‹ Scènes et épisodes de l'histoire d'Allemagne [microform]Chapitre 15 sur 56 · BATAILLE DANS L'EGLISE DE SAINT-PIERRE · texte numérisé non relu

BATAILLE DANS L'EGLISE DE SAINT-PIERRE

suppliaient le pape de couronner le roi aussitôt et de remettre au lendemain la conclusion du traité. Les évêques allemands qui entouraient le roi le poussaient à s'emparer du pape.

Le pape acheva la messe ; mais, quand il quitta l'autel pour descendre dans la crvpte, des soldats l'entourèrent et le poussèrent dans une tribune. Quchiiies Alleinands protestèrent; le chapelain du roi se jeta en pleurant aux pieds du pape: l'évèque Conrad de Salzbour^ cria à Henri (ju'il commettait une monstrueuse trahison, des chevaliers le frappèrent à coups d'épée. Ce hit le sij^nal d'une mêlée furieuse; les soldats allemands se jetèrent, l'épée à la main, sur les prélats et les clercs qui remplissaient l'église, mirent la main sur les cardinaux et les enchaînèrent. Au milieu du désordre, le pape fut entraîné hors de Saint-Pierre et enfermé dans un hospice voisin sous la garde du pati iarche (rA([uilée.

Deux cardinaux, Jean de Tusculum et Léon d'Ostie, avaient pu, au milieu du désordre, (quitter leuis ornements ecclésiastiques et s'enfuir par le pont Saint-Ange sans être reconnus. Arrivés sur l'autre rive du Tibre, ils attroupent le peuple et racontent la trahison du roi, les violences infligées au pape et la profanation de l'Église. Leur indignation gagna la foule; les Romains n'obéissaient pas volontiers au pape, mais ils détestaient les étrangers et surtout les Allemands ([ui avaient la prétention d'être leurs maîtres. Le nKuupie de foi d'Henri, qui avait mis la main sur le pape après avoir juré trois fois de respecter et de protéger sa personne, les révoltait. Us jurèrent de délivrer le pape et de le venger. Dans toutes les églises on sonna le tocsin; les rues se remplirent de bandes furieuses qui, toute la nuit, parcoururent la ville en appelant les citoyens aux armes. Tous les Allemands qui n'avaient pu regagner leur camp furent

massacrés.

Au point du jour les Romains se rassemblent, envahissent la cité Léonine et se jettent sur les Allemands. Le roi dormait encore; le bruit des armes le réveilla. Pour charger cette populace qu'il méprisait, il dédaigna de prendre son équipement de combat. Nu-pieds, sans armure, à peine vêtu, il sauta à cheval devant la porte de l'église, descendit au galop les escaliers de marbre et se jeta dans la mêlée. Son imprudence faillit lui coûter la vie; après avoir abattu cinq Romains à coups de pique, il eut son cheval tué sous lui, et tomba au milieu des ennemis. Il aurait péri si un de ses chevaliers, le vicomte Otton de Milan, ne se fût sacrifié pour le sauver; il lui

donna son cheval et le roi put se dégager pendant que les Romains massacraient Otton et mettaient son corps en lambeaux.

Déjà les Allemands étaient délogés de la basilique et perdaient du terrain. Mais les Romains perdirent leur temps au pillage. Les Allemands reprirent l'offensive et les rejetèrent vers le Tibre, où beaucoup se noyèrent. Les pertes des Allemands étaient énormes ; Henri vit que son armée ne pouvait tenir dans cette ville exaspérée. Au milieu de la nuit il quitta la cité Léonine et vint camper dans la Prairie de Néron. Pendant deux jours son armée resta sous les armes.

La fureur des Romains grandissait; le cardinal Jean de Tusculum qui, en l'absence du pape, avait pris le gouvernement de l'Église, continuait à les exciter. « Le Saint-Père et les cardinaux, disait-il, pleurent dans les fers; la basilique de l'Apôtre, la noble cathédrale de la chrétienté est pleine de sang; dans le portique il y a plus de mille cadavres de nobles citoyens. L'Église pleure à vos pieds et vous supplie, vous, le peuple romain, son unique défenseur, d'avoir pitié d'elle et de la délivrer. » On se prépara pour une nouvelle attaque.

Henri ne l'attendit pas. Ne jugeant pas sa position assez solide, il leva le camp pendant la nuit et partit pour la Sabine. Il emmenait avec lui le pape et seize cardinaux; les consuls de Rome et beaucoup de prêtres, les mains liées, se traînaient dans une boue profonde au milieu de cavaliers qui les aiguillonnaient à coups de lances.

On arriva ainsi au château de Trevï où les prisonniers furent enfermés.

Ils y restèrent soixante et un jours, étroitement surveillés. Pendant ce temps les Allemands occupaient tous les chemins menant à Rome et dévastaient les champs; Henri voulait contraindre par la famine les Romains à lui ouvrir leurs portes. Les Romains y mettaient comme condition que les prisonniers seraient délivrés; Henri répondait qu'il ne mettrait le pape en liberté qu'après qu'il lui aurait promis de le couronner et de lui reconnaître le droit de donner l'investiture. Il menaçait, si le pape persistait longtemps dans son refus, d'égorger tous les prisonniers et de nommer un anti-pape. Les cardinaux se jetèrent aux pieds de Pascal et le supplièrent de céder. Il s'y résigna en pleurant : « Ce que je vais faire pour le salut de l'Église, dit-il, j'aurais voulu donner ma vie pour l'éviter ». Au nom du pape, les seize cardinaux jurèrent de pardonner tout ce qui s'était passé, de ne jamais excommunier Henri, de le couronner empereur et de confirmer son droit d'investiture. Au

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nom du roi, seize chevaliers jurèrent de mettre en liberté, à une date fixée, tous les prisonniers et tous les otages et de ne pas inquiéter les partisans du pape. Puis l'armée marcha sur Rome.

Henri était impatient de tenir la charte de ses droits. On fit venir de Rome un notaire, et, à la première halte, le pape, en poussant de gros soupirs, signa cette charte qui annulait toutes les défenses de Grégoire VII et de ses successeurs.

« I^ divine Providence a voulu que ton royaume fût uni à l'Église par des liens particuliers et tes prédécesseurs ont acquis, par leur puissance et leur sagesse, la ville de Rome et la couronne impériale. Par notre ministère 5*c«nloiiil, Dieu, mon Ir^x cIm* f\\% Henri. Ta ^v^ au pouvoir «ouieniin; «•«a pour<|»oi, toute* l<4 pr^rogaiiv*» imp^mW^ que nos pTf<l*W«4?ur* ont reconnue i te* pr^iWc«weurt, If* tmptrtVT% clirtJticn», aous le les rceouiMi»om> « loi et k t«5 descftiibiim trt nou» \r% cléfiniMon» c«»aftiiic suit. p*r le pitent privilège : A«x é\h{tH* et «bbé» île ton roy*iiii»f , dli« «n» \-ioleiK« ni *iittoiûe, tu donnrn» riti^citilure p«r I;) croM* cl r»iincâ«; aprè» lear nUroni%*tion canonique, iU doNront rcc«toir la ooi»*cnH»oii de l«ir é%^que iuêlr«>poIiuiii. Qniconquu *wra ^t^ élu p*r le clcrj^ «u par h |»euplc, %MM ton aM«ntîiii«nt. ne poarra dire oonfcicré «vaiH il âwir reçu d< loi Tmve<»titurc; les fi^que^ cl »« arc^hcvèiiiiw ne pourront réfuter de consarr^yr les év^qiK* et Im al)bé5 in^eMw par toi. Car te^ pTé<lécc«<ur^ ont enrichi Iw égliNe5 iW ion royaume «l'un v ^rAm\ nomlire d* Inïnéda;» app4ineiunt à la couronne qu'il «i jusie que Icb é%^|u«* et Ici ahl><^ aident à ci>n»i4iilcr t«>n gouternenwnt, et que U Maîesié royale ait le jujt*ii>ent de toute* W% contestations. Kn retiHir, la lu^c^*^ et la puivanec doivent iravailler à la jçranilwar de l'Église roniaine et à la prospérité de toutes les êjçliics. Si quelque pui*- Mni-e ou quelque per>i>une, laïque ou oe<-lé»Mwliipie» •>** mépristT H tmtmnàrti ce pcitilèçe que ii«>u^ te concé<lon*, quelle Miil lii^e «le* liens do VanalK^ma et dépouillé*, de toute dignité. INii«e la inisériivinie divine pcotéi|;<r ceu\ qui y obéiriMit H ilonner un beurvux r*gn»e à ta MaJMlé! »

O^te CItArie était bien un pri\iUVfte, comme Pascal l'appelait; aucun autr« so«verain n a*ail obtenu du Saint-Si^ de» droit*, pareils. AusmIôI quHenri Vtni enlrv nt* niaii», il se lit Mnir par le pa|H», « pareil, dit un chroniqueur, au ptffriarclie Jacob, qui aprê* ««oâr lutté aviv lange, lui dit : « l« »e te laisserai pan fiarlir, i|ue tu ne maif* bénit ».

Le i3 avril, Heiui rentra dans la cité Uwinc. Mais son iviuronncn»ent

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