DÉTRUIT MILAN
En II 54, deux habitants de Lodi vinrent supplier Frédéric Barberousse de secourir leur ville que les Milanais opprimaient depuis 4o ans. Frédéric envoya aux magistrats de Milan l'ordre de rendre aux habitants de Lodi leurs anciens privilèges; les Milanais, quand on leur lut ce décret, le couvrirent de huées et le déchirèrent. Ils cessèrent pourtant d'inquiéter les habitants de Lodi et envoyèrent à Frédéric les présents que les villes offraient d'ordinaire à tout nouveau souverain.
Au mois d'octobre ii5/i, l'armée allemande passa les Alpes. Milan était en guerre avec Pavie et les villes voisines s'étaient engagées dans la querelle. Frédéric, outre le ressentiment de l'injure récente qu'il avait reçue des Milanais, avait la crainte de voir ces bourgeois d'esprit indépendant devemr trop puissants. Il se prononça pour Pavie, mit les Milanais au ban de l'empne et leur enleva presque tous leurs privilèges, entre autres, celui de battre monnaie. Il n'assiégea pourtant pas leur ville; il avait hâte d'aller à Rome se faire couronner. Le pape Adrien IV, chassé de Rome par une émeute, priait instamment l'empereur de venir à son secours- Frédéric trouva en Toscane trois cardinaux venus au-devant de lui ; près deNepi, il rencontra Adrien IV. Dès leur première entrevue, ils faillirent se brouiller. L'empereur refusa de tenir l'étrier au pape pour l'aider à descendre de cheval, et le pape ne voulut pas lui donner le baiser de paix. Frédéric se soumit, après que des seigneurs allemands lui eurent affirmé que les choses s'étaient passées de la sorte au couronnement de Lothaire, mais il déclara que c'était à saint Pierre, non à Adrien que son hommage s'adressait.
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Un peu plus loin, il trouva une ambassade du sénat; un des ambassadeurs lui adressa un discours : « Home, lui dit-il, après avoir secoué le joug des prêtres, recevra honorablement son empereur s'il vient animé d'un esprit de paix. Écoute cette parole de la reine du monde : « Tu étais étranger, je t'ai (c foit citoven. J'ai été te cliercber au delà des Alpes pour te faire empereur. « Ton premier devoir est de jurer d'observer nos lois, de maintenir nos pri- . vilèges, de nous défendre même au péril de la vie contre les barbares. Tu « devras aussi payer, aux officiers qui te proclameront, 5ooo livres d'argent. . Barberousse l'interrompit : « Tes paroles hautaines montrent une sotte arro-ance et non un juste sentiment de la situation de Rome. Ta ville n'est plus^-e qu'elle fut autrefois; elle obéit après avoir commandé. C'est à l'Allemagne qu'appartiennent aujourd'hui la gloire du Capitole, le courage des guerriers, la sagesse du sénat. Tu me fais des conditions comme si j'étais prisonnier du sénat. Les souverains dictent des lois et n'en reçoivent pas. >>
Les Romains refusèrent de lui ouvrir leurs portes; mais un faubourg était resté au pouvoir du pape. Pendant la nuit, l'empereur y pénétra avec mille soldats. Le lendemain, Adrien vint l'y couronner à l'insu des magistrats de Rome. Comme les Allemands se retiraient, ils furent attac^ués; un combat s'engagea ([ui dura toute la nuit; plus de mille Romains périrent.
Mais Rome ne fut pas prise et le pape n'y rentra pas. L'armée allemande était décimée par la fièvre. Frédéric se hâta de regagner les provmces du nord. Ouand il arriva au bord de l'Adige, il ol)ligea les Véronais à lu. fournir un pont de bateaux; les Véronais, alliés des Milanais, attachèrent mal les barques et jetèrent dans le courant, en amont, des troncs d'arbres ([Ui rompirent le pont. Frédéric fit payer à Vérone une énorme rançon : deux cents Véronais furent pendus ; deux cents autres eurent les oreilles et le nez coupés. L'empereur rentra en Allemagne avec une poignée de soldats. Son expédition n'avait fait qu'allaiblir son autorité en Italie ; son alliance avec le pape lui avait aliéné le peuple de Rome, et sa cruauté lavait rendu odieux
aux villes Lombardes.
Uientùt le pape lui-même se tourna contre lui; quand Frédéric, qui avait renvoyé sa première femme, voulut se remarier, Adrien refusa de reconnaître
son second mariage.
Un incident acheva la rupture. Au mois d'octobre ii^J l'assemblée des princes de l'Empire était réunie à Besançon; deux cardinaux vinrent au nom du pape, demander satisfaction des violences que des seigneurs alle-
mands avaient fait subir à un évêque suédois. La lettre du pape était blessante pour l'empereur. « Tu ne dois jamais oublier, disait Adrien, que ta mère, la sainte Église, t'a élevé au comble des honneurs en te conférant le plus grand des bénéfices, la couronne impériale. ». Ce mot bénéfice, les princes allemands le comprirent comme si le pape avait voulu dire que l'empire était un fief du Saint-Siège, cette idée les mit en fureur; l'archevêque de Cologne somma le légat de se rétracter; le légat répondit : « Mais, de qui le roi tient-il la couronne, si ce n'est du pape?» Le comte palatin se jeta sur lui l'épée à la main; Frédéric l'arrêta. « Si nous n'étions dans une église, dit-il aux cardinaux, nous vous ferions voir que nos lances sont pointues » ; puis il leur ordonna de quitter l'Allemagne par le plus court chemin.
Le pape se plaignit aux évêques allemands de l'insulte faite à ses cardinaux; ses plaintes furent sans effet, tout le clergé allemand trouvait ses prétentions inacceptables. Une grande expédition fut résolue pour l'année suivante. Le pape fit alliance avec les Milanais.
Au mois de juin 1 1 58, l'empereur partit d'Ulm avec une armée formidable; cette expédition était approuvée de toute l'Allemagne, et la plupart des feudataires conduisaient eux-mêmes leurs contingents. En Lombardie, les villes les plus hostiles à l'Allemagne n'osèrent pas désobéir à l'empereur, quand il leur demanda leurs milices; les Milanais seuls essayèrent, mais vainement, d'arrêter les Allemands au pont de Cassano, sur l'Adda. Frédéric passa malgré eux et mit le siège devant Milan.
Milan était une place très forte, entourée de hautes murailles flanquées de tours et d'un large fossé rempli d'eau courante. Les habitants se défendirent vaillamment et repoussèrent plusieurs assauts : mais ils avaient compté sur le secours des villes voisines et ne s'étaient pas approvisionnés pour un long siège. Frédéric le sut et résolut de les prendre par la famine; il fit ravager la plaine qui entoure Milan; arbres, moissons, villages, tout fut
détruit.
Après la famine, vint une épidémie; les Milanais désespérés se rendirent au bout de cinq semaines. L'empereur dicta des conditions moins dures qu'on ne croyait. Il prit trois cents otages parmi les nobles et les riches bourgeois, remit en liberté tous les prisonniers et exigea qu'on construisît pour lui, au centre de la ville, un palais impérial, mais il laissa au peuple le droit d'élire ses magistrats municipaux.
Les Milanais devaient, de plus, lui prêter serment de fidélité. La céré-
monie eut lieu à quelque distance de Milan, sur la route de Lodi. On dressa un trône sur une haute estrade, Frédéric et l'impératrice s'y assirent; derrière eux, les princes allemands se tenaient debout. Au milieu d'une double haie de soldats qui bordait la route jusqu'à Milan, une procession s'avança jusqu'au trône. En tète marchaient (luinze cents prisonniers délivrés par l'empereur, puis le cler-é portant les reliques des églises, les magistrats, et enfin les nobles et les bourgeois, vêtus de haillons, tète et pieds nus, une épée pendue au cou, des croix de bois à la main. Tous s'agenouillèrent et jurèrent obéissance
et fidélité.
Mais l'hiver venait, les princes allemands repartirent avec leur troupe. Cette grande expédition n'avait eu d'autre résultat que l'humiliation des Milanais. Frédéric resta en Lombardie, se fit couronner roi, et tint une assemblée générale du royaume.
L'assemblée se réunit dans la plaine de Iloncaglia, entre Plaisance et Crémone; outre les possesseurs de fiefs, les consuls et les juges, on y appela les docteurs en droit de l'Université de Bologne. Ces jurisconsultes, qui venaient d'étudier le livre des Pandectes, retrouvé vingt ans auparavant à Amalfi, y avaient découvert que les empereurs romains se faisaient appeler les maîtres du monde, et trouvaient tout naturel ([ue l'empereur d'Allemagne, qu'ils regardaient comme leur héritier, eût les mêmes prétentions. Frédéric entrait volontiers dans ces idées. On raconte que se promenant un jour à cheval avec deux juristes, il leur demanda s'il était vraiment le maître absolu de la terre. « Non, quant à la propriété, répondit l'un. » — « Et quant à la propriété aussi, reprit l'autre. » De retour au camp, l'empereur fit présent au second, du cheval qu'il montait, et n'atlressa pas un mot au premier.
L'assemblée se soumit à toutes les prétentions de Frédéric, lui reconnut tous les droits et lui abandonna toutes les franchises. Les consuls des communes furent supprimés et remplacés par des podestats nommés par l'empereur. Ces podestats étaient des seigneurs étrangers qui venaient s'installer dans les villes avec des juges et des soldats; ils avaient tous les pouvoirs de police et d'administration. Mais pendant que durait leur charge ils devaient ne jamais sortir de la ville, ne pas y acheter de maison, ne pas s'y marier, ne s'y faire aucun ami et n'accepter aucune invitation.
L'année suivante, l'archevêque de Cologne, chancelier du royaume d'Italie, et le comte palatin, arrivèrent à Milan pour installer le podestat. Le peuple les attaqua et faillit les tuer. La commune de Milan fut citée alors
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devant la justice impériale pour se justifier; elle dédaigna de se faire représenter, et fut mise au ban de l'empire. Les habitants furent déclarés rebelles, leurs biens devaient appartenir à qui voudrait les prendre, la ville devait être rasée. Les Milanais trouvèrent cette sentence inique. Le traité fait avec l'empereur après la prise de leur ville leur laissait le droit de nommer leurs magistrats : ils prétendaient que l'assemblée de Roncaglia n'avait pas eu le pouvoir d'y renoncer pour eux. Quant à leur serment d'obéissance, « nous l'avons prêté, disaient-ils, mais nous n'avons pas juré de le tenir. » Ils attaquèrent le château de Trezzo où Frédéric avait laissé une garnison, le prirent et le rasèrent. Tous les Italiens au service de l'empereur furent pendus; les Allemands furent jetés en prison.
Frédéric rappela son armée; quand elle fut arrivée, il mit le siège devant la ville de Crème, alliée de Milan, qui avait fermé ses portes au podestat impérial. Après sept mois de résistance. Crème fut prise et détruite; mais l'empereur, qui ne pouvait entretenir son armée pendant l'hiver, fut obligé de la renvoyer.
La rupture de l'empereur et du pape était devenue définitive; Frédéric songeait à séparer l'Allemagne du Saint-Siège et à installer à Trêves un pape allemand; Adrien fit alliance avec Milan et promit d'excommunier l'empereur; il mourut sans avoir eu le temps de tenir sa promesse.
Les cardinaux se réunirent dans la basilique de Saint-Pierre pour élire son successeur. Dans la ville, le parti allemand avait pour lui le Sénat, réconcilié avec l'empereur depuis sa rupture avec le Pape, le bas clergé, les magistrats, presque toute la noblesse et une partie du peuple; mais dans le conclave, le parti italien était le plus fort; son candidat, le cardinal Roland, eut vingt-deux voix; Octavien, le candidat de la faction impériale n'en eut que deux. Après le vote, quand le doyen des diacres s'approcha de Roland pour le revêtir du manteau sacré, les cardinaux de la minorité le lui arrachèrent des mains et le donnèrent à Octavien qui s'en couvrit. Le clergé qui, pendant l'élection, s'était tenu dans bas-côtés de l'Église demanda à grands cris qu'Octavien fût proclamé. Un cardinal fit ouvrir une porte et cria au peuple qui entourait l'Église : « Le seigneur Octavien a été élu au pontificat, revêtu dupallium, assis dans le siège de Saint-Pierre, et appelé le pape Victor; cela vous plaît-il? La foule répondit : « Cela nous plaît » et se précipita dans l'Église pour s'agenouiller devant le nouveau Pape et baiser sa mule. Puis Victor fut conduit en grande pompe au palais de Latran.
Dans le tumulte, Roland et les eardinaux qui l'avaient élu avaient pu s'enfuir- ils s'étaient réfugiés dans une maison forte qui touchait à la basilique. Le Sénat envoya des soUlats qui cernèrent la maison et tinrent les cardinaux
prisonniers. ^ • i i
Bientôt le peuple de Rome changea d'avis et se mit a insulter le pape Victor. Le Sénat, craignant une émeute, fit transporter les cardinaux dans une tour fortifiée. Les nobles dv, parti italien vinrent les délivrer et les mirent en sûretéàCisternaoù, le dimanche suivant, Roland fut proclame Pape
sous le nom d'Alexandre IIL
Il y eut ainsi deux papes. Tous deux écrivirent à l'empereur pour lui notifier leur élévation. Frédéric voulut paraître impartial; il convoqua un concile à Pavie pour juger l'élection. Alexandre déclara .pi'élu par le conclave, il ne pouvait incliner son autorité ni devant l'empereur ni devant un concile, Victor au contraire déclara se soumettre aux décisions de l'assemblée. L'examen de la cause <lura sept jours; l'élection de Victor fut déclarée valide. Le lendemain le clergé l'accompagna à la cathé.lrale; l'empereur, qui 1 attendait à la porte, lui tint létrier, le conduisit jusqu'il l'autel, s'agenouilla et lui baisa les pieds. Victor excommunia Alexan.lre III et tous ses partisans.
Mais Victor ne fut reconnu que par l'Empereur. Les ro.s de trance, d'Angleterre et de Hongrie, Milan et les autres villes lombardes se prononcèrent pour Alexandre, qui était alors à Anagni. Quand il apprit la décision du concile il excommunia Frédéric et Victor.
Au printemps de l'année i iGi cent mille Allemands passèrent les Alpes et vinrent rejoindre Frédéric. Il les conduisit aussitôt en Loml.ardie et lit vœu de ne pas porter la couronne tant qu'il n'aurait pas détruit Milan.
La ville était bien gardée; les Allemands virent qu'il faudrait 1 affamer pour l'obliger à se rendre; au mois <le juin, ils brûlèrent les moissons; au mois de septembre, ils <létruisirent les récoltes d'automne. A cin,, hcues a la ronde il ne resta rien sur le sol. Les paysans qui essayèrent «l'apporter des vivres a
Milan eurent les mains coupées.
A plusieurs reprises les Milanais essayèrent de se dégager. Dans une de leurs sorties, l'Empereur fut renversé .le cheval; pour se venger, il fit crever les yeux à «louze prisonniers et les renvoya dans la ville. Sur les chemins de Brescia et de Plaisance il éleva .les forts où il mit .les garnisons, de sorte que Milan n'eut plus de communications avec ses alliés.
Les assiégés ne purent plus compter que sur les provisions qu'ils avaient
FRÉDÉRIC BÂRBEROUSSE DETRUIT MILAN
entassées dans les greniers pul.lics. A l'entrée de l'hiver, ces greniers furent détruits dans un grand incendie. Les consuls envoyèrent à l'empereur, qui était alors à Lodi, des propositions de paix; ils lui offraient en signe de soumission, de démolir en six endroits le mur de la ville et de recevoir les podestats qu'il leur imposerait. Frédéric répondit qu'il ne ferait grâce aux Milanais que s'ils se rendaient sans condition.
Quand cette réponse fut connue, les magistrats jurèrent qu'ils brûleraient la ville plutôt que de la rendre; mais le peuple, rendu furieux par la faim, se souleva et exigea qu'on se rendit.
Le 1" mars 1162, vingt notables vinrent s'agenouiller devant l'empereur et lui jurer que toutes ses conditions seraient acceptées. Frédéric demanda d'abord les clefs et les bannières de Milan. Trois jours après, les consuls suivis de trois cents chevaliers vinrent les mettre à ses pieds. Alors il exigea qu'on lui
livrât le Caroccio.
C'était un char peint en rouge que tiraient quatre paires de bœufs; au milieu se trouvaient la statue du patron de la commune, et un grand mât inchné auquel étaient suspendues les bannières des corporations. Avant la bataille, un prêtre y célébrait la messe et les meilleurs soldats l'entouraient pour le défendre. Les communes libres de Lombardic avaient toutes leur Caroccio, symbole de leur indépendance. Le laisser prendre ou le livrer était la plus
cruelle humiliation.
Milan livra son Caroccio. Tous les habitants l'accompagnèrent, vêtus de haillons et des croix à la main. Devant l'empereur les Milanais s'agenouillèrent, le char s'arrêta, et le mât qui portait les bannières s'inclina. Un Allemand ciu. était auprès de Harberousse raconte qu'il eut peur quand il vil cette grande pièce de bois s'abaisser; il crut que l'échafaudage du Caroccio s'effondrait et fut surpris de voir la pointe du mât s'arrêter à quelcpie distance du sol.
Alors un des consuls éleva la voix; il supplia l'empereur d'avoir pitie de sa patrie. La foule en sanglotant répéta ses dernières supplications. Les Allemands pleuraient de pitié; un comte Italien qui servait dans l armée Allemande se jeta aux pieds de Frédéric et demanda grâce pour les vaincus. Frédéric se défiant de la bonté de sa femme, ne lui avait pas permis d'assister à cette cérémonie. Les Milanais, ne la voyant pas, jetaient leurs croix vers ses fenêtres et la suppliaient à grands cris de venir intercéder pour eux.
L'empereur garda . un visage de pierre »; il dit qu'il ferait connaître sa volonté plus tard et partit pour Pavie.
Quinze jours après, il envoya aux Milanais l'ordre de sortir de leur ville « dan's un délai de huit jours, et d'aller s'établir comme laboureurs à moins de deux milles des murailles. C'est par bonté, ajouta-t-il, que je vous laisse la vie; si j'agissais selon la justice, je devrais vous faire tuer tous ».
Le délai expiré, l'empereur arriva avec une partie de son armée et les milices des villes italiennes ennemies de Milan. Il les partap^ea en autant de corps qu'il y avait de (piaitiers dans la ville, et donna à chaque corps un quartier à détruire, avec l'ordre ne rien épargner. Les Italiens se mirent avec joie à cette besogne; on commença par le [)illage, toutes les maisons et les églises elles-mêmes furent dépouillées, puis on mit le feu aux quatre coins de la ville. Ce (jui résista à l'incendie fut démoli à la pioche, les murailles furent
rasées.
L'église de Saint-Ambroise resta seule debout; avant de s'éloigner, Frédéric y entendit la messe, le i" avril, dimanche des Rameaux.
Cette année 1 162, il data ses lettres de « la destruction de Milan ».
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MORT DE FRÉDÉRIC BARBEROUSSE
En 1187, on apprit que le sultan Saladin s'était emparé de Jérusalem; la croix du Temple avait été abattue, traînée dans les rues et battue de verges. f.e pape envoya des légats à tous les princes d'Occident pour les inviter à délivrer la Terre Sainte.
A l'assemblée qui se tint à Mayence au mois de mars 1 188, tous les seigneurs allemands prirent la croix. L'empereur Frédéric Barberousse, qui avait accompagné son oncle Conrad à la dernière croisade, savait les inconvénients des vagabonds indisciplinés et des foules misérables : il annonça qu'il ne laisserait partir que les hommes valides, ayant un cheval et assez d'argent pour vivre au moins deux ans. On devait se réunir à Ratisbonne en ii8(j, le 23 avril, jour de Saint-Georges.
L'empereur envoya quatre ambassades; l'une à Saladin, pour le sommer courtoisement de laisser la Palestine aux chrétiens, les autres au roi de Hongrie, à l'empereur grec, et au sultan d'Iconion, pour leur demander la permission de traverser leurs territoires. Le roi de Hongrie accorda cette permission et fixa le prix des vivres et des fourrages. Le sultan d'Iconion, Kilig-Arslan, promit d'être, lui et les siens, aux ordres de l'empereur chrétien. Ce sultan était favorable aux Occidentaux; en Europe, on disait qu'il voulait se faire chrétien, et qu'il avait demandé des missionnaires au pape; les musulmans le croyaient « philosophe », c'est-à-dire incrédule, et le sultan d'Alep, Noureddin, l'avait obligé à renouveler sa profession de foi au Coran. L'empereur grec accorda le passage; ses envoyés conclurent avec Frédéric un traité promettant que les pèlerins recevraient gratuitement les fruits, les légumes, le bois et le foin pour leurs chevaux; ils devraient payer les autres
chose, aux prix habituels, ne pas s'écarter ,les routes o, ne jamais entrer dans Choses aux l" . i,ahitints- Frédér c envoya a Constanti-
,e. maisons --^;Z:Zf;^^^^ ^'^ t^i'^' Q^"' ^' ^"'»'>- " r»nn p une nouvellc anii)as!>diic jm'wi ^u„x
nople une ..'évaeuer Jérusalem, et sommait au contraire les ehre-
r*- . ;i mPttnit en liberté ses prisonniers. ^^^Z ::: IrX rempereur partit .le KatisLonne emn.nant son seeona m:. Fré.lérie, et laissant la régenee à Henr,, son ..Is a.ne. Il a^a.t «ver lui cent nulle hommes (pian.! il entra en Hongrie.
il ro 1 Hongrie le reçut en ami, lui offrit des fêtes et donna a 1 armée des e^a ôt de famine et de vin; mais les croisés se plaignaient d être vole p le Ho grois dans le change des monnaies. Au commencement 1 emp^eu et 1 s princes descendirent le Danube en bateau; l'armée longea, le fleuve puis tout L monde prit la route de terre et Frédéric donna ses barques au
'"' 'a "Zf la Bulgarie et la Tl.race, on atteignit rHellespont; l'empereur .rectrPété quinze galères, soixante-dix navires et cent cnmuante gros vaisseaux Le passage du détroit dura sept jours.
Trr v'és en Asie, les croisés abandonnèrent leurs chariots, chargèren sur des bétes de somme leurs provisions et leurs bagages, et se remirent en ZX avançaient péniblement i. travers des torrents, des montagn s briptes et des vallées marécageuses; les Grecs gênaient leur marche, refu- X leur fournir des gui.les et ,1e leur vendre des vivres. Dans les en.lroi.s Tr I de tnat brigands massacraient les pèlerins isolés; ils étaient ''!,:'::; :: :lVux, et^e tenaient jamais pied eo- - ^^^^^^^^^^^^ Allemands. Un jour, dit un ^;^::^-^::::::;;: ^L.d.
^"';e de renlrre- P^^^^^^^^ "^ P«-^'- ^''' ^ 'T'
r v' Le r ienL de llig'ands .,ui étaient venus prépai.r une embu.
. 1 1^^ ot arriva sur eux en criant. Les urecs,
cade- il mit son cheval au galop, et arriva sur tux
caue, 11 Tr^nrarl Tcio •'U t l arméc avec leurs
effrayés, s'enfuirent à toutes jambes, et Corn ad rejoignit
chevaux et un riche butin trouvé clans leurs tentes.
Frédéric s'attendait à rencontrer l'empereur grec Isaac, qui lui aval fait annoncer sa visite; il ne vint pas, mais un messager apporta, de sa part, ,inP rouoe d'or et une tente de soie.
Le '' avril, après trois semaines de marche, on arriva en vue de Phila-
MORT DE FRÉDÉRIC BAR13ER0USSE. 97
(ielphie. Quelques croisés, trouvant des blés mûrs, se mirent à les moissonner; les gens du pays s'y opposèrent ; il y eut un combat sanglant. Les Allemands, furieux, voulaient attaquer Philadelphie pour se venger; l'empereur s'y opposa,' parce que cette ville était, dans cette région, le seul refuge des chrétiens contre les incursions des Turcs ; il reçut les excuses du gouverneur, renvoya les otages grecs et marcha sur Laodicée, toujours inquiété par des
bandes de pillards.
Laodicée était la dernière ville grecque qu'on dût traverser; l'armée s'y reposa quelques jours et renouvela ses provisions. Puis on entra dans un pays désolé, sans végétation et sans eau. Les habitants s'étaient enfuis, abandonnant leurs tentes et leurs troupeaux ; le premier jour on rencontra des milliers de moutons et de chèvres. Les croisés voulaient s'en emparer, mais l'empereur interdit sévèrement tout pillage. Il comptait encore sur les bonnes dispositions des Turcs et ne voulait pas les irriter. Il fallut bientôt renoncer à cette attitude pacifique; les croisés se virent attaqués de tous les côtés par les Turcs qui, du haut des montagnes, faisaient rouler sur eux des rochers et des chariots chargés de pierres ou les massacraient quand ils s'écartaient du gros de l'armée. Il devint impossible de se procurer du fourrage et beaucoup de chevaux moururent de faim.
Sur le territoire du sultan d'Iconion, les attaques se multiplièrent ; les ambassadeurs du sultan qui accompagnaient Frédéric affirmèrent que leur maître n'en était pas responsable et qu'elles étaient le fait de nomades qui ne reconnaissaient point de maître. La vérité était que le sultan (jui avait traité avec Frédéric n'avait plus aucun pouvoir : il avait été détrôné par son fils Kutbeddin, musulman fanatique, qui avait épousé la fille de Saladin.
Un jour, les croisés aperçurent une armée de Turcs massés sur une colline. Après une halte simulée, Frédéric fit lever toutes les tentes, excepté la sienne, dans laquelle il avait placé ses meilleurs soldats; une bonne troupe était cachée dans un bois autour duquel brûlaient des feux de bois mouillé d'où s'élevait une épaisse fumée. Les Turcs, croyant que les croisés avaient précipité leur départ par crainte d'une attaque, coururent à cette tente abandonnée pour la piller. Alors les Allemands sortirent de la tente et du bois; l'arrière-garde, qui n'était pas encore loin, revint en courant; plus de cinq cents Turcs périrent. Les ambassadeurs du sultan, qui assistaient au massacre, surent dissimuler leur douleur : « Ces gens, disaient-ils à Frédéric, sont des brigands qui ne reconnaissent aucune loi; ils osent même quelquefois
attaquer les troupes <lu sultan et piller son territoire. Il sera bien eontent quand il saura comment vous les ave/, reçus. »
A Suzopolis les croisés n'osèrent s'engager dans le mass.f .le montagnes nui les séparait d'Iconion. C'était le cl.emin ordinaire et le plus court, ma.s U fallait traverser un pays stérile et sans eau. Un prisonmer turc a qu. empereur Ht grâce ,1e la vie, promit d'in.liquer un autre chenun. plus long, .hffîc.lc au début, mais qui, en un jour ou deux, amènerait l'armée dans «ne vaste p ame où l'on trouverait tout en abon.lance. On lui mit au cou une chame <le fe tenue par deux soldats et l'armée le suivit. Le même jour on arriva au sommet d'I montagne où paissaient des troupeaux; on pouva.t von- deja la pla.ne nnoncée pa le guide. La descente fut très difficUe; beaucoup de chevaux ombèrent'dans des précipices. A l'entrée de la plaine, les cro.ses rencontrèrent une armée de Turcs; il y eut une bataille où le duc ,1e Souab fu blessé- les jours suivants, les ennemis revinrent plus nombreux; toutes leu.j a Jes furent repoussées, mais ils serraient de près les croisés, et les empéhaiTnt .le se procurer des vivres. Leurs chefs proposèrent la pa.x : . Nous sommes des mercenaires, firent-ils dire à l'en.pereur, donne.-nous ,1e argent, et nous vous laisserons ,ran,,uilles. » Fré.lér.c se moqua deux, d leur donna une pièce d'argent en leur .lisant : « S'il faut acheter la pa,x avec vous, voici tout ce qu'elle vaut, partagez-vous cette pièce ».
Les ambassadeurs du sultan, ,,ui cherchaient un prétexte pour s éloigne. des Alleman,ls, dirent à Frédéric : « Envoyez-nous avec un <le vos chevaliers auprès de l'émir de Philomélium; nous le .Iccidcrons à imposer la paix a ces bandes féroces ». L'empereur y consentit; les ambassa.leurs partirent et ne revinrent pas. QueU,ues jours après, ils firent réclamer leurs bagages e Frédéric les leur fit envoyer. Gottfrie.l .le Wissenbach, le chevalier qui les accompagnait, fut fait prisonnier et envoyé à leonioii.
En approchant de Philomélium, les Allenian.ls furent complètement enveloppéVpar les Turcs; la famine devint terrible, on n'eut plus .1 autre nourriiui-e , ue les chevaux et les mulets. Quel<,nes croisés pris ,1e desespoir et « poussél par le diable » passèrent aux ennemis et se firent musulmans. D'autres, mourant .le faim et de soif, se couchèrent les bras en croix et attendirent là mort en priant à haute voix; des Sarrasins vinrent leur couper la
Ye jour .le la Pentecôte, les croisés, bloqués dans un en.lroit stérile, apprirent que Melik, le gendre du sultan, les attaquerait bientôt avec une
MORT DE FRÉDÉRIC BARBEROUSSE
armée très nombreuse. Frédéric réunit les plus puissants et les plus braves de ses vassaux; « ils arrivèrent à pied, épuisés de fatigue et de faim, sales, avec des vêtements déchirés et des armes rouillées ». L'évêque de Wurzbourg prêcha; après lui, Frédéric fit un discours qu'on acclama. Le lendemain, après la messe, tout le monde communia et l'armée se disposa en triangle.
Les conseillers de Melik lui conseillaient d'éviter la bataille; « la famine, disaient-ils, vaincra plus sûrement les croisés ». Il méprisa ce conseil et engagea le combat. Les Turcs furent mis en fuite; Melik, renversé de cheval et remis en selle par les siens, s'enfuit à Iconion par des chemins détournés.
Après la victoire, le chevalier Louis de Helfenstein affirma en présence de l'empereur, sous le serment et sur la foi de son pèlerinage et du Saint-Sépulcre, qu'il avait vu saint Georges combattre avec les chrétiens à la tête d'une légion vêtue de blanc et montée sur des chevaux blancs. Beaucoup de croisés et même quelques Turcs déclarèrent avoir vu aussi la légion blanche.
L'armée continua sa marche à travers un pays de plus en plus aride. La chaleur du jour était insupportable et l'on ne trouvait pas d'eau ; on tuait les chevaux pour boire leur sang. Beaucoup de croisés, exténués, se couchèrent pour mourir; l'empereur eut pitié d'eux et fit faire halte. Toute la nuit le camp fut plein de gémissements. « Si je voulais, dit le prêtre Ansbert, raconter les misères que les croisés souffrirent pour le nom du Christ, je n'y parviendrais pas quand même les anges me prêteraient leur langage. Le fameux Homère, l'éloquent Lucain, le poète de Mantoue lui-même, mettraient le doigt sur leur l)ouche et resteraient comme des hommes sans langue. »
Le lendemain on aperçut un marais; les croisés burent avidement l'eau croupie et mangèrent les herbes et les racines qui croissaient autour. Ils brûlaient leurs selles et leurs vêtements pour faire cuire de la viande de cheval.
Des envoyés de Melik vinrent dire à l'empereur que, s'il voulait donner trois mille pièces d'or et le pays des Arméniens, les Turcs lui livreraient passage et lui fourniraient des vivres. Frédéric répondit : « Nous avons coutume, non d'acheter notre chemin avec de l'or, mais de nous l'ouvrir par le fer, et avec le secours de Notre -Seigneur Jésus- Christ dont nous sommes les soldats ». — « Eh bien! dit le Turc en se retirant, demain vous serez attaqués par toutes les forces du sultan. »
Cette menace jeta les croisés dans une grande tristesse ; pour relever leur courage, les évêques firent chanter les hymnes de saint Georges et de saint Victor. Pendant ce temps, l'empereur délibérait avec ses conseillers. Les
.oo SCÈNES ET ÉPISODES ,>E L'HISTOIRE D'ALLEMAGNE.
„„s, pensan. .u'une ar.ée ...ui.e et .pup :;e;-;.2-;';\lî~^^^^^ pouvait enlever une «.anae viUe --7;'-""2', au s objectèrent que de côté et ae ma.ehe.. directement sur 1 Armen e. I'--" ^ ^^;*„,,
V Wnie .ait encore ..ien.;;",^^ ';;";- ^ ^ ^Z . 1 'co...at par les Turcs, on ne pouvait v.v.e, U ,^
monde se rangea a cet avis. L empereur p
une hasili-iue à saint Georges s. sa protection .r.t arm«, . ^^^^^
Aumatin,aprèsunecomm.ui,on«ene. e,^ ^^^ . ^^^
ment, pour permettre aux mala.lcs .le su, .e, on ^^^^
.llconion et Ion campa dans un pare appartenant au sul un ■
, ,1. n,erl.c- les croisés détruisirent deux beaux pala.s. Le so.r . > eu I eau et de 1 lierDc , its . i. , . „, i„„ ...-nisés durent passer la nuit
un violent orage, les tentes Curent mondées et les < .o.ses P
vaux et des armes en bon état. On les pai ta„ea
conduite par le <luc de Souabe, .leva.t "'-'l- »; '^^^ ,' '' ,^^e turque.
so- 'e --'-t-';''irz:'::^i^^^^^--' "esévL.
Les baga^H^s et le peuple sans armes seiaiei i
ments, sans garde militaire. porterai aucun
.'empereur di. a son .ils : « Quo. <,u .1 ^^^^l^^l^ ^ „ ,, ,..„, secours et n'en at.en.hai aucun de vous ». 1 u < t a^^ ,
,.econ.n,andc .,ue personne ne cbercl.e a fane ''" ' " '" "^"^^^^^^^ , ,„, .^lui son an.i blessé; vous ne .levé, songer ,,u aux -"- ^ '^^^^^^ ^^,;„, ,„„, ,m a .les vivres partage avec celui .pu en "-"l-- j^— J'",,,,, ,, ,«„.
.lues; si nous battons nos ^'-^^^:^^:ZJZ... possession ..es dépouilles ; si nous mourons pour le Cl.r.st , nous
biens célestes ». . i'„„„t Ipiii< tentes bumi.les et
AU matin, la tempête ^^^ ^^T^^J^^^^ZZ arrivèrent ..es
comnmnièrent. Au n.oment ou 1 armée se ^^^ a„d,assadeur
envoyés du sultan .pu ''--''-;-» P^^ ;^ „^,,,.„,„i ,es bommes ayant ,„e vous retenez pr.sonn.cr, . t ^^^ ^ ^ ^^ ,^^ ,.„.„,;,„,„ de paix ». £;:r;:;ri:r::a::-etordo„na.son.i.s.,en.areber
^" 'u 'troupe au due .le Souabe mit en fuite l'armée de Melik qui venait au
MORT DE FRÉDÉRIC BARBEROUSSE
lOI
devant de lui. Melik se réfugia dans la citadelle, les Allemands entrèrent en
maîtres dans la ville.
Pendant ce temps la troupe de Frédéric, qui ignorait cette victoire, courait de grands dangers. L'armée turque, très forte, était retranchée derrière des baies et des fossés que la cavalerie ne pouvait francbir. Les Allemands n'attendaient plus que la mort; déjà les évèques et les prêtres avaient revêtu leurs ornements pour mourir : « Je donnerais ma vie, disait Frédéric, pour que l'armée fût à Antiocbe ». Puis, craignant de décourager ses soldats, il s'écria : « A ([uoi bon nous affliger? Le Christ est vainqueur, le Christ est roi; suivez-moi, vous qui êtes sortis de votre pays pour gagner la couronne éternelle ». Enfin les croisés enfoncèrent les Turcs; plus de dix mille Turcs périrent. Après cette victoire, l'empereur entra dans la ville; son fils y était déjà installé et lui fit une réception solennelle. Les croisés trouvèrent des fossés pleins de blé et d'orge, de l'huile et du vin en abondance; dans le seul palais de Melik on trouva cent mille marcs d'or qu'il avait reçus de Saladin comme dot de sa fille ou pour soudoyer des troupes. Le lendemain les croisés entendirent une messe d'actions de grâces où on leur lut l'épître dans laquelle il
est question d'Iconion.
Melik demanda la paix. Frédéric exigea vingt otages, le libre passage à travers le pays et le droit d'approvisionner son armée. A la fin de la semaine, les croisés partirent pour Laranda où ils campèrent. Là, ils furent effrayés par un tremblement de terre; réveillés au milieu de la nuit par un bruit terrible « comme d'une armée fondant sur eux », ils se demandaient d'où venait ce l)ruit et personne ne pouvait répondre. Plus tard, ils y virent le présage de
leurs désastres.
De Laranda, ils arrivèrent à un village chrétien où la vue des croix plantées dans les champs les remplit de joie. Après avoir franchi une montagne très escarpée, ils furent enfin hors des limites du pays turc. Les otages du sultan demandèrent alors à retourner chez eux; mais comme les conditions du traité n'avaient pas été loyalement exécutées, l'empereur refusa de les relâcher et les fit garder plus étroitement.
L'armée passa autour du château fort de Sil)ilia qui servait à protéger les chrétiens du pays contre les attaques des infidèles, puis vint camper au bord d'un grand lac où la cavalerie se rafraîchit et trouva de bons pâturages ; mais les vivres pour les hommes manquaient, la chasse fournissait peu de gibier, il fallut tuer des chevaux.
,o, SCÈNES ET ÉPISODES DE L'HISTOIRE DAI.LEMAGNE.
Fn avançant le long duSélef, on rencontra auprès <lun pont .le pierre En avançant le „ .p Arménie; ils s'asenou.lle.cnt
desaml.assa.leursen^oJespa. lep ^^ ^^^^.^ ^,^
devant ^<^1>--'^^;^X. al Zlnt et les consulta sur ,a marche te ■" Tpp^e^ ;">■ a- encore des passa.es très .li.ciles . tra-
™;;;:r:'^r =:::=:;- :^ .nserver ..„
ordr ait continuellement gravir .les rochers et franchir des torrents. On
a '"■ nsi au somme, dune montagne .lont les pentes é.a.ent très escarpées un parti de l'armée passa pendant la nuit, lobscur.té les empêchant de n- T.lesDrécinices au-,lessus desquels ils marchaient. Au pom, -lu jour, :•:!;: gi^^eirtlvaient les évies, les blessés et les mala.les, atte.g,..t la :réte L .i;scente fut très diff.cile, il fallut traîner les mala.les sur des
""t^prjni'riis^^^^^^^^^^^^
cav,lt s p ■■ un sentier rapide, au bord du fleuve. Arrivé en bas, d se reooÏa ot nLgea, puis il entra .lans l'eau, malgré ceux <,u. l'accompagna-ent. Zt d un c:.p i^per-lit ses forces et le courant lentraina; un cheval.er ■1 aie lisir mais le courant lui f.t lâcher prise et il eu, beaucoup de Te:::: : iTl'ui même. D'autres mirent leurs chevaux . la nage et purent riraener l'empereur sur la rive. Il était mort.
O ne sJt pas bien pourquoi Frédéric s'était mis à 1 eau; parm. ses co^ temnorains, les uns ont dit ..u'il essayait d'atteindre sur 1 autre r,ve un chennn Ts f ile- d'autres .,ue les Allemands traversaient le tteuve serres les uns !^re 1 s «très pour'résister au courant et que l'empereur s étant sépare de se "i ^ns, avait été entraîné; d'autres enfin qu'il voulait seba.gner. Ma.sun „n Ipo ain anglais trouvait absurde cette .lernière exphcat.on : . I n es parcroyable, écrivait-il, ..u'un empereur aussi sérieux a.t pu, pour une fr.vole •antV.sie confier à l'onde perfide le salut de tant de monde ».
Iwant la coutume de l'époque, on fit bouillir son corps pour séparer la chai, .les" os qu'on voulait ensevelir à Jérusalem; on enterra son cœur a An io 1 et se entrailles à Tarse. Devant Saint-Jean d'Acre, la peste se m. parmi les croisés, beaucoup moururent, les autres s'en reymrent sans avo.r rien fait. On ne sait pas ce que devinrent les ossements de 1 empereur.
MoBT DE Fki'dkkic Bvkuiroussf.. — Cowpoiliun it dessin de Miie/ui.
FRÉDÉRIC II A JÉRUSALEM
En I2!25, l'empereur Frédéric II épousa Yolande, fille de Jean de Brienne, roi détrôné de Jérusalem, et jura de conduire une croisade en Palestine; mais il demanda un délai de deux ans. Trois fois déjà, il s'était croisé ; chaque fois il avait eu des raisons ou des prétextes pour ne pas partir. Le délai expiré, le pape Gré^^oire IX le somma de tenir sa promesse. Frédéric convoqua ses vassaux; au mois de juillet 1227, quarante mille croisés se réunirent à Rrindes. Ils s'entassèrent pêle-mêle sur une plage malsaine, mal nourris, buvant de mauvaise eau; beaucoup moururent de la peste. Le 8 septembre Frédéric s'embarqua avec le landgrave de Thuringe. Trois jours après ils débarquèrent à Otrante; tous deux étaient malades, le landgrave mourut le lendemain. La flotte continua sa route, sous le commandement d'Hermann de Salza, grand maître de l'Ordre teutonicjue. Frédéric envoya au pape une ambassade composée de deux évêques, deux juges et un comte pour raconter ce qui s'était passé; les légats du pape euxmêmes confirmèrent le récit des envoyés de l'empereur.
Grégoire IX ne voulut croire ni les ambassadeurs ni les légats ; il excommunia l'empereur, et écrivit même aux rois chrétiens une lettre où il accusait Frédéric d'avoir réuni des croisés à Brindes pour les faire mourir de faim et de soif. Frédéric répondit par un manifeste où il affirmait son intention de délivrer la Terre Sainte et offrait de montrer les traces de la maladie qui l'avait obligé à revenir. L'empereur était très populaire à Rome; le jeudi saint, le pape, ayant prêché contre lui, fut injurié et malmené par le peuple, chassé de l'église et obligé de s'enfuir à Pérouse.
Quoique excommunié, Frédéric rassembla de nouvelles troupes pour
, SCÈNES ET ÉPISODES DE L'EMniRE D'ALLEMAGNE.
ae lever, pour .a '-;-'- J^J ri-,..* .•...le pour .ejoinO-e
l'empereur ; en Allemagne, le»
contre l'expédition M.Kamèl, su.tan <.u Caire, l'appelait
„., K..,a.r.e eta. ■• s •. pa-^^ ^^,^^^ ^,^ ^^ ^, ^,,,,,...in,
à son secours contie son ,^,„salem appartenait au su.tan
lui ai.lait ;. vaincre son fi'«'«; ^^^,,,^.^,^ „„e grande assemb.ée <le
Au mois a au,. --^ ^ ^-^;" ; , ,,,i,„..ent malgré la -léfense
seigneurs, en p.e.n a,r. Ik-aneonp le p ^^^^^^^^^ ^^ ^^,,,,^
au pape. L'en.pereur, ass.s sur un t.o ^ ^,,^^„^,.
,e auc de Spolète régent du ro^aun.e de S. d p ^^^^^^^^^ ^^^^
i Jérusalem ». ,,aversée, Frédéric aborda à Saint-Jean-
Ap..,s ^'"f :'l"t:,C :é ie n In^scains envoyés par le pape pour
a-Aere. Avant lu. ^'^ "'-;", • ,^. .,,,,,,. p„u, u.t.re en repos la eon-
:^::::si:^a,r:^l^::ners.re.santdeseH-ealui..e
suivirent à une journée de "j'^ ^^,„^,,^ .,^,„ ,,ép«tés avec des
L-empereur '^^^'^'l^;^^,, .u-devan. .les députés; toute cleaux. Le sulta »• J' ^ „. J, , .^ ,„„,„aait avec Jérusalen. toutes
l'armée nmsuWnane put les a. n ^^ rexen.pù"» .le tout
les villes anciennement P^t^^^^ •:,,„,,,„;, «.gercer à Alexanarie t,.il,ut pour les n.arcl.an.ls ..e s t.ats .^ ,,« seulement
et ^. Hosette. Le -"- -^P^ " ^ H.L/.le vivre en paix avec lui. aeson estune p..ur ' -' P^ " ,^ .^^^,^^„ „,„;, changé; le snltan ,1e
Oepu,s ..u'il ava.t «PP*^^ '';?;„ ,„„, .,„,.e fas; son oncle Al-Asel.ref,
namas f- ■>7',;' J ^ .' L.u .e protéger, mais Al-Kamè. l'ayant sultan .le Kelat, ..va t .1 1 ^^^^^ ^^^^ ^^^^ ^^..^^^ ^^.^^ ,^^ ^,„,.
menacé de se retirer en Egypte et ue
FRÉDÉRIC II A JÉRUSALEM
lO)
tiens, les deux oncles s'étaient mis (l'accoid pour dépouiller leur neveu. Le sultan n'avait donc plus besoin de Frédéric et regrettait de l'avoir appelé. Néanmoins les négociations furent amicales. A la cour du sultan on admirait la bravoure et la magnificence de Frédéric; on vantait ses connaissances en médecine, en philosophie et en géométrie, dont lui-même se déclarait redevable aux leçons des Arabes de Sicile. Chez les chrétiens, on se souvenait que, dans la dernière guerre, Al-Kamèl avait sauvé de la mort l'armée prisonnière du roi de Jérusalem; lui aussi aimait les sciences et la poésie. Plusieurs fois Frédéric adressa au sultan des problèmes de géométrie et de philosophie. Le sultan consultait les savants de sa cour et envoyait à l'empereur les solutions avec de nouveaux problèmes. L'émir Fakr-Eddm, chargé des négociations entre les deux souverains, très instruit lui-même, prenait part à ces concours; Frédéric, (lui l'avait connu en Sicile, où il était allé comme ambassadeur d' Al-Kamèl, l'avait en grande estime. L'émir emplova son influence à encourager les sympathies que les deux princes avaient l'un pour l'autre. Frédéric offrit au sultan sa cuirasse et son épée; le sultan lui donna un éléphant, plusieurs chameaux et une troupe de danseuses.
Cette amitié de l'empereur pour le sultan exaspérait les Templiers. Un jour, Frédéric visitant le château des Pèlerins qui leur appartenait, ils le menacèrent de « le jeter dans un lieu d'où il ne sortirait plus ». Une autre fois, sachant que l'empereur avait projeté de se baigner dans le Jourdain, ils écrivirent au sultan le moyen de s'emparer de lui. Le sultan envoya la lettre à l'empereur; en le remerciant, Frédéric lui demanda, comme une marque d'amitié personnelle, de lui livrer Jérusalem :
« Je suis ton ami, écrivit-il, c'est toi qui m'as engagé à venir ici. Les rois et le pape sont instruits de mon voyage; si je m'en retourne sans avoir rien obtenu, je perdrai toute considération à leurs yeux. Cette Jérusalem n'est après tout qu'une ville ruinée; donne-la moi telle qu'elle est, pour qu'a mon retour, je puisse lever la tète parmi les rois. « - « Je n'insisterais pas autant, dit-il à l'émir en lui donnant cette lettre, si je ne craignais de perdre mon autorité en Occident. »
En réalité, Frédéric avait hâte de rentrer en Europe, où ses affaires
allaient mal. Son beau-père, Jean de Brienne, dévoué au pape, avait envahi
son royaume de Naples. Déjà l'étendard du pape, surmonté de la tiare de
saint Pierre, flottait sur Capoue. L'empereur venait de recevoir du comte
d'Acerra, son lieutenant en Sicile, la lettre suivante :
if
. Ap.,. .ce a^pan. .e pape Gr^gCe a a.e.Ué un ar.ée „o,„-
,.euse ..on. » a ..onné le ^----^^iZ^^l'^.n rendre Jérusalem; celui-ci est entre dans vos Etats avec . p
maître et .le parvenir à l'en.pue; , .!> de. qu ' " » p ^^^^.^^^
.eur ,ue lui. Les soUlats .lu pape ^^^^^^^JL point .rU' PO""' ,„ Us torturent pour les "''"g- ' P^^^ 3^"' ,^ 1, ,„, .nies sans
,esfenunesniaeresp..pou.^ eu sa s J^^^ Le clerg. de votre consi.lérer .(ue vous êtes au service „^„. j^nir une telle conduite
empire ne peu, compreu.lre comment un P»Pe P "J »«-; ^.„,^^ ,;, ,,
et faire la guerre . des e''^^'^. Dounez.l^ o^^.^^^^^^^^^^^^ ^^^
sence est nécessaire. « . . , , r ',„^.iem et la paix fut conclue
CJ.ri». ..i. 1» <*.«i"» 1«..-".' L"l"'«' •" "''•" ,,„, ,„ ,M,. „ qu'ellecomprendraauss.la e..e,iu.s J ,,i,. ,„ ,„„,«
îue les pMerins puissent f^^^^^^^^^ '>« ^^ ^^'^ '' sûreté; sous cette condition, toutelo.s < u conservent le
la Palestine c,«i ont une «—'e/encration pom Je '-P ' ^,^^^ ,^
a..oit d'y aller. Mais ils devront s y rem..e sa a mes m. ^^^^^^ ^^^^^^^^^^ ville, et, leur prière finie, se -"-*■"--;;; j^^,^^^„, ,, ,,„itoire .„.t le pays entre cette ^'^^^^::^L. Cette ville est la plus ae Tlioron, Sidon avec sa plaine «^J^^ ' P ^^ .,., ,,,,,,, ,es châteaux
,el.e de la eon'-- He plus, nous a on e -o ^^^^ ^^^ .^ ^ ^^^ ^,^^
de Joppé, de Césarée, de Sidon et ^^^-^ ,^^ i,,„„„,, j'Aere.
valiers de l'Ordre teutonniue avaient lonstiuit su
FRÉDÉRIC II A JÉRUSALEM
Pendant la trêve qui doit durer dix ans, le sultan ne peut élever de nouvelles forteresses sans notre permission. »
Après la conclusion de la paix, Frédéric arma chevalier l'émir Fakr-
Eddin.
Mais les envoyés du pape et les Templiers étaient parvenus à soulever contre l'empereur les chrétiens de Palestine; quand il fit son entrée à Jérusalem il n'eut avec lui que les barons allemands et les chevaliers teutoniques. I/archevéque de Césarée jeta l'interdit sur la ville, le patriarche de la Judée défendit aux pèlerins de visiter les églises. Au milieu d'un morne silence, l'empereur se rendit à l'éjçlise du Saint-Sépulcre; il la trouva tendue de noir et déserte; les images des saints étaient voilées. Il fit mettre une couronne sur l'autel, s'agenouilla et pria; puis il alla prendre la couronne et la mit sur sa tète. Ses soldats l'acclamèrent roi de Jérusalem.
Le lendemain, Frédéric visita Jérusalem. L'émir Schems-Eddin, cadi de Naplouse, était chargé par le sultan de l'accompagner. Il avait ordre de veiller à ce qu'on ne fît rien de ce ([ui pouvait déplaire à l'empereur chrétien, surtout d'empêcher (ju'on ne prêchât dans la mosquée d'Omar, et qu'on ne chantât la prière du haut des minarets. Le premier jour, le cadi oublia de donner les ordres nécessaires et les muezzins s'acquittèrent de leurs fonctions comme à l'ordinaire; l'un d'entre eux affecta de crier plus haut que d'habitude les passages dirigés contre les chrétiens, celui-ci entre autres : « Comment serait-il possible que Dieu eût eu pour fils Jésus, fils de Marie? » L'empereur était logé chez le cadi, tout près du minaret; il dut entendre ces paroles. Le cadi, très mécontent, fit appeler le muezzin, le réprimanda durement et lui défendit de faire la prière à voix haute aussi longtemps que l'empereur serait à Jérusalem. Le lendemain, Frédéric, n'entendant plus le muezzin, demanda au cadi : « Qu'est donc devenu l'homme qui, il y a deux jours, chantait sur le minaret? — Nous l'avons fait taire, dit le cadi, parce que ce qu'il chantait pouvait vous déplaire. — Vous avez eu bien tort, répondit Frédéric; pourquoi manquer à vos coutumes et à votre religion à cause de moi? Eh! par Dieu, si vous veniez dans mes Etats, je ne pourrais pas vous faire la même politesse. »
Le desservant qui l'accompagna dans la mosquée d'Omar le trouva très aimable mais peu imposant. « L'empereur est roux et chauve, dit-il à un chroniqueur arabe, il a de plus la vue très basse; si on le vendait comme esclave, on n'en tirerait pas deux cents drachmes. » Frédéric déclara à son
5"en.en..re '«-«"f ^^ ^ ;;:;;:,; Ins .a .,.o.,u.e, u„ préue OU les in..s P^ f^--;;,^ „^^ ,..u été convenu .,ue .es musu.mans chrétien y entra, 1 Evangile a la mos.iuées et «lu'on ne pourrait
.raient, .'a-ri ..e '-^^/XtirT eXl' L'empe'reur fit sortir .e en aucun cas .es trou.'.e. a us l^ ^^^^ ^^^^..^^ ^^„. ,„,,erait sans
prêtre; il annonça .,u ,1 P"""»'' ''^ .^.i, „„„, .ommcs les serviteurs du
^^"-::'C:sac.,i.sefit.^^^^^^^^^^
Sa.adin avait ..é.ivré la vi e - f ,P';^ ^„^ ,,„,,es, on .ui dit ,ue deman.la pourquoi on avait «us < es „ . ^,^^ .^ ^^„^^^
eétaitpouren,pécl.er.esoiseauxa n ter^ V ^ ^^^ ^,^^ ^^^.^^ „.
les oiseaux, répondit-i., mais en p. e ^^^ ^^^^ ^.^^^ ^^^^ ^ .,^ ^,.^,,^
Les musulmans pensèrent qu i. voulait p ^^. ^__^. ,^^^^^,^
leurs prières de midi --^ ::;:'; ri^pUic se mirent . prier avec était un Sici.ien qui lui avait enseigne i
eux, et Frédéric ne s'y opposa pas. ^^^^^^ ^^.^^^^^
Pen,.ant les deux jours qu .1 passa a Jerusa^m ^^ .^^.^ .
ae son respect pour leurs croyances et pour ^^^^^ ^^.^ ,., „,,,
rsr;rir;::;tr.;r:;:Xis, penLnt q... ..ait
^^•^^•:;L::i-:^a..don de -^7- -5: -^riïi.^
.„part de l-rédéric, '-''- ^^ ,; f " ^TL mouvements de révolte, ae Bagdad pour justifier sa « "^;,; J,e ,e.ata en cris de désespoir; Quand i. fal.ut évacuer .a vi. le sainte, le p p remontrances
•es imams et les -•^.;^— ^ r^;:: inr a': rés de sa tente c.ianter .a qu'i. n'écouta pas; ils s obstinèrent ^^ ^^^^^^^^ ^^ ,^„^
prière à ..es heures inaccoutumées; le -'.»"; ;;.^., ;„,„,i,,, ;, emporter de
I i cle f «it couler nos larmes à flots,
Les larmes nous manquent pour pleurer ; un te spec • ^^ ^^^^^^^ ^^ aisparal.re.
Ces. pitié ae voir Jérusalem tomber en rumes, et le sole.l
FRÉDÉRIC II A JÉRUSALEM
A Damas, les protestations furent encore plus vives; le prince de cette ville étant en guerre avec le sultan, ne perdit pas cette occasion d'exciter l'indijrnation des musulmans contre la politique de son ennemi. Il demanda à Ihn-Gouzi, imam de la grande mosquée, de prêcher sur ce sujet; voici comment Ihn-Gouzi lui-même le raconte :
« Le prince m'avait envoyé chercher et m'avait ordonné de prononcer un discours propre à exciter l'indignation du peuple; je ne pouvais m'en excuser, il y allait de l'honneur de l'Islam. Je montai donc en chaire, et, devant le prince et le peuple, je dis : Ainsi, le chemin de la ville sainte va être fermé aux pèlerins! Hélas! vous qui aimiez à vous entretenir en ce saint lieu avec le Seigneur, vous ne pourrez plus vous y prosterner, vous ne pourrez plus y arroser le sol de vos larmes. Grand Dieu! ([uand vos yeux se changeraient en fontaines, vous ne sauriez assez pleurer! quand vos cœurs se fendraient, vous ne sauriez assez vous affliger! A l'idée d'un tel malheur les larmes coulent, le cœur se déchire, l'âme se sent opprimée d'une horrihle
angoisse. »
L'hostilité des prêtres chrétiens devenait plus violente; ils ne voulaient pas reconnaître cette paix conclue sans eux et qu'ils appelaient « un crime insensé, une convention du Christ avec Bélial ». L'interdit était jeté sur tous les lieux où se trouvait l'empereur; sur son passage les églises se fermaient, et les cloches ne sonnaient plus. A Saint-Jean-d'Acre il trouva les chrétiens en guerre ouverte contre lui. Feignant de ne pas croire à la paix, le patriarche essayait de retenir des soldats allemands en promettant de les solder au moyen de secours qu'il demanderait au roi de France. Frédéric connut ces tentatives; il déclara qu'il était roi de Jérusalem et ne permettrait pas à un autre que lui de soudoyer des soldats dans ses États. Le patriarche répondit qu'il n'avait pas à tenir compte des défenses d'un excommunié. Le lendemain l'empereur fit appeler par un crieur puhlic les pèlerins hors de la ville ; il convoqua par des envoyés spéciaux les prélats et les religieux, puis vint en personne au milieu de l'assemblée, accusa publiquement les Templiers et le patriarche de lui faire une guerre déloyale, et ordonna à tous les soldats, de quelque nation qu'ils fussent, de quitter la Palestine en même temps que lui. Le comte Thomas, qu'il nomma bailli de la Palestine, était chargé de faire mettre à mort ceux qui contreviendraient à cet ordre. Des Frères Mineurs avaient prêché contre la paix; l'empereur les fit fouetter dans les rues. 11 mit des soldats aux portes de la \ille et leur donna pour
.mje-j^ii^-^tijb>.^jr:
no
SCÈNES ET ÉPISODES DE L'HISTOIRE D.vrXEMAGNE.
eo„si..ne .le laisser sortir les Templiers mais .le ne pas les laisser rentrer, le n,triarcl.e se hâta .laccuser Fré.léric .levant 1 Europe, ^ct p triarohe .le Jérusalem, à tons les liaèles, salut. I-e«'P-- » Pale iine une con.luite .léplorable, au gran.l détrin.ent .le la chose
*A»^ ;i n'v fl nas en lui un ffrain de bon sens. Il est Nenu, cn<t r>
i«:«c A^ iaptance il envoya demander la paix au buiui.i .
pleins (le jactance, en ^ ponsulté personne, il
annonça un beau jour, et quand on s > a ^„,.^^„ns combien cette
eonelue. Vous verrez par les articles 'l"^-"-.7;;;;^:::l„entaire paix est frauduleuse. » A cette lettre eta.t jomt en flet^u Lineux du traité .le paix; l'empereur y eta.t accuse .la>ou
^'1:;rri:\tr dt pf son armée; il partit avec deux vaisseaux e. ahor nlr la c.te de la PouiHe. A peine .lébarqué il «"vo^ -/jj:,": ehevahers de l'Ordre teutonique chargés .^ le 1^ '«^^^^^^^^ /.^^^^pe rien entendre; .lans des lettres virulentes, ^<'-°"^;; 7; ™ , j, /,« . ,a trahison de l'empereur envers la chret.ente ' ' -; '^J^^ ,^^„..,, lever contre l'impie .. Enfin il prononça contre lui e t.o.sieme
a:;éde.excomLnication: . -^ «^^-^jt^tSC^no^^^^^^^^^^^^^ i, n'est pas venu se soumettre aux ordres .lu «a-tJ'^S^; libres de leur serment tous ceux qu. ont jure fidehte ., eelu. .1 . FF Ï ôleu et à ses saints et qui foule aux pieds ses comman.lements ..
Ki
Fbk.dkhii; Il V JÉHISVLE.M. — Composition et disuii dv Miuliu.