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la fuite, mais attend l'animal de pied ferme, empoigne littéralement le taureau par les cornes, lorsque celui-ci est rendu à sa portée, et le renverse sur le sol ?
Que dites-vous encore d'une homme qui, ne voulant pas atteler son cheval à la^oiture, parce que cela lui paraît une besogne fastidieuse, se place un de ces
lourds cribles d'autrefois sur le dos et va le remettre au voisin, demeurant à dix arpents, lorsque deux ou trois cultivateurs ont d'ordinaire de la difficulté à porter un semblable fardeau?
Vous direz, sans doute, qu'un tel homme est puissamment fort, très courageux et très maître de lui! Eh bien! ce sont là deux exploits au crédit de Julien Deschamps de l'Ile Perrot, un gaillard sec, tout en muscles et qui mesurait six pieds, trois pouces de taille.
Julien Deschamps naquit le 19 octobre 181 7, du mariage de Jean-Baptiste Deschamps et de Catherine Leduc. Ses parents avaient leur domicile à Beauharnois, mais comme cet endroit n'était pas encore érigé en paroisse. Deschamps fut baptisé à l'Ile Perrot, où il devait habiter peu après.
Desçhiamps a beaucoup voyagé, d'abord dans le nord du Canada, puis dans l'ouest américain. Il se rendit même jusqu'en Californie, lorsque la découverte des mines d'or eut enflammé l'imagination de tous ceux qui avaient un peu de sang d'aventurier dans les veines. Maintes fois, il eut des démêlés, mais jamais personne ne l'a fait reculer, car il avait cette noble confiance en lui que donnent la force, la santé et l'endurance.
La tradition, malheureusement, n'a relaté aucune des batailles de Deschamps, elle n'a conservé que le récit d'une rencontre . . . manquée, mais d'une rencontre qui aurait pu être épique, puisqu'elle mettait en présence deux ''heavy weights" comme on n'en voit plus, deux antagonistes qui ont été les émules du grand Jos. Montferrand,
C'était entre 1855 et 1860, Vital Poitevin et Julien Deschamps demeuraient, le premier à Beauharnois, le second à l'Ile Perrot, deux localités enchanteresses, qui se font de l'œil par-dessus le lac Saint- Louis, et d'où sont sortis quantités de "voyageurs" et de ''bûcherons" robustes et audacieux. Poitevin était le champion de la côte sud, tandis que Deschamps possédait ce titre parmi les insulaires, mais les deux localités étaient trop voisines pour qu'il ne vînt pas aux gens friands de combats, l'idée de faire décider lequel des deux champions était supérieur à l'autre.
Comment s'y prit-on, je l'ignore, mais la rencontre fut décidée. Elle devait avoir lieu à Beauharnois, dans la cour d'une spacieuse hôtellerie, tenue par Charles Rapin. Beauharnois, à cette époque, était un centre remarquablement affairé, surtout à cause de son volumineux commerce de blé, et la plupart des grands édifices en pierre qui frappent de nos jours les regards des touristes étaient alors des magasins ou des entrepôts très achalandés.
La nouvelle de la fameuse bataille avait été répandue nrhi et orhi, et grande était l'assistance, lorsque les champions furent en présence.
Poitevin avait alors près de 50 ans, et Deschamps dépassait la quarantaine. Le premier était plus lourd, le second plus agile. Tous deux possédaient une superbe structure. Poitevin espérait triompher par son poin^, tandis que Deschamps comptait sur son pied. Et afin de frapper mieux, en débarquant du canot qui l'avait transporté à Beauharnois, Deschamps s'était
tout de suite, rendu au vaste magasin de Ulysse-Janvier Robillard, pour se procurer une forte paire de bottes ferrées, comme en portaient les "voyageurs". Les champions venaient de se donner la main et de se regarder dans les yeux lorsqu'il se produisit un événement: le shérif Hunault arriva mopinément,
accompagné d'un nommé Leduc, oncle ou beau-frère de Deschamps, et le combat des deux Alcides fut empêché. Bien des racontars existent sur cette rencontre. Les citoyens de Beauharnois ont leur version, ceux de l'Ile Perrot aussi. Après avoir interrogé plusieurs témoins oculaires, je crois que le résultat de cette joute aurait été la mort certaine d'un des combattants, et ceux-ci durent, dans leur for intérieur, être presque satisfaits qu'elle n'eut pas lieu, sans que leur honneur en souffrît.
Quoi qu'il en soit, ce combat qui aurait pu être sanglant et tragique, se termina comme la plupart des duels d'aujourd'hui: adversaires et amis pénétrèrent dans l'hôtel Rapin et tout le monde fraternisa en vidant 'quelques ''coupes" de rhum. Au cours de la discussion amicale qui suivit. Deschamps, à l'instar de Montferrand, donna une preuve de sa souplesse en imprimant fortement son talon dans un plafond élevé de dix pieds au-dessus du plancher, et c'est le dernier exploit que l'on rapporte sur ce compatriote herculéen, bien qu'il ait vécu encore longtemps.
Sur ses vieux jours, il alla demeurer quelque part dans le Haut-Canada, et il y est mort paisiblement.
E.-Z. MASSICOTTE.
SA jeunesse:
Le dix octobre 1863, najssait, à Saint-Cyprien de Napierville, un enfant dont les exploits musculaires devaient attirer l'attention du monde entier. Cet enfant avait nom Louis Cyr (Cyprien-Noé), et il était fils d'humbles cultivateurs. Son père était d'une force bien ordinaire, mais sa mère possédait une robustesse peu commune, même chez un représentant du sexe mascuHn.
Cyr grandit dans la région que Grenache avait le plus fréquentée et 011 ses moindres exploits étaient journellement cités ainsi que ceux des nombreux hercules des environs de Saint-Hyacinthe. Frappé de ces propos, et hanté de l'idée qu'il avait hérité des qualités physiques de sa mère, il commença, dès son enfance, à rêver gloire et fortune, et à s'habituer à manier des poids lourds. Il avait une douzaine d'années au plus lorsqu'il se fabriqua une sorte d'haltère avec une barre
de fer et deux bûches de bois. Tous les jours il s'exerçait avec cet agrès primitif, et lorsqu'il s'apercevait qu'il le soulevait facilement, il enfonçait des clous et
des fiches dans les bûches pour alourdir celles-ci. Sa force surhumaine est donc autant le résultat d'un entraînement tenace et patient que l'effet de l'hérédité.
Cyr avait quinze ans quand sa famille émigra aux Etats-Unis, vers 1877, et ce déplacement servit beaucoup son ambition comme on va voir. Il passait, un jour, dans une rue de Lowell, Mass., lorsqu'il vit une foule occupée à regarder des forts-à-bras qui tâchaient de soulever une grosse pièce de bois. Quelqu'un avait parié que personne ne pouvait mettre cette bille sur son épaule et parcourir ensuite une distance de vingt-cinq pieds. Plusieurs essayaient sans réussir. Cyr se présenta et, au grand ébahissement du public, qui n'en pouvait croire ses yeux, il accomplit le tour de force du premier coup. C'était un beau succès pour un adolescent de seize ans, aussi les sportsmen présents renî:;agèrent à fréquenter le gymnase de Lowell.
Peu après, il donna une performance dans un bazar au profit d'une œuvre de charité et les journaux vantèrent beaucoup ces premiers essais.
Cyr se maria à dix-neuf ans et commença presqu'aussitôt à s'exhiber dans les centres canadiensfrançais des Etats-Unis. Vers 1883, il entreprit une tournée dans la province du Nouveau-Brunswick, qui eut quelque retentissement, surtout par l'aventure suivante. A Moncton, petite ville industrielle située à la tête de la navigation sur la rivière Petitcodiac, il reçut de la part du capitaine Beers, un défi qui intéressa toute la population. Le marin, un géant de six pieds et demi, réellement fort, s'était fait une spécialité d'enlever
sur ses épaules, une ancre de navire pesant 700 livres et il paria $50 que le jeune Cyr était incapable de faire ce tour de force. Notre compatriote accepta le pari avec empressement, et au jour convenu, sur le pont du navire mouillé devant la ville, en présence des centaines de spectateurs accourus de partout, Cyr souleva Tancre tel que spécifié, puis il invita en plus, l'énorme capitaine à monter sur ses épaules et portant l'ancre et le marin, il fit le tour du pont. Cette prouesse provoqua beaucoup d'enthousiasme, et Beers proclama partout que Cyr était un phénomène.
C'est à l'issue de cette tournée que Gus. Lambert invita Cyr à venir demeurer à Montréal. Ensemble, ils se produisirent dans les milieux sportifs, puis, le 17 mars 1885, un match était arrangé, à Québec, avec David Michaud pour le championnat de force d'Amérique. Les exercices imposés furent les suivants : dévisser un haltère d'une main ; jeter une barre à sphère des deux bras et enlever un fardeau sur les épaules. Cyr fut vainqueur par 300 livres.
Un mois après son retour dans la métropole, Cyr obtint un engagement dans le corps de police de Sainte- Cunégonde qu'on venait justement de réorganiser. Faute d'une direction énergique, et d'agents de police compétents, Sainte-Cunégonde, municipalité alors indépendante de Montréal, était impuissante à réprimer les désordres qui se commettaient chaque jour dans
ses limites. L'endroit avait même acquis une triste réputation et les paisibles citoyens voulaient tenter l'impossible pour faire cesser cet état de chose, si préjudiciable à leurs intérêts.
M. Joseph Page avait été nommé chef, et Louis Cyr fut enrôlé. Ses camarades étaient David Young, surnommé l'homme à la mâchoire de fer, Charles I-'roulx, Joseph Beausoleil et Nelson Vermette.
Jamais je n'oublierai le spectacle qu'offrirent les rues de Sainte-Cunégonde lorsque Louis Cyr fit ses premières rondes dans la petite ville. On avait éveillé la curiosité des citoyens en racontant des faits étonnants sur ce policier, et chacun avait hâte de contempler l'athlète sans pareil qui devait ramener la tranquillité dans la banlieue tapageuse.
Cyr n'avait que 22 ans. Sa jeunesse jointe à un air de mansuétude qu'accentuaient des yeux bleus, et une ronde figure resplendissante de santé, ne lui donnaient pas une apparence bien terrible, mais il se singularisait par une belle taille, un poids de 240 livres et une longue chevelure blonde, flottant sur ses massives épaules. Très tôt, il donna des preuves de sa superbe puissance musculaire.
Un jour, rue Notre-Dame, entre les rues Vinet et Dominion, un tombereau lourdement chargé vint en collision avec une autre voiture. Une roue du tombe-
7(y IvOUIS CYR
reau quitta l'essieu et le pesant véhicule s'écrasa. Rien n'était brisé, mais pour remettre l'essieu en place, il fallait décharger le tombereau, et la perspective de celte longue besogne enrageait le charretier. Quelle tempête d'injures ! Quel vacarme ! Toutes les expressions pittoresques du vocabulaire défilaient pour l'amusement des badauds. Voyant un rassemblement, le policeman Cyr s'approcha. Mis au courant de l'incident, il voulut raccommoder les choses. Il ordonna au charretier malheureux de relever sa roue et de la mettre en position, puis saisissant le côté du véhicule c[ui touchait au sol, il le souleva à la hauteur du moyeu. Tout fut réparé en un clin-d'œil.
Parfois il n'appelait pas la voiture de patrouille pour transporter ses prisonniers. Il les cueillait sous ses bras et les portait au poste, comme des, paquets de chiffon, deux à la fois.
Il avait rassemblé au poste ses poids et ses haltères, et chaque jour il travaillait. Son haltère de deux cents livres qu'il enlevait d'une main excitait beaucoup la curiosité, et nombre de gens venaient assister à ses exercices. Une fois, un spectateur lui demanda s'il tirait bien au poignet. Cyr lui répondit qu'il n'avait jamais essayé. Le spectateur lui proposa alors un pari. Cyr accepta et triompha aisément, mais son adversaire plein de prétentions, ne voulut pas s'avouer vaincu et
il insulta gravement le formidable athlète. Irrité, Cyr empoigna le grossier personnage et le lança dans la caserne des pompes à incendie, avec une telle force que les assistants redoutèrent un malheur. On trouva l'individu engagé sous un dévidoir d'où on eut mille peine à le sortir. L'affaire n'eut pas de suites, mais Cyr fut admonesté et prié de ne plus se faire justice lui-même.
Depuis son entrée dans la police, les rovighs de Sainte-Cunégonde s'étaient tenus cois, mais ils guettaient une occasion de se débarrasser de ce gêneur. Le 23 septembre 1885, Cyr, Young, Proulx et Vermette revenaient au poste, vers midi, quand, soudain, on les couvrit d'une grêle de pierres. Cyr et Proulx foncèrent sur les assaillants, mais ils furent blessés tous deux. Le premier reçut une pierre à la tempe gauche et le second fut mis hors de combat d'un coup de haclie au front. Cyr réussit toutefois à capturer le chef de la bande et deux autres furent arrêtés, quelques heures plus tard, par les agents de police de Saint-Henri. Ces trois redoutables garnements furent condamnés à sept ans de pénitencier.
Un mois après, Cyr passait rue Bonaventure, aujourd'hui Saint- Jacques, tout à coup une hache lancée on ne sait d'où ni par qui, l'effleura presque et s'enfonça devant lui dans le trottoir. Jugeant qu'il était inutile de rester plus longtemps parmi des gens qui attentaient à sa vie lâchement, il retourna au poste.
enleva son costume et offrit sa démission, laquelle fut acceptée le lo novembre 1885.
Lors de son départ les citoyens lui présentèrent une médaille d'or.
i,e:s records m inouïs cyr
Quelques mois après avoir abandonné Tuniforme de gardien de la paix, Cyr voulut imiter Gus. Lambert et devenir propriétaire d'une hôtellerie sportive. Comme il n'en existait pas à l'ouest de Montréal, il décida de s'installer dans Sainte-Cunégonde, théâtre de ses récentes aventures.
Deux années durant, on put le voir courtiser la fortune au moyen d'un cabaret et d'un gymnase qui eurent une grande vogue de curiosité, mais Cyr se fatigua de ce genre de vie! Il n'était pas dans son élément derrière un comptoir de bar, et puis il comprit qu'il ne réaliserait pas ainsi les grandes ambitions qu'il avait formées depuis longtemps. Il céda donc son hôtellerie et commença une série de tournées qui le menèrent rapidement à la plus grande notoriété et lui valurent, avec tous les lauriers qu'un athlète puisse rêver, une très belle aisance.
Je ne le suivrai pas dans ses voyages; je me contenterai de noter, seulement, la longue suite d'exploits
prodigieux et sans exemple qu'il accomplit dans cette période glorieuse de son existence.
En 1888, le premier octobre, au cours d'une exhibition, à Berthierville, P. Q., notre compatriote établit son premier record en soulevant une plate- forme chargée de 3,536 livres de fer en gueuse. Pour exécuter ce genre d'exercice, dans lequel il a toujours excellé par plusieurs centaines de livres sur tous ses concurrents. Cyr se plaçait simplement sous la plateforme dans une attitude penchée, les mains appuyées sur un tabouret. Il n'a jamais employé d'autres accessoires.
Cette même année, lors de son passage à Troy et à Cohoes, N.-P., les Canadiens-Français de ces villes lui présentèrent une médaille.
Le 2 novembre 1889, à Saint-Henri de Montréal, il épaula d'une main, à droite, en plusieurs temps, 265 livres et poussa cette énorme poids perpendiculairement au-dessus de sa tête.
Avant cet exploit, la société Saint-Jean-Baptiste lui avait présenté une superbe ceinture.
Le 21 novembre 1890, à Montréal, il jette à bout de bras, au-dessus de sa tête, un haltère de 109 livres, vingt-sept fois consécutivement.
Le 5 décembre suivant, à New- York, il soulève d'un doigt, un poids de 490 livres.
Le 28 juin 1891, à Montréal, il appuie un baril de
ciment pesant 314 livres contre son genou et le charge sur son épaule droite d'un bras.
Le 20 septembre, même année, au Parc Sohmer de Montréal, il résiste contre quatre chevaux pesant 1,000 livres chacun et tirant sur lui en sens inverse, deux à gauche et deux à droite.
C'est à la fin de cette année que Richard K. Fox, le sportsman millionnaire et l'éditeur fameux de la Police Galette, prit Louis Cyr sous sa direction et oiïrit une bourse de $1,000 et plus à quiconque pourrait lever les même poids que son favori. Ne trouvant personne pour faire un match en Amérique, Fox et Cyr traversèrent l'Atlantique. D'immenses affiches annoncèrent l'arrivée de l'athlète canadien-français dans la capitale de l'empire britannique et du monde sportif.
Un grand nombre de célébrités athlétiques se trouvaient à Londres dans le moment. Pour prouver sa supériorité sans conteste immédiatement, Cyr offrit d'établir, le même soir, sept records nouveaux. Cet événement eut un succès colossal. Aussi, le 19 janvier 1892, l'Aquarium Hall de Londres était-elle bondée de spectateurs. Quinze mille personnes avaient trouvé place dans l'immense salle pour être témoins d'un fait qui ne s'était jamais vu et qui ne se verra peut-être plus.
Afin de donner toute la garantie possible, un jury d'hommes forts fut chargé de peser les poids en pré-
sence des représentants des clubs athlétiques de Londres, et notre compatriote commença son étonnante performance.
I: — Haltère de 27354 livres, épaulé de la main droite, avec arrêt sur la cuisse, puis dévissé.
2 — Barre de 301 livres, enlevée de terre à deux mains, épaulée d'un seul mouvement, correctement, et jetée au-dessus de la tête.
3 — A la volée d'une main, à droite, puis à gauche, 174 livres.
4 — Haltère de 104^^ livres tenu à bras tendu, puis ramené à l'épaule.
5 — Baril de ciment pesant 314 livres, chargé sur l'épaule d'une main, sans l'aide des genoux.
6 — Poids de 551 livres soulevé par un doigt.
7 — Plate-forme chargée de 3655 livres, soulevée avec le dos.
La réussite de tous ces exercices provoqua un enthousiasme délirant et à l'issue de la performance les spectateurs firent à l'hercule une ovation qu'il ne peut se rappeler sans émotion. 'Notre compatriote séjourna vingt semaines à Londres. Chaque soir, M. Fox offrait sa bourse de $1,000 à qui pourrait faire mieux que Cyr, et $100 à celui qui pourrait soulever d'une main l'haltère que Cyr dévissait à chaque représentation.
Pour ces représentations, Cyr se servait d'un haltère de 250 livres seulement, mais la tige avait 1% pouce de diamètre, soit environ ^% pouces de circonférence. Or, il parait, que pour ceux qui ne sont pas habitués à saisir une tige de ce diamètre, cela équivalait presque à soulever 800 livres. Dans toute la carrière de Cyr, un seul homme a pu gagner la récompense offerte et cet homme est un Canadien- Français nommé Thérien. Il demeurait alors dans l'Etat du Michigan et avait la réputation d'être le champion de cette partie du pays.
A Londres, Cyr fut bientôt en relation avec tous les sportsmen les plus distingués. On l'admirait non seulement pour sa force exceptionnelle, mais encore parce qu'il était un causeur agréable, maniant l'anglais aussi facilement que le français. Si mes renseignements sont exacts, Cyr parut successivement à l'Alhambra, sous le patronage du Prince de Galles, au Westminster Royal Aquarium, au Tivoli, au South London Crystal Palace et au Trocadero. Après Londres, où il séjourna cinq mois, il parut dans la plupart des villes d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande; il poussa même une pointe jusqu'en Allemagne. Son grand regret, c'est de n'avoir pu se faire connaître en France, mais son impressa rio n'avait pas compris la patrie de nos aïeux dans son itinéraire et il ne voulut pas revenir sur sa décision. Cyr resta vingt-trois mois, outre-Atlantique.
De retour en Amérique, en 1894, le roi des hommes forts fit une tournée triomphale au Canada et aux Etats-Unis. A Toronto, il reçut une magnifique canne ; à Montréal, les citoyens lui offrirent une médaille évaluée à $400; bref, il ne compta plus les trophées et les souvenirs qui lui furent présentés.
Mais Cyr n'avait pas fini d'établir des records. Le 27 mai 1895, à Boston, il enleva avec son dos une plafe-forme sur laquelle se tenaient 18 hommes corpulents dont le poids total s'élevait à 4,300 livres.
Le 7 mai 1896, à Chicago, dans la salle Saint-Louis, en présence de mille spectateurs, Louis Cyr s'adjugea une autre série de records dont l'authenticité est soutenue par une déclaration faite devant le notaire L. Lévy, par MM. les abbés Bourassa et Ouimet, MM. les docteurs F. A. Magny et L. J. Demers, MM. W. Marchessault et John Murphy. Voici ces records :
I — La volée à droite et à gauche, 188^ livres.
2 — Dévissé à gauche, épaulement d'une main, 158^ livres.
3 — Bras tendu à droite, 131^. L'haltère fut maintenu S secondes puis ramené lentement à l'épaule.
4 — Bras tendu double (dit croix de fer), gy% livres à droite et 88 livres à gauche.
5 — Jeté à droite, 36 fois successivement, 162^ livres.
6 — Soulevé d'un doigt, 552^^ livres.