‹ Scènes de moeurs électoralesChapitre 16 sur 19 · I^S RECORDS DE U)UIS CYR · texte numérisé non relu

I^S RECORDS DE U)UIS CYR

Quelques mois après avoir abandonné l'uniforme de gardien de la paix, Cyr voulut imiter Gus. Lambert et devenir propriétaire d'une hôtellerie sportive. Comme il n'en existait pas à l'ouest de Montréal, il décida de s'installer dans Sainte-Cunégonde, théâtre de ses récentes aventures.

Deux années durant, on put le voir courtiser la fortune au moyen d'un cabaret et d'un gymnase qui eurent une grande vogue de curiosité, mais Cyr se fatigua de ce genre de vie ! Il n'était pas dans son élément derrière un comptoir de bar, et puis il comprit qu'il ne réaliserait pas ainsi, les grandes ambitions qu'il avait formées depuis longtemps. Il céda donc son hôtellerie et commença une série de tournées qui le menèrent rapidement à la plus grande notoriété et lui valurent, avec tous les lauriers qu'un athlète puisse rêver, une très belle aisance.

Je ne le suivrai pas dans ses voyages; je me contenterai de noter, seulement, la longue suite d'exploits

prodigieux et sans exemple qu'il accomplit dans cette période glorieuse de son existence.

En 1888, le premier octobre, au cours d'une exhibition, à Berthierville, P. Q., notre compatriote établit son premier record en soulevant une plate- forme chargée de 3,536 livres de fer en gueuse. Pour exécuter ce genre d'exercice, dans lequel il a toujours excellé par plusieurs centaines de livres sur tous ses concurrents. Cyr se plaçait simplement sous la plateforme dans une attitude penchée, les mains appuyées sur un tabouret. Il n'a jamais employé d'autres accessoires.

Cette même année, lors de son passage à Troy et à Cohoes, N.-P., les Canadiens-Français de ces villes lui présentèrent une médaille.

Le 2 novembre 1889, à Saint-Henri de Montréal, il épaula d'une main, à droite, en plusieurs temps, 265 livres et poussa cette énorme poids perpendiculairement au-dessus de sa tête.

Avant cet exploit, la société Saint-Jean-Baptiste lui avait présenté une superbe ceinture.

Le 21 novembre 1890, à Montréal, il jette à bout de bras, au-dessus de sa tête, un haltère de 109 livres, vingt-sept fois consécutivement.

Le 5 décembre suivant, à New-York, il soulève d'un doigt, un poids de 490 livres.

Le 28 juin 1891, à Montréal, il appuie un baril de

ciment pesant 314 livres contre son genou et le charge sur son épaule droite d'un bras.

Le 20 septembre, même année, au Parc Sohmer de Montréal, il résiste contre .quatre chevaux pesant 1,000 livres chacun et tirant sur lui en sens inverse, deux à gauche et deux à droite.

C'est à la fin de cette année que Richard K. Fox, le sportsman millionnaire et l'éditeur fameux de la Police Gazette, prit Louis Cyr sous sa direction et offrit une bourse de $1,000 et plus à quiconque pourrait lever les même poids que son favori. Ne trouvant personne pour faire un match en Amérique, Fox et Cyr traversèrent l'Atlantique. D'immenses affiches annoncèrent l'arrivée de l'athlète canadien-français dans la capitale de l'empire britannique et du monde sportif.

Un grand nombre de célébrités athlétiques se trouvaient à Londres dans le moment. Pour prouver sa supériorité sans conteste immédiatement, Cyr offrit d'établir, le même soir, sept records nouveaux. Cet événement eut un succès colossal. Aussi, le 19 janvier 1892, l'Aquarium Hall de Londres était-elle bondée de spectateurs. Quinze mille personnes avaient trouvé place dans l'immense salle pour être témoins d'un fait qui ne s'était jamais vu et qui ne se verra peut-être plus.

Afin de donner toute la garantie possible, un jury d'hommes forts fut chargé de peser les poids en pré-

sence des représentants des clubs athlétiques de Londres, et notre compatriote commença son étonnante performance.

i — Haltère de 273*4 livres, épaulé de la main droite, avec arrêt sur la cuisse, puis dévissé.

2 — Barre de 301 livres, enlevée de terre à deux mains, épaulée d'un seul mouvement, correctement, et jetée au-dessus de la tête.

3 — A la volée d'une main, à droite, puis à gauche, 174 livres.

4 — Haltère de 104^ livres tenu à bras tendu, puis ramené à l'épaule.

5 — Baril de ciment pesant 314 livres, chargé sur l'épaule d'une main, sans l'aide des genoux.

6 — Poids de 551 livres soulevé par un doigt.

7 — Plate-forme chargée de 3655 livres, soulevée avec le dos.

La réussite de tous ces exercices provoqua un enthousiasme délirant et à l'issue de la performance les spectateurs firent à l'hercule une ovation qu'il ne peut se rappeler sans émotion. Notre compatriote séjourna vingt semaines à Londres. Chaque soir, M. Fox offrait sa bourse de $1,000 à qui pourrait faire mieux que Cvr, et $100 à celui qui pourrait soulever d'une main l'haltère que Cyr dévissait à chaque représentation.

Pour ces représentations, Cyr se servait d'un haltère de 250 livres seulement, mais la tige avait 1% pouce de diamètre, soit environ 5^4 pouces de circonférence. Or, il paraît, que pour ceux qui ne sont pas habitués à saisir une tige de ce diamètre, cela équivalait presque à soulever 800 livres. Dans toute la carrière de Cyr, un seul homme a pu gagner la récompense offerte et cet homme est un Canadien- Français nommé Thérien. Il demeurait alors dans l'Etat du Michigan et avait la réputation d'être le champion de cette partie du pays.

A Londres, Cyr fut bientôt en relation avec tous les sportsmen les plus distingués. On l'admirait non seulement pour sa force exceptionnelle, mais encore parce qu'il était un causeur agréable, maniant l'anglais aussi facilement que le français. Si mes renseignements sont exacts, Cyr parut successivement à l'Alhambra, sous le patronage du Prince de Galles, au Westminster Royal Aquarium, au Tivoli, au South London Crystal Palace et au Trocadero. Après Londres, où il séjourna cinq mois, il parut dans la plupart des villes d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande; il poussa même une pointe jusqu'en Allemagne. Son grand regret, c'est de n'avoir pu se faire connaître en France, mais son impressa rio n'avait pas compris la patrie de nos aïeux dans son itinéraire et il ne voulut pas revenir sur sa décision. Cyr resta vingt-trois mois, outre-Atlantique.

De retour en Amérique, en 1894, le roi des hommes forts fit une tournée triomphale au Canada et aux Etats-Unis. A Toronto, il reçut une magnifique canne ; à Montréal, les citoyens lui offrirent une médaille évaluée à $400; bref, il ne compta plus les trophées et les souvenirs qui lui furent présentés.

Mais Cyr n'avait pas fini d'établir des records. Le 27 mai 1895, à Boston, il enleva avec son dos une plate- forme sur laquelle se tenaient 18 hommes corpulents dont le poids total s'élevait à 4,300 livres.

Le 7 mai 1896, à Chicago, dans la salle Saint-Louis, en présence de mille spectateurs, Louis Cyr s'adjugea une autre série de records dont l'authenticité est soutenue par une déclaration faite devant le notaire L. Lévy, par MM. les abbés Bourassa et Ouimet, MM. les docteurs F. A. Magny et L. J. Deniers, MM. W. Marchessault et John Murphy. Voici ces records :

1 — La volée à droite et à gauche, 188^2 livres.

2 — Dévissé à gauche, épaulement d'une main, 158^2 livres.

3 — Bras tendu à droite, 131%. L'haltère fut maintenu 5 secondes puis ramené lentement à l'épaule.

4 — Bras tendu double (dit. croix de fer), 97*4 livres à droite et 88 livres à gauche.

5 — Jeté à droite, 36 fois successivement, 162^ livres.

6 — Soulevé d'un doigt, 552^ livres.

/--Soulevé des deux bras, 1897 J4 livres. (1)

8 — Soulevé d'une main, 987 livres.

9 — Baril de sable et eau, de 433 livres, chargé sur l'épaule du bras droit, sans l'aide des genoux.

10. — Résister pendant 55 secondes contre quatre chevaux pesant 1200 livres chacun.

11 — Jeté à deux bras, 347 livres.

Quelques-uns de ces records ont été mis en doute par des professionnels, cependant, comme tous ceux que nous avons cités, il ont été reproduits dans le Clipper A 11 11 ual de 1897 et ils n'ont jamais été attaqués publiquement.

Vers 1897, on publia, aux Etats-Unis, qu'un nommé Patrick McCarthy de Saint-Louis, Mo., venait de s'adjuger deux records stupéfiants. Cet hercule inconnu avait, disait-on, enlevé avec son dos, 6,370 livres; ensuite après s'être mis un fardeau de 2,700 livres sur les épaules, il avait monté un escalier de huit marches. Ces performances dépassaient tellement les bornes de la vraisemblance que Cyr s'en émut et voulut démontrer leur fausseté immédiatement. Il se rendit à Saint-Louis, bien résolu à provoquer le recordman américain, mais après plusieurs jours de re-

I I 1 Le record <1»' J. \Y. Keunery, champion de la PoUct Gazette, était de 1200 livres.

cherches, Cyr revint bredouille, personne n'ayant pu lui fournir le plus mince renseignement sur le leveur de poids fantastique qui n'a existé — tous les athlètes s'accordent à le dire — que dans l'imagination de quelque farceur yankee.

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