‹ Scènes du bord et de la terre ferme par le capitaine Basil HallChapitre 3 sur 11 · Le gallon équivaut à 4 litres environ · texte numérisé non relu

Le gallon équivaut à 4 litres environ

Chasses aquatiques.

Le lendemain du jour où nous perdîmes le vent alizé nord -est, lorsque notre convoi de vaisseaux marchands et les deux vaisseaux de guerre marchaient en dérive dans le calme plat , une furieuse rafale que rien n’avait annoncée fondit sur la flotte. Ces violents tourbillons sont généralement appelés grains blancs, parce qu’ils ne sont point accompagnés de ces gros nuages noirs qui obscurcissent l’air dans les grains ordinaires.

Mais malgré l’avertissement donné par les nuages , il ne nous est pas toujours facile d’échapper au grain sans avarie. Si le vent est bon, nous répugnons naturellement à diminuer les voiles, et n’y songeons en général, à tout événement, que lorsque la rafale est si proche qu’il y a nécessité absolue de le faire. Il s’ensuit qu’à moins d’une extrême activité, les voiles sont arrachées, et quelquefois il y a un mât ou une vergue d’emporté. A moins d’être un bien vieux marin, on peut douter d’ailleurs s’il y aura du vent dans la bourrasque, ou si ce sera seulement une ondée.

Les matelots se vantent, il est vrai, d'avoir un moyen infaillible pour décider cette question ; et leur secret est rimé comme doit l’être un oracle :

Si la pluie est avant le vent,

Rentrez le perroquet , c’est le moment :

Si le vent est avant la pluie ,

Que votre perroquet l’essuie !

Ce qui veut dire que, si la pluie d’une bourrasque atteint le vaisseau avant la brise qu’elle contient, il y aura du danger à continuer son chemin , et vice versa. Quelques sentences de ce genre, adaptées au méridien de' Londres, sauveraient peut-être nos bons bourgeois de plus d’une bonne averse dans l’après-midi du dimanche, sur les pelouses d’Hyde-Park.

Malheureusement, ni les rimes des matelots, ni même l’expérience, ne peuvent nous garantir entièrement de ces soudaines ondées, ou bourrasques blanches, puisque rien n’en avertit , excepté quelquefois un léger mouvement de l’eau quand elles commencent par la rider. Mais, dans la circonstance en question, nous n’eû.mes même pas ce faible présage. Les premiers vaisseaux du convoi, surpris par l’ouragan , furent presque redressés tout droit sur leur avant ; puis l’instant d’après ils retombèrent à plat, n’ayant plus une voile sur les ralingues. Le Volage et la frégate la Thébaine , alors au centre de la flotte, furent les seuls vaisseaux qui sauvèrent un pouce de toile. Il faut dire que nous étions très-nombreux à bord, en comparaison des équipages de la compagnie des Indes, et que nous nous y prîmes juste à temps pour déralinguer et baisser les vergues.

Quand cette tempête d’un instant fut passée, et que nous pûmes nous reconnaître, nous ne vîmes pas un bout de toile sur toute la flotte; auprès de nous, le W exfor d avait perdu ses trois mâts de perroquet avec son bâton de foc, et, ce qui était plus sérieux encore, son petit hunier se dandinait sur l’avant. Un autre navire était si maltraité qu’il fallut que la Thébaine envoyât un détachement à son secours pour lui mettre de nouvelles esparres. Une légère et bonne brise ayant succédé à la bourrasque et au calme, nous prîmes notre oiseau blessé à la remorque , et nous fîmes toutes voiles encore une

fois vers l’équinoxe, comme le bon vieux Robinson Crusoé appelle l’équateur. Nos Chinois avaient aussi tendu de nouvelles voiles, et bientôt ils reprirent leur place dans l’ordre de la marche , qu’il était de notre politique de maintenir exactement, ainsi que les autres formalités d’une flotte de vaisseaux de ligne'.

Tandis que nous filions ainsi agréablement sous la bienfaisante influence de la brise , dont le souffle encore avare ne caressait que nos voiles supérieures , une douzaine environ de poissons volants s’éleva de l’eau , et vola contre le vent à dix ou douze pieds de sa surface. J’ai déjà dit que le plus long vol de ces singuliers poissons est^ d’environ le huitième d’un mille anglais, ou deux cents brasses, qu’ils parcourent en moins d’une minute. Ils en font quelquefois de beaucoup plus courts, et quelquefois ils se bornent à de petits bonds au-dessus de l’eau. Généralement, ils volent à une distance considérable, droit dans l’œil du vent, et puis ils tournent petit à petit. Quelquefois le poisson volant ne fait que raser la surface de la mer, de manière à toucher la cime des vagues, sans suivre leurs ondulations. Une idée prévaut parmi nous, et je ne sais jusqu’à quel point elle est juste : qu’ils ne peuvent voler qu’ autant que leurs ailes ou nageoires restent mouillés. Il est certain qu’ils s’élèvent jusqu’à vingt pieds au-dessus de la mer , car on en trouve quelquefois dans les porte-haubans d’un vaisseau de ligne ; ils entrent souvent dans les sabords du grand pont d’un vaisseau de 74 canons, ou sur le gaillard d’avant d’une frégate. Je me rappelle en avoir vu un d’environ neuf pouces de long, et, je suppose, ne pesant pas moins d’une demi-livre, entrer dans le Volage par le sabord du grand pont, juste devant l’échelle du gaillard d’arrière : un matelot montait en ce moment ; le poisson volant le frappe à la tempe, le fait reculer d’une marche,

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