‹ Scènes et épisodes de l'histoire d'Allemagne [microform]Chapitre 26 sur 56 · COMBAT DES CHANTEURS A LA WARTBOURG · texte numérisé non relu

COMBAT DES CHANTEURS A LA WARTBOURG

saenger. Le souvenir de ces concours nous a été conservé, sous forme légendaire, dans un poème composé avant la fin du xiii* siècle et attribué à Wolfram d'Eschenbach ; il est connu sous le nom de la guerre des chanteurs à la Wartbourg.

Ce poème n'est, du reste, pas la seule fable de l'histoire des chanteurs. On connaît les aventures de Tannhaeuser. Ce poète errant, séduit par Vénus, habitait dans un palais souterrain avec la déesse. Tourmenté par le remords,' il alla à Rome demander au pape l'absolution : le Pape refusa, Tannhîeuser désespéré retourna près de Vénus et fut damné.

Voici comment le poète raconte cette guerre de la Wartbourg où il a mis en présence les Minnesaenger, dont les noms étaient restés populaires. La scène se passe à la cour d'Hermann de Thuringe, six chanteurs entrent en lutte : ce sont Wolfram d'Eschenbach, Henri d'Ofterdingen, Walther von der Vogelweide, Reinmar de Zweter, Biterolf et Schreiber^ Le défi porte sur deux points : l'éloge des nobles protecteurs que les chanteurs se sont choisis et la solution d'énigmes et questions qu'ils doivent se proposer réciproquement. En réalité c'est la lutte des cinq chanteurs d'Eisenach contre Henri d'Ofterdingen, champion d'Autriche; le vaincu doit payer sa défaite de sa tète.

La première partie du combat est un magnifique éloge du duc d'Autriche chanté par Henri d'Ofterdingen, son vassal; qui le compare au soleil. C'est un beau portrait que celui de ce prince « qui recherche partout la gloire d'ici-bas et la grâce d'en haut; qui honore toutes les femmes à cause de celle qui enfanta Dieu. Vers lui les opprimés se dirigent pour avoir aide et justice, comme les abeilles vont joyeuses à la ruche. Des deux mains il combat ses ennemis, et il voudrait en avoir deux autres pour faire l'aumône. » Ce morceau montre bien l'idéal des Minnesaenger.

Quatre des champions d'Eisenach se réunissent contre Henri pour faire l'éloge de leur maître, le landgrave Hermann. La discussion s'ouvre, elle est vive, on en vient aux invectives; mais Henri reste vainqueur. Alors, le cinquième champion d'Eisenach, Walther von der Vogelweide, intervient : € Le duc d'Autriche est, dit-il, un véritable soleil, mais le jour est plus glorieux que le soleil. Or le seigneur de Thuringe est le jour qui nous éclaire en nous comblant de bienfaits : le duc d'Autriche vient après lui ». L'assemblée déclare Henri battu. La landgravine de Thuringe lui fait grâce de la vie et lui tend la main droite en signe de clémence. Mais elle le raille.

,j8 scènes et EPISODES DE L'HISTOIRE D'ALLEMAGNE.

Reste la seconde partie du défi. Henri d'Ofterdingen appelle à son aide un chanteur magicien de Hongrie, Klingsor. Ce personnage a un démon familier, Nasion, qui lui dicte ses vers, mais qui se repose un jour sur cmq. Ce jour-là, l'ange gardien de Klingsor essaye, mais en vam, de sauver son

âme. , . 1

La lutte reprend et Klingsor pose à ses adversaires des questions embarrassantes sur la vénalité des choses saintes et sur les abus de 1 egl.se qu .1 accuse de simonie. Le champion deThuringe, Wolfram, la défend vivement. Le démon Nasion interroge Wolfram sur le cours des astres. 11 n obtient pour réponse qu'un signe de croix avec ces mots : « Celui qui a fait les astres en connaît le cours ». Henri d'Ofterdingen est définitivement vaincu. Ainsi, la foi naïve et sans examen triomphe de la science et de la entique : la -l'huringe l'emporte, T Allemagne du Sud est battue.

Tel est ce curieux poème, à la fois essai d'histoire littéraire et œuvre de polémique et où paraissent les principaux chanteurs d'amour : on y voit apparaître les querelles religieuses contemporaines du grand mouvement hérétique du xiu' siècle; la galanterie y tient une place médiocre.

C'est à cette légende que Wagner a emprunté la fameuse scène des chanteurs de la Wartbourg. Mais il lui a donné une ampleur dramatique inconnue au poète naïf du xn.' siècle, en la combinant avec la légende du Tannhœuser et en identifiant Tannhieuser, le chanteur maudit par le 1 apc, avec Henri d'Ofterdingen.

Combat l>Ea Chaxtevii». — Comaosilion et dessin de Mueha.

Page 1