‹ Scenes De Moeurs ArabesChapitre 8 sur 11 · LÉ , COMBAT. I I S · texte numérisé non relu

LÉ , COMBAT. I I S

un fossë profond,' qu’ils garnirent sur son rêvé tement intérieur, dé haufeàj palissa des 1 . Èês cavaliers dé montés lés tribiis , Ïtes taat'hînes , les chameaux, les mulets dé bât', se ràngèreilt successivement et sans désordre dans cette enceinte, où leurs places étaient marquées d'avance, ettfès tentes en cuir, entourées d’un jietït fossé pour ï*ecoulement deS%u*', ' fuirent aussitôt dressées.

.a. . V. • t . 4 , y, vi,*

Le camp des Chrétiens, placé sür l’autre rive du Tormès, n’était pas à uil àeïxn-farsandj du camp des Arabes, et les dtalayos les plus avancées auraient pü atteindre d&tisüTS ttëkiféa fes pé^hiêrw sentinelles espagnoles. Celles-ci garnissaient un étroit pont de pierré, formé d'une seule arclie, si haute, si aigu#, qu’elle semblait, Tue du coûts de l’eau-, lé portail en ogive d’une chapelle solitaire. C’est ce passage important, caries pôhts étaient rares dans leurs provinces, que les Chrétiens voulaient fermer à l’ennemi. Lorsque lès escadrons arabes commencèrent à descendre, en colonnes serrées, la colline qui avait jusque-là çadié l’une à l’autre les deux armées , un grand moüvement se fit parmi les Espagnols ; ils con-

t>6 LE COMBAT.

naissaient Al-Mansoûr, et, craignant une attaque immédiate, iis accoururent sur les épaulemens deterre et.de pieux dont ils avaient fortifié leur camp. Mais en voyant les Arabes drèsser leuts lentes au milieu de la plaine , ils regagnèrent aussitôt leurs quartiers, comme après une fausse alarme. La garde du pont fut seulement doublée; mais, dans l’intervalle des deux camps, dont les feux se répétaient de chaque coté sur l'eau, comme les lumières d'une ville qu’un fleuve coupe par la moitié, les guerriers des deux religions abreuvaient paisiblement leurs chevaux, à demi portée du trait. •

La nuit, et tout le jour suivant se payèrent dans le môme repos. Seulement, les éclaireurs arabes, envoyés en reconnaissance par Al-Mansoûr, lui rapportaient à chaque instant quelques détails nouveaux sur la disposition générale du . terrain, sur les points guéables delà rivière, et sur les abords du camp ennemi. Le lendemain, à la pointe du jour , les atalajras signalèrent l’arrivée d’un héraut. Celui-ci, portant dans la main gauche uric lpnce surmontée d’un écu aux

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Vl7- ,

armes royales, et sonnant par intervalles d’un petit cor qu’il tenait à la main droite, s’approcha des barrières du camp, et demanda l'entrée pour un envoyé du roi de Léon.' Là réponse d’Al-Mansour lui fut aussitôt transmise, et l’on vit, quelques momens après, un prélat castillàn déboucher, avèc sa suite, du pont dans la plaine. Vêtu de ses habits pontificaux, il marchait à cheval entre deux hommes d'armes que précédait son héraut. Une garde d’honneur vint à sa rencontre , et le- conduisit jusqu’à la tente d’At- Mansoûr, qui l’attendait au milieu de ses principaux officiers. Habituellement, les parlementaires ennemis jetaient introduits dans une ville assiégée ou dans un camp fortifié, qu’avec un bandeau sur les yeux. Mais le général arabe , qui avait plus à gagner qu’à perdre en laissant reconnaître ses forces , fit à dessein négliger cette précaution. Déjà frappé par le magnifique aspect du camp, le prélat espagnol ne put retenir un cri d’enchantement quand il’ aperçut le divan d’Al-Mansoûr. Jamais les descriptions du paradis chrétien, qu’il promettait à ses ouail-

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les, n avaient approché de ce luxe, asiatique étalé pour la première fois devant ses y eux. Il resta quelques momens immobile et dans l’attitude d’un homme eu extase ; mais , reprenant bientôt, avec le souvenir de son rôle, toute sa berté, il prononça ces mots d’une voix lente et grave c -V

« Le^aouverain seigneur de trois royaumes, défenseur de ses peuples et agrandisseur de ses états, le glorieux roi Bermudo, fils de Ramiro, mon seigneur, m’envoie à toi, Al-Mansoûr , ministre et général d’Heseham, fila d’Alhakew, qui a’ùditule Jüudyfe de Cprdoue , chef des Wyaft*, monarque des deux nations et des d^ux lojs (que Dieu brise ses vams titres! ). * Al-Mansoûr sourit à ce fastueux préambule, dont l’ambassadeur espagnol avait emprunté toutes les «[pressions aux messagers des Khalyffcs, et lui fit signe d’exposer l’objet de sa mission. •

£ « Ton armée, reprit le prélat, et celle du roi, mon seigneur, sont encore enfermées dans leurs ngraocbemeus ; ce «’est donc pas aujourd’hui

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que tu peux songer à Combattre, car un jour entier n’est pas trop long pour le grand duel qu’elles ont à vider. Demain, vendredi, est le jour saint des Musulmans ; il est juste que toi et tes frères puissiez le célébrer en paix. Samedi est le jour saint des Juifs, qui sont en grand nombre dans les rangs de ton armée et de la nôtre ; pourquoi n’auraient-ils pas le même désir et le même droit ? Enfin, dimanche est le jour saint des Chrétiens, ^et mes frères ressemblent encore à leurs ancêtres, qui aimèrent mieux se laisser égorger par l’épée des Romains, que de manquer, en tirant leur épée , à l’observation du repos dominical (1). Je te propose donc une trêve de trois jours. »

Al-Mansoûr répondit : « J’ai lu dans le Livre ces belles paroles : « Certes , les Musulmans , les Juifs, les Chrétiens, et les Sabéens , qui croiront en Dieu et au jour dernier , et qui feront le bien , en recevront la récompense des mains du Très-Haut; ils seront exempts de la crainte '• ' • . • »'•; ; n

‘(i)-DeV*nt Ceul», en SA7; ■- •• -'•!!

LE OOMIUT.

et des supplices. » A Dieu ne .plaise , Chrétien, qu’Al-Mansoûr puisse être accpsé jamais d’avoir troublé dans leurs prières, -quelles qu’en soient la langue et la forme , les créatures qui rendent gloire au créateur. Retourne à ton maître , dis-lui que j’approuve ses scrupules, et que là trêve de trois jours est conclue. Que la colère d’Allah tombe sur celui qui enfreint sa promesse! » . • ' >

Ayant reçu cette Réponse , l’évêque espagnol lit une profonde inclination, puis il se retira, reconduit jusqu à la moitié du chemin par l’escorte qui l’avait amené. Al-Mansoûr , en rejetant la demande du roi de Léon , aurait manqué à la tolérance et à la générosité dont se glorifiaient justement les Arabes; mais il aurait manqué de même à ses devoirs de prudence , si, confiant en la foi toujours douteuse et souvent violée des Chrétiens , il ne se fut mis en garde contre unè embûche tendue avec cette subtile adresse dont les peuples encore sauvages étonnent quelquefois les plus civilisés. Ces précautions ne furent pas vaines. Tro'is heures après

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le coucher du soleil, les atalajras se replièrent en côurant sur les. postes avancés, et bientôt,

au cri de Santiago y devra EspaJia (i), répondirent mille cris semblables, poussés, comme des hurlemens , dans les ténèbres. Les Espagnols, à la faveur de la nuit, 'avaient franchi le pont et l’étroite plaine qui séparait les deux camps; ils espéraient surprendre les Arabes endormis sur la foi de la trêve. Mais à peine eurent-ils jeté tous ensemble ce cri de guerre, qui devait , comme les trompettes de Gédéon, porter l’épouvante parmi les nouveaux Philistins, que des fenx s’allumèrent soudainement sur toute la

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ligne d’enceinte, ! et les archers musulmans , cachés derrière les palissades, firent pleuvoir une grêle de flèches sur les assaillans que des lueurs éclatantes montraient à leurs coups.

Ceux-ci , surpris eux-mêmes par cette ré- . . r sistance inattendue, tournèrent le dos sans combattre , et , laissant un grand nombre de morts

(i) Latéralement, Saint-Jacques , et attaque , Espagne. On peut \oir, dans le Don Quichotte ( parte II, cap. S8), la singulière' explication .que donne Sanclio Fanza de ce vieux cri de guerre.

LX COMBAT

et île blessés , ils regagnèrent les abris du pont , avec toute la vitesse de la fuite, toujours plus grande que celle de l’attaque. Quelques partis de cavaliers berbères, lancés à leur poursuite , coupèrent la retraite aux moins agiles ; ceux qui n’osèrent passer la rivière à la nage, durent jeter leurs armes et demander à genoux merci , pour obtenir de conserver la vie en perdant la liberté, et de faire, comme esclaves, partie du butin général (i).

Le reste de cette nuit , où s’étaient trouvées aux prises la déloyauté chrétienne et la prudence arabe , se passa en apprêts réciproques , pour la grande épreuve de leur force. Al-Mansoûr voulait châtier sans délai la perfidie de Bermudo, et celui-ci, qui savait avoir éveillé la colère de son terrible ennemi , se disposait à la plus opiniâtre résistance. Dès que l’aube commença de poindre ■ dès qu’on put , selon l’expression du Livre, distinguer un fil noir d’un

(t) Celle ambassade ei celle agression eurent lieu réellement la veille de la baiaille de Zalaea, livrée en 1086 par l’AlmoraVtde Youzef au roi de Castille Alphonse Vl.

LE COMBAT

lil blanc, les deux armées se virent en présence. Prévoyant une attaque de front , les Espagnols avaient rempli de leurs épaisses masses d’infanterie tout l’intervalle qui séparait leur camp de la rivière. Mais ils se trompaient sur l’intention d’Al-Mansoûr . Celui-ci avait trop d expérience des choses de la guerre , pour engager sa cavalerie sur l’étroit passage d’un pont défendu par des tranchées ; ce n’était point un siège qu’il voulait faire , mais une bataille qu’il voulait livrer. Au lieu donc de se mettre en marche par le chemin qu’avaient suivi les Espagnols dans leur attaque nocturne, l’armée arabe avait quitté son camp par les barrières opposées , et s’étendait, en une l£ne immense , sur le bord du Tormès, bien au-dessous du passage que gardait l’ennemi. Aux premières lueurs du crépuscule, les guides, qui avaient reconnu la veille tout le cours de la rivière, se jetèrent à l’eau pour aller marquer, sur l’autre rive, les points de plus facile abord. Aussitôt toutes les tribus, précédées de leurs ofliciprs qui maintenaient l’ordre des rangs, mirent ensemble leurs chevaux à la nage , et la

, le èriMBAT.

.'•Mère disparut pendant quelques l™»

U multitude armée qui couvrai.se, eaux Les

Espagnols étonnés virent

T““ ÎTutre rive eu ordre de bataille, on eût

S^^mM.nsoûvle.üo.obéistn.nn

s’étaient ouverts , nomme «u.reta devant ’ " des Hébreux, OU s'étaient dures,

comme sousles pieds du prophète des «retiens^ Tournés, dan, leur premtère P° s '"°" ’ ta mameuvre d’AI-Mnnsoûr , les EspagnoU opé-

aûn de présenter » ï— '^entaille. Dans cette seconde posdmn, «4» ‘™

• inkcés en avant de leur camp, com

iXttélé d'abord en arriére du pont Les

^ res, les Galiciens et le, As, urmns reun *

^; e commandement du roi Bermudo .0,

a An Iptir ligne , une enoync

“tT^clrreV l’aile Ad». ü** **W* S 14

P ' W ': , S ™ composée des Castillans, et le, rivière, «ad comp ^ ^ w „

Navarrais, dont la troupe

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LE COMBAT-. < VIO

dans la plaine , flanquaient , à gauche;, le corps de bataille. Ainsi disposée, l’armée chrétienne avait cessé tout mouvement ; ses rangs , serrés et profonds , ressemblaient , dans leur silence et leur immobilité , à des murailles hérisses de fer. Au devant, se tenaient les hommes.couverts de cuirasses ou de pourpoiuts piqués revêtus de cuir; ils avaient pour armes des lances, des épées, des haches, des masses ferrées et des

faux tranchantes. Derrière eux , étaient les ar-

chers et les frondeurs. La cavalerie arabe, qui s’avançait au pas , aurait pu , de ses longues colonnes, envelopper les masses ennemies; mais la rivière et l’enceinte du camp protégeaient celles-ci de l’un et de l’autre côté; il fallait les prendre de front sur le terrain qu’elles avaient choisi. Al-Mansoûr, qui n'aurait obtenu, en attaquant les ailes, que de les faire replier sur le centre, résolut de porter tout son effort contre le corps principal ; bien certain, s’il parvenait à l’entamer, que sa déroute, en séparant les corps détachés, entraînerait celledel’arméeentière.Ilenvoja quelques troupes berbères , souS les ordres de

LE COMBAT

Solyman §t d’Alnl-al-Malek pour occuper, plutôt que pour combattre fes Castillans et les Ndi^rrais , se réservant , ponv lui-même et ses . Arabes, l'attaque principale.

Sn marchant à Pennemi, les troupes récitaient l’oraison du combat. Chacun des chefs de corps, se plaçant à la droite du premier rang <îè ses escadrons*) faisait l’office de l 'imam , et ses cavaliers, de même que les fidèles à la mosquée, répétaient après lui la prière. « O Seigneur, disaient-ils, comme autrefois les guerrier^ de Da- ; vid prêts à combattre ceux de Goliath^ ô Sei- I gneur, accorde-nous la constance et le courage ;

’ affermis nos pas et viens nous secourir contre un peuple infidèle. » On voyait, de loin en loin, dans les rangs, des guerriers qui portaient sur la tête une guirlande de fleurs. Ceùx-là, pour racheter quelque faute ou par excès de piété, avaient juré de mourir martyrs(i), 'et ils marchaient au combat, parés comme.les victimes des anciens sacrifices. -

LE COMBAT

Dès que les Musulmans furent arrivés à portée du trait^ les trompettes sonnèrent, et quel- *

ques archers, détachés des rangs, commencèrent à engager l’action. Comme au tir de l’arc dans les joûtes, ils précipitaient leurs chevaux jusque sur le fer des lances espagnoles , déco- , > chaient leur flèche, et, faisant volte face, échappaient par la fuite aux flèches de l’ennemi. Ces armes volantes ne portaient pas seulement les blessures du fer, mais souvent aussi les blessures plus mortelles du poison. Les Arabes en avaient trempé la pointe dans le suc de l’aconit, et les Chrétiens r dans celui de l’ellébore noir. Les premiers, suivant l’immémorial usage, jetaient, dans leurs rapides escarmouches, ces cris perçans, prolongés et sans paroles , que les Espagnols nommèrent alaridos.

Pour ceux-ci, qui 11’invoquaient qu’en attaquant leur saint Jacques-le-tue-Mores (1) , ils gardaient un profond silence ; mais on entendait s'élever, du milieu de leurs rangs, les voix so-

( 1 ) 8mti*go-M*tamoroj. "... |

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ia&

lennelles des prélats et 'des moines qui chantaient, sans interruption, les versets du psaume In exitu Israël de Egfpto. '

Le nombre des tirailleurs arabes, lancés sur l’ennemi par petits pelotons, allait sans cesse en croissant. Bientôt leurs cris se confondirent; leurs armures, plus pressées, s’entrechoquèrent ; et* l’on voyait, devant les bataillons chrétiens , comme un tourbillon d’hommes et de chevaux, allant, venant, courant dans tous les sens. Des jets de poussière grise s’élevaient sous leurs pieds, et, de Cette v espèce de nuage que les reflets des armes sillonnaient d’éclairs , tombait une pluie de flèches, toujours renonvelée , toujours grossissante. Les Espagnols , fixés à leurs places , n’avaient pas reculé d’un pas. Aux morts , aux blessés , succédaient de nouveaux combattans , et les rangs , également serrés , présentaient partout une masse impénétrable. Ils avaient eu de nombreux villes à remplir ; mais un monceau aligné des cadavres d’hommes et de chevaux tombés aussi sous

leurs coups , formait devant eux comme un

LE COMBAT

rempart.,' et ‘rendait plus.' difficile , pins périlleuse, l'approche de cettë /vivante citadelle.

Al-Mansoûr. voulut mettre fin à ce carnage inutile. Sur son ordre , 'porté dans' la mêlée',* les troupes yolantes des ardrers se dispersent, '. s’éloignent', laissent vide le chafnp de leprs évolutions. Alors les escadrons d’élite s’ébran

lent, dirigés par le général de l’armée ,' et la

masse impétueusèdés oavaliers arabes va heurter de front la masse immobile de l’infanterie chrétienne.' De ce choc dépend le succès de la bataille. Ôèux fois les guerriers d’Al-Mansoûr, debout sur leurs selles, et la lance en arrêt, se sorit-pré-* cipltés au galop contre l'impénétrable phalange; deux fois les flots de la furie arabe se sont brisés sur l’écueil de la constance espagnole. Impassibles au milieu des effrayans alaridos , et devant le choc plus effrayant des cavaliers qui ébranlent.’ la terre, les Chrétiens présentent froidement le fer de leurs piques à la tête des chevaux , qui se cabrent et roulent avec leuts maîtres sur la poussière. / ;'?■.»> ?• ' •

A la seconde attaque , les rangs des Arabes

»$0 ■ UR côMii.yr.. ‘ v.

sont rompus*, - aM^donuéa'.-jDes chevaux errent sajis inaîttes sur le champ de bataille , et des hommes sans çbevàux. Une foule de braves

.sont tombés sur le mur de : cadavres que les . Chrétiens ont élevé devant eux j les autres regagnent én désordre 4éi bords de la rivière qu’ils ont fratachie le matin. Al-Mansoûr, le désespoir dams l’âme, a vii ; fuir ses plus nobles tribus, celles dont l’effort, rarement nécessaire, n’avait, jamais été ni Vain, ni douteux. Il n’avait plus de .réservé, plus d’armée; d était vaincu. Impuissant à faire entendre de cette multitude, sa voix imposante et respectée,. Al-Mansoûr se précipite au devant des fuyards ; il arrache de ' son front ce turban qui les a tant de fois guidés à la victoire il jette son épée, il saule à bas de, cheval, et se couche étendu sur la terre, mon-

.trant à ses soldats que, pour aller plus loin , ils

doivent fouler aux pieds le corps de leur gér

néraL Celte éloquente pantomime, plus prompte . * * . .

que le discours , est ' aussi d’un . plus prompt

effet. Tous lés chevàux sont arrêtés , comme’re- • , » «*• * "* * ’ • *■”**

ténus par une seule pensée ; ( toutes lés âmes s*»nt

Ûi.CpMfiAT. *'

jréuétrçcs à la foij par la honte, * par la 'Soumission, par le sentiment jbj devoir et de l’honneur. La vpix des chefs est entendue ; les rangs se i èforment ; cm s’animé , on 's’encourage j et tous ces guerriers , . d^érsés tolit - à -i’heure , . comme des ramiers dont un vautour a tratférsé * la troupe , réunis maintenant solis leurs drapeaux, reviennent au combat en jurant dç préférer^amort.à l’igwtninie d'une i’uite nouvelle. Al-Mansoûr a saisi des mâins dé son alferez l’é- • tendard du Khalyfo ; il marche à la tétc des escadrons ; il fe* forme, les échelonne , les ra-: ; ruasse en une- colonne profonde, et, montrant la place où doit Se concentrer tout leur effort, H \ donne le signal d’une eliarge désespérée. Cette impétueuse phalange, lancée à toute bride , va frapper comme une haliste contre la muraille d hommes que lui opposent les Chrétiens. . Ceux • du premier rang , poussés, par les ràugs qiai leur succèdent, dressent leurs chevaux contre, l^.lauçès espagnoles ^ Jtfteiàts dans le poitrail; ces animaux, par un jrtexpffoabîe i qstinct s’enfoncent aveuglément sur. le 1er qui les perpe,

* LB COMBAT.-

et l«u^ corps, emporté par là çoyrse, écrase «le

son poids l’ennemi qu’ifc ont désarmé. D’autres Cavaliers leS suivent, et d’autres encore; ils se. jettent dans les rangs entamés , pour tomber aussi; mais pour étendre l’auvert'nre; et.bientôtr, comme un • fleuve qui emporte sa digue , la cavalerie arabe s’infiltre par mille issues dans le carré .rompu de l’infanterie espagnolevAlors, tôüt est. consommé ; la résistance -et- làuTti te sont deŸenpes • également impossibles. Divisés;' enveloppés, fou-

. lés, aux pieds des chevaux, lés fântàssms ne peu-

vent, ni frapper de leurs longues armés, ni parer les cOtipV qui leur sont pôçtés .d’en-haut.' Il faut se rendre oü périr, v •; * . >

Là seconde ligue des Chrétiens, oiù se trouvaieçt lo roi Rermudoet ses principaux barôris , Se mit aussitôt en retraite. Recueillant les débris des bataillons enfoncés, et présentant un front redoutable aux . archers musulmans jetés à sa poursuite , elle recula sans désordre jusqu’aux limites dil camp, dont é!lé énléva , au passage, lés objets les pins. 1 précieux et 'les plue sacrés ; , puis,. elle di$par.ttt. dans les' montagnes qui en-*

LE ' COMBAT:' . i33

0 touTaient d’une enceinte de rochers, la plaine du combat. Comme Al-Mansoûr l’ayait prévu , la défaite des troupes du roi de Leon avait etc celle.de toute Par méç. Les ‘aileS aussi étaient

vaincues ; mais, toutefois, avec des chances Lien

différentes. Abd-al-Malek, que la tendresse pa-

ternelle n’avait exposé qu’au moindre péril, après avoir contenu les Navarrais par , sa seule présence, les avait vus, comme toui les • corps auxiliaires, lâcher pied -dès que l’action s’était animée. Le jeune .sij^fodhajjfer ramenait dans les rangs # de sa cavalerie une longué’ colonne de prisonniers , attachés ,par chaînes de cin- .quante h crûmes.

Pour les Castillans, ils avaient dignement soutenu leur renommée de courage et de fidélité., ïju voyant plier , sous l’effort des Arabes^ la première ligne- dés LéohèreS, le vaillant çopite Garcia, pour leur porter secours avait voulu percer, cette nuée de Berbères qui éscarmouciraient autour dp ses rangs et lé itéraient éloigné du combat. De son côté,.Soljman , méltaut à profit le moUveriient du comte de Castille,

J 34 LE COÎMBATi

. av&iî aüssi côrnn^nd^ i-’attaÇtfue. Une mêlée «an- ç$, glanle s’était engàgée, comme- au corps de bataille. Marchant à la tête dé ses guerriers, et servant, du haut ^le -son, cheval, de point de mire aux archers ennemis, le- téméraire Garcia tomba presque aussitôt sons leurs flèches ; ses Castillans, restés sans général , s’étaient repliés sur le bord du Tormès, èt gardaient, au milieu de leurs rangs pressés, le corps du courte expirant. Mais, dans cette position -, la retraite leur était Coupée ; ils se trouvaient ^veloppês de toutes* parts. Tandis que les Berbères deSolyman pccqpaient la trv^où s’était livré leur Combat , les Arabes d’AÏ-Manspûr revenaient de la poursuite’ déç Léonères par la rive supérieure, et les Castillans se trouvaient enfermés dans undemi-cer-

„ de dont l’armée musulmane formait Parc et ; le Tonnés la cordé. Cernés ainsi par toutes les

force» enpemies, les soldats du comte ne pou-, vaient pas naémé essayer, de frapebir la' rivière, c^r l’infanterie musulmane laissée -à la garde du camp , ayant, vu le udsultat ' dé lë bataille, .était

le Combat .

accourue.sur la ri Ve: opposée , où elle présentait un invincible obstacle au passage. ■

Al-Mansoûr , d’un signé dé la main,- retint ses, troupes qui s'apprêtaient, échauffées par le carnage,. à fondre sûr ce -dérnieR, débris de i’arméfe chrétienne. Il voulait épargner, tant, d’hoinuies ; . il voulait, au lied d’abreuver inutilement là terre d’un sanggénéretix, donner deâ*brasm;x cliamps de son pays, à ses vaisseaux, à ses mines,- à ses' monumens . Un héraut, partit; ppur sommer 4es • Castillans de, rendre lés armés, et leur promèttjré , la vie sâdve. Debout sur .une éminence , ^n milieu spn armée , Al-Marnsoûr suivit des ÿeux Son JRssager, qui s’approcha d’eux, un rameau vert à la main, et, s’arrêtant à quelque distancé, leur -fit entendre les paroles de clémence dont ‘il était chargé*-îjjes./angs des. Castillans s’étaient ouverts à son approche , et 4’on' put distinguer , àu contre Üé .leur bataillon ,* le corps du edrnte Garcia qui gisait mourant sur une litière formée .des .lanegs de ses, giierriers. Une confrérie de' moines, reconnaissables à leurs longues robes brunes, l’assistait* dans , ses derniers instans,

LE COMBAT

La voix du héraut d’Al-Mansoûr était arrivée jusqu’à lui. Oh le vit soulever avec effort sa tête »ue et pâle , que voilaient de longs cheveux sanglans; un: mot -sortit dé ses lèyres, puis il retomba sans viè«ur sa. couche, devenue son

.Cercueil. -Aussitôt les moines qui l’entouraient, elevant les béas au ctel>, entonnèrent ces solennelles pàroles: Requiem wtemam dona nabis, ‘Domine; y. tous Tes guerriers castillans, tombant à gen6ux r les mains jointes, la tête inclinée, se mirent à répéter en chœur les lugubres psalmodies de l’office des morts. è’éj|it leur réponse à là sommation du héraut. Al-Mansoûr coi^em- ^ plaît, dans un pieux recueillement , l’étoiÿiant . ' spectacle qu’offraient ces victimes résignées’ du dev.oir et de la foi. Ému de pitié, . frappé d’admirdtiou,.,! sentait couler ses lapmes , au concert . loiotàm. dé ces -martyrs qui priaient- sur eùimêmes,-et chantaient l’hymne de leurs* funérailles. ' . -» '■ " '

Solyman /approcha : « Kÿs ff Amer, lui dît-il,' , pourquoi le signe de ta main ffa-t-il pas ordonne déjà le châtiméril de ces chiens maudits'

LE combat: ' li ']

dont les aboiemens nous braveht et nous, insultent?» " ' i \ ‘ • ' ’ • ■ •

« Fils d’Oqbali , réprit Al-Mansour , ^ie saie -tu point qu’il est écrit : « Celui 'qui tuera, pn'liomme sans en éprouver ' de violence $ sera - coupable du sang de tapt le genr#bnwain ; .et celui» qui' sauvera la vp à ùn homme sera, récompensé comme s’il Pavait sauvée à toutle-genre humain?» — Faites place, enfafls d’Ismaél, faites, .placé;

que ces Chrétiens vivent , et qu’ils bénissent, le nom d’ Allah » clément et miséricordieux ï »’ .

Ep même teuâps^. son bras étendu- corumandait aux Arabes. de: quitter la ri, ve du Tortnèa,.et

ses légions obéissante^ , reculant à petits pas. .commeles flots qu’u,n0.force invisible retire.eba- •; >

.qüe jour • des grèves de ePÇraattj) rendirent aux

martyrs jiijpréliens le cheirân-de^la vie et de la li-î berté. Èn Vjbyant tout-à-eoûj).' s’ouvrir unpas-' sage au travers ' des -esçadion s ennemis , les Cas-

tillans crurent que le ciel accordait un prodige à l’âme déjà bienheureuse de leur chef empiré. . Oubliant. le péril, oubliant de .combattre, ifs sé levèrent ,• dans la joie et dans la confiance d'une

l38 .. ' ’ LK COMBAT.

délivrance miraculeuse. Les moines prirent sur leurs épaules, cDnJme une arche d’alliance, les reliques du 4aint comte, et tous les guerriers, sans interrompre leiirs prières , se mirent en marche à'$a suite, *la tête nue, les armes basses, et rangés ,èn.un grand convoi. • ' ' A

Au . moment* où. cette processif chrétienne commençait, spectacle inoui! . à défiler devant les rangs immobiles des Arabes , une colombe , enyolée du camp*, et gagnant à tire-d’aile le haut minaret de la mosquée de Cordoùe , allait annoncer au Khal yfe que 'son Hagih avait une fôis de- plus mérité lé nom d’Al-Mansoûr.. ' <

Après sa victoire., du Tormès , qui- lui avait ouvert l’ehtrée des provinces espagnoles ; après le sac de Toro, de Zamora , de: Bfagance et’de Tuy 7 dont elle fut suivie , Al-Mànsoiïr, .ayant licencié son armée à la fin de la campagnè/était rentré dans son palais de Cordoùe. ,(Jn hivalt • saps neige et sans .frimas avait aussi rendu aux habitations dé cette capitale les- familles nobles- <jui sé dispensent, pendant les saisons des ’fleurs

-et' des, 'fruits , dans ce -vaste da’ipier de jardins . clos de bâiés d’aloës^ qui s’étend dèp«%€o.rdûue jusqu’à Medynat-al-Zorah , depuis la rive du fleuve jusqu’au sommet des-, premiers’ coteaux de la Sien'a-Moréna . Tous les -riches Arâbes

40 LES ' aCABÉMIES.

avaient abandoiihe les travaux de jardinage el

d’agriculture qü’ils se font gloire de’ diriger eux-

mêmes avec le zèje éclairé que mérite la pre- . • • • .

mière dés sciences.- Ils étaient, pendant le repos

de la nature, revenus aux sciences moins utiles peut-être, njais plus brillantes et plus nobles, qui sè cultivent au sein des cités. Al-Mansoûr comptait pair Ai ses . devoirs les plus impérieux celui de favoriser, le goût de ses compatriotes pour les travaux de Inintelligence, et de répandre parmi les nations diverses qu’il gouver-

naît au nom du Khalyfe, les lumières et lçs bienf'ait$ d’une civilisation dont ne jouissaient encore que les tribus de noble race. Souvent il entrait à l’improviste dans les collèges et les madrczahsy se mêlait aux geôliers pour assisterà 'leurs- leçons, donnait des louanges aux mai- ' très, des. prix aux élèves, et choisissait avec - . discernement parmi eufc les Khadjrs , les Mokrfys et les (i )/ ' :>

Un joui', Al-Mânsoûr sortit de Konnc heute

( i J Les jugos. , les le*lcurs i+lcs prédioafeurs.,' •

de son palaisd’Al-Ameria, tant dé' fois célébré par. les poètes (i). Il avait quitté la somptueuse robe du Hagib, pour revêtir le simple manteau du savant (a) , et; sans suite, sans escorte., n’ayant pour compagnie que scs deux fils Abdal-Malek et Abd-al-Rhaman , il*alla visiter les académies, qui, en l’élisant parmi leurs membres, avaient ajouté à tous ses titres , le titre dont il se glorifiait davantage. ..

Près de la porte d’Orient, au sommet de l’amphithéâtre de blanches maisons, v qui tracent devant le OeùVé des lignes de terrasses nivelées, Semblables aux bancs ^superposés d’un cirque, s’élève, isolée au milieu des autres '.'habitations, la demeure d’un Arabe noble et riche. 'Qüatrè ailes égales forment une cour carréc’shr laquelle

(t) Ahwed-ben-MoMmmcvl Al-Mokm a dit du palais. d’Al-Man * Los arcl.in-cu-s qpi l'ont bà.ti * ont eu dessein de transporter a l’édifice les di*eKès qualités dn pl-iace, De. sa poitrine ils ont l'ait

r brillfuit

versités anglaises.

Digitiz

jAa LES AGAüfeMlES-

s’ouvrent les fenêtres île tons lesappartemcns,. cr sauf la porte d’entrée qui donne accès duos Z »ss» long vestibule, les murailles extérieures ne sont percées . d'aucune ouverture. L’etage supérieur forme , par son avancement sur les habitations de plain-picii, une galerie quadra.tfi nUire quo soutiennent des colonnes de marbre blanc. Au centre d’une mosaïque de marbre semblable dont la cour est pavée , jaillit une fontaine d’eau vive, qu’un épais bosquet de citronniers, de grenadiers et de myrtes ombrade ses rameaux entrelaces. Quand l’été règne,

cette cour est abritée, pendant tout, l’ardeur du

jour, par une toile immense suspendue a la hauteur’ des terrasses, et qu’un seul homme, au

moyen de quelques poulies, peutétendre ou plier comme une voile de navire. Après le coucher du soleil, dès que la fiaiclieur de la nuit mvlteà

quitter les chambre, closes et obscures qui M» .

vent de reuaile durant le jour, on edeveçe l'elarium pour laisser pénétrer ’l» br.se du son-,

‘ E allume tea Üunpea d’août suspendues enlre les colonnes delà galerie, et la famUl. arabe se

réunit, av.ec ses amis et ses proches y dans cette espèce de temple domestique. Pendant l’hiver, d est àbandonné. Un vaste salon. le remplace, ouvert en face de la porte d’entrée, et de l’autre côté de la cour, qui devient alors son vestibule. Ce salon, occupe l’ailé centrale dans toute sa hauteur, et presque dans sa largeur entière. Il est pavé d’un damier d’albâtre,, dont les carreaux sqiit séparés par dés verges d’or. Les lames de marbre blanc qui revêtissent les murailles, et les lambris de bois dg

creux ou en relief, qui se croisent, qui se mêlent, qui ie répètent à profusion, et qu’un poqje arabe comparait ingénieusement aux mille traces confuses qu’une troupe de pigeons laisse sur la terte molle , eu s’abattant au bord d’un üeuve. •; • v ... V, -

C’est dans cette pièce d’honneur que le vieil-

lard Mohhammed Abou-Amer . Al-Moncarral

réunissait les membres de l’Académie de Plustoire, qu’il avait fondée à Xativa dans les der-

nières années du règne d’Alljakenv II, et transférée depuis à Cordouç. Ses convives au festin

de l’esprit étaient assis, les jatnbes croisées , sur ■ ' '• ' •> '’!• .■ •< *.•.'* . ■

les épais coussins d’un divan circulaire. Au

centre du tapis de Eérse qui couvrait les dalles d’alb titré de ses feuilles de laine, et de ses fleurs de soie/ un vaste poêle d’airain répandait la douce chaleur des charbons allumés sous la cendre,

tandis qu’une fumée, aromatique s’échappait de

quatre cassolettes d’argent, où brûlaient il la fois

J’èncens , l’aloès , le musc, et l’ambre. La salle,

' èn outre , étadornée de plusiéurs vases éléganS

du crois6aiènŒes précieuses fleurs qu’on aifosc

avec des eaux colorées pour leur donner de

plps riches., nuances. , . ' -Il

L’assemblée, que présidait le savant Ahmed-

ben-Mohliammed Abou-Beckr Al-Razj (i), au-

teùr d’une histoire des Emyrs d’Espagne et d’une description générale de Cordoue, avait commencé soni docte entretien, quand Al-Man-

soûr parut avec ses fils. Les académiciens se

F vN r ? i/i'C ayjiiJ.b . ■' i

(t) Llii$torien Rasi, mçrt en 991. •

levèrent à sa vue , et s’inclinèrent (levant le Hagib, en portant là main gauche sur le cœur, et la main droite sur le front. C’était à la fois le salut de l’affection et celui du respect, le salut qu’on offre aux amis, et celui qu’on tend aux supérieurs. Al-Mansoûr prit sa place ftla.snitç du dernier venu, et la conférence, un -moment interrompue par son àrriyée, reprit aussitôt son cours. « Fils d’ Amer, lui dit Al-Razy / ton histoire fournira de nombreux chapitres au livre qui nous ocfcupe aujourd’hui. Nous voulons rappeler ir la mémoire de nos fils lés ruses dé guerre dont nos pères se sont aidés dans leurs saintes entreprises. » . «

Un vieillard se leva, et dit: « Il çst peu de ruses plus ingénieuses que celle dont se servit le Chrétien Talmir (i), dahs le temps où l’épée de nos guerriers , ouvrant un chemin aux saintes paroles du Livre, apportait à l’Occident la lumière de l’Orient. Vaincu, comme le roiRodéric, abandonné des siens , ‘ ils’était eh-

(i) Le comte Théodomir.

1^6 LPS ACADÉMIES.

i'ei iué dans les murs de Lorca, .et voyait déjà la poussière dp la plajne s’élever sous les pas des cavaliers d’Abd-al-Azyz. N’ayant plus d’hommes d’armes pour défendre les remparts de sa dernière place, il y fit ranger les matrones et les vierges, qui avaient croisé leurs, longs cheveux sur les lèvres et sous le menton pour imiter la barbe des guerriers. U sôrtit alors, comme un général qui offre la paix ou la guerre , et , au lieu de régler sa rançon , il fit un traité d’alliance. Le généreux fils de Mouza admira l’esprit du Chrétien, et lui laissa le gouvernement de la contrée ; c’est celle que noup appelons depuis T^rre de Tadmir(i).»

Quand le vieillard se fut assis, après avoir conté cçtte aventure, transmise, comme les pas rôles d’ün talisman mystérieux, des aïeux aux petits enfans„ua autre membre se, leva, et dit: « Au fils de Mouza devait plaire , en effet, la çuse du Chrétien, car c’était par-, une ruse semblable que son père avait pris ,• - sans rtiort et

(i) La province tle Murcie. .

LES ACADÉfrfittS. T 47

sans blessure, la gronde ville dé ftiérida , dont ses soldats n’our aient pu envelopper les tnnraifles, ense rangeant tous à lenteur ch^nse Hjé perles d’un collier. Les envoyés de la ville *e rendirent dans sa tente pour lût proposât êtes conditions dë paix. Ils trouvèrent le vénérable Ernyr avec une grande barbe d’argent, telle qùè lui avaient faite les années de sa* longue vie et les fatigues de ses innombrables ooiubats. Mouza promit sa réponse pour le lendemain, voulant, disait-il, prendre conseil de la nuit. Dans l’inr tei'vôlle^ il aoCourcit sa barbe etlateiguit en pote; il peignit de rose ses lèvres et ses joues , et quand les envoyés revinrent au matin, ils eurent peine à reconnaître^ dans le jeune homme au frai» visage qu’ils voyaient devant e«K, le vieS- Urd blanchi qu'ils avaient quitté la vëille. <• Rendons-nous, dirent-ils à leurs frères en retournant dans la cké; comment pourrions-nous résister à des hommes auxquels le ciel a donné le pouvoir de rajeunir ?» . • . . ^

Un-troisième académicien prit la parole. •>< En vérité, dit-il , Mouza, fils de Nossayr , ée hé-

] 4 f> LES ACADÉMIES.

ros, gloire du Hedjaz , méritait de commander aux vainqueurs du Maghrêb et de l’Andalousie, moins par la grandeur de. son eourage que par celle, de son esprit. Quand il eut abattu sous son glaive, avec la force du lion , toutes les tribus berbères ; ne fallut-il pas employer la prudence et l’adresse du serpent pour déraciner de leur entendement les vieilles idolâtries, pour y substituer la lumière de l'Islam, pour feire, de ces indomptables ennemis, les soldats de sa propre armée? Et quand il résolut de passer, avec leur secours, le détroit du mont de Thârik(i), et de donner l’Europe au chefdes croyans, après lui avoir donné l’Afrique, n’étail-ce point par une espèce de ruse qu'il peignait âu Khalyfc

Walyd cetté terre inconnue comme « supérieure à la Syrie (2.) pour la beauté du ciel et de la terre; à l’Arabie heureuse ( 3 ) pour la douceur du

climat ; a ux Indes ( 4 ) ^011 r ses fleurs et ses

(1) Qébali Thdriq , Gibraltar. •; , .

^y ickam ou. Schamalf.

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