‹ Scènes dramatiques du mariageChapitre 8 sur 23 · I.E ROMAN DF. MADELEINE. 1 fil · texte numérisé non relu

I.E ROMAN DF. MADELEINE. 1 fil

reconnut, se leva avec vivacité, et, prenant à la main son mouchoir blanc, elle l’agita dans l’air. Cyprien vit le signal, reconnut la jeune fille, et fouetta son cheval, lequel se lança au grand galop, mais pas encore assez vile au gré de son impatience amoureuse. Il redoubla les coups ; maiscetle violenee rendit l’animal furieux; il se cabra, fit un bond de côté, et jeta Cyprien sur un tas de cailloux. Agathe poussa un cri déchirant, courut au malheureux et le trouva immobile, le front fendu... 11 expirait... Le médecin, reprit la vielle Bretonne en soupirant, prétend qu’Agathe a eu depuis ce jour une hypertrophie du cœur. Toujours est-il qu’elle a langui [tendant de longues années, douce, résignée, cachant ce qu'elle souffrait. Vingt ans, elle a vécu dans cette maison-ci avec des livres, dont quelques-uns lui avaient été donnés par Cyprien. Elle en achetait souvent et lisait tous les jours : c’était son plus grand bonheur, disait-elle. Notre médecin la regardait comme un grand esprit, notre curé comme une sainte, et les pauvres gens l’appelaient leur amie, leur mère. Aussi a-t-elle été regrettée efpleurée de tout le monde. 11 n’est personne ici qui ne vous dirait que c’était un ange sur la terre comme c’est maintenant un ange dans le ciel.

« En écoutant cette simple et touchante histoire, je sentais me venir les larmes aux yeux, mon cœur s’emplissait d’admiration.

— Noble Agathe ! murmurai-je, tu es restée fidèle

à ton amour, et tu t’es créé dans la solitude de graves consolations. Ah! pourquoi n’ai-je pas eu ton courage? Je ne lutterais pas aujourd’hui contre une destinée fatale, et, comme toi, je goûterais le repos dans une studieuse retraite. Ilélas ! la maison qui abrita ta sainte douleur et ta noble résignation va servir un instant de refuge à mes tourments et à mes ennuis ; mais, sois tranquille, chère ombre, je ne la profanerai pas longtemps.

« Nous fûmes bientôt installés. Une semaine s’écoula, triste semaine qui fut comme le sombre présage d’un sombre avenir. Mais j’avais pris une résolution. Un matin, sans hésiter, je profitai de l’absence de M. Rhéal et d’une carriole qui se rendait à Rennes, pour m’enfuir avec mes enfants. Munie de quelques effets et d’une petite somme d’argent, je partis. Mais la chance se déclarait de plus en plus contre moi. Averti par je ne sais quelle puissance ennemie de mon repos, M. Rhéal me surprit dans ma fuite, me ramena à Saint-Coulomb. Quand nous fûmes seuls, il m’accabla d’outrages; puis il m’enferma, mourante, dans le grenier. Le refuge aimé de la courageuse Agathe devint une prison pour la pauvre et faible Madeleine. Comme il me répugnait d’appeler à mon secours et de laisser voir l’opprobre de ma situation, je restai près d’un mois dans ce grenier, seule avec mes souffrances, seule avec mes pensées de désolation. Deux fois par jour, mes enfants m’apportaient

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ma nourriture, car mon geôlier consentait à ne pas me priver de leur vue. C’était magnanime! à moins qu’il ne voulut prolonger mon martyre eri me rappelant ainsi que je n’avais pas le droit d’attenter à mes jours.

« En effet, chaque fois que j’avais l’esprit abattu par les réflexions désespérées de l’insomnie, et que, après avoir comparé le repos de la tombeaux agitations de la vie, j’avais allumé dans mon sang Tardent désir de la mort, il suffisait que j’entendisse la voix argentine de Gratien ou la voix grave de Gilbert, il suffisait que je visse l’un d’eux entrer dans mon grenier, que je sentisse les baisers de leurs lèvres roses, les pleurs et les battements de leur cœur gonflé par la compassion, pour que mes projets de suicide s’évanouissent. et que je me résignasse à vivre, soutenue par l’espoir de leur être utile dans l’avenir. Mais il est des crises oùles considérations les plus saintes manquent de puissance sur le malheureux que travaille dans l’isolement l’énergique besoin du calme éternel. C’est ce que j’éprouvai après une nuit sans sommeil, nuit terrible où l’ange de la mort était venu s’asseoir à mon chevet, et m’avait prodigué ses séductions les plus irrésistibles.

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« Un matin, je me levai avec la fièvre. Le lemps était gris et morne; un paysan qui allait aux champs fredonnait d’une voix traînante quelques vers d’une élégie bretonne que j’avais autrefois entendu chanter à notre gouvernante : « Frère, disait-il, il ne fait pas bon vivre ! Frère, la vie est triste, et l’on est heureux d’élre mort. »

— Aujourd’hui je serai heureuse, murmurai-je.

« Etj’attendis dans une sombre méditation que l’un de mes enfants vînt m’apporter ma nourriture. Quelques heures après, Gilbert entra.

— Tiens, maman, me dil-il en me sautant au cou, voici quelque chose de bon, mange; et, tandis que tu vas manger, ma pauvre chérie, je vais, moi, t’annoncer une bonne nouvelle.

— Une bonne nouvelle ! répétai-je en le pressant sur mon cœur, cher enfant, il ne peut désormais m’arriver d’heureux que votre bonheur.

— Oh î dit-il, ce que je vais t’apprendre nous rendra tous bien heureux!

— Qu’est-ce? lui demandai-je en le pressant de plus en plus fort contre mon cœur.

« Ma voix était vibrante, mes yeux humides.

— Ne t’afflige plus, bonne mère, me dit-il, notre

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père m’a chargé de le prier de quitter ce vilain grenier... 11 a ajouté qu’il te pardonnait.

— Le misérable ! murmurai-je.

— Eh bien ! maman, reprit Gilbert, d’un air joyeux, cela ne te rend-il pas bien contente? Voyons, souris-moi, dis-moi que tu m’aimes et qu’il te sera doux de nous voir à présent toute la journée. Ah ! je ne puis te dire tout ce que Gralien et moi nous en éprouvons de plaisir. J’espère que tu- ne pleureras plus, que tu nous embrasseras souvent, et que nous irons tous les jours nous promener dans la campagne avec toi, ma bonne petite mère. Le bon air et la promenade, vois-tu, ça fait du bien.

— Cher enfant, lui dis-je en refoulant les sanglots qui me remplissaient la gorge, je veillerai toujours sur ton frère et sur toi... Mais où donc est Gralien?

— 11 est allé avec mon père à Saint-Malo ; il sera de retour dans l’après-midi.

— C’est bien, mon ami... Maintenant, fais-moi un plaisir ; monte-moi tout ce qu’il faut pour écrire ; apporte-moi aussi un couteau, car tu l’as oublié, pour que je mange, et aussitôt que ton frère sera de retour, tu lui diras que je le demande.

— Est-ce que tu ne descendras pas tout à l’heure, maman? Il y a si longtemps que tu es enfermée ici ! il me semble que tu éprouverais du plaisir à respirer l’air au dehors.

— Vois, mon enfant, lui dis-je en lui montrant la

lucarne de mon grenier, vois comme le ciel est sombre. La vue de cette nature si triste ne saurait me réjouir, et d'ailleurs j’ai besoin d’ccrire avant le retour de ton père.

« Gilbert fit ce que je lui demandais, et j’adressai à M. Rhéal une lettre dans laquelle je retraçais le tableau de l’existence odieuse qu’il m’avait faite. Je lui rappelais sans aigreur qu’il avait brisé ma première affection, dégradé mon cœur, supputé ma valeur, tué mon seul ami, fait ma prison d’un grenier, et j’ajoutais que je lui pardonnais volontiers, s’il prenait désormais à tâche le bonheur de mes enfants.

— Quant à moi, lui disais-je, je crois avoir payé, et au delà, la dette de souffrances et de larmes que tout être humain contracte en naissant ; aussi je quitte la vie sans remords.

« Vers deux heures, Gratien fut de retour, et Gilbert alla lui dire de monter. Je fis alors à mes enfants un dernier adieu ; je les embrassai mille fois pour la dernière fois, je le croyais du moins, et je les congédiai. Mais à peine avaient-ils ouvert, en se retirant, la porte de mon grenier, que je m’élançai vers eux, et que, dans un transport insensé, je les enlevai dans mes bras en murmurant d’une voix étouffée : Adieu! adieu !

— Pauvre mère J me dit Gratien en me couvrant de baisers.

— Mère, fit Gilbert d’un air inquiet, je ne devine

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pas, mais tu dois encore avoir quelque nouveau chagrin, que tu nous caches ?

— Non, mon enfant, je suis un peu malade, voilà tout.

— Oh ! je le vois bien, reprit Gilbert, tu n’as pas touché au déjeuner que je t’ar apporté.

— Mon Dieu! s’éria Gratien, comme lu es pâle! comme tes joues sont creuses ! comme la voix est triste ! Oh ! si tu allais mourir, tu nous ferais bien du chagrin !

— Moi d’abord, dit Gilbert d’une voix grave et pénétrante, j’en mourrais !

— Enfant, lui dis-je en tressaillant, tu es à lage heureux où l’on oublie vite, môme les peines les plus cruelles.

— Oh ! répondit-il d’un air réfléchi, je suis à l’âge où l’on a bien besoin de sa mère.

— Tu crois donc avoir besoin de moi? lui demandai-je avec inquiétude.

— En doutes-tu? Ecoute-moi donc alors. Depuis que tu es dans ce grenier, maman, j’ai arrêté dans mon esprit que, si Dieu venait à me priver de toi, je me tuerais, car c’est toi que j’aiine le plus sur la terre.

— Et moi aussi, fit Gratien en pleurant.

— Méchants enfants! rn’écriai-je, à la fois heureuse et désolée, vous voulez donc me condamner à la vie forcée à perpétuité?

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« Je fixai avec pénétration mes yeux sur ceux de Gratienet de Gilbert, et j’y trouvai une expression de sensibilité tellement au-dessus de leur âge, que je ne doutai plus de la sincérité de leurs paroles. Surprise de l’étrange rapport entre les pensées de mes enfants et le desseiu que j’avais formé, effrayée de leur air résolu ; d’un autre côté, combattue par la crainte des maux qui m’attendaient et envieuse du néant, il faut le dire, jt restai indécise. L’amour du repos balança l’amour maternel, et ce ne fut qu’après quelques minutes d’irrésolution que j’embrassai mes enfants et que je déchirai ma lettre.

— Que fais-tu là? medemandèrent-ii.

— Je veux vivre! je veux vivre pour vous! m'écriai-je.

« Alors, comme si ma résolution eût réjoui le ciel, un rayon de soleil vint tomber dans le grenier, une fauvette chanta sur la bord de la lucarne. Mais au même instant une voix accentuée par l’impatience se fit entendre, et l’oiseau s’enfuit effrayé.

— Ah ! çà, dit-elle, allez-vous rester éternellement là-haut ! Gilbert! Gralien ! laissez-la, si elle ne veut pas descendre ; elle est libre, après tout.

Je descendis et j’entrai, appuyée sur mes deux enfants, dans la chambre où était M. Rhéal. Il fumait, assis près d’une table sur laquelle je vis un- grand verre plein de liqueur. La pauvreté ne lui avait pas fait perdre ses habitudes d’intempérance; il achevait

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de dissiper ainsi le peu que nous avions encore. 11 y avait un mois que je ne l’avais vu. A son aspect, je ne pus me défendre d’un mouvement répulsif dont il ne s’aperçut pas. Il parut surpris des altérations qu’avait subies mon visage, et m’en manifesta son étonnement.

— Diable! madame, me dit-il en avalant une gorgée de liqueur, il paraît quil ne fait pas bon sous les toits !... Vous êtes bien changée... Parbleu ! c’est votre faute !... Quelle sotte idée vous est venue là de courir les champs sous prétexte de ma fuir!... vous deviez bien supposer que je vous rattrapperais tôt ou tard... Un mari, pour ressaisir sa femme qui s'effarouche, ne peut-il pas compter sur la force armée?...

— Monsieur, interrompis-je gravement, trêve sur . le passé, je vous prie ; occupons-nous de l’avenir. Je viens, forte de mes deux enfants, vous demander une chose.

— El laquelle? fit-il en jouant avec la fumée de sa pipe.

— Une vie paisible entre Gratien et Gilbert.

— Une vie paisible! Oh ! oh! vous demandez beaucoup.

— Pourquoi cela, monsieur?

— Pour plusieurs raisons, madame... D’abord, étant devenus presque aussi gueux que Job sur son fumier, à moins d’appeler à notre aide toute la philosophie de ce grand Juif, nous ne pouvons guère mener

une vie paisible. J’ai à peine dans le tiroir de ma table une soixantaine de francs, c*est là toute notre fortune. Après cela, à moins que le ciel ne fasse pleuvoir de l’or sur nous, je ne sais pas trop comment nous pourrons nous tirer d’affaire. J’avais un débiteur à Saint-Malo ; je suis allé ce matin pour réclamer de lui le montant de ma créance, mais il paraît que mon débiteur a décampé.

— Comme vous dites cela d’un ton léger, monsieur! Réfléchissez qu’il s’agit ici de la vie de vos enfants.

— Bah! répondit-il avec la même légèreté, se tourmenter ne remédie à rien, et, ma foi, jai confiance ; Dieu pourvoira à leurs besoins comme à ceux des petits oiseaux.

— Oh ! m’écriai-je, vous voulez donc en faire des mendiants?

« A cette exclamation imprudente, M. Rhéal se tourna vivement de mon côté, me regarda d’un air sombre, et, brisant sa pipe entre ses doigts :

— A propos, commença-t-il lentement, je vous ai dit une des raisons pour lesquelles il me serait difficile de vous faire une- vie paisible : voulez -vous savoir encore pourquoi?... Madame, j’ai aimé autrefois une jeune fille, et, en échange de mon amour, je n’ai reçu d’elle que mépris et dédain !... Madame, j’ai épousé celte jeune fille, et elle ne m’a apporté que dégoût et que larmes... Madame, il y eut une femme qui, pour

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consolider une fortune qui s’ écroulait, n’avait qu’à faire preuve de bonne grâce et d’esprit, et elle a préféré consommer ma ruine!... Madame, celte même femme n’a pas craint de me déshonorer sans discernement, sans profit... Madame, il est une femme que je hais pour toutes ces abominables raisons, une femme dont la vue seule soulève en moi d'effroyables tentations de meurtre !... Ai-je besoin de vous dire laquelle? ajoutat-il en éclatant comme la foudre.

« Pu is il se fit un silence profond pendant lequel je regardais M. Rhéal avec une émotion secrète, mais sans terreur apparente. La corde de la peur commençait à vibrer moins fortementen moi. Jevenaisde voir la mort de trop près pour tremblerdevant une menace, mon âme s’était aguerrie. Quand je visM. Rhéal plus calme, je lui dis, toujours appuyée sur mes enfants pressés contre moi :

— Je vous le répète, monsieur, trêve sur le passé; son souvenir ne peut ramener que d’inutiles tempêtes; n’en parlez plus, et veuillez me répondre. J’ai besoin d’un grand repos ; consentez-vous à me laisser vivre ici tranquille dans notre pauvreté ?

— J’essayerai, madame.

— N’ètes-vous donc pas sûr de vous?

— Vous devez bien le comprendre, puisque je viens de vous dire que je vous hais.

— Séparons-nous alors ; on ne peut vouloir rester avec ceux que l’on hait.

— Erreur ! on y lient par vengeance ou par habitude.

— Vous êtes donc un démon ?

— Je suis votre mari.

« Il sourit de sa réplique ; puis il ouvrit le tiroir de la table, y prit les soixante francs qui s’y trouvaient, et se leva.

— Baste ! dit-il, je vais à Cancale tenter un coup du sort, et si la fortune me favorise, — ce que j’ai lieu d’espérer, car depuis longtemps je joue de malheur, — je tâcherai de faire taire ma haine pour vous et de vous laisser le repos que vous demandez.

« Il sortit ; quelques minutes après il rentra.

— Ah ! j’oubliais, dit-il, de vous donner un conseil. Croyez-moi, ne faites plus d’escapade, cela vous serait fatal.

« Je ne répondis rien ; j’avais pesé rapidement les motifs qui devaient déterminer ma conduite, et mon parti avait été aussitôt pris. Pouvais-je sérieusement compter sur une existence paisible quand mon mari la faisait dépendre des hasards du jeu? En supposant que la chance se montrât propice un jour, le lendemain ne pouvait-elle pas reprendre ce qu’elle avait donné la veille? J’avais donc tout à redouter encore d’une haine qui venait de s’exprimer si énergiquement. Je résolus de tenter une seconde évasion, sans m’arrêter à la considération pusillanime d’une première tentative échouée, sans daigner réfléchir au conseil qu’avait bien voulu me donner M. Rhéal. Je me

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sentaisforte ; mon plan était de me rendre à Saint-Servan. J’avais là une parente à laquelle je devais emprunter une modique somme. Immédiatement après, sous un nom supposé, je devais partir pour Paris, ce labyrinthe, dans les replis duquel il est facile de vivre perdu, introuvable.

— Là, pensai-je, je travaillerai, et, s’il le faut, je mendierai pour mes enfants ! .. Il est des abjections sublimes !

« Je n’eus pas besoin de réitérer ma proposition à Gratien et à Gilbert, ils acceptèrent avec joie ; en un clin d’œil, nous eûmes fait chacun un petit paquet de linge et de vêlements. Gratien alla voir sur le chemin de Cancale s’il n’apercevait pas son père, puis il vint nous dire que, grâce à la campagne qui était plate de ce côté, il l’avait reconnu au fond de l’horizon. Sûrs alors qu’il ne pouvait y avoir surprise, nous nous mîmes en route. Chemin faisant, nous ne rencon liâmes personne qui pût donner quelque indice sur la direction que nous avions prise. Cependant, comme nous débouchions sur la grande roule de Saint-Malo, après avoir suivi un sentier très-accidenté, Gratien, ayant tourné la tête, aperçut, à peu de distance derrière nous, un petit garçon de dix ou douze ans, couvert de baillons ; nous avions plusieurs fois jeté les yeux sur le chemin sans l’apercevoir, soit que les ondulations du terrain nous eussent dérobé sa vue, soit qu’il se fût glissé derrière les haies..

— C’est singulier, ma mère ! dit Gratien, voici un enfant que je crois avoir vu jouer, au moment de notre départ, presque en face de noire porte. Si c’était quelqu’un chargé par notre père de nous surveiller? Qu’en dis-tu ?

— Tu crois? dit Gilbert en serrant les poings.

— Si tu veux, maman, je vais l’empêcher de continuer son chemin ?

— C’est ça, dit Gratien ; allons lui donner ce qu’il mérite. A toi, d’abord, à moi ensuite.

— Chers enfants, leur dis-je, continuons de marcher, et voyons s’il prendra la roule de Saint-Malo.

« Mais en ce moment le petit paysan s’assit dans un fossé et ne parut pas prendre garde à nous. Rassurés, nous pressâmes le pas; une demi-heure après, nous vîmes surgir devant nous celte sombre forteresse aux remparts de granit, la ville de Saint-Malo. Arrivés à ses pieds, nous traversâmes à sec, pour gaguer Saint- Servan, l’espace que le flux de la mer envahit à des heures inégales, puis nous nous dirigeâmes vers la demeure de ma parente. Je frappai bientôt à sa porte, maisjenereçusaucune réponse. Je frappai uneseconde fois, point de réponse encore. Un passant m’apprit que ma parente habitait depuis quelque temps Montfort. Je souris amèrement. Dans les âmes froissées légèrement au contact des hommes et des choses, une nouvelle déception peut engendrer le désespoir ; mais pour les cœurs ulcérés depuis longtemps,. qu’importe

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un malheur de plus ? Loin de m’abattre, celui-ci releva mon courage. Je dressai la tète avec indignation et je m’écriai :

— O sort funeste ! je lutterai pour te vaincre !

— Qu’allons-nouS devenir? dit Gratien avec effroi.

— A la grâce de Dieu ! répondit résolument Gilbert. 11 ne faut pas se décourager, morbleu !

— 11 ne nous reste qu’une chose à faire, rnes amis, dis-je à mon tour; il faut vendre notre linge et nos vêtements; puis nous prendrons ici la patache de Châteauneufou de Dol,car il importe que nous ne soyons plus demain dans les environs de Saint-Coulomb.

« Et nous nous mîmes en quête d’un marchand qui voulût bien nous acheter nos effets ; nous en fûmes bientôt débarrassés, et nous allâmes, légers et presque joyeux, arrêter trois places à la voiture de Châteauneuf, qui parlait le lendemain à cinq heures du matin. Nous nous rendîmes ensuite à l’église, où nous priâmes longtemps avec ferveur. Jamais mes entants n’avaient été si recueillis ; jamais mon cœur ne s’était élevé vers le ciel avec plus d’émotion. Quand nous sortîmes de l’église, nous étions forts et confiants ; il était six heures du soir. Soudain, et comme nous nous promenions là-bas dans la campagne près des falaises, je sentis la main de Gratien trembler dans la mienne; je le regardai, il était pâle.-

— Maman, dit-il vivement en me montrant du

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doigt l’extrémité du sentier où nous cheminions, le voilà !.... c’est lui !.... c’est mon père !

— Est-ce possible? m’écriai-je.

— Oui, maman, je le reconnais, c’est lui ! fit Gilbert.

— Sauvons-nous ! sauvons-nous ! m’écriai-je.

« Et je les entraînai vers un chemin creux qui descendait à la mer.

« Nous courûmes de toutes nos forces et nous détournâmes rapidement sur la grève où nous courûmes encore plus vile, côtoyant de près les anfractuosités de la côte, et n’osant, tant était profonde notre terreur, jeter les yeux en arrière pour voir si nous étions poursuivis. Il semblait que nous dussions craindre d’être changés en pierres. Après quelques minutes d'une course forcée, nous arrivâmes au pied des rochers qui sont là-bas. Vous pouvez les voir d’ici, ils forment comme une anse profonde entre deux replis escarpes de la falaise. Il existe encore là sans doute une grotte dont l’ouverture se trouve masquée par un énorme éclat de rocher, mais sans en être fermée. Nous nous arrêtâmes après nous être assurés que M. Rhéal ne nous poursuivait pas. Nous avions résolu d’y attendre la nuit pour sortir et retourner à Saint-Servan. Blottis au fond de la ‘grotte, mes enfants et moi, nous demeurâmes longtemps sans pouvoir calmer l’agitation de notre poitrine. Lorsque nous pûmes pailer et former des conjectures* sur la soudaineté de l’apparition de mon

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mari, nous pensâmes, comme Gratien l’avait d’abord supposé, que nous avions été surveillés et dénoncés aussitôt. Cette supposition nous paraissait la plus naturelle et la plus vraisemblable. Gilbert pleura de dépit de n’avoir pas prévenu ce malheur ; moi, je maudissais ma destinée qui ne se. lassait pas de tant d’infortunes. Cependant le moindre bruit, le vol d’un grand oiseau de mer, le déferlement d’une vague plus grosse que les autres, le clapotement d’une rame, tout nous communiquait de fortes secousses, et nous faisait nous entre-regarder avec anxiété. A peine osions-nous parler, comme si nos paroles eussent dû éveiller un écho dénonciateur. D’instant en instant, nous nous attendions à voir paraître sur le seuil de notre refuge une figure contractée et menaçante. Avec quelle lenteur nous trouvions que le temps se traînait ! Les minutes nous paraissaient des heures ! il nous semblait que la nuit ne devait jamais arriver, et que le soleil aussi, d’accord avec notre fatal destin, ne se coucherait pas ce soir-là.

« Toutefois, à travers les flocons de nuages blancs, qui parsemaient le ciel, nous le vîmes enfin se plonger dans la mer en traçant à l’horizon une large bande de pourpre qui se refléta sur l’onde en teintes dégradées de la plus admirable harmonie. C’était un coucher de soleil splendide, je n’en avais peut-être jamais vu un aussi beau ; et, quoique l’esprit tourmenté, je

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ne pus m'empêcher de sortir de la grotte pour contempler celte magnificence. Mais à peine eus-je dépassé le bloc de granit placé à l’entrée de la grotte, que je poussai un cri terrible, effroyable.

— Ah ! nous sommes... nous sommes perdus !

— Notre père? demandèrent mes enfants en frémissant et en s’élançant vers moi.

— Non ! non ! leur répondis-je, c’est un ennemi plus terrible encore !...

— Quoi donc? quoi donc, ma mère?

— La marée montante, mes enfants! Fuyons!

fuyons !

« Mais par où fuir? Les vagues avaient envahi les deux pointes de la falaise au centre de laquelle nous étions. Comment fuir? Derrière nous se dressaient des rochers à pic de soixante pieds de haut. Sur nos flancs, la marée bouchait déjà les issues et se roulait devant nous, écumanle et dévorant le terrain. Comment t fuir ? Pas une barque sur la mer, personne sur la falaise, personne pour nous entendre, pour nous voir, pour nous porter secours. N’importe ! je me mis à crier avec mes enfants ; et nous hurlâmes ; l’écho seul nous répondit. Alors je courus le long du rivage, folle, échevelée, tantôt tombant à genoux, tantôt me relevant furieuse, tantôt étreignant mes enfants, puis criant comme une louve traquée dans son repaire; puis mesurant d’un œil d’aigle l’escarpement des rochers, et me sentant par moment la puissance de les

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gravir avec mes enfants dans les bras, puis encore m’élançant au-devant des flots cortime pour les empêcher d’aller plus loin. Mais les flots montaient, montaient toujours. C’était horrible ! Moi, idolâtre de mes enfants, moi, pauvre mère, qui avais tant souffert pour eux, qui pour eux aurais donné jusqu’à la dernière goutte de mon sang, j’étais enfermée dans un espace sans issue qui de minute en minute se rétrécissait! J’avais beau pleurer, j’avais beau prier, maudire. leS hommes qui ne m’entendaient pas, nier Dieu qui n’arrêtait pas l’Océan, c’était en vain que je m’agitais, que mes yeux jaillissants embrassaient d’un seul coup toute l’étendue ; c’était en vain que l’espoir se cramponnait à mon cœur comme le noyé à tous les brins d’herbe de la rive ; personne ne venait à notre secours, et pas un miracle n’éclatait. Et le flot roulait, roulait toujours en mugissant, plus implacable que le tigre affamé qui se rue sur sa proie !... Mes enfants ! mes enfants !... Mais déjà la vague nous forçait à reculer contre des fragments de rocher et mouillait nos pieds. A celte vue, Gralien fut saisi de convulsions. Gilbert devint horriblement pâle ; ses dents claquaient ; il appuya fortement la main sur son cœur comme pour le calmer. Je les enlevai tous les deux dans mes bras, et je redoublai mes cris ; mais un vent contraire les emportait du côté de Saint-Malo, tandis que le bruit des flots les assourdissait. Nous étions perdus ! j’avais de l’eau jusqu’à la ceinture, j’en eus bientôt

jusqu’à la poitrine. Je posai mes enfants à demi évanouis sur un débris de roclie à secj et, m’accrocliant aux varechs, je grimpai dessus, décidée à lutter avec rage contre la mort. Les flots montaient et montaient toujours. Je repris dans mes bras Gratien et Gilbert ; ils étaient muets et frissonnants. Je les collai contre moi et cherchai à les réchauffer de mes baisers et de mes larmes, ne cessant de les caresser que pour pousser des cris de désespoir. Soudain, comme je jetais autour de moi des yeux effarés, j’aperçus, du côté de Saint-Malo, plusieurs barques à un quart de lieue en mer ; elles paraissaient se diriger vers nous, des signaux m’apprirent qu’on nous avait aperçus et qu’on venait à notre secours. J'avais résisté dans ma détresse, dans ma joie je faillis succomber. Mais je me ranimai et dis à mes enfants que nous étions sauvés... Sauvés!... mais les Ilots montaient toujours, et les barques étaient loin encore... 0 angoisses !... Qui devait donc l’emporter, de la vie ou de la mort ? Les bateliers faisaient force de rames ; je les voyais à cent pas de nous ; encore quelques minutes et nous étions sauvés ! Assise sur le rocher, j’avais de l’eau jusqu’au cou ; j’essayai .de me lever, mais je sentis que je ne pouvais me tenir debout, j’eusse glissé sur les varechs ou quelque lame m’eût renversée. En ce moment j’entendis la voix des bateliers qui me criaient : Courage ! Puis une vague me roula sur la tète, j’étouffais. Je voulus, par un dernier effort, soulever mes enfants

LE ROMAN DE MADELEINE

et les tenir an-dessus de l’eau; mais je pus à peine remuer les bras, et je me sentis rouler

« Les bateliers ramenèrent les cadavres de deux enfants et le corps d’une femme, que l’on eut la cruauté de rappeler à la vie. »

Madeleine fit encore une longue pause ; elle pleura en regardant les flots. L’étranger pleurait aussi.

— Pauvre mère ! murmura-t-il bientôt, comme vous avez souffert !

— Autant qu’un être humain puisse souffrir, répondit-elle.

— Et depuis, reprit-il, qu’avez-vous fait ?

— Depuis, répondit-elle, j’ai vécu dans la misère et le deuil, n’ayant plus rien au monde que la liberté de pleurer sur la poussière qui recouvrait mes deux enfants. J’essavai de travailler, afin de leur acheter un coin de terre à part dans la cité des morts. Mais, pour travailler, il faut du courage, et je visbientôtque j’en manquais. Alors, la tête affaiblie, l’âme énervée, ne connaissant personne qui pût me rappeler au respect de moi-même, j’endossai un habit de mendiante, et je mendiai. Oui, monsieur, cela est honteux, mais cela est vrai , vous l’avez pu voir vous-même aujourd’hui. La pitié des hommes est avare, car ce ne fut qu’après avoir longtemps tendu une main suppliante que l’argent de mes aumônes me rendit propriétaire à vie d’une tombe où je fis inhumer les lambeaux rongés

de mes enfants détruits. Oh ! c’est une horrible chose, allez, que l’aspect de la décomposition des êtres qui nous ont été chers ! Je fis planter sur leur nouvelle tombe beaucoup de fleurs qui sont odorantes et belles, elles me rappellent la grâce de leur corps et le parfum de leur âme. Chers enfants ! réalités évanouies ! éternels souvenirs ! j’ai vécu toujours près de vous, avec vous, et j’y mourrai !

a Maintenant, reprit-elle après un court silence, ce qu’il me reste à vous dire est une vengeance que le hasard m’a fait consommer. J’étais un soir adossée à l’endroit où vous m’avez rencontrée. Enveloppée dans mon capuchon, j’attendais les voyageurs à la descente des bateaux pour leur tendre la main. L’un de ces bateaux jeta sur la rive des passagers qui ne répondirent , pas à ma muette prière. Il était tard, et j’allais me retirer, quand un voyageur, qui était resté à parler au batelier, passa devant moi. Je fis mon geste habituel. 11 s’écria qu’il était plus gueux que moi ; je reconnus la voix de M. Rhéal. Je ne l’eusse certainement pas reconnu, lui, à ses vêtements ; il portait une blouse bleue déchirée et une casquette de loutre. Je le vis monter sur la falaise. Poussée par un instinct irrésistible, je quittai mon poste et le suivis : il s’en aperçut.

— Ah ! ça, me dit-il, est-ce que tu me suis pour obtenir de moi quelque argent. Je t’en avertis, tu perds ton temps, je n’ai pas le sou.

« Je ne répondis pas.

LE ROMAN DE MADELEINE

— Brave femme, reprit-il, est-ce que tu vas comme moi demander si l’on veut t’occuper dans le port de construction ?

« Je gardai toujours le silence et m’approchai de lui ; il recula.

— Dis-moi, continua-t-il, aurais-tu fait vœu, par hasard, de ne pas desserrer les dents ?

« Je me rapprochai encore de lui sans répondre ; il marchait sur le bord des rochers.

— Mille tonnerres ! s’écria-t-il avec impatience, es-tu muette ou es-tu un spectre ?

— Oui, lui dis-je d’une voix lugubre qui le fit tressaillir.

« Et, rejetant mon capuchon en arrière :

— Je suis le spectre de Madeleine ! m’écriai-je.

« A ces mots, il recula épouvanté, et alla tomber de soixante pieds de haut sur des rochers.

« On le trouva mort le lendemain. »

Alors, changeant tout à coup d’expression, Madeleine se prit à sourire bizarrement; elle dit à l’étranger d’un air mystérieux :

— N’est-ce pas, monsieur, que j’ai dû m’en réjouir ? Cet homme aurait pu venir m’enlever à la tombe de mes enfants !

Ce ne fut qu’un rapide éclair de folie ; elle ressaisit bientôt sa raison.

— Mais vous, reprit-elle, à qui je viens de conter ainsi l’histoire de toute ma vie, qui êtes-vous ?

— Vous ne m’avez pas dit, reprit l’étranger en lui prenant affectueusement la main, si vous vous êtes quelquefois rappelé Maurice depuis les dernières et terribles phases de votre existence.

— Oh ! répondit Madeleine en levant les yeux au cil, si je m’en suis souvenue? Souvent, bien souvent,

monsieur, et surtout devant la tombe de mes enfants. Ne vous ai-je pas dit que j’étais une nature rêveuse, uneâme avide de songes? Je le suis encore, je le serai toujours, en dépit de l’abjection dans laquelle je suis tombée. La réalité m’ayant rendue malheureuse, j’ai souvent puisé quelque bonheur aux sources mêmes de mon imagination. 11 m’arrive souvent d’évoquer les fantômes de Gilbert, de Gratien, d’André, de Maurice, et de me créer, assise au milieu de mes fleurs ttimulaires, de délicieuses illusions qui ne peuvent se réaliser. Hélas ! trois sont morts sous mes yeux ; quant à Maurice, je ne sais ce qu’il est devenu ; il a peutêtre quitté la vie, lui aussi ; ou bien il s’est marié, et au sein d’une bonne famille il a oublié la pauvre Madeleine. Ah ! puisse le sort avoir ajouté à sa part de bonheur celle qui m’a été refusée ici-bas.

— Maurice n’a pas été heureux; il s’est enrichi, voilà tout, dit l’étranger d’une voix triste et lente.

— Qu’en savez-vous, monsieur? lui demanda Madeleine étonnée.

— 11 s’est marié, reprit l’inconnu, mais il a eu une femme vaine, coquette et infidèle. '

LE ROMAN DE MADBLEINE

— Qu’en savez-vous? dit encore Madeleine en regardant cette fois les traits de l’étranger, dont la lune éclairait le visage trempé de larmes.

Le sein de la mendiante se souleva.

— Sa femme est morte l’année dernière, reprit encore l’étrSnger, alors il a réalisé sa fortune, et il est revenu en France.

La poitrine de Madeleine battit avec force.

— Il n’a point oublié son premier amour, continua l’inconnu avec un accent de plus en plus vibrant ; et la preuve, c’est qu’il a cherché Madeleine à Fougères, à Lorient, à Saint-Coulomb, et c’est seulement à Saint- Malo, dans un hôtel, qu’il a appris ce qu’elle était devenue et où elle était. . .

— Mais qui êtes-vous ? s’écria la pauvre femme profondément agitée.

— Ne reconnaissez- vous pas Maurice? dit-il d’une voix éclatante en lui tendant les bras.

Madeleine fit un mouvement pour s’y précipiter ; mais son émotion fut trop violente, elle tomba à la renverse...

Il est, non loin de Fougères, une charmante vallée que la rivière du Nauson traverse à fleur de terre au milieu des joncs et des iris. Cette vallée est entourée de collines boisées, où de furtives échappées laissent entrevoir de pittoresques chaumières. Sur l’un des

versants s’élève un petit château flanqué de deux tourelles gothiques toutes tapissées de lierre. Si jamais vous parcourez cette délicieuse campagne, et que vous veniez à rencontrer sur votre chemin une femme à la taille élégante, au visage pâle et flétri, au sourire doux et triste, vous pourrez dire : C’est elle ! c’est Madeleine revenue à la raison.

Elle est maintenant la femme de Maurice Kerneur, elle habite avec lui le castel aux tourelles gothiques. Entrez : l’hospitalité vous sera donnée avec une exquise politesse. Parcourez le jardin, et vous découvrirez dans un massif de cyprès et de saules deux tombes. Vous lirez sur l’une :

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