‹ Scènes et épisodes de l'histoire d'Allemagne [microform]Chapitre 14 sur 56 · BATAILLE DANS L'EGLISE DE SAINT-PIERRE · texte numérisé non relu

BATAILLE DANS L'EGLISE DE SAINT-PIERRE

à une mer de flammes. Les passions religieuses étaient apaisées, et la princesse Mathilde, elle même, si zélée autrefois pour la défense du Saint-Siège, ne demandait qu'à rester neutre.

Pendant que le roi traversait l'Italie, ses envoyés conféraient h Rome avec les cardinaux. La discussion dura longtemps; la question des investitures n'était pas facile à régler. Les évêques et les abbés étaient des dignitaires ecclésiastiques et le pape ne pouvait les laisser nommer'par le pouvoir laïque; mais ils possédaient d'immenses domaines que le roi ne pouvait laisser en dehors de son autorité. Pour trancher la difficulté, le pape proposa d'enlever aux évccpies et aux abbés ces domaines (pii les faisaient vassaux de l'empire; ainsi réduits ;i leurs fonctions ecclésiasticpies, le roi n'aurait plus aucune prétention sur eux et le pape seul aurait le droit de les nonuner. Les envoyés du roi acceptèrent cet arrangement, et il fut convenu que Henri serait couronné empereur aussitôt (ju'il y aurait solenellement consenti. On prépara deux chartes, celle que le pape devait signer ordonnait aux ecclésiastiques de renoncer à tous les domaines qu'ils tenaient de la couronne; dans l'autre, le roi renonçait à toutes les investitures, et promettait que a ni par son fait, ni par son conseil, il ne serait attenté au domaine du pape, ni à sa vie, ni à ses membres, ni à sa liberté ».

Le roi était à Sutri ([uand ses envoyés lui firent connaître le projet d'accord; il l'approuva, mais en déclarant que les princes et les évêques de l'empire seraient consultés et que les chartes ne seraient échangées qu'après leur approbation. Puis il réunit les ducs et les comtes de Bavière et de Saxe, son neveu Frédéric de Souabe, son chancelier Albert, l'évêque de Spire et jura, avec eux, que la personne du pape serait respectée si le pape tenait sa promesse de le couronner. Après quoi, l'armée marcha sur Home.

Henri avait écrit aux Romains pour leur annoncer son voyage. A quelque distance de la ville, il rencontra une députation qui lui demanda le serment de respecter les lois de Rome. Le roi jura, mais en allemand; les députés, ne le comprenant pas, se retirèrent inquiets; quelques-uns rentrèrent dans la ville en criant à la trahison. Ensuite vinrent les légats du pape; on échangea des otages et le roi jura encore une fois de respecter les biens du Saint-Siège et la personne du pape.

Le lendemain il entra dans Rome. Un cortège pompeux vmt au-devant de lui, en dehors des murs : les corporations d'artisans, les magistrats, les milices avec leurs enseignes, puis le peuple, portant des fleurs et des palmes.

Le roi s'avançait à cheval au milieu de la foule qui criait : « Henri est l'élu de Saint-Pierre. » A la porte Léonine, les Juifs lui chantèrent des hymnes et les Grecs l'acclamèrent, puis une procession de moines et de religieuses tenant des cierges allumés s'avança pour l'accompagner jusqu'à la basilique de Saint-Pierre. Jamais empereur allemand n'avait été reçu dans Rome avec autant de démonstrations.

Le pape avec les cardinaux l'attendait au sommet des degrés de l'église Saint-Pierre. Henri s'agenouilla et baisa les pieds du pape, le pape le releva et l'embrassa trois fois. Mais avant d'entrer Henri déclara qu'on lui avait tué des hommes et exigea que l'église fût occupée par ses chevaliers. Le pape inquiet réclama de son coté que l'Empereur lui donnât des otages. Puis ils se dirigèrent vers l'église en se donnant la main. A la porte d'argent, le roi devait, selon la coutume, jurer de protéger le pape et de défendre l'Eglise; il fit cette déclaration : « Je confirme à Saint-Pierre, à tous les évêques et abbés, ce que mes prédécesseurs leur ont reconnu ou conféré. Ce qu'ils ont donné pour le salut de leur âme, je ne saurais le leur reprendre. » Le pape fut surpris de ces paroles si peu d'accord avec le Concordat préparé. Toutefois il embrassa Henri, et fit dire la prière. Après quoi on entra dans l'intérieur de l'église.

Tous deux s'assirent dans des fauteuils préparés sur la dalle de porphyre et lurent leurs chartes; celle du roi fut écoutée en silence. Puis le pape déclara que la situation politique du clergé était contraire aux canons, que le service de l'autel était incompatible avec celui de la cour et qu'en conséquence il ordonnait aux évêques, sous peine d'excommunication, de rendre au roi tous les biens acquis par l'Eglise depuis Charlemagne. Alors de violents murmures éclatèrent : « C'est une hérésie et un vol » , crièrent les évêques allemands, « qu'il rende lui-même le patrimoine de Saint-Pierre ! « Henri effrayé de toute cette colère se hâta de déclarer que le projet n'était pas de lui et qu'il avait réservé l'approbation des évêques et des seigneurs allemands; puis il se retira pour délibérer avec ses évêques sur la question des investitures. En son absence, le désordre grandit; les seigneurs se mirent à crier qu'ils ne consentiraient jamais à ce traité.

La nuit venait. Le pape avait hâte d'en finir. Le roi demanda à être couronné sur-le-champ; le pape refusa. Un chevalier allemand s'élança sur lui en criant : « Pas tant de paroles! mon maître veut être couronné sans condition comme Charles et Louis l'ont été ». Les cardinaux, épouvantés,

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