‹ Scènes et épisodes de l'histoire d'Allemagne [microform]Chapitre 28 sur 56 · RODOLPHE DE HABSBOURG ET OTTOKAR · texte numérisé non relu

RODOLPHE DE HABSBOURG ET OTTOKAR

se dédommager sur le troisième. » Grâce à ses combinaisons politiques, il était arrivé à se faire oflrir et donner la couronne impériale. Il fut couronné à Aix-la-Chapelle par l'archevêque de Cologne, le 24 octobre 1273. La cérémonie du couronnement se passa sans querelles . Rodolphe n'avait autour de lui que les princes, seigneurs et prélats de son parti." Les mécontents s'étaient tenus à l'écart.

Dès le début, Rodolphe et Ottokar furent en conflit. Le roi de Bohême avait protesté par-devant les électeurs et par-devant le pape contre l'élection du comte de Habsbourg. De son côté Rodolphe réunissait en une ligue tous les ennemis d'Ottokar : Frédéric de Walchen; l'archevêque de Salzbourg; Léon, évêque de Ratisbonne; Pierre, évêque de Passau. L'assemblée eut lieu à Haguenau, dans l'été de l'année i2j\ ; on s'y engagea à combattre tous les ennemis de l'Empire.

Le II novembre 1274, Rodolphe tint la première diète de son règne, à Nuremberg. Il n'y avait autour de lui que des gens d'église, des prélats de l'Allemagne méridionale, et les princes qui avaient mené l'affaire de l'élection. Seule la ville de Lûbeck avait envoyé des députés. Mais la foule était grande et elle se pressait pour voir Rodolphe; comme les seigneurs voulaient l'écarter: « Au nom de Dieu, s'écria le nouveau souverain, laissez venir à moi « ces pauvres gens, car je ne suis pas devenu roi pour être mis en cage ».

Le roi posa à la diète cette question : « Qui est juge, d'après les anciennes « coutumes, quand le roi des Romains élève une plainte contre un prince, « dans une affaire qui concerne les domaines impériaux ou les biens du fisc « ravis à l'Empire ou au Roi.*^ » Les princes répondirent à l'unanimité que d'après l'ancien droit, le juge était le comte Palatin du Rhin.

Le Palatin monta alors sur son siège de juge et avec l'assentiment des princes et des seigneurs il porta la sentence suivante : « Le roi des Romains « reprendra possession de tous les biens détenus par l'empereur Frédéric II a avant son excommunication, aussi bien que des terres tombées en dévolu a depuis lors, et occupées avec violence. Tout vassal qui n'aura pas reçu « l'investiture impériale sera privé de son fief » .

Cette sentence atteignait le roi de Bohême, il n'avait pas demandé l'investiture pour ses États. Ottokar fut sommé de comparaître devant le tribunal du comte Palatin à Wurzbourg, avant le 23 janvier 1275. Un baron était chargé de porter la citation à la personne même d'Ottokar, mais s'il affirmait sous serment qu'il avait été empêché de paraître devant le roi de Bohême

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en personne, ce messager n'avait qu'à publier la sommation dans une des villes voisines de la frontière de Bohême.

Ottokar voulut gagner du temps; le pape Grégoire X l'ayant abandonné, il envoya des représentants à la diète réunie à Augsbourg, oii seuls étaient accourus les petits seigneurs de l'Allemagne du Sud, dévoués au Habsbourg. I/évéque Wernhardt de Seckau, le conseiller d'Ottokar, prit la parole. Il parla en latin, mais Rodolphe l'interrompit : a Seigneur évêque, quand c vous avez affaire aux prêtres, parlez latin, mais au milieu de nous parlez « allemand «. Ottokar, par la voix de son mandataire, contesta la validité de l'élection parce que son droit de vote avait été usurpé par le duc de Bavière, il refusa de se soumettre à Rodolphe. Par suite de ce refus, la sentence poursuivie à Nuremberg devenait exécutoire : l'Empereur somma le roi de Bohème de restituer l'Autriche, la Styrie, la Carinthie, la Carniole.

Les partisans de Rodolphe s'efforcèrent de soulever contre Ottokar les habitants des provinces disputées. Les gens d'Église surtout s'acharnaient contre le roi de Bohème; l'archevêque de Salzbourgle mit au ban de l'Empire; les moines prêcheurs allaient par tout le pays répandant la nouvelle de cette sentence. Le comte Meinhardt de Tyrol se jeta en Styrie, s'y établit malgré l'échanson de Habsbach qui se fit tuer en défendant la cause d'Ottokar. Le iq septembre, Meinhardt réunir les nobles du pays aucloîtrede Rein, il leur fit jurer de servir le roi des Romains Rodolphe et de letléfendre jusqu'à la mort. Cependant les villes et les prélats restèrent neutres ou favorables à Ottokar.

Ces bonnes nouvelles rendirent Rodolphe audacieux. Il forme une petite troupe de chevaliers et de seigneurs, il les entraîne par ses promesses, descend le Danube, marche sur l'Autriche. A son départ il n'avait dans ses coffres que cinq deniers mal frappés; mais il avait confiance dans la Providence qui jamais ne lui avait fait défaut. A Passau son armée grossit; les prélats lui amenaient leurs milices; c'étaient les archevêques de Mayence et deSalzbourg, l'évêque de W urzbourg, l'abbé de Chiemsée, enfin les ducs Louis et Henri de Bavière, le margrave de Nuremberg; quelques seigneurs encore vinrent se ranger auprès de lui.

Le i8 octobre, l'Empereur arriva à Vienne. Les bourgeois étaient dévoués à Ottokar, ils avaient décidé de résister, le bourgmestre Paltram fit des préparatifs pour soutenir le siège. Rodolphe voulait en finir promptement avec cette ville. Il menaça de faire arracher toutes les vignes de la campagne autour de Vienne, et Vienne capitula.

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