‹ Scènes et épisodes de l'histoire d'Allemagne [microform]Chapitre 22 sur 56 · SAINT BERNARD ET CONRAD III · texte numérisé non relu

SAINT BERNARD ET CONRAD III

de toute perversité et incrédule en tout. Une femme paralytique s'approcha de l'abbé pour l'implorer; les sarcasmes de l'incrédule redoublèrent. Mais (luand il vit la femme guérie, il tomba mort, comme frappé d'un coup invisible. Henri, ému de pitié, se jeta aux pieds de l'abbé et lui demanda de sauver cette âme. « A Dieu ne plaise, dit l'abbé, que quelqu'un meure à cause de moi. » Il se pencha sur le corps de l'écuyer et récita une prière; il ordonna qu'on lui soulevât la tête et le frotta avec sa salive en lui disant : « Au nom du Seigneur, lève-toi ». Le mort se leva et demanda à partir pour la croisade. Quelqu'un lui demanda si réellement il avait été mort : « Oui, dit-il, et j'ai entendu l'arrêt de ma damnation; si le saint abbé ne m'avait sauvé, je serais à présent aux enfers. »

En quittant Constance, saint Bernard passa par Zurich et Baie et arriva à Strasbourg. Partout il prêcha. Il ne parlait que le latin et la langue romane. € Ces peuples, dit Godefroy, l'écoutaient avec une affection d'autant plus vive, que, parlant un autre langage, ils étaient émus et pénétrés de la vertu même de sa parole beaucoup plus que par la traduction d'un savant interprète qui expliquait ses paroles; et ils le prouvaient par la componction avec laquelle ils se frappaient la poitrine et versaient des larmes. »

L'assemblée générale des princes allemands devait se tenir le jour de Noël à Spire; saint Bernard avait promis d'y assister. Il partit de Strasbourg le 22 décembre et arriva à Spire le surlendemain. L'évêque, le clergé et les bourgeois vinrent au-devant de lui, croix et bannières déployées, chaque corps de métier portant ses insignes. On le conduisit au son des cloches et des cantiques jusqu'à la cathédrale, oii Conrad et les princes le reçurent avec les honneurs dus à l'envoyé du pape.

Deux jours après saint Bernard parla de nouveau à Conrad de la Palestine; le roi répondit qu'il consulterait ses conseillers et ferait connaître sa décision le lendemain.

Le même jour, saint Bernard célébra la messe en présence de l'empereur; après la messe il prêcha sur les malheurs des chrétiens d'Orient, et tout d'un coup, regardant fixement Conrad, il l'apostropha et lui parla tt non comme à un souverain mais comme à un homme ».

Pour lui rappeler ce qu'il devait à Dieu, il fit parler Jésus-Christ. c( Homme, lui dit-il, quel bien ai-je pu faire que je ne t'aie pas fait? La puissance, l'empire, l'abondance des biens du corps et de l'esprit, je t'ai tout donné. Mais toi, quel usage as-tu fait de tous ces dons pour mon service? Tu

ne .léfends pas même le lieu où je suis mort et où je fai racheté Bientôt les infidèles pourront aller par le monde en .lisant : « Oh est-d, le D.eu des

chrétiens? » » •„ * :i ;«

Le roi éclata en sanglots et interrompit l'orateur. « Assez, cna-t-.l, je

suis prêt à servir Celui qui m'a racheté. Je vouerai ma vie au Seigneur, et i'irai où il voudra me conduire. » . . ,. j

Aussitôt saint Bernar.l prit sur l'autel une bannière et la remit a Conrad Les princes s'agenouillèrent devant laLhé en «leman.lant la croix. Parmi eux était le jeune Fré.léric de Souabe, neveu .lu roi; les prières et les larmes de son vieux père ne purent l'empêclier de se croiser.

Le peuple suivit l'exemple des grands : « Chose a.hnirable! eerit un chroniqueur, on vit accourir .les voleurs et .les brigands qui firent pénitence et jurèrent .le verser leur sang pour Jésus-Christ. Tout homme raisonnable, témoin des changements opérés en eux, y voyait le doigt .le Oieu. -,

Mais tous les contemporains ne voyaient pas .le même. Un .1 eux écrivait . „ Les motifs qui poussaient ces gens à se croiser étaient .livers; les uns, désireux de nouveautés, y voyaient le plaisir de traverser .les pays nouveaux; es autres étaient chas.sés .le chez. eux par la pauvreté; ils ne partaient pas seulement contre les ennemis .le la croix, mais aussi bien contre les am^ du Christ, pour trouver, en combattant, lo moyen .le sortir .le leur misère. Beaucoup qui étaient accablés de dettes et menacés de châtiments pour leurs crirnès, simulaient le zèle .le Dieu et ne voulaient que fuir la potence. Ils étaient bien peu nombreux ceux qu'enflammait l'amour .le Dieu et qui voulaient vraiment verser leur sang pour le Saint des Saints »

Saint Bernard resta à Spire jusqu'au ', janvier i l'.b. I.e joui .le son départ il prêcha encore; puis l'empereur et les princes l'accompagnèrent en ..ran.le pompe hors ,1e la ville. Comme ils allaient se séparer, un enfan Perclus s'approcha de l'abbé et lui .lemanda sa bénédiction. Saint Bernar.l le Lit, et aussitôt l'enfant recouvra l'usage .le ses membres Le peup e fi éclater son admiration; mais saint Bernar.l dit à Conrad : . C est a cause de ro„; que ce miracle a été fait, afin que vous sachiez que Dieu est avec vous et que votre entreprise lui est agréable «.

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FRÉDÉRIC BARBEROUSSE

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