RECEVANT LA DISCIPLINE
Sainte Elisabeth était fille du roi de Honj,nie André III et de Gertrude de Méranie. Sainte Hedwige, duchesse de Silésie, était sa tante; sainte Agnès de Bohème était sa cousine; un de ses oncles était évêque de Bamberg, un autre, patriarche d'Affilée; une de ses tantes était abbesse de Kitzingen. Après elle, il y eut encore des saints dans sa famille : Sainte Cunégonde, reine de Pologne et sainte Marguerite de Hongrie, ses nièces, sainte Élisabetli de Portugal, sa petite-nièce, et Saint Louis de Toulouse, son petit-neveu.
Dès son enfance, Elisabeth donna des preuves d'une piété si vive qu'on la regardait comme prédestinée ; les malades venaient lui demander leur guérison et les pèlerins répandaient dans les pays voisins le récit de ses miracles. Un Hongrois raconta un jour au landgrave de Thuringe, Hermann, qu'aveugle depuis longtemps, un attouchement de la petite princesse lui
avait rendu la vue.
Quand elle eut quatre ans, Hermann envoya un chevalier, nommé Gauthier de Varila, demander sa main pour son fds Louis qui avait onze ans. Le roi André consentit au mariage et Gauthier, après avoir juré d'être toute sa vie le protecteur d'Elisabeth, l'amena au château de la Wartburg où habitait alors le landgrave de Thuringe.
A la Wartburg, Elisabeth continua à vivre pieusement; elle se couchait devant les autels pour s'humilier, baisait avec ferveur la serrure des églises, invitait sans cesse ses petites compagnes à penser à la mort et à prier, et fuyait toutes les distractions mondaines. Au milieu de ses jeux, elle s'arrêtait brusquement, pour sacrifier, disait-elle, son plaisir, en l'honneur de Jésus-
-f ihiiiÉi i~tii*l
auchesse Sop.ue, et Agnes a M -u. q.^, ^g„,,. Un jour, elles
, ne ,u.. ^---X™ '^,; Î L^^ la n,esse .les ..evallcs
allèrent --'"'^ ^^^ ^j;;^,,^,,^ ÉUsahetl. se trouva en face d'un crue.fix, teuton.ques. En s agenou.i , entourait sa tète et se pro-
..orselleôtasacouronnedo et ela.. au ,^ ^^^^ ^^^^ ^^.^^^
.erna ius-p'. ---^^^Z^^le co.n. les enfants l.ien .ev.s. moquer ,1e vous. Tenez ^,^ ^.^■^^^^ „„„„es
Lesieunes f.lles ne ''"'-- P^t-P'--'" " "'■^""'"' = " '""" ou des rosses fatiguées. » Elisabeth se 1 ^|, ^^
donnez-moi, madame, .levant mon Dieu qui est
puis porter une couronne .Vor et de perles » sefrorcèrent de
Après la mort .IHerinann a .Uu-lie e t 1 s co^^^^^^ ^^^^ ^^^ ^^^ ,^
faire rompre le mariage projeté. ^^^ ,,,,,, ^,,^„., ,, ,.,„„ée. Un
cloître et non pour une cour. -> ^^J^^ ^^^^^^^ , ,„„ père, comme
jou.. Gauthier de Var.la "' l^^^'^ ^ , H, ,„. ....,.r„„. n,isell,erg : le bruit en courait au château, Louis repoi ^^.^ ^^ ^^^^^
„ Tu vois cette montagne; eh '-'-';;;;' .^ ,„„.,ùion .le renjus.,uau sommet et <,ue tout cet or du, "' "P^^ ;;";;^^ , „•„„ aise .lelle voyer mon Elisabeth, je ne la renverrais pa . Q" J" P-^ ^^ ^„^ ,^ ,,„e
- ce ..uon ^o-., ..;];;;- :;„:::; .... ....e .outes
jouais ie n'écouterai ce .,uon me --Ue^-"- ^ ,^, ^,„„„„ „„ p,,
comme un nouveau gage de ma foi ^^^^J,^ j,,„,.chris.. miroir monté en argent sur lequel etai, r'-»;'"'^ " - ^^j^ ,,,,1,^.
,,s se marièrent en i..o: Louis avait vingt ns F -^ ^^^
,,e duc, sans avoir l'ardente •'^-'- j:;;J~J: f^^ .lonner la trariait en rien. Elle portait un cilice sous «^ «^ "J ,,^ j^.us-Christ,
aisciphne tous les vendre.lis en souvenir .le ^'^'^'^^^^^ ,„„,„,, p„, et souvent se faisait réveiller au milieu de nu P- ^^ ^^.
ses servantes. Elle ne voulait porter .(ue <'e-^'- ^'^ ^„^ ,,^„,„„,,,u «n .ai, les processions vêtue .le grosse bure et -"P-^;- j^ ;. ^^.^^ ,„, ,„e.
Il ^ffo.f \ nlpiirer et lui donnait tout ce i^u cu^
mendiant, elle se "^^^^'^'V 1 d'Eisenacb et leur distribuait du linge et Chaque jour elle visitait les malades d Eisenach
des vivres.
SAINTE ELISABETH RECEVANT LA DISCIPLINE
ii3
Un jour elle recueillit un petit lépreux et le mit coucher dans le lit de son mari. Le duc était absent; quand il rentra, sa mère lui dit : « Viens, je vais te montrer une nouvelle merveille de ton Elisabeth : tu verras quelqu'un qu'elle aime mieux que toi » ; puis le conduisant auprès du malade : « Tu vois, elle met des lépreux dans ton lit; elle veut te donner la lèpre. » Le duc fut irrité d'abord, mais s'apaisa vite, et pria sa femme de ne se laisser arrêter par personne dans ses œuvres de charité. Quelque temps après cette scène, la duchesse fit construire à mi-côte du rocher de la Wartburg, un hôpital où dès lors elle entretint vingt-huit malades qu'elle visitait tous les jours.
Pendant une absence du duc Louis, parti à la suite de l'empereur pour l'Italie, il y eut une famine en Thuringe. La duchesse fit distribuer toutes les provisions entassées dans les greniers de son mari, et les soixante mille florins d'or qui étaient dans son trésor; chaque jour, un millier de pauvres venaient manger à la Wartburg.
Saint François d'Assise venait de fonder la congrégation des Pénitents du Tiers-Ordre, dont les membres devaient ne porter que des habits de couleur sombre, s'abstenir de toutes réjouissances profanes et observer un grand nombre de jeunes rigoureux.
Elisabeth fut, dit-on, la première Allemande qui entra dans le Tiers- Ordre; plus tard, saint François lui envoya son manteau, comme témoignage de sa reconnaissance pour les services qu'elle rendait à sa Congrégation.
Un jour de l'année 1227, Elisabeth trouva une croix dans l'aumônière de son mari et comprit qu'il voulait partir pour une croisade. Tout en pleurant, elle lui dit : « Accomplis le vœu que tu as fait à Dieu; je lui ai fait le sacrifice de toi et de moi-même. « Le duc Louis s'embarqua à Brindes avec l'empereur Frédéric II : trois jours après ils débarquèrent à Otrante, malades tous deux. Le duc mourut en arrivant à terre. Quand Elisabeth apprit la mort de son mari, elle venait de mettre au monde son quatrième enfant.
Elle fut alors sans protection contre la haine de sa belle-mère et des courtisans; le duc Henri, son beau-frère, s'empara de l'héritage de Louis; Elisabeth fut chassée du château avec ses enfants.
C'était au milieu d'un hiver rigoureux. Elle descendit à pied le chemin qui mène à Eisenach, portant dans ses bras son dernier-né; ses autres enfants suivaient avec deux servantes qui ne voulurent pas l'abandonner. Le duc Henri avait défendu de la recevoir, elle erra longtemps sans trouver un asile dans cette ville qu'elle avait inondée de sa charité. Enfin un aubergiste lui
,.4 SCÈNES ET ÉPISODES DE I/HISTOIRE D'ALLEMAGNE, permit de passer la nuit dans une écurie où il logeait ses porcs. Le lendemal un pauvre curé lui prêta une cl.an.l.re avec un tas de pa.l pou Lncr du'pain à ses enfants, elle dut vendre les bijoux qu ^^^^^^^^ en la chasslnt. Les jours suivants elle gagna sa v,e en fdant, des personnes charitables recueillirent ses enfants. i, m venir
L'abbesse de Kitzingen, sa tante, apprenant sa f ;-•';« Jf^ «uorès .lelle et la logea dans son couvent ; puis son oncle, 1 ev èque p. mce ZTert l;. lui atoir olTert de la fa.re eond.. en -^^^^ p,re, l'installa au cbàteau de o..ens..n pr s •^^>;-^,^ ^^^.„^^ marier à lempcreur Frédéric II qui venait p Yolande de Jérusalem; elle refusa obstinément : « S. 1 on - presse >e marier, dit-elle, si je ne vois pas de moven d y échapper, ,e me coupera „P, -iKn d'être un objet d'horreur pour tous les hommes ».
' ^end .u'elle était à Bamberg, les chevaliers thunng.ens q«. ava.en
.corn agné 1^ due passèrent dans cette ^^ '^Z'^r::Z^^ Wartburg. Ils s'indignèrent en apprcnan la fa on on ^'',^^
-::T^:-z^^^-:;rrrïL:tr:;:::xt;:Cte.
stagne .1 nTlui en resterait bientôt rien, car elle donne tout pour
''—tlÉI-raLh apprit que le duc Henri o.rait de lui rend, l'hé.tage de son mari, elle refusa et ne voulut accepter que ce qui lui était du su sa
ot Elle rentra pourtant ï. la Wartburg, on lui rendit ses 1-"-- revenus; les droils de son fils aine furent reconnus, mais on le mit sous
tutelle de son oncle. . , cnpptacle
Elle continua sa vie d'humilité et de privations; mais bientôt le pectade
de la vie mondaine lui devint insupportable; elle vou ut «'-f-"- '°" .'^ biens et mendier. Son confesseur s'y opposa. Alors elle pria 'e - Hen. lui assi<^ner une résidence oii rien ne put la distraire de ses œuvres de p.cte et de charité; Henri lui céda la ville de Marbourg, en Hesse, avec ses revenus
" ^^cSToHonfesseur, venait de se fixer ^ Marbourg; le pape ,e chargea d'administrer les revenus d'Elisabeth. Conrad était un prêtre t>. nnique et violent; le pape l'avait nommé commissaire apostolique pour I Aile-
SAINTE ELISABETH RECEVANT LA DISCIPLINE
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magne, il recherchait et faisait brnler les hérétiques avec un zèle impitoyable. Plus tard il mourut assassiné par des chevaliers qu'il persécutait injustement, et le concile de Mayence acquitta ses meurtriers. Elisabeth lui avait promis devant Dieu une obéissance absolue.
Conrad s'attacha à briser sa volonté et à la priver de tout ce qui lui procurait quel([ue plaisir. Elle aimait ses enfants, il l'obligea à les éloigner d'elle. La joie qu'elle trouvait dans ses charités lui parut coupable, il lui défendit de donner plus d'un denier à chaque pauvre; elle obéit, mais, en donnant ce denier, elle disait : « Il ne m'est pas permis de vous donner davantage, mais vous en recevrez autant toutes les fois que vous reviendrez». Les mendiants faisaient le tour de l'église, revenaient et recevaient encore un denier; ils recommençaient aussi souvent qu'ils voulaient, Elisabeth donnait toujours.
Conrad découvrit la ruse; il entra en fureur contre Elisabeth, la souffleta, et lui défendit de donner de l'argent. Elle ne put dès lors distribuer que des morceaux de pain dont Conrad fixait la grosseur. Il finit même par lui interdire toute espèce d'aumône; il ne lui permit plus que de visiter les malades. Encore ne devait-elle pas aller voir les lépreux, justement ceux qui lui étaient les plus chers. Conrad la faisait surveiller, et quand sa pitié l'avait entraînée à soigner quelqu'un de ces malheureux, il lui faisait donner des coups de fouet.
Sa soumission à Conrad était absolue; dès qu'il la faisait appeler, si loin qu elle fût, elle accourait. Un jour qu'il était au couvent d'Altenberg, il eut l'idée de l'y faire enfermer et l'envoya chercher à Marbourg pour lui faire connaître son projet. Quand elle arriva, les religieuses demandèrent à Conrad la permission de la faire entrer dans le cloître, pour la voir; or, il était ^ défendu aux laïques, sous peine d'excommunication, de pénétrer dans un cloître. « Qu'elle entre si elle veut », dit Conrad. Elisabeth prit ces paroles pour une autorisation et entra avec sa suivante Irmengarde. Conrad les fit sortir brutalement, puis, donnant son bâton à un moine qui l'accompagnait, il lui ordonna de les battre. Pendant que le moine frappait, Conrad chantait le Miserere. Irmengarde déclara plus tard que trois semaines après elle avait encore les marques de ces coups et qu'Elisabeth avait dû les garder plus longtemps parce que, sur elle, le moine avait frappé bien plus fort.
Conrad exigeait qu'elle l'écoutât toutes les fois qu'il prêchait; on gagnait vingt jours d'indulgence à chacun de ses sermons qu'on entendait. Un jour qu'il prêchait sur la Passion, il remarqua l'absence d'Elisabeth et l'envoya appeler; elle était auprès d'un malade qu'elle crut ne pas pouvoir quitter, et
T^T^ f 'HT«;TnTRE D'ALLEMAGNE.
. ■ o H Plie arriva le sermon était fini; Conrad lu. ne vint pas tout de su.te ^^^^'^f./X douter ; sans attendre sa réponse, demanda où elle avait été au heu de ^-^l'j^^.rUe à obéir quand je vous i, ,a souffleta en lu. disant : « Voda pour vous appre ^^^^ ^.^
appelle. » Elle voulut s'excuser; d la f-PP'^^^Xwsiepour Li .. Quand seulement : . Seigneur, je vous remerc.e dm -' ^ P ^„^„,„, ,„,
ses femmes la virent couverte de -«.«',;;' „^^^ .. . Pour les avoir avait pu supporter tant de coups; elle repomia ^^ ^^^.^.^^ ^^^ ^^^
endurés patiemment, Dieu m'a P«™'^,''::°',^"'. ,,„•„„ troisième ciel ..
an,es; les coups de "-^-'-JJ^ ^ !". Vs,ie me repentirai
Conrad sécria, quand on lu, -'PP";'" ^^; P ,^ „,„,ij„e ciel ».
toujours de ne pas l'avoir --yee J-qu / s ^^ ^^^,^ ^^^^^^^
Cependant on d.sa.t que Cnrad- ^^ ^^^.^ ^^ ^,^^^^.^ ^^^^^
i. >larl.ou.f,' pour jou.r avec elle de es r ^^ ^^. ^,.^ ^
pour que Oaut,.,er de Va. la ^ ^ ^^^^ j:!, parce que votre famd.a- „ Je vous suppl.e -le ve.Uer a votre bonn .g^ses et à des propos
Hté avec maitre Conrad a ''-"; -;;^;: ::X,oses Notre-Seigneur inconvenants. .Elisal.e...epond,t^.^ cette cl.étive o.Vrande; par
Jésus-Christ, pu.squ .1 a daigne rece ; ç^■^^ ^ ..^vante ;
amourpourluiiai.-eniélamd.lesse ema~^^^ ^^^^^^^ ^^^^^^^^
j'ai repoussé les richesses du monde et su.s deven ^^^^^^^^
Vai flL ma jeunesse e- - ~ « ne^ouW gard^^^q ^^ . ^ ^^^ ^^^^ ae femme. Ma.s pmsqu ,1 la gne ";".,i„„dinfamie. Daignez avec joie; je vivrai, puisqu . lu. P -'•;;;; ^J ,«, retomber sur eux
seulement préserver mes enfants de «" «» ""J; '^^ ^„,, j ,,„„é. . Vous, du à cause de moi ». Elle voulut pourtant rassu er so ^^^
„„i„s, im d.t-el.e, ne me -P^"""^; X;";.! avait reçus, . vodà, lui montrant sur son corps les marques ^«^«"P'^t nrètre » ajouta-t-elle, de quelle façon je suis a.mee de --"»?•-« ^ ^^.^.^
' Elisabeth n'avait de douceur et de --o at.on que - ^^.^^^^„^
d'isctrude et de ^"^ ^^^ i^J—^aXtlTttes deux avaient été associées à ses pr.vat.ons et a ses œuvres ^^^.^ ,^ ^^
=!:^c::r.tr;a"^^^^^^^^^^^^^^^^ ^•^— -
lonserv; jusqu. sa mort la douleur de cette J--"., ^^ ^^ ,,„„, ,,;. Pour les remplacer, Conrad cho.s.t une P'^y^^^l^" ^^ „„, ,ieille
aeur si repoussante que les enfants se sauva.ent en la vojant,
SAINTE ELISABETH RECEVANT LA DISCIPLINE
veuve, sourde, méchante, et toujours en colère. Ces deux femmes se faisaient servir par Elisabeth, et la battaient quand sa cuisine n'était pas de leur goût. Elles la dénonçaient à Conrad quand elle faisait l'aumône et Conrad la fouettait.
Le roi de Hongrie, ayant appris par des pèlerins que sa fille vivait dans la misère, envoya le comte Banfi pour la ramener auprès de lui. Le comte se rendit d'abord à la Wartburg; Henri lui dit : « Ma belle-sœur est devenue tout à fait folle, tout le monde le sait. Elle s'est retirée à Marbourg où elle commet toutes sortes d'extravagances; elle ne veut plus vivre qu'avec des mendiants et des lépreux ». Puis il prouva que la pauvreté d'Éhsabeth était volontaire.
A Marbourg, le comte Banfi trouva Elisabeth occupée à filer; il la supplia de revenir auprès de son père, ou au moins de ne pas lui faire l'injure de mener une vie aussi misérable : « Dites à mon père, répondit-elle, que je suis plus heureuse dans cette vie qu'il ne peut l'être dans sa pompe royale; au lieu de s'affliger à cause de moi, il doit se réjouir de ce qu'il a un enfant au service du Roi des cieux ».
Elle habitait alors une pauvre cabane couverte de roseaux; elle avait vendu tous les biens que son beau-frère lui avait rendus, tous les objets précieux que ses parents lui avaient donnés, et distribué aux pauvres le produit de la vente. Beaucoup la traitaient de folle; mais elle trouvait que c'était acheter à bon marché le salut de son âme que de lui sacrifier ces richesses.
Le duc Henri lui avait donné, outre sa dot, une grosse somme d'argent. Elisabeth se hâta de la distribuer aux pauvres; elle appela les mendiants de vingt-cinq lieues à la ronde et les fit ranger dans une plaine près de Marbourg; pour que personne ne pût recevoir deux parts, elle leur ordonna de rester à la même place jusqu'à la fin de la distribution. Une jeune fille nommée Hildegonde, quitta sa place pour secourir sa sœur qui se trouvait mal ; pour la punir on lui coupa les cheveux. Elle se mit à pleurer. « C'est bien fait ! dit Éhsabeth, au moins elle n'ira plus danser. » Interrogée, la jeune fille déclara que depuis longtemps elle avait envie de se faire religieuse, mais qu'il lui en coûtait trop de sacrifier ses cheveux : « Alors, répondit la duchesse, je suis plus heureuse de te les avoir fait couper que si mon fils était élu roi des Romains ».
Sainte Elisabeth mourut le 19 novembre isSi. Aussitôt sa mort connue, ceux qui purent pénétrer dans sa chambre déchirèrent ses vêtements pour en
Il f
enterré dans l'église de Marbourg. miraculeuses avaient lieu sur
Bientôt le bruit se répandu que des guensons -"^^'^'^r Elisabeth ; . to^be. Conrad éer.vU au pape P^ "^ " ^IraL des prodiges un dimanche, après son sermon, .1 pr.a """Jl , ,^-, j, trente-
opérés sur cette tombe, de les lu. raconter; ^^ - J' ^^ .,,, f^.^nt .ept miracles. Mais ^^^^^^^^ ^^^^ trois commissaires pour perdus. Deux ans après, le pape envoy vingt-neuf guérisons
reprendre l'enquête; ds apprirent qu d > aj- « ^.,Z„,,,,,, tous les
surnaturelles et seize morts ressusc.te ^e^ «J^^^^^,,,, j- Elisabeth pentraits de sainteté dont elles avaient été temom et les
aant lesquelles ^^^^:::Zt::: Î:^,.^ des saints.
Le 26 mai i233, hlisaDeun v.,,Kourg l'exaltation et la transla-
,.„„ée suçante le tm^^^^ Ma.bou^^; ^^ ^^^^^^^^^^ ^^ ^^^^.^^
tion de son corps. L «-P^^-^^: ' .,^^ „ „,,, , soulever la pierre du
dans une eh.sse, .1 ^^ -^J^^^ Z^:::;: ^^ «n Allemagne; plu- Le souvenir de samte È''^!'''^''' '"\ \^ ^^ ,, jes, dont la plus grasieurs poètes racontrent - - " ^ 7^ 7;l'^„, f, ,,,„„»« un poète du cieuse est le miracle des roses Voici corn ,,escendait de la
... siècle : Un iour .u'EUsa -h par " -^JXnVson manteau, elle Wartburg avec du pain, de 'i;;"^; ^' étonné ,1e la voir si cUrgée, il rencontra son mari qui revenait de a chasse^W ^^ ^^^^^ ^^^
S.iiNTE ÉLiS.iBETH RECEVANT Li DISCIPLIXE. — Composition et dessin de Muilii
SUICIDE DE PIERRE DE LA VIGNE
Pierre de la Vigne (appelé aussi Pierre des Vignes) était né dans le royaume de Sicile, à Capoue, en 1190. Son père était juge dans cette ville, et l'un de ses oncles, Taddeo, portait le titre d'abbé. Pierre fut envoyé comme écolier à l'Université de Bologne; il y étudiait le droit civil, et comme sa famille était d'une fortune médiocre, on suppose qu'il avait reçu une bourse pour faire ses études. Pierre de la Vigne acquit rapidement la réputation d'un habile légiste; l'empereur Frédéric II, qui aimait mieux s'entourer d'hommes de lois que d'hommes d'Eglise, l'attacha à sa cour comme notaire.
Entré ainsi dans la carrière, Pierre de la Vigne devint bientôt juge de la grande Cour. L'Empereur Frédéric II aimait à le consulter dans les questions de droit et de poHtique et lui accordait de jour en jour plus de confiance. Il lui donna, à partir de i23o, une place importante dans les ambassades politiques. Pierre fut désigné en qualité d'ami de l'archevêque de Capoue pour prendre une part à la rédaction des Constitutions publiées à Melfi qui détruisaient l'organisation féodale du royaume de Sicile pour établir l'autorité royale.
En 1234, la confiance du- maître l'investissait d'une mission particulièrement délicate. Frédéric II était veuf; sur le conseil du pape Grégoire IX, il préparait son mariage avec Isabelle, la sœur du roi d'Angleterre, Henri III. Pierre fut tout d'abord chargé d'aller régler les préliminaires de cette affaire, en compagnie d'un chevalier de l'ordre Teutonique, à la fin de l'année, au mois de novembre. Pierre retourna en Angleterre pour conclure les négo-
,2o SCÈNES ET ÉPISODES DE L'HISTOIRE D'ALLEMAGNE.
ciations qu'il avait heureusement dirigées. Il avait pleins pouvoirs pour constituer le douaire de la future impératrice, et pour réj,der la question de la dot II devait prêter serment sur l'àme de l'Empereur et épouser Isabelle par procuration. Le 22 février la conclusion du mariage fut solennellement affichée dans l'Église de Westminster. Pierre de la Vigne passa au do.gt de la jeune princesse l'anneau des fiançailles et reçut le sien en échange.
La faveur impériale dont Pierre jouissait se manifesta plus tard en d'autres occasions. Le dimanche des Rameaux de l'année 1240 l'Empereur Frédéric II se trouvait à Padoue. lîien qu'il n'aimât pas se mêler aux foules, û se rendit ce jour-là au milieu des habitants réunis dans une promenade au dehors de la ville. Il prenait part à leurs divertissements, et montrait à tous un visage accueillant. Pierre l'accompagnait : l'Empereur chargea alors son conseiller de parler en son nom à ce peuple réuni, et de prononcer des paroles d amitie et de dévouement. A ciuelques jours de là, l'Empereur était excommunié par le pape Innocent, et la nouvelle s'en répandait dans l'Itahe du Nord. Frédéric fit alors convoquer le peuple de Padoue à une grande assemblée, dans l'Hôtel de Ville. L'Empereur vint à l'assemblée en grand apparat. C'était un moment critique; il fallait à tout prix retenir les Padouans dans le parti de l'Empereur. Pour la deuxième fois Pierre de la Vigne ftit charge de parler au nom de son maître. Dans son discours il rappela au peuple cpie depuis Charlemagne aucun prince ne s'était montré aussi bon, aussi juste et écpiitablc que l'Empereur Frédéric II. Il montrait que les chefs de la Sainte mère Église portaient contre lui des sentences iniques et il ajoutait en terminant, c L'Empereur est surpris que les ministres du Saint-Siège aient « rendu leur sentence avec tant de précipitation et d'imprudence. Là où il . n'y a pas de faute il est contre toute règle d'infiiger un châtiment ».
Pierre servait en toutes circonstances l'Empereur avec zèle et fidélité. Les sei-neurs de la Marche Trévisane, aussitôt qu'ils avaient appris l'excommunica'tion, s'étaient soulevés contre Frédéric. Pierre rédigea la sentence qui les mettait au ban de l'Empire, puis il se rendit à Trévise pour la prononcer. Le i3 juin le peuple de cette ville fut convoqué sur une vaste place devant l'église San Zeno : les cloches avaient sonné pour l assemblée et les crieurs avaient parcouru les rues pour appeler les habitants de la viUe. Pierre parut achevai, il prononça à haute voix l'arrêt de proscription contre Azzo, marquis d'Esté, Uguccione, comte de Vicence, Pierre, comte de Monte bello Richard, comte de Bonifacio, et près de cent autres personnes. Puis li
SUICIDE DE PIERRE DE LA VIGNE
recueillit le serment de fidélité de la commune à l'Empereur, par la bouche d'Ecellin. L'Empereur commença la guerre contre les rebelles de la Ligue Lombarde et vint assiéger leurs villes; Pierre l'accompagna devant Bologne, devant Plaisance et devant Milan.
Cependant l'excommunication qui pesait sur Frédéric entravait sa politique. L'Empereur aurait voulu s'entendre avec le Pape pour le décider à la retirer : il désirait obtenir la médiation du saint roi Louis IX qui pourrait l'aider à se réconcilier avec le Saint-Siège. Ce fut encore Pierre de la Vigne qui fut chargé d'aller trouver le roi de France et qui obtint de saint Louis la promesse de s'entremettre auprès d'Innocent IV. En conséquence le roi se rendit à Cluny, où se trouvait alors le pape, mais Innocent resta inébranlable et refusa de retirer la sentence d'excommunication contre l'Empereur (1242).
Cet échec n'était pas imputable à Pierre : et Frédéric ne l'en rendit pas responsable. Il continua à lui accorder toute sa confiance à lui, et à son ami, Thaddée de Sessa. Il ne passait pas une occasion de leur marquer sa faveur. A Capoue il avait fait construire un superbe château fort ; luimême en avait donné le plan. Les murs de son palais étaient couverts de marbre et d'albâtre. Parmi les bas-reliefs et les ornements sculptés il se détachait un groupe de trois statues : l'Empereur était représenté au milieu de ses deux ministres Pierre de la Vigne et Thaddée de Sessa. Dans son palais de Naples un tableau montrait Frédéric sur son trône, Pierre assis au Tribunal dominant le peuple à genoux et tendant des suppliques. L'Empereur désignait du doigt Pierre de la Vigne dispensateur de toute la justice.
Quand Thaddée de Sessa fut mort les armes à la main pour la cause de son maître, Pierre hérita de l'entière faveur de Frédéric qu'il avait jusque-là partagée avec son ami.
A partir de 1248, Pierre devient protonotaire impérial et logothète de Sicile. C'étaient là deux grands honneurs. Le protonotaire avait droit à un sceau sur lequel il était représenté en pied comme les princes, les évêques et les personnages du plus haut rang. Le logothète rédigeait, pour la Sicile, les lois, les édits, les concessions de fiefs, en un mot tous les actes émanant du prince. Pierre était arrivé au plus haut point de sa fortune : il passa l'hiver en Piémont aux côtés de l'Empereur. Mais sa chute fut subite.
Il avait excité la jalousie des grands seigneurs allemands et napolitains. Leur situation avait été bien amoindrie depuis le commencement du règne.
Leur prestige paraissait entamé. Dans les écoles on déclarait la prud'liomie, c'est-à-dire la sagesse et la science, préférable à la noblesse de race. On légitimait le règne des juristes, de Thaddée de Sessa et de Pierre de la Vigne. Sans doute les nobles voulurent se venger sur le favori qui avait travaillé à amoindrir leur pouvoir. Us profitèrent de ce que Frédéric éprouvait des revers, pour exciter sa défiance. En 1240, des hommes honorés de toutes les faveurs de l'Empereur formèrent un complot contre lui; l'Empereur crut y découvrir la main du pape et il devint désormais soupçonneux vis-à-vis de
tous.
. Pierre commença bientôt à s'apercevoir des insinuations de ses ennemis . Dans une lettre à l'Empereur il indique ses craintes. « Je ne puis vous cacher, ô le plus puissant des maîtres, lui écrivait-il, ([u'il y a dans votre lettre un passage dont la teneur m'effraie. C'est celui où vous me dites : « Nous te « recommandons très instamment de te montrer « zélé et assidu comme a à l'ordinaire pour notre service et pour le règlement de nos comptes, car . bien que nous t'ayons adjoint des collègues dans cette mission, notre séré- « nité, tu le sais, ne se repose que sur toi ». J'avoue, Seigneur, qu'une grande faveur résulte pour moi de ces paroles, à moins qu'elles n'insinuent le contraire et qu'elles n'aient pour but par exemple de gourmander ma paresse ou ma négligence. Sur ce point si quelqu'un a déposé contre moi, son accusation atteint un innocent.... Quelque haut placé que soit auprès de vous celui qui se déchaîne ainsi, je suis sur, si Dieu m'accorde la grâce de revenir à vos pieds, de fermer la bouche aux calomniateurs. »
A ce moment du règne, les conseillers de Frédéric ne sont plus de préférence ses légistes; les hommes les plus influents de son entourage sont Gauthier d'Ocra, un dignitaire de l'Église, issu d'une grande famille de l'Abruzze, des nobles d'Italie ou d'Allemagne; Berthold, margrave de Hohenbourg, Thomas de Savoie, Richard, comte de Caserta, les comtes de Loreto et de Manupello. Peut-être sont-ce là les ennemis que devinait Pierre de la Vigne et qui exerçaient leurs rancunes d'ecclésiastiques et de seigneurs contre l'agent de la politique laïque et despotique de Frédéric IL
Brusquement Pierre de la Vigne tomba en disgrâce, fut arrêté par ordre de l'Empereur et périt. Sa fin est restée pleine de mystères. Certains chroniqueurs prétendent qu'il avait trahi son maître de connivence avec le pape Innocent IV et voici comment ils racontent la découverte du crime. L'Empereur était tombé malade; il lui fut conseillé de prendre une purgation et de
SUICIDE DE PIERRE DE LA VIGNE. ,23
se plonger dans un bain préparé d'une façon spéciale. Mais Pierre était gagné par les promesses du pape, il avait reçu des présents pour faire mourir son maître. Il décida un des médecins de l'Empereur à mêler un poison mortel à la potion et au bain. Le complot fut découvert, Frédéric en avait été averti en secret. Au moment où il devait prendre la potion prescrite il fit appeler Pierre et le médecin, son complice, qui lui apportait le breuvage, ce Mes amis, leur dit-il, mon âme se fie à vous; gardez-vous, je vous en supplie, de me présenter du poison au lieu de médecine, à moi qui ai confiance en vous. . Alors Pierre répondit : « O mon seigneur, ce médecin qui est le mien, vous a souvent donné des potions salutaires, que redoutez- vous aujourd'hui .^ » Mais Frédéric, en présence de tant d'audace entra en fureur; il ordonna à ses gardes de se mettre derrière les traîtres pour qu'ils ne pussent échapper, puis il dit au médecin : « Bois la moitié de ce breuvage ». Le médecin fut frappé de stupeur; conscient de son crime, il fit semblant d'avoir rencontré un obstacle sous ses pieds et tomba la face contre terre en répandant la plus grande partie du poison. Frédéric voulut s'assurer du crime. Il fit tirer de leurs prisons des criminels condamnés à mort, il ordonna qu'on leur fît boire ce qui restait du breuvage. Ils moururent aussitôt. Le médecin fut pendu pour son crime. Pierre fut arrêté.
Cette scène s'était passée, disait-on, à Crémone, dans les premiers jours de février ia|(j. Quand le crime fut c»nnu dans la ville, la foule s'assembla; elle demandait qu'on lui livrât Pierre de la Vigne, elle voulait l'écharper. Mail durant la nuit, Frédéric fit transférer son ancien favori à Borgo San Donino sous bonne escorte et Pierre fut enfermé. Au mois de mars, l'Empereur se rendit en Toscane. Il traînait toujours derrière lui son prisonnier. A San Miniato, il le fit juger par les nobles de son entourage. Pierre eut les yeux arrachés ou brûlés au fer rouge.
On n'est pas d'accord non plus sur la façon dont mourut Pierre de la Vigne. Il y avait sur sa mort plusieurs traditions. D'après Mathieu de Paris, Frédéric, après l'avoir fait aveugler, ordonna de le livrer aux habitants de Pise qui nourrissaient contre lui une haine implacable et qui n'auraient pas manqué de le faire souffrir avant que de le mettre à mort. A cette nouvelle, Pierre ne voulant pas servir de jouet à ses ennemis, se précipita violemment la tête la première contre le pilier auquel il était attaché et se brisa le crâne. A Pise l'on avait conservé de l'événement des souvenirs différents. Les uns disaient que Pierre avait été mis sur un mulet et conduit à travers la ville,
qu'il s'était fait mener dans une église, et là, avait demandé à son gardien s'il y avait quelque obstacle entre lui et la muraille. Son guide Im ayant répondu que non, il s'était jeté sur le mur avec tant de violence qu'il s'était
tué. ,,-^
D'autres rapportaient la mort de Pierre de la façon suivante : 1 Empereur
envoya Pierre de la Vigne à Pise pour qu'il fût tué par les goujats de la ville. Pierre arriva monté sur un mulet, il se jeta à terre exprès et se fendit la tête. Relevé dans un état désespéré, il rendit le dernier soupir dans l'église Saint- André in Baratularia.
Tous les récits s'accordent sur ce point : Pierre de la Vigne disgracié, aveuglé et emprisonné, se donna violemment la mort lui-même vers la fin du mois d'avril 1249 dans la ville de Pise dont les citoyens le haïssaient.
Suicide de Pierre des ^'IG^ES. — Composition cl dessin Je Muclia.