‹ Scènes et épisodes de l'histoire d'Allemagne [microform]Chapitre 27 sur 56 · RODOLPHE DE HABSBOURG · texte numérisé non relu

RODOLPHE DE HABSBOURG

ET OïTOKAR

Rodolphe n de Hal)sbourg et Ottokar II, roi de Bohême, ont à la fin du xiii* siècle troublé l'Empire romain germanique par leur rivalité.

Ottokar H régnait en Bohême depuis i25o, alors que Rodolphe n'était encore qu'un simple comte de Habsbourg. Ottokar était un prince brillant ; il descendait des Hohenstaufen, par les femmes. A son avènement il était jeune, beau, bien qu'il eût la bouche grande et le teint sombre, de taille moyenne et bien fait de corps. C'était un homme instruit, car il avait été élevé pour être ecclésiastique, avant la mort de son frère aîné. Devenu roi il attira les poètes-chanteurs à la cour de Prague, car bien qu'il fut tchèque il parlait la langue germanique comme tous les nobles bohémiens. Il fit venir des étrangers dans son royaume; des Allemands exploitèrent les mines des monts Métalliques, et défrichèrent les épaisses forêts qui s'étendaient aux frontières de la Bohême; dans les clairières ils établirent un grand nombre de leurs colonies. Ottokar était très pieux; il restait des heures entières, à genoux, dans les églises. Le pape Innocent IV l'exhorta à partir en croisade contre les païens de la Prusse ; le roi non seulement marcha en personne jusque dans ce pays sauvage de Prusse si éloigné de son royaume, mais par son exemple et ses paroles i\ entraîna au secours des chevaliers teutoniques les margraves de Misnie et de Brandebourg. Avec une armée de 70000 hommes il passa les rivières, couvertes par l'hiver d'une dalle de glace, fit brûler les arbres sacrés, baptiser et convertir les païens. En reconnaissance du secours qu'ils avaient reçu les chevaliers teutoniques donnèrent à la ville forte, fondée au milieu du pays des païens, le nom de Kôonigsberg (ville du roi).

Ces exploits le rendirent célèbre dans toute la chrétienté; depuis l'extinction de la famille des Hohenstaufen, l'Empire n'avait plus à sa tête que des princes sans éclat. On offrit à Ottokar la couronne impériale, dont

il paraissait le plus digne; mais il refusa, il aimait mieux étendre ses domaines. Il enleva la Styrie à Bêla, le roi de Hongrie, il prit le pays d'Eger au duc de Bavière. Le duc de Carintliie et de Carniole, mourant sans enfants, le fit son héritier, et Ottokar prit possession des deux provinces malgré les protestations de Philippe, patriarche d'Aquilée, et malgré le roi de Hongrie. En 1 269, Ottokar régnait sur tout le pays qui s'étend entre les monts des Géants et la mer Adriatique, mais il s'était fait dans le Saint-Elmpire bien des jaloux et des ennemis.

Quand Ottokar pour la seconde fois eut refusé la couronne impériale, les électeurs choisirent Rodolphe de Habsbourg, comme roi de Germanie, roi des Romains et Empereur. Cette élection avait été faite par les archevêques de Cologne, de Trêves et de Mayence, par le comte palatin du Rhin, le margrave de Brandebourgetle duc de Bavière. Ottokar déclara que l'élection était irrégulière parce (jue, contrairement à l'ancienne coutume de l'Empire, le roi de Bolième avait été remplacé dans le collège électoral par le duc de Bavière.

Rodolphe de Habsbourg n'en fut pas moins Empereur. S'il n'appartenait pas à une ftimille princière, c'était du moins un seigneur puissant. Il possédait de nond)reux domaines sur le plateau de la Suisse entre les rives de l'Aar et les bords du lac de Constance, dans l'Alsace méridionale et dans le Brisgau. Il était aussi dans la Ilaute-Souabe bailli et avoué de plusieurs églises et abbayes. Rodolphe avait alors cinquante-cinq ans, il était grand et mince, presque chauve, il avait le nez aquilin, l'œil vif. C'était une figure peu vulgaire. Dans sa tenue il était toujours très modeste, par ses manières simples il avait su se faire aimer des gens de la Souabe.

Le comte de Habsbourg était un habile homme de guerre, et ses adversaires avaient toujours à se défier de ses stratagèmes; pour prendre un château assiégé qui faisait longue résistance, il simulait une fuite, puis revenait brusquement surprendre l'ennemi à l'improvisle; parfois il faisait revêtir à ses gens un vêtement semblable à celui de ses adversaires et, au milieu du coml)at, il profitait, à la faveur de cette ruse, du désarroi de l'ennemi. Rodolphe n'était pas seulement habile, il était heureux, aussi l'évêque de Bàle avait-il coutume de dire : « Seigneur Dieu! tiens-toi fermement assis sur ton troue et prends garde ([ue le comte de Habsbourg ne prenne ta place ». Rodolphe se croyait particulièrement protégé par la Vierge, et il lui avait voué un cuhe. Mais sans attendre les secours divins il savait sagement préparer les voies à la fortune. Une de ses sentences favorites était que « quand on a trois ennemis il faut donner satisfaction à deux d'entre eux et

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