‹ Scènes et épisodes de l'histoire d'Allemagne [microform]Chapitre 30 sur 56 · RODOLPHE DE HABSBOURG ET OTTOK\R · texte numérisé non relu

RODOLPHE DE HABSBOURG ET OTTOK\R

Le 26 au matin, les armées se rangèrent en bataille, l'armée de Rodolphe était favorisée par sa position : les troupes d'Ottokar avaient le soleil en face et se trouvaient éblouies; Rodolphe avait habilement calculé l'avantage que lui donnait cette position.

L'armée du roi de Bohême présentait une ligne de bataille très étendue, composée de six corps disposés en demi-cercle. Ottokar espérait déborder l'armée de Rodolphe avec ses deux ailes déployées et l'emprisonner par un mouvement convergent. Il avait mis à l'arrière-garde, en réserve, un corps de bataille destiné à renforcer les troupes qui pourraient lâcher pied à l'avantgarde. C'était le fidèle Milota qui commandait cette réserve. Le centre était formé de la lourde cavalerie bohémienne et de la masse des troupes saxonnes et thuringiennes. C'est là que se trouvait Ottokar. Sur les ailes se rangeaient les soldats auxiUaires de Bavière, de Moravie, de Silésie et de Pologne. Les six corps de bataille devaient s'avancer comme ils étaient rangés, en demi-cercle ; les ailes devaient ouvrir les hostilités, le centre devait prendre ensuite une part décisive à l'action.

L'armée de Rodolphe comprenait quatre corps, dont deux fournis par les Hongrois. Ils occupaient le centre sous le commandement de Mathias de Trenczin et du comte de Schelperg, à l'aile gauche les Souabes et des Allemands de divers pays, à l'aile droite les Styriens et les Autrichiens commandés par Rodolphe. La cavalerie légère et rapide des Coumans avait pour consigne de harceler l'ennemi, de le fatiguer, de le charger sur ses flancs. Ulrich le Chapelain se tenait à l'arrière-garde avec une réserve, peu nombreuse, de grosse cavalerie. C'est à l'aile gauche que l'Empereur avait massé les plus grandes forces de son armée.

Dans les deux camps on fit des préparatifs avant la bataille; dans l'armée de Rodolphe l'archevêque de Baie et les moines prêcheurs allaient affermissant les courages par leurs exhortations. De son côte Ottokar se montra aux troupes avant le jour sans armes. Il supplia ceux qui voudraient trahir de le tuer sur-le-champ plutôt que de faire périr tant d'innocents, en vain. In peu plus tard, il monta sur un cheval de combat; il parcourait les rangs, excitant ses guerriers par des discours, enfin il entonna un chant national de la Bohême que l'armée reprit en chœur avec lui.

L'armée de Rodolphe prit l'offensive, elle passa la ri\icre et marcha à l'ennemi.

La bataille commença. Le margra\e de Nuremberg entraînant l'aile

i36 SCÈNES ET ÉPISODES DE L'HISTOIRE D'ALLEMAGNE.

gauche de Rodolphe et les Hongrois, parvint à défoncer les troupes de Bavière et de Bohème qui lui étaient opposées. Au centre, la lutte resta indécise, malgré la présence d'Ottokar, mais à la droite, Rodolphe l'emporta. Partout le combat fut acharné. On a gardé le souvenir d'exploits héroïques. La bannière d'Autriche fut miraculeusement sauvée par le jeune Lichtenstein alors qu'elle échappait aux mains débiles du vieux Haselauer. Par endroits les Autrichiens faiblissaient, ils étaient refoulés jusqu'au Weidenbach. Rodolphe était mis en péril de mort, un Thuringien l'avait reconnu, menacé de sa lance, jeté à bas de son cheval. Ses compagnons le sauvèrent avec peine. Mais sitôt délivré il prit une nouvelle monture et, jusqu'à la fin, dirigea le combat.

Ulrich le Chapelain décida le sort de la bataille. Avec sa lourde cavalerie il culbuta et dispersa Moraves et Polonais. Cette heureuse diversion permit à Rodolphe de reformer ses rangs, de reprendre l'attaque. Alors l'armée du roi de Bohème est tournée, les deux ailes des Impériaux s'avancent parallèlement, Frédéric de Nuremberg et Rodolphe acculent à la rivière les débris de l'armée de Bohème. Ottokar lutte en vain, au milieu des cadavres des siens. Le secours qu'il attendait n'arrivait pas. Milota n'avait pu lui conduire ses troupes ; au cri poussé par un Souabe : « On fuit » elles s'étaient débandées, poursuivies par les Coumans et atrocement massacrées.

A la fin de la journée la ligne de bataille d'Ottokar était en tous points rompue. Le roi de Bohème comprit que tout était perdu et ne songea plus qu'à se faire tuer. Avec son escorte, il se jeta en désespéré sur un détachement de cavaliers autrichiens et Styriens. Tous désiraient combattre dans un corps h corps avec ce roi si fameux. Dans cette cohue, Ottokar succomba. Rodolphe arriva trop tard pour le sauver.

L'Empereur fit relever le cadavre de son adversaire, il le fit laver et ensevelir. Le corps fut porté à Vienne, là on le revêtit de la pourpre, et durant quatre-vingts jours il fut exposé en solennité. Mais on ne lui fit point de funérailles chrétiennes, car Ottokar, lorsqu'il mourut, n'était point relevé de l'excommunication pontificale. En Bohème le clergé et tout le peuple le pleurèrent amèrement.

Ottokar II laissa aussi des regrets en Allemagne, a La vertu et l'honneur, dit Henri de Heimburg, pleurent le roi de Bohème; sa main était libérale; contre les Coumans et les Païens il était le rempart de la Chrétienté, lion par la bravoure, aigle par la bonté. »

Rodolphe de Habsbourg et Ottohar. — Composition et dessin de Mm/m.

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