IIS DU AMIS DU MARIAGE
neveu qu’il aimait beaucoup, mais ce fut en vain. William lui promit de revenir et se disposa à partir.
La veille de son départ, il se rcndit'au Colysée, qui était sa promenade favorite. 11 voulait faire ses adieux à ce refuge solitaire et mélancolique, où tant de fois il s’était égaré avec ses rêveries, où tant de fois il avait évoqué l’ineffable apparition que la réalité devait bientôt lui offrir. Appuyé contre un fût de colonne, il se prit à songer à ses travaux, à son avenir, à Mary surtout ; mais je ne sais quel doute, je ne sais quel découragement s’empara de son esprit : ses travaux lui parurent sans portée, son avenir incertain, Mary oublieuse, inconstante. Une profonde tristesse se répandit sur son cœur. Comme il était plongé en de navrantes pensées, il entendit deux voix s’élever dans le silence du Colysée, à l’opposite de la colonne contre laquelle il était accoudé. Eu se penchant, il aperçut deux jeunes gens assis au pied d’une autre colonne. Ils parlaient haut, William distinguait ce qu’ils disaient, et il allait discrètement s’éloigner, lorsqu’un mot, un seul mot le cloua sur place.
— Elle se nomme Mary Stevenson, disait l’un des jeunes gens, et c’est bien la plus ravissante personne que j’aie jamais rencontrée ; belle comme une vignette de Moon, ou comme un type de Walter Scott descendu des hauteurs pittoresques pour se mêler à la vie ordinaire.
— Et lu l’as demandée en mariage?... sérieusement?... une petite maîtresse de piano!
MISS MARY
— Et la petite maîtresse de piano a refusé... sérieusement... lord Arthur Melburn.. Autrement, comme je te l’ai déjà dit, je serais maintenant mari, père de famille, et...
— Et vexé d’avoir fait une sottise, répliqua l’interlocuteur.
— Que n’ai-je pu la faire, cette sottise ! Je suis las de mener une existence sans but et sans partage, de végéter dans le luxe et dans la solitude de mon cœur, d’errer çà et là sans personne qui s’attache réellement à ma destinée parles liens d’une reconnaissance affectueuse ou d’un amour sincère.
— Encore pouvais-tu choisir mieux et plus haut.
— Malheureusement il n’est rien de mieux que Mary, et ses sentiments la mettent aussi haut que la plus noble des femmes. Or, comme je n’ai pas l’intention de faire un mariage d’intérêt, je pense que c’était la compagne qu’il me fallait... Oh! ne souris pas, pauvre incrédule : crois-moi, car c est apres avoir échoué que je fais cetaveu.
— Ta Mary n’esl qu’une sotte, dit en riant l’interlocuteur. On n’a jamais vu deux mille livres sterling de rente et un beau nom ainsi refusés par une petite fille sans fortune et sans avenir. Si ce n’était pour elle, ton héroïne aurait dû accepterai! moins pour sa mère, pour ses frères et caetera.
— Erî d’autres termes, repartit Arthur, elle aurait dù m’agréer comme quelque chose à exploiter au profit de sa famille, n’est-ce pas? Oh! Dieu merci, la
I FS MIAMI- S 1)1' MAIUAGE.
douce et belle enfant ignore ce genre de calcul que peut excuser seule une nécessité urgente. Elle gagne assez, d’ailleurs, avec ses jolis petits doigts pour se passer d’une pareille spéculation. Outre sa loyauté naturelle, cette jeune personne me semble avoir unpréservatif puissant contre toute tentation peu louable : elle aime...
— Ah! peste! quel est l’ivanohé quia si bien captivé cette Rebecca ?
— Cet Ivanhoé, m’a-t-on dit, est tout bonnement un peintre de talent et d’avenir, qui, pour le quart d’heure, doitêtre à Rome où il étudie les grands maîtres.
— Un artiste! dit l’interlocuteur avec dédain.
— Mon Dieu, oui, un artiste qui aura peut-être un jour quelque belle réputation, quand tous les deux, riches désœuvrés, nous resterons perdus imperceptibles dans la foule.
— Ta, ta, ta, te voilà donc encore avec ton admiration pour les arts, comme si c’était bon à quelque chose.
— Ils sont trop verts, comme les raisins de la fable, repartit ironiquement le jeune lord.
A ces mots, il se leva. Son interlocuteur en fit autant. Au moment où tous les deux s’éloignaient, un jeune homme se présenta subitement devanteux ; c’était William : il était ému, ses yeux roulaient des larmes. Alors, d’une voix vibrante et solennelle :
— Votre main, mylord! votre main, je vous en supplie ! dit-il à Arthur.
Arthur le regarda avec surprise, mais en même
MfSS MARY.
temps, par une impulsion magnétique, il tendit la main qu’on lui demandait.
— Merci, dit William, merci, mylord ! vous avez un grand cœur et un beau caractère!
Puis il salua les deux jeunes gens et s’éloigna rapidement, tandis qu’Arlhur, qui le suivait du regard, disait à son compagnon :
— C’est sans doute le cousin de Mary.
— Vive Dieu! quel original!
— Eh! non, c’est un heureux! repartit Arthur.
Arthur avait raison. Ce que William venait d’en- • tendre avait opéré une métamorphose subite dans son esprit : le doute et l’amertume qui l’assaillaient peu d’instants auparavant avaient fait place à la confiance et au bonheur. Tout à sesyeux était devenu rayonnant et suave : l’air lui semblait imprégné de parfums inconnus, les étoiles lui souriaient avec des regards aussi doux que ceux de Mary; il sentait s’agiter en son sein la puissance des grandes choses ; l’avenir lui apparaissait plus riche et plus glorieux qu’il ne l’avait jamais rêvé; en un mot, il n’eût pas échangé son destin éventuel contre la plus brillante position de la terre .
Le lendemain, il quitta Rome avec une joie presque frénétique. Depuis près de trois mois, il n’avait pas écrit à mistress Stevenson, qui ne l’attendait sans doute pas encore, il voulait la surprendre, suivant
l'éternelle manie d’un absent au retour. Le voyage lui parut d’une longueur irritante, bien que rien ne le pressât absolument d’arriver. Il eut beau composer dans son esprit les plus magnifiques tâbleaux du monde, colorer son existence future des bonheurs les mieux délayés, lire Dante, le Tasse, Pétrarque, forcer son âme à s’extasier sur le romantique aspect des lieux qu’il traversait, il ne put s’empêcher de remarquer à chaque instant qu’un train même express est d’une lenteur tout à fait déplorable pour les amoureux qui se rapprochent de leurs amours... 11 arriva néanmoins à Boulogne, puis à Douvres et enfin à Londres, d’où cinq ans auparavant il était parti avec une impatience beaucoup plus modérée. Tout poudreux encore et tout brisé de la fatigue d’un si long voyage, il n’eut rien de plus pressé que de courir à Lambeth Road. Sur son chemin, il n’accorda pas la moindre attention aux changements qui s’élaient opérés durant son absence, il s’en souciait peu. Ce quî lui importait, c’était de retrouver, où il l’avait laissée jadis, la petite maison vers laquelle tendaient ses vœux et ses pas précipités. Arrivé à la hauteur de Westminster Road, sur la place de l’Obelisk, son regard impatient le précéda vers l’endroit qu’habitait la famille Stevenson.
* Tout à coup William tressaille, il s’arrête, son cœur bat avec force, uu pressentiment étrange s’empare de son esprit: il vient d’apercevoir les volets du logement de mistress Stevenson, et ces volets sont rigou-
MISS MARY
reusement fermés : — ce qui est en Angleterre un signe de deuil et de mort. Pour comble d’effroi, il remarque qu’un homme entre dans la maison, portant un cercueil sur ses épaules.
William eut le vertige, un cri lui échappa : « Mary ! Mary ! est-ce Mary ! » Alors, recueillant toute son énergie par un effort de sa volonté, il franchit en un clin d’œil la distance qui le séparait de la maison mortuaire, monta quatre étages comme un spectre, sans parler à personne, et arriva devant la porte du logement de sa famille ; celte porte était entr’ouverte, il traversa la première pièce déserte, entra dans la seconde, et s’arrêta tout frémissant, car il vit sa tante qui pleurait en silence au chevet du lit où la tête de Mary reposait immobile et blême sur l’oreiller.
William poussa un cri et tomba évanoui.
Quand il reprit ses sens, il était assis dans la première pièce et dans le fauteuil de sa tante ; mistress Stevenson lui donnait ses soins, il la regards et la reconnut à peine, tant elle était vieillie et changée : on eût dit le génie de la douleur penché sur un mourant. Bientôt William revint au souvenir de la cause de son évanouissement, les larmes ruisselèrent à flols de ses yeux.
— Remels-toi, mon enfant, lui dit mistress Stevenson avec un accent de souffrance indicible. 11 y a encore de l’espoir.
William ouvrit de grands yeux et regarda sa tanle avec stupéfaction ; puis sa tête retomba sur sa poitrine.
286 I.ES DRAMES Ol ! MARIAGE.
— O pauvre Mary ! murmura-t-il en sanglollant.
— Oui, pauvre Mary ! répondit mistress Stevenson d’une voix morne ; elle est bien malade, va !
— Malade! malade! s’écria-t-il d’un air égaré... Oh ! c’est morte que vous voulez dire ! n’ai-je pas vu vos volets fermés et le cercueil qu’on apportait.
— Oh ! grâce à Dieu ! nos volets ne sont à peu près fermés que pour nous donner un peu d’ombre et de repos. Et ce n’est point pour Mary, reprit-elle en fri— sonnant, qu’on apportait un cercueil. C’est pour une autre jeune fille qui vient de mourir dans la maison. Mais Mary !... Mary est là, vivante, dans son lit !...
— Vivante? dit William en se dressant convulsivement. Vous dites qu’elle est vivante ? alors mon Irez la moi, ma tante ! je veux la voir !
Et déjà il s’élançait vers la pièce voisine, lorsque mistress Stevenson le retint d’un air impérieux.
— Et moi je le défends d’entrer ! dit-elle, je te le défends ! Ma fille est bien mal, je te l’ai déjà dit ; la moindre émotion pourrait lui être funeste. Sa faiblesse la tient assoupie, il faut la laisser reposer.
A ces mots, elle prit William par la main et le força de se rasseoir. Celui-ci enveloppa sa tante d’un regard inquisiteur et profond, puis il lui dit d’une voix pleine de douceur et de caresse :
— Oh ! vous ne cherchez point à me tromper, n’est-ce pas? Mary dort?... elle dort et se réveillera? La meilleure et la plus belle créature du bon Dieu vit tou jours pour notre bonheur à tous ? Oh ! je vous
MISS MARY
vous crois, matante ! Ce maudit cercueil j’élaisTou !... Mais maintenant, je suis calme, je suis raisonnable ; et certainement je pourrais me glisser doucement, • tout doucement pour voir Mary. Elle est assoupie et ne se douterait pas de ma présence... une seconde suffirait pour la voir... pour la sentir respirer... puis je me retirerais sans bruit, en un clin d’œil...
O ma tante ! laissez-moi entrer dans la chambre de Mary.
— Impossible, mon cher William, tu es encore trop ému, répondit mistress Stevenson, et je craindrais...
— .Ne craignez rien, interrompit-il, je serai comme une ombre, muet et invisible.
— Bon William ! fit alors une voix qui parlait de la pièce voisine et qui était si faible, si faible qu’on l’entendait à peine.
— Avez-vous entendu, ma tante? fit William en sautant au cou de mistress Stevenson, c’est la voix de Mary; elle vient de m’appeler. Mary veut me voir; elle veut me parler, elle existe ; oh ! j’en suis sûr maintenant ! Vile, allons à elle, ma tante ; toute ma vio pour sauver la sienne !
Au moment où mistress Stevenson, suivie de William, allait passer dans la chambre de Mary, le médecin entra. Tous les trois se rendirent auprès de la malade : elle était éveillée ; une extrême pâleur était la seule empreinte que la maladie eût laissée sur son visage. Elle ne paraissait pas amaigrie ; ses yeux bleus
gardaient encore leur éclat céleste ; elle avait toute la beauté d’une morte animée du dernier reflet de l’âme. Lorsqu’elle vit William, elle lui tendit une main plus blanche que l’albâtre. William la prit silencieusement, et y posa les lèvres en pliant le genou et en dévorant ses larmes avec énergie.
Mary était atteinte d’une inflammation pulmonaire dont le caractère avait pris une extrême gravité dans une rechute déterminée par un excès d’imprudence et de précipitation : dans l’espoir de reprendre bientôt ses occupations interrompues, Mary s’était trop empressée de se croire guérie et d’agir en conséquence. Depuis celte rechute,, le docteur avait constaté chaque jour les symptômes les plus alarmants. Cette fois, il déclara à mislress Stevenson qu’une consultation était devenue nécessaire. L’imperceptible mouvement dont il accompagna celte déclaration semblait dire que Mary lui paraissait perdue. Ni mislress Stevenson, ni William ne s’en aperçurent. La journée se passa dans le silence et dans la douleur. Vers dix heures du soir, le jeune peintre approcha du lit de Mary.
— Adieu, ma cousine, dit-il en essayant de sourire ; à demain.
— A demain, murmura Mary. Demain j’aurai à vous parler, William, à vous parler de l’avenir.
— Cela est de bon augure pour le présent, repritil avec émotion.
— J’ai entendu dire le contraire, soupira la malade, mais si bas que personne n’entendit.
MISS MARY. - 289
Le lendemain , trois médecins se présentèrent. Mary avait eu une nuit mauvaise ; plusieurs fois elle était tombée dans une atonie semblable à la mort. Le matin, un hoquet sinistre l’avait saisie, et elle avait dit à sa mère qu’elle éprouvait une sensation immense et vague comme si son âme abandonnait son corps. Les médecins, après un examen minutieux, avouèrent à mistress Stevenson qu’il n’y avait plus guère d’espoir que dans la force de la jeunesse et dans quelque fait extraordinaire que la science ne pouvait prévoir. Puis, comme ils se reliraient reconduits par William, ils dirent au jeune peintre que probablement Mary rie passerait pas la nuit : ils ne s’aperçurent pas qu’ils venaient de lui broyer le cœur. ■ .
Quelques instants plus tard, Mary crut se sentir moins faible ; elle appela près d’elle William et toute sa petite famille. Mistress Stevenson, qui n’était que l’ombre d’elle-même, se plaça au chevet de sa fille. Les deux petits frères, Henri et Ferdinand, tristes et recueillis, s’agenouillèrent sur le tapis; Charlotte, pâlie par quelques veilles, se plaça sur le pied du lit, tandis que William, rongé d’inquiétude et d’amertume, se tint debout derrière les enfants. Mary promena sur tous ces visages chéris un regard brillant de sollicitude et de regret ; puis, d’une voix faible :
— Ma mère, donnez-moi la main, dit-elle, et vous,
William, approchez-vous encore, s’il est possible ; je crains de ne pouvoir me faire entendre. Bien. Écoutez-moi maintenant, et ne m’interrompez pas surtout, car vous ne pourriez me dire que des choses contraires à l’évidence. Mes paroles vous feront un peu de peine, mais elles sont nécessaires, elles sout prévoyantes, c’est là qu’est leur excuse... Je vous dirai donc d’abord que toute espérance de guérison n’est plus guère qu’une chimère, un leurre, et que bientôt sans doute je quitterai la vie .. Oh! ne me parlez pas, ma mère ; laisez-vous, William; vous me feriez perdre le fil de mes idées que j’ai bien de la peine à conserver... La pensée de la mort ne m’effraye pas, non ; mon imagination n’en fait point une image terrible ou sombre; je la vois, au contraire, pleine de repos et de douceur, belle comme une soirée mélancolique et silencieuse, comme un sommeil sans douleur et sans rêve... Je lui reproche cependant une chose, une seule, c’est d’enlever aveuglément ceux qui auraient besoin de quelque temps encore pour accomplir leur œuvre, de ravir l’ouvrier à son travail inachevé... oh ! oui, voilà ce qui est bien triste !.., mourir quand on sait qu’après soi toute une famille reste sans ressources et sans soutien ! mourir avec la crainte de la misère pour ceux qui remplissaient toute notre existence, toute notre sollicitude ! Oh ! c’est là ce qui est mal, ce qui est vraiment mal !... c’est là ce que je ne pardonne point à la mort !... et c’est pourtant là ma destinée, à moi !...
MISS MARY
Elle se lut, une larme glissa lourdement sur son visage agité. Mistress Stevenson et les enfants sanglotaient.
— Ainsi, vous m'oubliez, moi ! dit William avec un désespoir concentré. Cruelle ! vous oubliez que votre famille est la mienne, et que... ce qui est impossible, ô mon Dieu !... si vous succombiez à votre mal, il y aurait toujours quelqu’un ici pour recueillir votre héritage et pour continuer religieusement votre œuvre.
— Cher William ! murmura Mary avec un sourire indicible.
— Vous avez douté de moi, pourtant! reprit William
avec amertume. t
— Jamais, dit Mary ; mais je voulais vous entendre parler ainsi, je suis heureuse maintenant. Oui, vous seul, mon bon W'iiliam, pouvez me remplacer; et, puisque la nécessité le veut, j’accepte avec joie votre dévouement, et désormais je puis mourir tranquille, puisque vous êtes là, mon cousin.
— Toi, mourir! s’écria mistress Stevenson d’une voix entrecoupée. Toi, si bonne et si belle, et mourir! Oh! non, c’est impossible, et je défie la mort de t’enlever de mes bras ! Quel mal as-tu donc fait sur terre? Quel mal avons-nous fait nous-mêmes? Oh ! tu vivras, pauvre ange ! mon cœur me le dil ! N’estu pas notre providence et notre bonheur à tous?...
Mais je te fatigue, ma fille chérie! je t’afflige! Eli bien, je vais me taire et je ne pleurerai plus ! tiens, vois, je
292 les drames du MARIAGE.
sèche mes larmes, je parle bas, je me tais ! je t’embrasse !.. . Oh ! prends donc un peu de ma vie dans un baiser pour ajouter à la tienne, ô mon enfant chérie !
Mistress Stevenson suffoquait. Mary avec effort attira sur sa poitrine le visage de sa mère.
— Un peu de résignation, ma mère, dit-elle avec des larmes dans la voix. Pourquoi vous désoler'ainsi ? Ne serez-vous pas toujours une mère heureuse ? ne vous restera-t-il pas encore trois enfants aussi bons qu’ils sont beaux ? Vous aurez encore William pour vous aimer, pour vous consoler, et mon âme, invisible et constante, habitera sans cesse avec vous pour vous porter bonheur.
— Oh ! oui, dit le jeune peintre avec une exaltation mal contenue, je crois au bonheur sous votre influence, Mary ; mais ce n’est pas votre âme séule qui habitera avec nous, c’est vous tout entière ! vous sauvée ! vous vivante ! vous plus belle et plus forte que jamais ! vous prête à partager avec votre ami d’enfance la mission que vous remplissiez si bien !
— Je vous cède cette mission parce que je m’en vais de ce monde ; vivante, je ne la partagerais avec personne. Ne pouvant la continuer, il faut bien que je vous la confie, William. Puissiez- vous ne jamais trouver cette lâche un. peu rude !
— Fût-elle mille fois plus rude, je la trouverais douce et légère... avec vous surtout, Mary ! dit-il.
— A quoi bon vouloir s’illusionner, William? Tec nez, donnez-moi votre main, que je la presse!...
MISS MAItY. 293
Bien !... Henri . . . Ferdinand . . . Charlotte, venez m’embrasser... chers enfants!... Et toi, ma mère!... ma mère !... ma pauvre mère !...
— Et maintenant, mes amis... priez pour moi!
reprit Mary avec épuisement.
Puis elle ferma les yeux. '
En ce moment deux personnes entraient dans la première pièce.