‹ Scénes et comédiesChapitre 34 sur 46 · LE GOUTE · texte numérisé non relu

LE GOUTE

Ma mère me paraissait si follement éprise de son choix et de sa chimère, que je n'osais lui envoyer un refus positif... Le lui porter moi-même, ne ia revoir que pour anéantir du prormier mot ses plus chères espérances, je pouvais encore moins m*y décider... J'hésitais donc de jour en jour... (s« voix s*aUère.)

J'hésitai trop longtemps... Je la perdis... (n se lère, en se mordant les lèvres, et fait quelques pas dans la chambre. Beyenant s'asseofr, après un silence.) ExCUSez-moi. (D'un ton indifférent.; VoUS Comprenez

bien, mademoiselle, que de telles circonstances n'étaient point de nature à me réconcilier avec la vie...

MADEMOISELLE DE KERD1G.

Je vous demande pardon, je le comprends mal... Je ne sache pas que, pour avoir manqué à un devoir, on soit dispensé de tous les autres... (souriant.) Mais... enfin?

LE COMTE

Enfin,... mon découragement s'accrut. Je me trouvai comme scellé dans un ennui de plomb, n^ayant plus un désir, une espérance, un sourire, et voyant passer les plus vives séductions de ma jeunesse avec une glaciale insouciance. Ma santé môme s'altéra: je ne connus plus ni l'appétit ni le sommeil... Je craignais que la folie ne fût au bout de cette mort éveillée... Bref, après quelques luttes intérieures, je pris le parti — désormais immuable — de briser ma coupe vide, et de mourir tout à fait.

MADEMOISELLE DE KERDIG.

Assurément, vous en êtes le maître. . . Mais tout cela ne me

36ê SCÈNES £T COMÉDIES.

dil pas en vertu de quelle fantaisie vous avez choisi la Bretague pour théâtre de cet événûment tragique.

ES CeHTB.

Permettez, f'y arrive... La fantaisie n'y fut pour rien, (ftan-

çofs a posé sar un gaéridon, pr&s de la cheminée, nn plateaa et des tassea; 11 sort easaite.)

Vous prenez do café, n'e^-ce pas?

LE GOMTB.

Volontiers, mademoiselle... (n s'approche da feu.) Il y a aujourd'hui trois mois et un jour, mademoiselle, j'avais réuni quelques camarades dans un petit salon de restaurant. C'était un dtner d'adieu. Je ne le tour caehaf pas. On essaya de combattre mon dessein par divers arguments, plus ou moins spécieux... Mais je vais vous initier, mademoiselle, à des propos déjeunes gens!

MADEMOISELLE DE KERDIC.

Allez, allez*

LE COMTE

«Quoi! me dit-on,, tu veux mourir! Ta main, ta lèvre, ton cœur, sont-ils dose flétris par la vieiUesse? N'y a-t-il plu& de fleurs,... n'y a-t-il plus de femmes sur la terre? — Non, il n'y en a plus pour moi, répondis-je... Je ne vois plus, et ne conçois plus même, sous le soleil, une fleur qui puisse attirer ma main,... un amour qui puisse tenter mon cœur. Fleurs et femmes n^ojûl plus pour moi qu'un seul et même parfum

LÀ FÉH. 36»

^deveim èanai et fastidieux à force d'uBifonnitë... ToiAes ibb jpBnigMot se ressembler eotre -efies, «a point qae je les ccRa- Imds désormais dans «ne emnntme ladifféreBce... Bref, il ifj wl pins à mes yeinc qa'mie ferame sur ta terre... et je ne Taime

«AD1SX0T8ELLB DE KERBIG.

Fort gracieux pour nous^ tout cela.

LS COHTB.

Je n'avais pas rhonueur de vous connaître, remarquez bien... « Enfin, ajoutai-je, j'en suis là, mes amis: il est donc clair que je ne puis plus vivre. »

MADEMOISELLE DE :KEEBIG^

C'était clair, en efifet, attendu que la vie n'a d'autre fin, évidemment, que de cueillir les fleurs et d'aimer les dames... Un peu de sucre, monsieur de Comminges?... Et, au bout de tout cela, vous ne vous tuâtes point, déddément?

LE COMTE , st réeriant TiTBDMitt, aree beamonp de féiienz.

Pardon!... c'est-à-dire je demeurai inébranlable dans ma résolution, et je l'aurais exécutée dès le lendemain, si cette soirée n'eût eu des suites tout à fait imprévues...

MADEMOlSELUi JUB KEftDIG.

Âbl

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