RODOLPHE DE HABSBOURG ET OTTOKAR
Alors Ottokar demanda la paix ; il craignait que les Hongrois, ses ennemis, n'unissent leurs troupes à celles de Rodolphe et préféra céder; il abandonna les domaines en litige et reçut la Bohême et la Moravie comme fief de l'Empire. Le 2 5 novembre il se rendit au camp de l'Empereur, sous les murs de Vienne, et suivant l'usage il reçut l'investiture de l'Empereur comme son suzerain, puis il s'éloigna; Rodolphe entra solennellement dans sa nouvelle
capitale.
La paix ne dura pas; l'Empereur voulait traiter Ottokar en vassal, il prétendait régler les différends entre le roi de Bohême et les seigneurs bohémiens. Ottokar, hal)itué à vivre en souverain indépendant, ne pouvait supporter cette ingérence dans les affaires de son royaume. La guerre recommença. De part et d'autre on chercha des alliés. A Vienne, les bourgeois et les nobles formèrent un complot en faveur d'Ottokar, leur ancien prince. Le roi leur envoya une petite armée de six mille hommes; mais elle fut mise en fuite par les Hongrois, devenus les alliés de l'Empereur.
Le 27 juin 1278, Ottokar quitta Prague avec le gros de son armée. Il prit solennellement congé de sa capitale. Le peuple, en longue procession, l'avait accompagné hors des portes de la ville. C'est à Brïinn, en Moravie, que devaient se rallier, les différentes troupes auxiliaires du parti d'Ottokar : les contingents de Thuringc, de Misnie, de Brandebourg, de Silésie, de Pologne. Les guerriers bavarois formaient deux troupes : l'une s'était réunie à Prague à l'armée d'Ottokar, l'autre s'avançait vers l'Autriche par la Bohême méridionale.
Avant de rencontrer l'armée impériale, Ottokar se buta à de nombreux obstacles. Un corps de son armée fut arrêté par la résistance d'Etienne de Meissau. Ce seigneur voulait venger son père cruellement traité par Ottokar dans l'année 1276. Il s'était jeté avec ses hommes dans la place forte de Drosendorf, et grâce à la belle défense qu'il y fit, l'armée d'Ottokar fut retardée dans sa marche. La garnison cependant capitula, mais Etienne de Meissau, sans désespérer du succès, se retira dans les châteaux forts du pays, d'où il fallut péniblement le déloger. Quand l'armée d'Ottokar marcha enfin sur Krems, Etienne se retira auprès de l'empereur Rodolphe et put le joindre à temps pour prendre part à l'action décisive.
Le second corps de son armée, qu'Ottokar commandait en personne, n'avançait aussi que lentement. Le roi de Bohême avait perdu plusieurs semaines en hésitations; enfin, il quitta Brûnn et prit la route de Vienne. A la frontière autrichienne, il fallut s'arrêter, faire le siège de Laa, forteresse
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qui défendait l'entrée du territoire. Ottokar établit son camp en face de la ville et fit dresser les machines de guerre, ingénieusement construites, qu'il traînait après lui. Le siège fut pénible et long. Le roi apprenait alors les opérations diffîcilesde sa seconde armée autour de Drosendorf. Il fallait attendre qu'elle put avancer; ses troupes n'étaient plus qu'une cohue; les hommes et les chevaux manquaient de vivres. Pour nourrir cette armée, Ottokar décida de la conduire dans le Marchfeld, pays fertile, riche en approvisionnements.
Ro(lolj)lie savait combien les temporisations des chefs démoralisent les troupes; il ne voulait pas décourager les siennes. Avec ses Styriens, Garinthiens, Salzbourgeois, Autiichiens, avec les hommes fournis par l'archevêque de Bàle et le burgrave de Nuremberg, il s'avança vers la Morawa pour prendre position sur les bords de la rivière, et tendre la main à ses alliés de Hongrie qui étaient en marche. Son armée était petite mais brave, et le roi a\ait confiance en son étoile qui lui avait donné l'empire; d'ailleurs, pour élever le courage des hommes, il n'était subterfuge que l'on n'employât. Tantôt c'était l'archevêque de Bàle qui, arrivant au camp, annonçait la venue prochaine d'une nombreuse armée partie de Souabe, et qui cheminait vers l'Autriche sous la conduite du fils de Rodolphe. Tantôt c'était l'Empereur lui-même qui racontait qu'il avait fait un songe plein de promesses : il avait vu un aigle, après un long combat, vainqueur d'un lion.
Le 10 août, les Hongrois étaient arrivés à Presbourg, et Rodolphe, passant le Danube, établissait son camp à l'endroit même où Ottokar, dans sa lutte contre Bêla, quinze ans auparavant, avait fixé le sien. Ottokar éclairait mal la marche de son armée, il ignorait les mouvements et les positions de ses adversaires. Rodolphe et les Hongrois purent, sans être inquiétés, s'établir sur les deux rives de la Morawa : les rapides cavaliers de Coumanie, au cours d'une reconnaissance, tombèrent à l'improviste sur l'armée ennemie et firent deux cents prisonniers.
Le '2\ août, Rodolphe se trouvait posté à un mille environ de l'armée d'Ottokar; ses troupes et celles de son allié, le roi de Hongrie, occupaient un terrain ondulé dans les environs de Ourrenkrout. L'Empereur avait préféré choisir un terrain accidenté qui mettait son armée, composée en général de gens de pied, à l'abri des cavaliers d'Ottokar. Le roi de Bohême, au contraire, afin de déployer plus à l'aise sa lourde cavalerie, s'était posté en plaine, entre Jedenspeigen et Durrenkrout. Un petit cours d'eau, le Weidenbach, séparait les deux armées.