I.JIONORA
Étonnamment.
ROSWE IN essaye plaileors ehants. — S'interrompant tout à 6Mq^ et portant la main & se paitcfaie,.àdenii-Tojx.
Aïe I... qu'eStp-Ce que j'ai donc làl (n reprend. — Apite aTOir arrêta «se mélodie qa*il répète deux on trois fois» il se retourne ren Léonora.)
Vous avez entendu?... Est-ce bon, cela?
LBONOBA.
Pastrop#
ROSWEIN.
Tons avez de l'humeur, Leonora.
LEONORA
Pas l'ombre. Vous me demandez mon avis; je vous Je donne; xoais il faudrait toi^anrs vous flatter pour vous p]adte«
ROSWSIN.
Il fimdraît, défi que j*ai une lueur de courage, ne paft déteindre d*im re^Fers de main, voilà tout.
LEOJNOEA.
Si vous le trouvez joH et neuf, ce chant, gardez-lè.
ROSWEIN.
Non. Il ne vaut rien, vous avez raison, (n frappe Tioiemment d»
poing sor le elaTier et se lèTO.)
LBONORA.
Vous y renoncez? Vous faites bien ; vous n'êtes pas en verve ce soir.
ROSWEIN, 8*exaltant.
Ni ce soir ni jamais. — Mon talent est mort; toutes les cordes de mon cerveau sont flétries, desséchées, comme si la flamme y avait passé. Vous ne me l'apprenez pas,... mes nuits sans sommeil le savent assez!... Mais est-ce à vous de me le reprocher?... à vous qui avez usé dans des luttes stériles, dans de misérables agitations, dans de mesquines douleurs, toute la force de mon esprit?... Oh! Dieu, en si peu de temps un tel changement! Hier encore, les meilleurs dons du ciel, la riante poésie et la féconde jeunesse chantant tous leurs hymnes à l'espérance ;... aujourd'hui, le vide, le silence et le froid de la tombe,... voilà mon âme!... Âh I s'il est, comme on le dit, des créatures de Dieu que leur faute ait déshéritées d'une splendeur et d'une puissance divines, — je sais ce qu'elles soufi'rent dans leur dégradation ! J'ai le secret des amertumes qui rongent éternellement leur pensée... Que ne pouvez-vous un seul instant, vous aussi, connaître ces angoisses!... du moins, vous ne les insulteriez pas!... Mais vous les connaîtrez, Leonora;... oui,... le jour où le premier souffle de la vieillesse vous jettera bas de votre trône, désarmée à jamais de votre pouvoir, déchue pour toujours de votre beauté,... ce jour-là,... Je serai vengé!
LBONOEA*
Délicieux intérieur'
ROSWEIN.
Laissez-moi. Allez à ce concert, et dites à ce jeune homme, à ce chanteur, qu'il peut so dispenser de venir mendier plus longtemps à ma porte,... que je n'ai rien à lui donner, que ma tête est désormais aussi pauvre, aussi nulle que la sienne I (n
se laisse tomber sur un diTon. )
LEONORA
Pensez-vous m'affliger beaucoup? Vous figurez-vous par hasard que je sois éprise de ce garçon ?
ROSWEIN.
On le dit à Naples.
LEONORA
C'est parfaitement vrai. Je Tadore.
ROSWEtN.
Ahl de grâce, Leonora, une minute de repos 1... Je ne suis plus de force à supporter cela... Je ne vous demande qu'un peu de charité. Aimez qui vous voudrez. Dites un mot, et je m'en irai, si vous n'avez pas !a patience d'attendre qu'on m'emporte.
Comme c'est gai, cecil — Je vous dirai, Roswein, qu'il n'y a pas plus de courage que de bon goût à prendre ainsi à tout propos des attitudes d'agonisant et à faire étalage de votre suaire devant les dames, — surtout quand vous n'avez d'autre maladie, à ma connaissance, qu'un rhume de cerveau.
996 SCÈNES ET GOltÉDIES.
ROSWEIN, jetant anx pieài i»IieoB0ni an moaohoir qa*a a portée àjai>0]udM|« et qui ett teiiit.der laot»
Tmezl
Tcttfiiffi actifitog esadieni le sui)g»
ROSWEIN.
Vous êtes une malheurease'I (U éclate en sanglots et cache sa tèt» dansjseiiBitina.)
.{.AONOBiu
' Je n'aime pas les hommes qui pleurent. Bonsoir, (sue se lère
•t sort.)
ROSWEIN, GÂRNIOLI, semonteantlion dabakson dès «»
Leonora est sortie.
GARNIOLI.
André l
ROSWEIN, se levant.
Garniolil
GARNIOLI, lai prenant le bras.
Viens-t'en.
ROSWEIN.
Comment? pourquoi?... Où voulèz-vous que j'aille?
. GAANIOLJ.
Sortons â*îci, te dis^^t Jb ne yeux pas que lu restes vam minute de'pluff dans cet enfer.
DALILA. m
Qui m'y a jeté, Carnioli?
GARNIOLI, frappant du pied.
Cest moi, mille diables ! Ne me le répète pas; je me le suis dit assez, (n le regarde.) Tu es bien changé, mon pauvre enfant... In rembrasse. j Allons, viens !
KOSWSIKi.
« ie ne puis. — Ahl Carniolî, pourquoi nfavez-vonsprécîpîté «éians'CGs abfmesl
CARNIOI»!.
Encore! Je ra^en repens, te dis-je l Que te faut-il de plust Pëurquoi m'as-tu envoyé recevoir une volée de coups de bâton «hez les capucins, toi ? H me semble que chacun a ses* torts au monde... Môii du moins, je croyais tfc rendre service,... oui, sur mon âme, je le croyais sincèrement!... En thèse générale, J'avais raison ; mais mon tempérament individuel a déjoué mes calculs... Pouvaîs-je prévoir, bon Dieu! que tu prendrais avec un sérieux tragique là moindre aventure galante qui tenterait ta fantaisie? Avais-je fidée d'un amoureux de ton espèce? Était-il vraisemblable qu'un homme de ton mérite fût d'humeur à jouer entre les mains de la première femelle venue le rôle d'un pantin au bout d'un ûl? Non; il m'a fallu, pour le croire, assister de ma personne à cette scène burlesque et lugubre où je t'ai vu exécuter docilement tous les exercices 4'un jaune acrobate aous le fouet d'une cocpiette impitoyable, âang de mes veines! à quoi te sert donc cette cravache que
voilà? (n preod une oraTache saspendae an mar, en ciogle deax coups sur les meubles et la Jette sur le parqnet.) YienS-CeD!
ROSWEIN.
Non, Carnioli, je suis entré dans un chemin mauvais, mais j*y veux marcher droit. Ma vie est scellée pour jamais dans cet amour qui fut ma faute : mon propre mépris m'étoufferait, si je n'avais pas le cœur de rester fidèle à ma trahison. Que m'importe la souffrance I je ne souffre pas assez,... mon crime ne sera jamais aussi cruel pour moi qu'il le fut pour d'autres.... (viTemcnt.) Ne me parlez pas d'eux,... je ne sais ce qu'ils sont devenus,... je ne veux pas le savoir... Mais ce ne sera pas du moins un entraînement passager, un futile caprice qui m'aura fait commettre cette lâche action que vous savez : ce sera une grande et irréparable passion dont j'épuiserai le calice jusqu'à la lie,... jusqu'à la mort!... C'est le seul devoir qui me reste,... je le garde : c'est la seule vertu qui me sauve de l'extrême désespoir,.., laissez-la-moi t
GARNIOLI.
Penses-tu m'abuser avec ce jargon mystique? espères-tu t'abuser toi-même? Qu'ont de commun le devoir et la vertu avec la v!e abjecte que tu mènes ici? Ose dire la vérité 1 cette femme, qui te tient sous son talon, qui te roule et te déchire en riant dans la poussière et dans la fange de ses pas, tu Taimes !
ROSWEIN.
Eh bien, oui, je l'aime! Je ne pourrais vivre loin d'elle : il n'y a pas au monde un sentiment, un spectacle, un triomphe
dont je puisse jouir, si elle ne le partage, si sa présence ne réclaire. Où elle n'est pas, il n'y a ni cieux ni soleil... Le jour se lève dans ses yeux,... mon cœur n'est plus que Técho de son cœur,... ma vie n'est plus que l'ombre de la sienne... Je l'aime, vous l'avez dit.
GARNIOLI.
Misérable enfant I as-tu perdu l'honneur avec le reste t Attendras-tu qu'elle te jette hors de chez elle par les épaules? Ne comprends-tu pas que ta place n'est plus chez cette femme, dès que tu n'y es plus aimé?
ROSWEIN.
Vous la connaissez mal, Garnioli : c'est une âme orageuse et troublée, mais loyale. Quand elle ne m'aimera plus, elle me le dira. Ne lui ai>je pas offert cent fois de la quitter? Pourquoi me retient-elle, si elle ne m'aime pas?
GARNIOLI.
Pourquoi ? — Sur ma parole, c'est une naïveté qui ferait rire un mortî... Pourquoi le tigre a-t-il les mœurs du tigre? Pourquoi joue- 1- il avec sa victime avant de lui donner le coup de dent suprême? Dis-moi cela, mon garçon?... Et n'est-ce rien, d'ailleurs, que de s'entendre répélcrtout le long des jours, on langage poétique, qu'on est belle et qu'on est adorée? Et n*est-ce rien encore pour ces palais blasés que la saveur rafiSnée d'un amour en partie double ? N'est-ce rien pour ces consciences mortes que le plaisir de tromper? N'y a-t-il pas un égal divertissement pour l'esprit et pour le cœur dans les acres émotions et dans la stratégie savante de la trahison?
Je te dis qu'elle aime ce Paolo Maria, et je suis prêt à le jurer, si tu le veux.
aOSWEIN.
Encore une fois, Carnioli, vous la coonaissez mal; elle serait capable d'un crima peut-être, mais non d'une basse infamie.
CARNiOLI.
Mon ami, elle est capable de tout, comme toute femme qui n'a d'autre principe de conduite que la passion. L'as-tu jamais vue mettre le pied dans une église? Non. Eh bien , méûe-toi également des femmes qui ne sortent pas des églises et de celles qui n'y entrent jamais : ce sont deux espèces venimeuses. — Hors du cercle chrétien, André, je connais des hommes honnêtes, mais pas une honnête femme. Outre que les passions d'un homme ne sont pas soumises à des règles aussi sévères, elles sont moins violentes, elles s'affaiblissent d'ailleurs en se dispersant : l'honneur humain peut suffire à les dompter. Mais les passions d'une femme, à la fois plus fougueuses et plus exclusives, veulent le frein religieux. — H n'y a que Dieu contre ce*torrent. ■— Ta maîtresse est un esprit fort; il ne m'en faut pas davantage. Je vais te conter son histoire : elle a eu des amants, elle en a et elle en aura. C'est à quoi se réduit dans la pratique toute la philosophie du sexe : toute femme qui n'est pas au Christ est à Vénus.
ROSW'EIN.
Je ne m'en irai pas, Garuioli : ainsi, vous perdez vos peines
ei vos calomnies.
DALILA. «t
GÂRN10LI, B'aceoadant fiir le doMier d*im ftntetdl, et parlant sur le ton d'ane ironie amère, mala eontemie.
Mes calomnies, jeune homme I... Ahl je vois ce que c'est. •• Après t'avoir enlevé par un coup de main de courtisane, il fallait raffermir ton estime ébranlée... C'est la manie de ces femmes que de vouloir être estimées... Il fallait aussi bien t'édiGer sur le passé pour mieux t'aveugler sur le présent et sur l'avenir.. . Alors, on s'est drapé dans sa robe d'innocence,... on a pris à tes pieds des poses virginales,... l'oiseau de proie a modulé des soupirs de colombe. La lionne a bêlé I et, tandis que tu palpitais sous sa griffe, elle t'a persuadé que tu étais son vainqueur. Tu as demandé pardon ayu ciel d'avoir mis à mal une si pure victime, et tu as juré de consacrer ta vie à réparer cet énorme forfait 1
ROSWEIN.
Assez!
GARNIOLI.
Tu vois que je la connais. — Par un juste retour, après t'avoBT apitoyé sur son sort^ cette généreuse personae se sera, ]e n^en doute pas^ attendrie sur le tien. « £ niant que vous êtes, t'aura-fr-elle. dit pendant que sa blanche main, rivait ta chaîne^ fuyez 1 Mon amour est fatal I J'ai fait vœu de. ne jamais aimer t Tout ce que j'aime souffre et meurt. » Et alors, elle t'a parlé de son mari, qu'elle aimait et qui est mort, — de ses fleurs préférées, qui sont mortes; que sais-je? de son épagncul favori, qui est mort; et, après cette émmoiération funèbre, elle fa engagé de plus belle, en t'cnlaçant de ses bras magnifiques, a fuir la malédiction qui pesait sur ta tôte... Ahl ce sont de
douces heures dans la vie, je ne le nie pasi... Et lorsque enûn elle a eu bien solidement doublé et triplé sur tes yeux le bandeau classique, lorsqu'elle t'a vu convaincu bien à fond que tu étais son premier amant et que tu serais le dernier, elle en a pris bravement un sixième!
ROSWBIN.
Vous mentez I
GARNIOLI.
Tu ne crois pas au sixième? Eh! morbleu! tu croiras du moins au quatrième,... car c'était moi.
ROSWEIN, Tiolemmeiit, lui saisissant le bras. Tu mens! (Leonora se précipite dans la chambre.)
Les Mêmes, LEONORA.
LEONORA, prenant les deux mains de Roswein.
Merci, André, merci, mon amour I... Mais il ne fallait pas lui répondre ! il n'y a pas de termes de mépris qui ne glissent sur son front. •* Monsieur Carnioli, je n'ai rien à tous dire* Sortez de chez moi.
CARNIOLI9 graTe.
Madame, je suis très-fâché de vous voir. Je n'aime pas les scènes de ce genre-ci; mais enfin vous voilà. Eh bien, si jamais vous avez su ce qu'il en coûte de perdre ses plus chères illusions, ne prolongez pas l'agonie de ce jeune homme : puis-
que j'ai été forcé de lui briser le cœur pour vous en arracher, rendez-lui le service du coup de grâce ; attestez que j'ai dit la vérité.
LEONORA
J'atteste que vous mentez.
GARNIOLI.
Princesse, je ne sais véritablement pas ott vous voulez en venir: vous avez la tête forte, j'en conviens; mais vous n^ignorez pas que je vous tiens dans ma main , et que j'ai la main ferme. Je me demande par quelle issue vous espérez m'échâp* par, cela me passe.
LEONORA
Gomment I le mi8énd)le ne veut pas sortir!... André, il vous a reproché, je crois, de no pas savoir manier cette cravache... Donnez-la-moi donc I
CARNIOLI, hon d« lai.
Ahl mille serpents à sonnettes 1 elle veut que notis nous coupions la gorge, l'enfant et moi ! Voilà son plan 1 j'aurais dû le deviner dès qu'elle est entrée... Pas un mot, pas un geste, André, ou tu t'en repentiras le reste de tes jours!... J'ai chez moi un paquet de ses lettres; dans vingt minutes, je te le rapporte!
ROSWEIN.
Leonora, que dit-il donc ?
LEONORA
Il ment.
Âttends-moi vingt minutes, si ta es un faonnne. (n foit.)
ROSWEIN, LEONORA.
Dès que Camioli est sorti, Leonora s'affaisse snr ses genoux la t4^te dans ses mains, et éclate en sanglots.
ROSWEIN.
LeoQoral... pourquoi ces larmes?... je ne le crois pasi
LEONORA, d'une Toix étouCTée.
Xuez-moil tuez-moL avant qu^il revieanel
ROSWEIN.
Ciel puissant I c'est donc vrai? (leonora sanglote sans répondre; ses ebeTenx inondent ses épaules.) Ohl DieU JOSI&I (il marche h travers la etaambre. Moment de silence. Bevmiant près d*eUe, iL reprend, d'nna Toii
Bonrde.) Pourquoi m'avez-vous trompé? A. quoi bon? Ne vous aurais-je pas tout pardonné?
LEONORA, toujours prosternée snr le parquet et sanglotant.
Et nà'auriez-vous aimée?... aimée de cette pure tendresse,
— de ce noble amour d'enfant dont j'étais si indigne, André,
— mais par lequel j'étais si heureuse!... Hélas! que de fois Faveu de mon infamie a failli s'échapper malgré moi d'un cœur qui débordait!... car c'était un bonheur bien troublé que le mien, André... Je vous avais trompé!... l'amertume de cette
B^ALIUL. 215
pensée ea mâlrât à tontes mes jines,... ^ empeisoiinait i&a vie,.^ mes pm^oles, . .. joga humeur v.«. c'était la aeurce unique de : cas mjuivais caprices doot je vous torturais, panTre en&nt!».^ Que de fois j'ai fléchi sous le fardeau ! que de fois j'ai été pràs da ViOHS. dire : «Ne touchez pas mon front, ^. il souille vos lè^ vres !... » et.pnis le conrage me manquait,... je ne ponvais,.^ je ne pottvaiaU*. (viar^nn.) Je vous aimaisl... vons me croirez pent-ètre maintenant que .tout est fini. Aoswenif ..« je vous ai bien aimél
EOSWE.lli.
Je ne Yous cn^ pas.
LBONORA.
Non,... je ne puis m'en plaindre, j'ai tué la confiance... Toot
est fini, je le sais bien... (EUe se lère «t m tomber épuisée tnr le
divan.) Je ne VOUS demande rien,... rien.. Ahl je' serais la première à vous mépriser, si vous restiez;... mais ne me jugez pas du moins plus sévèrement que je ne le mérite ,... je vous en supplie.- Ne croyez pas à tout ce qu*a dit Carnioli, à tout ce qu'il vous dira.... Je ne vaux rien, mais il vaut moins que moi... J'ai été sa maltresse,... voilà ce qu'il y a de vrai,... et c'est assez pour la honte de toute ma vie; mais tout le reste est faux, et il le sait bien;... ces lettres mômes dont il se vante, ces lettres vous le prouveront!
ROSWEIN.
le ne vous crois pas. Taisez-vous.
LBONORA, soppUante.
Ahl: pOBEqnei ms traileF si dasement, Eûsweinh** Quand je
t46 SCÈNES ET COMÉDIES.
serais, comme il vous Ta dit, une créature, une courtisane, tout ce qu'il y a de plus vil,... ne vous ai-je pas aimé — et fidèlement? Qu'aurait pu faire de plus pour vous le cœur le plus pur?... Je suis sous vos pieds,... épargnez-moi... (EUe pleure.) Si VOUS aviez la patience do m' entendre, je vous dirais ma vie tout entière;... mais vous ne me croiriez pas encore!... et cependant, la dernière des femmes a encore ses moments de sincérité et de vertu,... et. vous voyez bieif du moins que je suis dans un de ces moments-là, André!... oui,... il n'y a qu'une faute dans ma vie : c'est Carnîoli ! Jusque-là, j'étais au niveau des plus irréprochables, sinon des meilleures;... ce monde au milieu duquel j'avais été abandonnée toute jeune,... presque enfant,... ne m'avait même pas effleurée de sa corruption;.*, j'en aimais avec ardeur le mouvement, les plaisirs, la vie factice et brillante;... il me prodiguait aussi des adulations qui m'enivraient;... ma pensée s'absorbait tout entière dans l'espoir — ou dans le souvenir de ses fêtes — et de mes frivoles triomphes. Ce fut toute la passion de ma jeunesse !... vous pouvez me croire, André; je n'attends, je ne veux pliis rien de vous qu'un peu de justice et de pitié... Ah! si je vous avais rencontré alors,... j'aurais pu vous aimer en repos, grand Dieu!... EnGn... les années étaient venues,... mon esprit était laô de tant de futilité,... mon cœur s'agitait dans le vide,... fêtais seule,.«. malheureuse;... j'aurais donné, pour m'appuyer sur une main amie, mon nom, ma richesse, mon sang!... je fis plus : je me donnait...
ROSWEIN.
A Carniolil... Tout autre,... je l'aurais. compris, peut-être... ISais Carnioli !... Étrange début pour une honnête femme!
DALFLA. ta
LBONORA, amèrement.
Oui,... n*est-ce pas?... Je le pensai comme vous, quand je le pus connaître, quand, sous ces formes cheyaleresques, sous ce langage enthousiaste, qui m'avaient séduite,... je ne trouvai que régoXsme glacé d'un fat,... la sécheresse et la décrépitude d'une âme de libertin vulgaire... Âh ! c'est lui qui me reproche devons avoir trompé,... d'avoir surpris votre amour,... de m'être faite meilleure que je n'étais... Lui! il est hardi!... Mais il avait de l'esprit du moins, et Dieu sait comme il en usa! Certes, il n'a pas tenu à lui que je ne sois devenue telle qu'il me dépeignait à vos yeux tout à l'heure, telle qu'il me croit peut-^tre,... car je n'épargnais aucun soin pour soustraire à son insolente ironie tous les songes de jeunesse et de vertu,... que ses leçons,... que son contact flétrissant avaient refoulés,... mais non étouffés au fond de mon cœurl... Je vous gardais, André, quoi qu'il en puisse dire, cet humble, ce pur trésor de mon âme... Mon âme! comment Taurait-il souillée? (1 ne Ta pas connue. C'est vous qui me l'avez révélée, je ne la dois qu^à vous; elle s'est éveillée sous votre souffle... Allez, mon ami,
elle vous survivra pour vous venger!... (EUe eaehe sa Ute dans lat earreanx da diyan ; Rosweln, debont, la regarde en silence. Elle se lèye tout
à coup et va è lai.) Partez!... qu'il ne vous retrouve pas ici,... que je n'aie pas à rougir devant lui... Encore cette grâce,...
partez! (Elle lal prend one main, qu'elle baise en s'inclinant, et poarsoit a*ane voix entrecoupée de larmes.) Je ne VOUS aimais paS, André,
puisque vous ne voulez point me croire,... je vous respectais,... je vous adorais... Cela est bien vrai,... vous étiez pour moi plus qu'un amant bien-aimé,... vous étiez ma religion,... ma^
fl6 SCÈNES ET COMEDIES.
prière,... mon lien avec le ciel... Vous osiez me parler de Dieu!... je n'osais tous répondre,... mais je comprenais... Tout CD qne j'ams de bon et d'bonnéle,... tout ce qui me coqbo- Jaît de BOÎHnkBe,.*. vous emportez touAl... tout Ta s'éteiodce avec te cher xeçud de vos yevL... Andfé! bob André I tdieu!... |Bii«toiBb« A fuMiz, loi baiiMttasiiiai.i Meisà de m'a¥oir euBeez**»
Leonora, vous êtes plus coupable que des paroles ne peuvent le dire, si vous dépensez tant de larmes et de serments pour tromper un être aussi confiant (jue moi. — Relevez- vous : je vous aime.
LEOTTOKÂ, M relflTBBt et le regtrdant'sree anxiété.
Non,... André!... si c*est une i*aillerie,... si cette joie entrée en mon cœur doit en sortir,... je vous jure que le châtiment sera plus grand que la faute.
Je ne raille point, le f aime, (n u §an dani s» bras et la porte
fiélsillante sur le aiTan.)
il E ONOEA, «anaat Us yenz eft le legerdant.
II y a des anges!.. . Mais que «uis-je, moit que suis-je^
mon Dieu? (nie eaehresB ^aft.)
aOSWEIN^
N*y pensez plus. Oubliez comme j'oublie. La souffranee yous a raciietée. (h n UTe.) Mais je ne veux pas que cet
Iwmme reatre ici. Je vais le prévenir. Je vais à Nsiplea. — > Yonis êtes brisée. Allez prendre du repoi. Dormez en paix, A demain.
LEONORA, 86 IfTMit et llnttrrogeaiit des yeaz.
Aodré,*. je ne vous reverrn plas?
ROSWBIN.
Demain, au point du jour, si vous n'êtes point trop lasse,... nous irons, comme autrefois, comme au printemps de notre amour, courir sur les rochers, fouiller les ruines et moissonner dans la rosée. Me croyez-vons?
LEONORA
Je vous crois, je vous crois I [sue lai boise les mains. André la con-
dait jusqu'à la porte de gauche.). A bientôt! (EUe lui enyoie un baiser de la main, et sort.)
ROSWEIN, poia GAENIOLI.
ROSWEIN, seul.
Oui,... ce sont des accents de vérité,... ou la lumière même ■du jour n'est que mensonge et ténèbres! — Que va-t-il dire, lui? Il va encore charger ses accusations... Mais j'ai un mot à lui répondre : « Celui qui a le cœur de pousser dans les bras •d'un autre la femme qu'il a aimée, — celui qui, pour servir ses «desseins, fait de la beauté de sa maîtresse une enseigne et un piège, celui-là peut prétendre à tout dans le monde, — hormis à la confiance d'un honnête homme. » Il y a un quart d'heure à
lîO SCÈNES ET COMÉDIES.
peine qu*il est parti;... en me hât2^nt, je le trouverai encore à Naples ... ou du moins je le rencontrerai sur le chemin... (car-
nioU oarre la porte du fond.) Lui!... Déjà!
CARNIOLI.
Déjà. Âh! tu es seul? tant mieux! — Je ne suis pas allé à Naples, j'y ai envoyé Beppo, que j'avais laissé devant la grille avec mon cheval. Dans un instant, il sera ici avec les lettres, et tu pourras te convaincre, mon amir..
ROSWEIN.
Cest inutile. Elle m'a tout avoué.
CARNIOLI.
Âht... Je m'en doutais. — Or çà, fais ton paquet, et partons.
ROSWEIN.
Non.
CARNIOLI, Tireoient, le regardaoU
Non?... Eh bien, je suis fâché de te le dire, mon garçon, mais tu es...
ROSWEIN.
Un lâche, c'est entendu. Écoutez, Carnioli : vous avez été» à votre façon, mon bienfaiteur. Je m'en suis souvenu jusqu'ici ; mais eh voilà assez, croyez-moi. Un mot de plus dépasserait tout ce que la reconnaissaûce humaine peut supporter.
CARNIOLI se promène un moment en silence, le front soucieux; pais il reprend d'une voix brève et agitée.
Mon cher, — tu seras cause que je terminerai mes jours
dans un couyent, toi, vois-tu ! — J*ai trop aimé la musique, tu as trop aimé une femme... Nous expions tous deux. — Chaque homme reçoit une certaine dose de sensibilité, une cer-. taine faculté d'aimer et de se dévouer, qu'une loi supérieure lui ordonne apparemment de répandre autour de lui dans des proportions réglées, — en attribuant une part au donateur, une autre à la famille, une autre à la patrie, à ce qu'on nomme le devoir enfin , — et réservant le surplus pour les distrac^ tiens et pour les loisirs de la vie. Nous avons tous deux violé cette loi, nous avons concentré toute notre puissance d^affection sur un seul objet, et, ce qu'il y a de pis, sur un objet de luxe : moi sur la musique , toi sur une femme. Nous -sommes maudits à cause de cela, mon garçon. — Ma passion, à moi, est frappée au cœur par les ressorts mêmes qu'elle avait tendus. Je perds l'œuvre de ma vie par les combinaisons que j'avais méditées pour la sauvegarder; — à la secrète rougeur de mon front, et pour tout achever, je vois une main que j'ai emplie de bienfaits prête à se lever contre mon visage. Cela est dur! — Toi, tu assistes, comme un témoin désespéré, mais impuissant, à la ruine de ton corps, de ton âme et de ton génie I Cela n'est pas gai non plus. — Il y a un Dieu, Roswein, positivement.
ROSWEIN.
Je le sais.
GARNIOLI, dont Tagitation augmente.
Âh! cette femme!... Comment ai-je pu oublier qu'il a suffi en tout temps de ces fragiles écueils pour briser toute force humaine? Un enfant le sait!... Omphale, Circé, Dalila! Ces
%%% SCÈNES £T GQMËDIES.
non» de magicieiiius qui flaoiboi^it commQ des i^ares dan» la taditioii du annule, ooKimeBt a» m'ont-ifepas «dairé?... Mais ce qui pe»t être sauvé enocve de toa naufrage, je le san- TeraiL.. oui, — à toul firâ! S'il tere^e im kmbean de cœur dans la poitrine, je le tirerai de oe harem,, -^ quand je de?rais, eomm^ Ulysse» le mettre devant les yeux «n miroir d*acier, —^ quand ta de\rraÂ8 ea antir ki rtâet josque daas la meeUe de tes os L«. Ansai bM» il le £»i^.^ Seulement, j'aurais Yovàvt ty piéparei;.* Il s'est plus tempa. Écoute.
aOSWEIN.
Nofi*.. LaissezHBdl
GARNIOLI.
M! pour une fois, eu ma vie que je parle séneusement, tu daigneras m'éeooterU*. — Je ne suis pas reyeDu d'Espagne dîrectaoïeBt. Une aiûred'i«kéfèt œ'af^fieiatt eu Sldie, et, ayant àà toucher à Naplea, je suis allé passer une seouiiae dans une Tilla que j'ai entre Palerme et Monreale. — - Je ne sayais que faire de mes soirées* et je ks employais à courir la caœpagne, gui esit Sert heâle par là, ^- un coin de l'Édea oïdstié par le déluge... Jamais personne, je m'en yante, ne fut moins que mai enclin à la mélancolie... Et cependant je ne saurafs dire par quelle bizarrerie j'éprouyais, durant ces promenades selitaires, la pesanteur d'une âme repliée sur elle-même, — et le yague abattement d*un esprit qui se nourrit, comme un fiévreux, de sa propve substance... Était-ce fatigue éa y4>yage? étaîl-ee presseatimenl?... Qucâ qu'il en soit, un sok-, — c'élaiH jeudi de^- «ifir... {n ih&sua») DouDe-oroî un yen« d'eau. (fto8ir«& m rem ^
DALILÂ. (H3
resa , CarnioH koit on» |Oig^, pose )a rerre prtt d» lof, «^MSOit M
•oit. ) Au déclin du jour, je traversais un étroit vallon que et hautes collines préservent des vents de la mer, et qui est r&* nommé dans le pays pour la salubrité de faîr qu'on j respire. Parmi les ignobles masures éparses dans ce vallon, je remarquai une petite habitation d'une propreté britannique,... une espèce de cottage; —ces Anglais se fourrent partout! ^ Comme je m'en approchais , poussé par une curiosité bande, — fentendis tout à coup s^élever du fond d'un verger attenant à ia maisonnette les sons graves et veloutés d^un vioIoiH celle.
Garnioli!
GARNIOLI.
Je reconnus l'archet,.,, je reconnus la main.
ROSWBIN.
De grâce, Garnioli I
CibBlflGIlI.
Croîs -tu que ce récit m'amuse T — Un homme de moyen fige, à face carrée et à favoris roux, se tenait sur le seuil du logis. II vint à moi , croyant lire sur mes traits .rexpression d^me souffrance subite... Je l'interrogeai... H avait dans sa ferme depuis un an deux hôtes — qu'il me nomma... Sla raison me disait de fuir ce lieu... Mais le violoncelle chantait toujours, et ma passion musicale, se joignant à un sentiment que je ne pourrais définir, m'attirait jusqu'au fond de cet
n4 SCÈNES ET COMÉDIES.
abtme d*amertame, — sur le bord duquel le hasard m'avait amené.
ROSWEIN.
Le hasard, Carnioli?
GARNIOLi; M TOix devient plue brère.
Comme tu voudras... J'entrai dans le verger... Je me glissai sans bruit derrière les arbres , et je pus voir un groupe de trois personnes que le feuillage d'un figuier protégeait contre les rayons du soleil couchant... Une d^elles m'était inconnue: mais je compris que c'était un médecin...
Oh Dieu!
CARNIOLI.
Quant aux deux autres, je les connaissais, et tu les connais. -* Le vieillard seul me parut changé... Les traits de la jeune fille me semblèrent à peine altérés, et cependant son attitude, le fauteuil garni d'oreillers où elle était à demi couchée, l'éclat singulier de son regard, tout m'annonçait que le médecin venait pour elle... Gomme j'arrivais,... il n'y a pas un détail de cette scène qui ne me restât présent, quand je vivrais dix mille ans ( n freppe le parqaet da pied. ) I SOU père déposa son archct, et lui demanda comment elle se trouvait... « Mieux, dit-elle en souriant, de mieux en mieux; mais l'Allemagne seule me guérira tout à fait... » Puis elle ferma les yeux, et murmura quelques mots indistincts... Je ne pus entendre que ton nom...
ROSWBIN.
Par pitié, Carnioli!
GARNIOLI.
« Mon enfant, dit alors le vieillard, conGe-moi tout. . . Ce secret que tu t'obstines à garder, il double ton mal... Confie-moi tout, je t'en prie; je te promets de ne pas le maudire... Il t'a trompée, n'est-ce pas? » Elle rouvrit les yeux: « Non, non, reprit-elle,... je me suis trompée moi-môme, moi seule... Il n'y a d'autre coupable que moi; aimez -le toujours. » Puis, dès que sa paupière se refermait, comme si le délire la reprenait subitement, elle changeait de langage,... elle t'accusait,.,, elle répétait tes paroles d'amour,... elle priait son père,... elle priait Dieu de te pardonner.
ROSWEIN.
Oh malheur! Carnioli, si vous m'avez aimé jamais I««.
carnioli; sa Tolx s*altère.
Pendant ce temps-là, les doigts du vieillard posés sur les cordes du violoncelle en tiraient par saccade des sons,... des plaintes, qui m'entraient dans l'âme... La jeune fille se réveilla et dit: « Mon père, j'ai deux grâces à vous demander... Souriezmoi d'abord. » Il essaya de sourire! « Merci! » reprit-elle. Et maintenant jouez-moi le Chant du Calvaire. — Non, non, dit le bonhomme avec l'accent d'une gaieté poignante; le jour de ton mariage, fillette... » L'enfant sourit en le regardant fixement : il baissa les yeux sans répliquer. D'un geste plein de douleur, il secoua ses cheveux blancs sur son front plus pâle que le marbre et prit son archet... J'entendis alors le Chant du Calvaire.., Le Chant du Calvaire, oui! (sa yoIx s'étrangie.) Pendant qu'il jouait, je voyais dé grosses larmes tomber une à
t26 SCÈNES ET COMÉDIES.
une sur ses pauvres mains Mnaigiies et tremblantes... II pieu* mt ! Le bois et le cuiyre pleuraient I.*. Le médedtt dëbraroait les yeuz,.^ et moi l..* Ueniant seule ne pleurait pas.^. EM n'avait plus de lacmes!*.» (a m lèv» iiT«MBt éma. et ftin
pu.)
aoawsiN*
Assez! assez f Diev miséficordîeaYÎ Dieuf fs tombe
OA siéfe.)
GÀBJIlOLIf kcwiWk
C'est fim. Calrae-lo). — le sortis, rattendfs le médecin Si la porte. Je lui demandai s'il lui restait quelque espérance» Il me montra le ciel, a Mais, lui dis-je, si celui qu'elle aime lui était rendu?... — Alors, répondit-il, quoiqu^il soit bien tard,..» peut-être î »
ROSWEIN, se leranU
Partons! partons yitel
GARNIOLI.
Partons.
ROSWSIN.
Canric^, je vous jure que je vais tous suivre; mats il faut ipe je revoie une fois encore celle que je quitte à jamais. If le faut. Je ne lui parlerai pas. Elle ne me verra pas. Je jetteraiun dernier regard sur son visage, et je vous suivrai.
CAllNIOLI.
Tu faiblis déjà?
ROSWEIM.
Noo, AccompagBez«moi, venez, le ne révetUeraî pasb^
GARNIOLI.
Yîens donc, et ftnissoiss.
Us sortent par la porte 4» gasd», tcaveneiit niw galorle, et anriTent dam la pièee qui précède la chambre à coacher de la princesie; nue lampe d'al-* Mtre éclair» à demi cette antiebambre. Karietta sommeille dans on ftateniU >, A rentré» detr deux hommes, eBe se lève eArayée.
GARNIOLI, ROSWEIN, MARIETTA.
ROfTWlf Ilf, à demi-Toiz, & Varfetta»
Elle dort?
VARIETTA*
Oui. Parlez bas.
AOSWEIN»
Je reviens. Attendez-moi là. (U se dirige yen la ehambre.)
■ABIBTTA, Panélant.
Madame la princesse a recommandé qu'on ne la troublât sous aucun prétexte» Elle était sdu&ante*
ROSWEIIf.
Laisse. Je ne réveillerai pas. Je veux la voir seulement.
MARIETTA
Monsieur, pardon; nak je serais chassée.
ROSWEIN.
Elle ne me verra pas. Betire-toi. Pourquoi trembles-tu, sotte t
MARIETTA
Monsieur, n*entrez pas, je vous en supplie I
GARNIOLI, d*ime Toiz éclatante.
Elle n*y est pasl Je parie ma tète qu'elle n'y est pasl — Âbl voilà pour couronner l'œuvre I (n rit) — Tu peux entjrer, va : tu ne réveilleras personne.
E s W B I N , repooBsant tfarietta éperdue.
Ote-toi I (n ovrre Tiolemment la porte; la chambre est ride; se frappant
le front) Elle me trompait donc! Elle mentait encore I Nonl quand un ange de Dieu me Teût dit, je ne l'aurais pas cru I
Uperoerant one lettre tor la table.) Âh 1 Une lettre d'elle! (n roane
et Ut.) <K Mon cher maestro, je quitte quand il me platt; mais on
ne me qaitte pas. Adieu. LeONORA. » — (n reste on instant immobile, appuyant fortement one main sur sa poitrine.)
CARNIOLI.
Eh bien, il faut la remercier. Tu en auras l'esprit plus libre. Viens-t'en.
ROSWBIN, saisissant le bras de tfarietta.
Écoute, toi, et réponds-moi avec vérité, ou ne te tiens pas une heure de plus à portée de ma main ; car, sur ma vie, tu payerais pour tous : — elle est partie avec ce chanteur, n'est-ce pas ?
MARIETTA, à CamioU.
AU secours* monseigneur!
CARNIOLI,
Réponds-lui.
DÀLILA. 229
MARIETTA
Avec le chanteur,... oui.
ROSWBIN.
Où sont-ils?
MARIETTA
 Gaëte.
ROSWBIN.
A Gaëte 1 — Suivez-moi, chevalier. Beppo doit Atre revenu, lïous trouverons vos chevaux à la grille.
CARNIOLI.
Mais que vas-tu faire?
ROSWEIN.
Vous verrez bien. Venez.
CARNIOLI.
Est-ce que je veux m'embarquer dans ton algarade? lu es fou I
ROSWEIN.
Ne venez donc pas. Bonsoir, (u s'en ra.)
CARNIOLI.
Arrête, mort-dieu! je te suis... Je serai destitué,. •• mais cela m'est égal !
ROSWEIN.
Passons chez moi. Il nous faut des armes, (ils mtent.)
lUnuIt. — Une rampe escarpée sur le chemin de Gaëte. — Â dMfte,. dei etl- Unes chargées de bois et plongées dans l'ombre. Â gaache, la mer, plus lominease, battant le pied d'une falaise, qae la route grarit en tonmaut.
ROSWEIN, CARNIOLI, tous deux è cheral, la rampe an galopa fait SEB.TORIUS.
Cette route est déserte oomaie le Sahara. La Marîetta nous a trompés. Du train que nous marchons, nous les aurioos rejoints nécessairement, s'ils suivaient cette direction.*. Peutêtre aussi vont-ils par mer... Retournons, crois-moi.
BOSWEIN.
Retourne si tu veux! — Hopl hop lal
CARNIOLI.
Pense à la Sicile, André!... pense au Chant du Calvaire!
ROSWEIN.
Je le chante, le Chant du Calvaire f
GAANIOLI.
Pas si vite, que diantre! — Voilà une horrible nuit... Il y a des moments où ma raison me quitte... Si je croyais à Teofer, je croirais y être!... Nous perdons notre temps, tedis-je.
BALILÂe S3f
BOSWBIK.
Avançonsl Je vois un point sombre là-haut,... n'est-ce pa» une voiture ? •
CABNIOLI,
Le ciel nous en préserve 1 — Moi, je ne vois rien... La nuit est noire comme la face dm diable... Je vais d'une minute à Pautre tomber à la mer avec mon cheval, — et j'en rirai,, tant je suis gai I
ROSWBIN.
J'ai entendu le bruit d'un fouet, j'en suis certain. Hop là X
(U presse son cheyal écnmant.) Âh I SaintS du ciol 1 que va-t-il SO-
passer?
GARNIOLI.
Donne-moi tes pistolets, André! tu n'es pas maître de toi 1..., Je veux bien te servir de témoin contre ce jeune homme; maiS) si tu {Nréieiids ae faire asuster au meurtre d^une femme,..» corps du Sauvovur I je n'en suis plus I
RaawEUi^
Une femme! est-ce que c'est une femme?... et puis que m'importe?... Gomment! on fera ce qu'elle a fait,... on fera litière sous ses pieds de tout ce qu'il y a de sacré et d'invio* la!^, on fera viagl fois le jour de la parole un mensonge, du sourire et ées l»me& une comédie, — de l'âme d'un homme on hodiet, ^— du nom même du ciel une lâche trahison,... et on ne sera quitte pour dire : « Je suis une frasmef... »Noir, de
t'èt SCÈNES HT COMÉDIES.
par Dieu! — Âhl les vois-tu, maintenant!... ÂiTÔte là-bas f
(On aperçoit une Toiture qui graTit la côte.)
GARNIOLI.
Donne-moi tes pistolets, malheureux enfant !..• Je te jure que je te les rendrai pour tout combat digne de toi.
ROSWEIN.
Halte-là, postillon!... Arrête, ou je te brûle!
Il saute è bas de cheral. Carnioli rimite anssitAt. Tous deux s'approchent en courant de la voiture, qui est arrêtée.
GARNIOLI.
C'est une méprise!... André, prends garde I... Cette voiture n'est pas la sienne!
Nous allons voir.
Ils arrivent près de la voiture. Boswein ouvre violemment la portière; il aperçoit le vieux Sertorius assis près d*une bière couverte d*un drap blane et semée de fleurs, n recale en poussant un cri terrible. — Carnioli l'éloigné de la main et se place devant lui, comme pour lui cacher ce spectacle.
SERTORIUS, d'une voix sourde et tremblante.
Qu'y a-t-il?... Que voulez-vous, messieurs? — Je l'emporte en Allemagne, elle l'a désiré. — Cest ma fille, messieurs... (Sa voix se brise.}, ma fille uuiquo, mon unique enfant! -* Que voulez-vous de moi?
DÂLILA. 233
GARNIOLI*
Monsieur, n'ayez aucune crainte.
SBRTOaiUS.
Je ne crains rien... Vous êtes des voleurs,. •• des bandits ;••• TOUS n'êtes pas des artistes. Je ne crains que les artistes, messieurs. C'est un artiste qui a tué ma fille. Un de vous en aurait eu pitié,... un tigre l'eût épargnée...
CARNIOLI.
Passez en paix, monsieur I passez en paix!
SERTOaiUS*
Merci, messieurs, merci. — Je l'emporte en Allemagne, elle l'a désiré.
CARNIOLI.
Oui, monsieur, allez en paix. Que Dieu vous soit en aidel
(n ferme la portière. La Toitare se remet en mardie et dbparalt pea à pen dans robscnrlté. CamloU se retonme.) André I... OÙ OS-tU, mOU André? (n aperçoit le Jeane homme assis sur le bord de la folaise; H
covrtàiaL) Souffres-lu, mon enfant?... Gomme tu es pâle!... Donne-moi ton pouls... Ahl miséricorde I...
ROSWEIN.
Écoutez I
On entend an bruit de chants et de musique sur la mer : une barque paroiséo de feux apparaît, doublant la pointe de la falaise. Les sons derlennent plus distincts ; la voix de Leonora s'élève, chantant les Adieux de Grenade, Boswein pousse un gémissement étouffé et s'affaisse sur le rocher.
GARNIOLI, ge dressant soi !• bavA 4» Ut falaise, sans ^Hter la maitt de Rosweiii, et criant d*ane Voix tonnante.
Le cygne dalmate expire, et tu chantes,... canaglia! (u barqo»
t'élolgne, CamioU tombe sur ses genonx et pose sa main sur le cœur du Jean»
biwis.y Ph» rien?... Paurre enfant F... paravre enfant f...
fn l^taibnes» «tmigloce*) Ah f prie pOUr moi! (Us dnuts B-éteIfn«Bt
PERSONNAGES
LA BARONNE D' ORT H BZ, cinquante ans.
LE GÉNÉRAL DU KERDIC, soiiante aoi.
HÉLÈNE, Yinc^-denx au.
PAUL, trente-quatre ant.
La tcène te passe aux eanz de B.«. en Normandit,
Un parc dans ane rallée ; les reflets d*aa lae è trarwi les clairières. A droite, la lisière d*ane forêt. Soirée d'été. — La baronne travene une pelouse & la hâte pour gagner une allée.