‹ Scénes et comédiesChapitre 35 sur 46 · XX COMTE · texte numérisé non relu

XX COMTE

fins -cfAle suprême expansn» des adieux, j'avais osé confier à mes amis une bizarre pensée qui toiinmentaît parfois

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mon esprit, et qui touchait à la démence... Je songeais souvent, en effet, que j'aurais voulu vivre au temps de ces heureuses superstitions qui permettaient aux hommes Tespoir d'un amour surnaturel,... au temps des dieux et des nymphes,... des génies et des fées, (u s*eKaite.) Je sentais qu'alors je me serais rattaché à l'existence par l'ardente ambition d'une de ces rencontres mystérieuses,... d^une de ces liaisons enchantées qui charmèrent tour à tour les jeunes bergers de la Fable, et les jeunes chasseurs des légendes... Oui,... une fée seule eût été capable encore de me faire espérer, aimer et vivre I Je sentais que mon cœur, assouvi d'amours terrestres, pouvait se ranimer et palpiter encore sous un de ces regards é' ranges et plus qu'humains, au froissement de ces robes de vapeur, au contact de ces mains immortelles!

MADEMOISELLE DE KBRDIG.

Mais c'est de la folie !

LE COMTE , ftoidemeDt.

Je vous l'ai dit. — Le lendemain, dans la matinée, comme j'achevais d'écrire mes dernières dispositions, un inconnu remettait chez moi ce billet parfumé, (n tire de son sein un biuet

qa'U donne à mademoiselle de Kerdie. — François est rentré en scène, K éeoQte. )

MADEMOISELLE DE KERDIG.

^'^oyons donc. (EUe ut.) « Mortel, tu te crois un fou parmi les toagcs, et tu es un sage parmi les fous. Entre la terre et le ciel, il est une région intermédiaire, peuplée d'êtres supérieurs a l'homme, inférieurs à la divinité. Je suis un de ces

êtres. Je mm une fée. Tes secrets hommages m'ont touchée. Mon destin m'appelle loin d'ici. Mais, de ce jour en trois mois, à la naissance du crépuscule, trouve-toi seul, si tu en as le courage, dans la vieille forêt armoricaine de Brocelyande, près de la fontaine de Merlin. JV serai. > (En aohaYant eett* lee-

tuie, mademoiselle de Kerdle sovrit. Françoii fait entendre vu rieenetéent tin* toUer. te comte les retarde. Mademoiselle de Kerdio reprend.) MaiS c'était

une mystification manifeste! (Francoié m letire.)

LB GOlITlt.

Je n'en doutai pas plus que vous, mademoiselle» et cependant... telle fut la curieuse faiblesse de mon esprit, que j'at^ tendis, et que me voici.

MOISBLLfi DB KERDIC.

Bl étes-vous venu seul à ce rendez«voi|S redoutable t

LB COHTB.

C'était mon dessein. Mais un de mes amis, seul confident de ce mystère, le vicomte Hector de Mauléon, mauvaise tète et brave cœur, a voulu m'accompagner jusqu'à la lisière du bois. Il a d^ailleurs à son service un garçon né dans ce pays, qui devait nous tenir lieu de guide et d'interprète, et qui n'a fait que nous impatienter par sa poltronnerie superstitieuse. Je lésai laissés dans ma voiture. Mais, déterminé comme je l'étais à ne sortir en aucun cas de cette forêt, j'ai fait promettre au vicomte de quitter la place après une heure d^attente. Je suppose donc qu'il est déjà loin..i Et maintenant, mademoiselle,

36) SCÈNES BT COMÉDIES.

me pvdoiiiiefez-voiu rimportuaité ridicule dont je vous ai rendue victime t

MADEMOISELLE DE KEEDIG.

Ainsi, j'avais deviné 1... vous m'avez prise pour une fée... Mais, après tout, pourquoi pas? L'histoire nous dit que Jes fées ae plaisaient à revêtir, dans leurs rencontres amoureuses, un âge et un costume peu avantageux.,. Vous devez me remeroier de vous avoir du moins épargné les haillons...

Vous allez rire , mademoiselle , mais, en vérité, depuis que ^ suis chez vous, votre personne, votre langage, si parfaitement inattendus au fond des bois, — certains détails singuliers "de votre intérieur, — et enfin je ne sais quel prestige inexplicable dont je me sens comme enveloppé en votre présence,... tout cela m'9 finit me demander vingt fois ai je n'étais ptiB dans le domaine de la légende — ou du moins de la vision.

MADEMOISELLE DE KERDIG, aTee un flourire éqaiTO<ia0. Vraiment 1 (Frasgoti entre.)

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