‹ Scènes et épisodes de l'histoire d'Allemagne [microform]Chapitre 20 sur 56 · SAINT BERNARD ET CONRAD · texte numérisé non relu

SAINT BERNARD ET CONRAD

« Ils crièrent vers Dieu : « Seigneur, disaient-ils, aie pitié de nous, « il n'y a pas cinquante ans que notre sang a été répandu comme de l'eau, « et voilà que nous subissons de nouvelles calamités. Nous as-tu donc aban-

« donnés pour toujours?

« Le Seigneur se laissa fléchir par les gémissements de son peuple. Il suscita contre cet horrible Bélial, un sage, nommé Bernard, de Clairvaux, ville de France. Ce religieux apaisa les chrétiens, il leur dit : « ISÏarchez sur « Sion, défendez le sépulcre de notre Christ, mais ne touchez pas aux Juifs; ils « sont la chair et les os du Messie; si vous les molestez, vous risquez de blesser « le Seigneur dans la prunelle de son œil. Non, Rodolphe n'a pas prêché selon « l'esprit de vérité, car la vérité a dit par la bouche du psalmiste : « Ne « les faites pas mourir, de peur qu'on oublie tout à fait mon peuple. «

« Ainsi parlait le sage, et sa voix était puissante; car il était respecté de tous. Ils l'écoutèrent donc, et le feu de leur colère se refroidit; ils n'accomplirent pas tout le mal ciu'ils avaient résolu de faire. Le prêtre Bernard n'avait pourtant reçu ni argent, ni rançon des Juifs; c'était son cœur qui le portait à les aimer et lui dictait de bonnes paroles pour Israël. »

L'archevêque de Mayence, impuissant à arrêter les massacres de Juifs avait prié saint Bernard d'user de son autorité pour faire cesser les prédications du moine fanatique. Rodolphe, en effet, appartenait à l'ordre de Cîteaux et saint Bernard était son supérieur.

Saint Bernard répondit à l'archevêque de Mayence : « Il est nécessaire que le scandale arrive, mais malheur à celui par qui il arrive! L'homme dont vous me parlez n'a reçu sa mission ni de Dieu, ni des hommes. S'il prétend avoir le droit de prêcher par cela seul qu'il est moine, apprenez-lui que l'office d'un moine n'est pas de parler, mais de pleurer. Homme sans cœur et sans pudeur, dont la folie s'est mise en évidence sur le chandelier, afin qu'elle apparaisse aux yeux de tous les hommes. Je lui reproche trois choses : d'avoir usurpé le ministère de la prédication, d'avoir bravé l'autorité des évêques, d'avoir approuvé l'homicide. L'Ecriture dit : « Quand la plénitude des nations sera entrée, tout Israël se conver- « tira )>. Et ce moine prétend rendre inutiles les trésors d'amour de Jésus- Christ. Sa doctrine, c'est la doctrine de l'esprit d'erreur, du père du mensonge, de celui qui fut homicide dès le commencement. »

Puis saint Bernard écrivit aux seigneurs allemands pour les presser de prendre part à la croisade :

« Mes frères, voici le temps du salut : l'univers s'est ëmu, il a tremblé, parce que le Dieu du ciel a commencé à perdre la terre où il a passé comme homme, plus de trente ans parmi les hommes. A cause de nos péchés, les ennemis de la croix ont levé leur tête sacrilège; ils ravagent cette terre sainte; si vous ne vous y opposez, ils vont fondre sur la cité même du Dieu vivant pour souiller les lieux saints qui furent rougis du sang de l'Agneau sans tache. O douleur! Ils brûlent d'envahir le sanctuaire de la chrétienté et de fouler aux pieds la couche mystérieuse où Jésus, notre vie, s'endormit pour nous dans le sein de la mort.

« Et vous, hommes courageux, serviteur'» de la croix, que faites- vous? Livrerez- vous ainsi les perles et le* cho«9 «^iiacn iiuipo«ircca«x?C«»i«lMcnil<ï pécheurs ont obtenu leur pardon dm» c« lit'ux, drfiuw que le glaiiie d* ««^ pères les a purgés des païens impure! I/concmi du genre humain en m M témoin, et il en a frémi de rage. Il a excité les i»s«» de ïKiu iniquité et iJ no laissera aucune trace d'une si grtiml»? pié<^, ^'il pcat un jo<ar ^ rendre maître du Saint des saints. Si ce malhrur arrive» qu*i opprobre fternul |K»ur no«re génération perverse!

« La main de Dieu s'est-elle raccourcie jKHir qu'il Apf»cllc iks ver» de terre à la défense de son héritj»|çe? Ne peat-il pa» en\Yiycr dc5 tf'gkiiiv d*anges, ou seulement dire un mot cl la Terre Sainte sera iJWivr^? il peat tout quand il veut. Mais, je vous le d». le Seijçncur volrtï Oi^^u voii* lente. Il a porté ses regards sur les enCànis d« hocniOM p«Mar voir ^'il n'en trouverait point qui prissent part à su <loulctir ; car il a pitié do son |Htiiplc, il prépare des moyens de salut à ceux qui l'onl aliandonné. Voyei de qoel «nifice il se sert pour vous sauver. Pécheur», con»i<ldrta la prolondeur do » tendresse pour vous. 11 ne veut p.i» to«re nrM)rt, il Tcut que tous vou» con^^ertissiez, et que vous viviez; il cherclie une ofcawon, non contre iouk, iitti*

pour vous.

a Quelle occasion mieux choisie, et que Dieu ♦oui p<^»u\ait troovcr, que celle qui rappelle à son service les» bonûcMies le» voleur*, le* adultères» lea parjures et tous les autres criminels. P^beurs, ayei co«ifîa»oe, le Seigneur est indulgent. Parce qu'il désire veair k votre soco(nr5, il feint d'avoir besoiB d'être secouru par vous; il veut paraître votre débiteur afin do payer le service que voas lui reiidrtr* par le pardo« de vos péchés, |»ar «ii* gloire étci^ Qicâle. Heureuse g^éralion qui ùt danA un temps riche ou îiidulgcfices, dans une année de véritable jubiU où le Sc^neur est si Êicile à apabor.

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