‹ Scénes et comédiesChapitre 17 sur 46 · LADY WILSON · texte numérisé non relu

LADY WILSON

Oh! très-gracieux!

CARlilOLI.

Je la mainchandai aussitôt. Le vieillard biblique, sm maître^ qui, par parenthèse, manquait tout à fait de d^catessas, en demandait le poids en or... Pendant mes. négociations avec ce vénérable escroc, je voyais se former peu à peu autour de ma voiture des groupes memiçants, — aaisutés, je crois, par ce l)rave curé, — qui, au fond, n'était pas noa plus une fameuse pièce... Furieux* de perdre son phéEMmiènef d*autant. plus qu'il lui servait la m^sse tous les matkiSw.

LEONORA

Pauvre bonhomipel il aimait cet enfant, tout bêlement. •

CARNIOLI.

Si vous voulez... En tout cas, ce n'était pas une raison pour déchaîner contre moi les superstitions les moins orthodoxes du pays... Grâce à ses bons soins, en effet, le mot de vampire commençait à circuler danala foule... Bref, voyant l'état des choses, je me hâtai de conclure mon marché avec la. barbe blanche, qui définitivement reçut de sa chèwe le {Hrix.d'iui bœuf, — et je me sauvai au galop avec ma proie, non pas sans avoir recueilli préalablement, sous la forme d'une grêle de pierres, les bénédictions de ce peuple pasteur... — Priiheesse, voilà rhisteîre;

LEDNOBA.

C'est un roman. — Eh bien, vous avez tenu parofe à l'oiifant : le voilà un grand homme.

GiLftNIOX.U

Je m^en flatte.

LBONORA.

Gomment est-il fait de sa personne, ce ci-devant sauvage ?

GARNTOLI.

Il est fait d'un habit noir et d'une paire de gants paille, cDmroe vous et moi.

LAOY WILSON.

Et Syfvia, chevalier? Je m'intéresse à cette bète. Grofez» yOfOB que le maestra voulût la vendre ?

GAaNIOLI.

Sjilvîa, milady, mourut de nostalgie pendant la route... et ce quHl y eut de plaisant, c'est que j'arrosai sa tombe de mea larmes... Imaginez^vous que, pour plaire à mon jeune Dalmate, j'eus Tattention de faire inhumer sa favorite sous les bosquets d'un joli parc que j'ai aux envicons de Mantoue^ X'avais mené le deuil moi-méaneavec tx)ute la componction désirable. Tott-< tefois, j'eus peine à. tenir ma gravité, quand,, llopération tesmioée, je vis mâA'di^e se placer solennelleme&t, son violon à la main, sur le> tfistre Uunulaine ; mais là, ma foi! il exécuta mie élégie en la . mineur d'une expression si déchirante, que bon gré mal gré men ejma de rire se fondit en eau... Et mon

grand flandrin de Joseph, qui avait l'offioe de fossoyeur, pleurait comme une vigne, de son côté... J'augmentai ses gages de cinquante écus à cette occasion... C'est ce même Joseph, — le croiriez-vous, mesdames? — ce sensible Joseph qui a été depuis condamné aux galères pour avoir assommé son père... en combat singulier I... Ce qui prouve une fois de plus que l'art et la nature, cela fait deux...

LEOMORA.

Que vous êtes bavard ce soir, Carnioli ! Est-ce que vous êtes gris?

CARNIOLI.

Non, princesse, je suis ivre. (Oo entend frapper trois oonps sur le

théâtre.) Ah! OU va commencer le troisième acte... Mesdames, en rentrant dans vos loges, fermez vos portes tout doucement, et ne remuez pas vos tabourets, je vous en conjure par tout ce que vous avez de sacré,... tant sur la terre que dans le ciel... Vous allez entendre au lever du rideau le chœur des jeunes Grenadines... (chantant plaintivement.) La la la la la... — Des adieux à TAlhambra, vous comprenez?... Et ensuite le ballet triomphal des jeunes Espagnoles. ( vîTement. ) Tradéri tradéri tradéri... Mais ce que je Vous recommande surtout, c'est lechantdeBoabdil, à la fin tout à fait... Oj^a^na, doW é crudel mio tesoro!,,. Là, il faut se prosterner et adorer en silence,... ou l'on est. classé pour le reste de ses jours parmi

les madrépores... (lont en pariant, ft saine les femmes, et serre la mato anx jennes gens qui sortent de la loge.) Au rOStO, le publîc SC COm->

porte très-bien... Je suis content de lui... S'il avait sifflé, j'incendiais la salle,... j'y étais décidé.». Vous n'avez pas de

commîssioDs pour Madrid, mesdames?... HélasI oui, je pars demain,... cette nuit même... (u chantonne.) joa^n'a, dolc' è crudel mio tesorof. , Je vous recommande cela, milady. (u iog«

se Tille pea à pea; Carnioli reste feul ayec Leonore»)

LEONORA, CARNIOLI.

LEOMORA, promenant sa lorgnette dans la salle.

Pourquoi, Carnioli, ne m'aviez- vous jamais soufflé mot de ce jeune homme?

CARNIOLI, lorgnant de son côté.

Je voulais vous en faire la surprise complète, ma princesse.

LEONORA

Vous êtes singulier, — 11 a biçn du talent!

CARNIOLI.

Il en est injecté des pieds à la tête, — le lâche ingrat I

LEONORA

Est-ce qu'il est ingrat?

CARNIOLI.

Parbleu 1... Chutl de grâce, écoutez-moi celai (Le rideau se

lère, l'orchestre Jone ; Carnioli bat la mesure du ponce et de l'index ; le chœar des Jeunes Grenadines est eon?ért d'applaudissements.) SuavO mélan-

ÏSO SCÈNES El" COMÉDIES.

colieî».. Bt vons, vous ne dites rien?... Une ioFiBeî voos plemreiz! Merci clu cieï! vwis avez trae beïîe âme, prFneess&l' je TOTs décidément vous confier mes domleurs... No^s perdrons le ballet, mais peu importe... Cette soirée' triomphale à été cruellement empoisonnée pour moi, ma chère princesse.. • Le glorieux édifice de ma vie s'écroule, si vous ne venez à mon aide... C'est en sortant de chez vous que j*ai appris cette effroyable JUHsvelIe, qui a ^angé .subitement moa allégresse en deuil, mes lauriers en cyprès... Mon poëte me porte «n t;oup d'une pennersité atroce : le triUre veut se

LEONORA

Et OÙ est le mal?

CARNIOLI.

OÙ est le mal, princesse?... Cela n'est pas sérieux! vous vous riez de votre serviteur... Ah! ah!... Où est le mal? est délicieux!

LEONORA

Non, vraiment, je ne Comprends pas.

CARNIOLI, riant

Allons donc! Et qu'est-ce que vous voulez qu'il fasse quand il sera marié?... du jardinage?... Ce quUl laaA au poUté, (fest l'air libre et le désordre des éléments! Si nous laissons cette organisation fougueuse s'ensevelir dans la léthargie du bonheur domeàtiqtre, ne voyez- vous pas qu'éRertembefiitateiiient au rang de ces génies prrvés, de cestsd00tB'b(rargeeîs,'q«i dévident entre Icfurv repas des- opérasse fsREiffle'«l^des''raaiviis

DALIXA. m

d'éducation I... Vous allez me citer Byron, qui se maria et qui n'en devint que plus enragé? Sans doute, parce qu'il eut la chance énorme d'être très-malheureux en ménage. S'il ne l'eût pas été, si sa femme avait su le prendre, je vous déclare qu'il aurait passé sa vie à chasser le renard et à drainer ses terres! Le monde ignorerait son nom!

Et qui vous dit que votre jeune homme sera heureux?

GARNIOLI.

Qui me le dit? II épouse une sainte, ma pauvre princesse ! n n'y en a qu'une sur la terre pour le quart d'heure, et il faut que cet animal-là l'épouse I C'est à se briser la tête contre les murailles, vous m'avouerez.

LEONORA

Quelle est donc cette rare pOTSonoe?

GARNIOLI.

Marthe Sertorins, la Glle de ce vieux musicien allemand qai est votre voisin de campagne... Tenez, vous pouvez la voir là-bas, dans .la loge en face, une fille blonde, diaphane, des yeux bleus... un la regarde beaucoup.

LEONORA, lorfBaOt.

Elle est drôlement fagotée, pauvre fille!

CARMaLJ.

Possible , mais le physique est bion«

LEONORA

Et il l'aime fort?

GARNIOLI.

A deux genoux!

LEONORA

Eh bien, que voulez-vous que j'y fasse?

GARNIOLI., riant.

Princesse, ce lien funeste que je n'ai pu briser, ni par menaces ni par prières, un seul de vos regards suffirait à le réduire en cendres.

LEONORA

Vous perdez la tète, Carnioli?

GARNIOLI.

Pourquoi? parce que j'ose vous supplier de rendre àTunîvers civilisé en général, et à moi en particulier, un service immense — qui vous coûterait à peine un sourire..., un sourire, princesse, Tombre d'une apparence, une fanfreluche de coquetterie, un rien... Vous voyez la position : c'est un grand homme qui se noie ; pour le conserver à lui-même, à son art, à son siècle, je sacrifierais sans marchander un de mes bras tout à l'heure... Ne pouvez-vous sacrifier un sourire? Voilà la question.

LEONORA

Vous êtes absurde. Voilà la réponse.

CARNIOLI.

Eh bien , je suis fâché de vous le dire, mais vous n^aîmez pas la musique I

LEONORA

is à ce point-là, j'en conviens.

CARNIOLI.

[us ne Taimez pasi On aime comme un criminel, ou Ton fe point... Silence! écoutez bien cela, la cavatine d'Isabel: *oce tricynfa.., (Battant Tirement une marcbe.) Ratapantapan...

[. pam... (Bravos dans la saUe: «Rosweini Rosweini »} YOUS avOZ

lu? Et penser que cette aurore superbe n'aura point de Quoi ! divine princesse, cette idée ne vous fend pas le ^.. Voyons, vous m'avez fait l'honneur de m'inviter ^ chez vous ce soir;... permettez-moi de vous amener mne lauréat, c'est tout ce que je vous demande... Vous îz deux mots de politesse, et la petite Sertorius ne sera

monde I... Je ne vois pas en vertu de quoi vous me

refusI^^Hàe chose si parfaitement simple et convenable.

LEONORA, riant

Gomment! vous venez me conter que ce garçon est éperdument amoureux de cette ûlle, et, sur deux mots de politesse que je lui dirais, vous vous figurez qu'il la planterait là?

CARNIOLI.

' Mais c^est un artiste, ma chère princesse ! Vous ne connaissez pas cette race puissante et débile, séduisante et perfide!... Des imaginations plus ardentes et plus mobiles que la flamme l

m SCÈNES ET COMÉDIES.

Des cœurs vaniteux, faibJes, p^esiannés et sensuels!... Un atvtrait irrésistible vers tout ce qui brilie» -vers- tout ce qui caresse Torgueil, vers tout ce qui flatte l'aristocratie naturelle et voluptueuse de leurs instioctsL*. L'or, le luxe, la soie, le velours, les fleurs, les mains blanches et Thermine parfumée des duchesses! voilà ce qui les fascine, voilà ce qui les damne^ ces pauvres enfants!... (^>le mien ait une fois Tœil ouvert .sur ces horizoos-là^ je.le tiens. — Ah çà,,ie vais vous le présenter, eb? (a M lère.)

XE^OKOTRA.

Esi-ce que je veux tremper dans.vosmanlgaoces diaboliques?^. Vous êtes ridicule.

CARNIOLI.

.Allons I soit, j*y renonce. (U ge rassoit, et lorgné, ea.pacbnt avec

dutraction.) Aussi bien, je crois que vous avez raison, ce serait .peine perdue... J'ai déjà essayé, chemin faisant, de vous mettre en avant, — discrètement, comme cela, — el.pour dire la vérité, cela ne m*a pas réussi.

LEONORA

-i'aiiœ à croire que vous plaisantez?

CARNIOLI.

Non, princesse. Je vous en adresse toutes mes excuses; mais, me trouvant à bost d'arguments et ne sachant i^s à quel saint me vouer pour détourner ce màtheureax de sa ruine, ■j'ai tenté de Téblouir en lui présentant. — vaguement, bieu

entendu, — dans un chaste nuage, le prestige de votre Iiaute sympathie.

LEONORA

Mais cela n'a pas de nom!

C'est abominable I... Je vous en demande pardon à mains j<Hntes. Mais vous me connaissez : dès que Tart est en jeu, je n'ai plus rien de sacré... Cela m'est échappé au vol de la conversation. Au surplus, je n'ai pas insisté. ••

LBONOHA»

C'est heureux.

CARNIQLI.

-Surtout quand j^ai vu le peu de cas qu'il faisait de mon insinuation. J'en ai été mortifié... L'enfant a le cœur plus engagé et la tète plus solide que je ne l'aurais cru.

LEONORA

EnGn, que lui avez-vous dit? Jusqu'oti m'avez- vous compromise vis-l-vis de ce monsieur ? Je veux le savoir.

CARNIOLI,

Boni compromise! voilà de l'exagération, princesse! Je lui ai laissé entendre tout uniment que vous m^aviez parlé de lui avec une nuance d'intérêt, que vous aviez daigné m'cxprimer le désir de le voir un instant, de l'entendre sur le piano^ ti deux ou trois babioles dans le môme genre.

LEONORA

Bien obligée, en vérité... Et il a répondu comme autrefois : « Sylvia ! Sylvia ! »

CARNIOLI.

Sylvia for ever! mon Dieu, ouil

Bref, VOUS m'avez exposée en effigie aux dédains de ce petit jeune homme?

CARMOLI.

Ahl — n'allez-vous pas vous piquer d'une misère pareille?

(LeoDora hausse les épaules et se retourne yers la saUe.) Ah! diantre I

Boabdil va chanter son grand air... Attention, je vous en supplie, c'est le diamant de l'ouvragO. (BoabdU chante son air, qui est accueilli par des transports frénétiques ; toute la saUe se lève et trépigne d'en—

thousiasme.) Si VOUS voulcz, priucesse, contempler une expression de visage véritablement surhumaine, regardez la fiancée du poète : elle est admirablement belle et heureuse, elle nage dans sa gloire et dans son amour ; c'est un archange en extase ■devant le Seigneur !

LEONORA, lorgnant.

Elle doit être poitrinaire, cette fille-là. (L*opéra s^achève; on appelle le maestro avec fureur.] Ah çà, est-cc qu'il ne va pas paraître, à la fin?

CARNIOLI, se lerant et se penchant hors de. la loge. Le voilà. Bravo ! bravo, mon fils ! (aoswein s*a7ance sur le théâtre

DALILA. m

ea salnant. Les braros éclatent areo plat de force; ane plaie de |>ouqaeta tombe sur la scène; les femmes, debout dans leors loges, applaudissent en agitant leurs monohoirs. On rappelle Roswein à plusiears reprises.) Voyez,

princesse, je vous en prie, quels regards il échange avec la Sertoria!... Le ciel va les foudroyer bien certainement... C'est plus de bonheur que la terre n'en comporte!... C'est égal, il faut avouer qu'ils sont gentils tous deux... Ma foi, après tout, qu'ils s'aiment, qu'ils s'épousent!... il y aurait effectivement quelque chose de monstrueux à troubler la pure félicité de ces deux âmes charmantes I — Yous ne lui jetez pas votre bou* quet?

LEONORA

Si ça peut vous être agréable. (Elle lance son bouqnetsnrle théâtre; sensation dans la salle; murmures d^étonnement; tous les regards se dirigent Ters Leonora, qui se renrerse brusquement dans son fauteuil en éclatant de rire.j

CARNIOLI.

Qu'esl-ce qui arrive donc?

LEONORA, riant.

Oh ! Dieu ! mon Dieu I Carnioli ! mon mouchoir qui est parti avec le bouquet!

CARNIOLI.

C'est une inadvertance. ♦

LEONORA

J'avais enveloppé la queue de mon bouquet dans mon mouchoir,... vous comprenez?

GARNI on.

Je comprends très-bien. (La toue se baissa.)

LBONOHA, se IflnanC

Oh! sauvons-nous. (EUe rit.) Oh I mon Dieu quelle aventure!

un mouchoir magnifique, SHI vous plaît. (Prenant le bras de Car-

niou» eUe sort.) Est-co qu^il rapporte, voire poëte? (sue tu aux éclats.)

.fiar la'^roQte de Pomaotea.

La môme nuit. Clair de lona.

R S W £ I N , marchant lentement,

,.. Étrange regard I... Je Tavais déjà remarqué à ce bal... un incendie dans la nuit ! sa noire prunelle roule dans ses profondeurs de chaudes effluves et des parcelles d*or, comme une mer sombre incrustée d'étoiles... — Quelles pensées mystérieuses s'agitent dans cette tôte hautaine, soas ce front paie et ennuyé?... Bahl qui plongerait dans l'abîme de cette poétique mélancolie n'y trouverait que le vide et le néant ! — Les préoccupations banales d'un^ femme, la routine mondaine f le souvenir d'une valse ou la conception d'une coifiTure!... Notre imagination, avide d'idéal, édifie tous les jours sur de vaines apparences ces prétendus types romanesques, qui se dissipent, dès qu'on les touche, en éléments vulgaires ! — Rien

de plHS semblable bous le sdeil qu'use £»smie •— et^une femme! — JEties tout rares, celles doat Tâme ne cléiasnt pas les r(hres^ doux ou profonds qu'a fait naître leur beuité... (iTte énoti»«.) Gtière Maitbel... chère yérité!... fn Bmeh* «mi«b« temps m •»«■€••) Une' diatoastioiiy... c'est évident... £Ue aété la première à eu rira... £t c^pendaiit, au moment où fon bouquet quittait sa iBBaifi, je la regardais; sou œil «"est ouvert soudain comme un nuage qui lance la foudre... £tie :m'a couvert de flammes l... (▲tw floièrt.) Ah! que m'importe I... (n fdt vtatqnM fm-) Ce misérable chiffon de dentelle me brûle la poitrine ! (n tire rtf»

son sein le moaoholr de Leonora et le Jette.) Va-t'en ! (Un fOuflDe de vent le ramène à ses pieds ; il le relève et s'arrête appuyé contre un arbre du

ébemin.) Ce sont les parfums mortels de l'Orient; elle l'a trempé dans le poison comme un poignard indien ! Que me veut celte femme? elle a su ce qu^elle faisait, j'en suis certain I... Que me veut-elle? quel divertissement barbare s'fist-elle proposé? jusqu'où Teût-elle conduit?... Ahl pourquoi supposer le mal?... Une rêveuse enthousiaste peut-être, toute grande dame qu'elle est ! une pauvre âme éprise de chimères, qui berce dans dea songes d'enfent ses loisirs éternels !... Ce monde na'est étranger... Que de fois j'ai souhaité de pénétrer dans le sanctuaire d'une de ces oisivetés olymiwennes,... d'étudier sur un de ces CGBurs blasonnés un idiome inconnu de la langue des passions!... Prestige invincible dont nous éblouissent ces fières patriciennes! Il semble que leur beauté, plus pure et plus exquise, se soit peu à peu divinisée dans les raffinements de leur luxe héréditaire;... il semble que leurs corps superbes soient pétris d'une substance immortelle,... et que le seul contact de. leur main vous doive saisir lie celte volupté terrible

qui pétrifiait les bergers antiques visités par les déesses amou* reuses!... Illusion ridicule!... une heure,... un Instant me suffirait pour éteindre cette dernière curiosité de ma jeunesse... Je serais plus tranquille ensuite, ne laissant derrière moi aucune séduction vivante, aucune tentation debout... Cet idéal, vu de près, tomberait en poussière comme tous les autres... — Elle demeure près d*ici... Oui, un instant me suffirait,... je pourrais, sans trahir ma parole... Ah! honte sur moi! lâche cœur, je te briserais plutôt de ma main ! sang maudit, je te répandrais plutôt hors de mes veines! (u s^éioi^oe à pas précipités.)

Un boudoir de la villa Falconierl.

Intérieur d*ane somptueuse élégance.

LEONORA, plongée dans les coussins d'un divan; GARNIOLI,

debout, jouant avec une chaise.

CARNIOLI.

Ainsi, je puis espérer de vous voir à Madrid vers le milieu de juin?

Oui.

CARNIOLI.

Votre conversation est celle d'une personne qui s'ennuie.

princesse. — Si, pour rompre le cours de vos idées, nous soupions, qu'en pensez-vous ?

LEONORA

Non.

CARNIOLI* '

Voulez-vous que je m*en aille?

LEONORA

Non.

GARNIOLI, touchant le elaviev d'un piano.

Youlez-vous que je vous joue le chant de Boabdil?

LEONORA

Non.

GARNIOLI.

Voulez-vous que je vous dise ce que vous voulez?

LEONORA

Dites.

Vous voulez voir le signer André Roswein.

LEONORA, tranquillemant.

Vous êtes un insolent, Garnioli; mais cela m'est bien égal. Je me soucie de vous, mon ami, et du monde entier, comme d'une pièce de cinq francs.

GARNIOLI.

Du monde entier, excepté du petit André Roswein*

f«l SCÈNES ET COMÉDIES.

ZiBOIfORA.

Bien entendu.

GABXIOLT.

Un peu de patience. Il va venir, allez.

LEONORA9 ayeo .la même T»^««¥*<^Bf-^

S^il avait cette incroyable effronterie, osez-vous me dire en face que je le recevrais?

Permettez, princesse : vous le reoernezi^mai, vous 1er posseriez au laminoir de vos plus écrasants mépris, et vous le ren^ verriez tout écloppé à sa demoiselle : cela n'est pas douteux; mais enfin vous vous en donneriez Témotion. On n*a pas tous les jours un poëte à se mettre sous la dent.

LEONORA

Dites tout de suite que je lui ai jeté mon mouchoir volontairement, et n'en parlons pbis.

GAKNXOU.

Je ne dis pas cela.

;XB.OrMi> B^ , ' 8*rdHHant.-Bnr.l8 'divan, omerTàiieBM»

Tous lepenseif Est-Kje que je ne -vois pas 'claîiwaieiit qwe vous le pensez? Soyez franc une fois en votre vie T Tous avez cru que j'obéissais servilement, comme une esclave du harem, aux odieuses suggestions dont vous m'aviez circonvenue toute la soirée r... Tous êtes un misérable 1... Âhl certes.

DALILA. m

j'en suis fâchée pour ce jeune homme, qui est bien innocent .ée toutes NOS manœuvres^... mais, s'il vient, malbèor à lui I Je le ferai souffleter par un valet I... J'écraserai sur sa joue losindignes soupçons I

MATTEO, entrant.

Un jeune homme est là qui insiste pour qu'on remette jcette

carte à madame .la princesse. (iMnora pnnd la eacte» j jette lag^SJOar. >et M met à ike.)

LEONOaA.

Sortez, Matteo; je vous rappellerai. (Hatteo toru —a canUoiLV C'est lui. Que me conseillez-vous.?

CÂRNIOLI, très-grare.

Princesse, il est dangereux de rire avec vous : je viens de vous entendre qualifier avec une étrange sévérité quelques plaisanteries dont le goût pouvait èlre équivoque, mais dont Tint^tion assurément ne fêtait pas. Il est humiliant pour moi d'avoir 'à vous apprendre que mon idolâtrie artistique ne va point jusqu'à immoler sur les aiitels de mon fétiche les sentiments les plus inviolables de l'amitié et de l'honneur. — Pour ne pas m' exposer deux fois à de telles méprises, je ferai uneréponse sérieuse à une question qui, je pense, ne Test guère : il ne faut poiiît, madame, recevoir ce jeune homme.

LBONO&A.

pMvquoi t

CARNIOLI.

Parce que ce serait un scandale. Cela crève les yeux.

LEONORA

Ne vouliez-YOus pas vous-môme tantôt que je Tinvitasse à -souper ?

CARNIOLI.

Sans doute; mais autre chose est, madame, de recevoir un homme à titre d'invité, ou en qualité de galant castillan qui s'aventure dans les maisons sur la foi d'un bouquet et d'un mouchoir tombés à ses pieds. La distraction que vous avez eue cesserait d'en être une aux yeux du monde, si vous alliez justifier en quelque sorte la manière avantageuse dont ce gardon semble Favoir interprétée.

LEONORA

Et ne m'avez-vous pas suppliée, dans l'intérêt de Tart et de l'univers civilisé, de me mettre en frais de coquetterie vis-àvis du jeune maestro ?

CARNIOLI.

Je vous ai demandé quelques légères amorces de coquettejrie, soit, mais non pas un coup de filet comme celui-là I

LEONORA

Il fallait vous expliquer, mon a'mi.

CARNIOLI.

Je m'explique, princesse. Il en est temps encore. Perdre son mouchoir n'est rien; mais accueillir chez soi, au beau milieu de la nuit, celui qui l'a trouvé, cela devient quelque chose. — J'ajoute que ce serait trop présumer de ma belle humeur que de me croire disposé à égayer de ma présence une entrevue de ce genre-là.

DÀLILA. 465

LEONORA

A quelle heure partez-vous pour l'Espagne?

GARNIOLI.

Dès que vous m'aurez donné à souper ou que vous m'aurez mis à la porte.

LEONORA.'

Eh bien , partez.

CARNIOLI prend son chapeau, salae profondément léonora, et se AMg9 rers !a portée An moment de sortir, il murmnre en riant dans sa barbe.

Allons, je n'ai pas mal joué cela ! (n sort.)

LEONORA

Matteo! (Katteo rentre.) Faites entrer ce monsieur. — Aht Matteo, veillez à ce que je vous ai dit. (Katteo sort.)

léonora, seule un instant. EUe se soulève, jette un regard dans une glace placée derrière elle, et se rassoit. EUe demeure peAsire, la tête dans sa main. '^ Rotwein entre : ses traits sont altérés.

ROSWEIN, LEONORA.

LEONORA, d'une voix onctueuse.

Monsieur Roswein... (EUe le. regarde un moment.), j'ai entendu dire que vous alliez vous marier... Vous venez apparemment m'inviter à votre noce ?

ROSWEIN, troublé.

Ma démarche^ madame, je le sais.<

AWi SCÈNES ET COMÉDIES.

Page 1