SCÈNE IV
Les MâMBS, FRANÇOIS; n fait le service pendant le ainer. sortant par Interralles, changeant les assiettes, ete.
MADEMOISELLE DR KERDIG.
Tenez, asseyez-vous là. Vous avez bien gagné votre dtner.
LE COMTE, s*«Meyaot.
Eh bien, mademoiselle, je vous proteste que je me sens une pointe d'appétit, ce qui ne m'était pas arrivé depuis un temps immémorial.
MADEMOISELLE DE KBRDIG. •
Vous n'aviez peut-être jamais autant travaillé? (Bn« leserts'
petites cérémonies de table. J
LE COMTE, dont la gaieté persista.
Vous avez prononcé tout à l'heure le mot de curiosité, mademoiselle : excusez la mienne. C'est un miracle surprenant que de trouver en cette Thébaïde sauvage une personne qui semble si bien faite pour apprécier tous les charmes de la vie civilisée (S*inelinant.) et pOUr y ajOUtCr... (HademoiseUe de Kerdio s*in-
eUae.) Yous ne vivez pas toujours dans cette solitude?
MADEMOISELLE DE KERDIG*
Monsieur, je n'occupe cette maison que depuis quelques mois, depuis la perte d'une personne bien chère. Mais, en y venant, je n'ai fait que changer de retraite... J'ai presque tou* jours vécu loin du monde... Un peu de pâté chaud, monsieur de Comminges?
LE COMTE
Fort peu, je vous prie.
MADEMOISELLE DE KERDIG.
Mais vous parliez de miracle, monsieur le comte : il n'en est pas de plus inouï que de rencontrer,... un mardi,... jour
d'Italiens,... dans les neiges de ce désert breton,... un jeune homme qui semble si bien fait pour goûter les plus exquis raffinements de Texistence parisienne (saioant) et pour les relever encore de sa personne.
LE COMTE , après s'être incliné arec nn floapir.
Mon Dieu , mademoiselle, je sens que je vous dois mon histoire... CTesi h seule explication honorable que je vous puisse donner de ma conduite ;.. . et cependant il m'en coûte de chasser si vite le sourire que je sentais sur mes lèvfespour la première fois, depuis des années... (n la regarde.) Je ne sais par quelle singulière puissance vous Ty aviez rappelé. — Pour vous dire, tout en un mot, je suis un homme malheureux, mademoi* selle.
MADEMOISELLE »E KERDIC, aTM db «m dtf «ompanioa
Vraiment? — Un peu de bécassine, monsieur le comte... (Insistant piaintiyement ) La bécassine ost uu oîscau triste...
LB CiaMTB.
Pas plus que moi, je vous lé garantis. -^ Oui , je suis malheureux, et voici pourquoi : ^ Lancé fort jeune dans le tourbillon de la vie parisienne... (n hésite.) Mademoiselle, vos oreilles sont peut-être mal habituées à de si frivoles récits?
MADEMOISELLE DE EFRBrc.
Ohl je suis d'un âgjB à tout •ntendreu* Au reste, je puis, je crois, dès le début, présumer la nature de vos conûdences,^et TOUS en épargner les chapitres les plus épineux... Après avoir
LA FÉE. âS«
pouisuivi de sad<m eft saLon^ — p^iè-ètare de boadcûr en boudoir,— et, qui sait même? de cottlia6ee& coiili6se,...tous les esdiaiDteineDts que peut eoficevoir en ee monde un homme jeune, riche... et d'assez benne mâne^ vous voua êtes lassd d'une existence, — si bien remplie ce^endant^ — et tous ailes TOUS faire trappiste... Est-ce oda?
LE^ COMTE, étonné.
C'est de la divination... Oui, mademoiselle, c'est à fort peu près cela, — sauf le dénoûmentl car ma lassitude et mon dégoût en sont venus à ce point, que la porte d'un cloître ne me semblerait pas, entre la vie et moi, une barrière suffisante.
MADEMOISELLE DE KERDIC, gimplement.
Ahl c'est d'un bon suicide, en ce cas, qu'il s'agit?... Encore cet aileron, monsieur de Comminges?'
Je suis confus , mademoiselle : je mange eomme un canni* baie... Oai^ mademoiselle, j'ai l'intention de quitter la vie; je n^en fais ni parade ni mystère... Dès longtemps, je penchais vers cette extrémité, lorsqu'il y a dix-huit mois un remords poignant est venu doubler mon fardeau, et précipiter sans doute ma résolution.
MADEMOISELLE DE KERDIG.
Un remords, monsieur?
LE COMTE
Un remords qui, du moins, échappera à votre annale ifCh
a56 SCÈNES ET COMÉDIES.
nie., (il cMse de manger.) Tandis que je menais à Paris l'espèce d'existence... qne vous venez d'esquisser,... ma mère — une femme qui eût été digne d'être connue de vous, mademoiselle, •— ma mère habitait, au fond de TAuvergne, notre vieux château de famille... Je l'aimais, bien que j'aie l'amertume de penser qu'elle a pu douter... Oui, malgré les apparences — et au milieu des dissipations sans trêve qui dévoraient ma vie — je Taimais d'une pieuse tendresse... Vainement, pendant dix ans, je la suppliai de venir demeurer près de moi...
MADEMOISELLE DE KEBDIG.
Et que n'aliiez-vous la rejoindre?
LE COMTE
Vous l'avouerai-je?... Je ne trouvai pas dans mon lâche cœur la force de rompre le lien des habitudes parisiennes, qui m'enchaînait de toutes parts... Ma mère, à plusieurs reprises, daigna traverser la France pour embrasser son enfant ingrat... Mais, dans ces dernières années, la vieillesse et la maladielui avaient interdit cette consolation; elle m'appelait près d'elle avec instances... Certainement, je serais parti... Mais ma pauvre mère, en m'attirant d'une main, me repoussait de l'autre, sans s'en douter... Elle désirait me marier, près d'elle, à je ne sais quelle provinciale... Ses lettres étaient pleines de ce projet, qui me consternait profondément...
MADEMOISELLE DE KERDIC.
.Cela se conçoit.