, pour le perdre encore à l’automne. ' . . , *

Recrutée par des moyens si différéns, l’armée chrétienne ne ressemblait pas davantage à l’armée arabe sous les rapports de l’organisation ou de la tenue des troupes. L’une secom- . posait de diverses races, de diverses tribus, que

rendaient rivales des motifs frcquens de ja-

lousies , quand des haines immémoriales né

les rendaient pas ennemies déclarées. L’antre était formée dans -une seule religion, dans un seul peuple ; elle avait / contre Éàvanlage du nombre, l’avantage dé l’üniou ] -et toutes lés

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LE . COMBAT

troupes de vassaux rassemblées sous les bannières de leurs seigueurs, que dominait également l'étendard du roi, étaient fortement enchaînées ensemble p^r les anneaux dé la hiérarchie féodale. L'une ne comptait dans ses rangs que de la cavalerie j les seuls hommes . de labeur étaient à pied. L’autre était tout entière composée d’infanterie ; les chefs se.uls étaient à cheval. Cette disposition pouvait sembler an premier coup-d’œil un désavantage ;

mais elle tournait au contraire au profit des

Chrétiens, qui faisaient, sur le champ de bataille, une guerre défensive , qui soutenaient habituellement derrière leurs murailles le choc

de l’ennemi, et qui échappaient à sa poursuite en escaladant des rochers inaccessibles aux chevaux,.*jLes Arabes avaient le grand tort de conserver dans la montueuse Celtibérie la manière de combattre qu’avaient choisie leurs, pères dans leç steppes Sablonneuses du Hedjaz ; et s'ils pouvaient répéter encore les paroles de Mouza, qui disait des Espagnols, en peignant au Khaljfe les peuples qu’il avait subjugués : f.Çe

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« sont des lions dans leurs châteaux et des chè- « vres dans leurs montagnes , » ils ne pouvaient plus ajouter : « mais ce sont des femmes dans « la plaine. » Ces fils des anciens Goths, alors amollis par trois siècles de paix, s'étaient faits hommes par trois siècles de guerre.

Du reste, leur camp n’offrait aucune trace de ■ ce luxe, de ces aisances, que les Arabes portaient dans toutes leurs expéditions. Pauvres, • isolés, sans arts, sans commerce, les Espagnols ne luttaient que de courage avec leurs riches et industrieux envahisseurs. Ils n’étaient pas même encore arrivés à ce point ou l’envie conduit à l’imitation. Un fchef de tribu, qui accomplissait ^ le pèlerinage de la Mecque, menait avec lui, •. comme un patricien romain , une caravane de diens et d’esclaves ; il emportait des fours d’argent pour manger chaque jour du pain nouvellement cuit, et plusieurs de ses chameaux étaient chargés d’outrés remplies de neige , afin qu’il pût boire, au milieu du désert, des sorbets glacé».

Un général d’armée avait sa cour de femmes, de musiciens et de poètes ; les festins, les danses,

il 4: le cOHb.it.

les jeux d’esprit, continuaient, sous sa tente nomade, comme dans son palais dé Cprdoue. Les Chrétiens, au contraire , dormaient dans des huttes de terre et de branches ; Us vivaient de

pain d'orge et de chair de chevreaux ;• leurs ba*rons n’avaient, pour élégante armure , qu’une massive cuirasse , qu’un lourd motion de fer ; et les soldats, vêtus d’un juste-au-corps en cuir qui couvrait la-poitrine et laissait les bras nus!, n’avaient le plus souvent d’autre arme qu’un épieu ferré. Au lieu d’une troupe- de femmes, dont les voix mêlées aux instrUmens guerriers formaient d’agréables concerts , les chefs espa- •gnols, menaient à leur suite quelque confrérie dé moines qui psalmodiaient des cantiques en latin, barbare, et tous les diyertissemens de l’armée se bornaient à entendre chaque matin l’office, autour d’une croix de chêne plantée sur un. autel .

de gazon.- <• ' ■<’. -• . :V •

Al-Mansoûr ayant choisi, au pied de la colline, Une place pour son camp, fit faire halte à l’armée. En quelques heures de travail, les gens de pied eurent tracé un grand cercle , et creusé

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