FONDE L'UNIVERSITÉ DE PRAGUE
Au xiv' siècle, la Bohême devint, sous la dynastie des Luxembourg, un des pays les plus civilisés d'Europe.
Le royaume de Bohême était peuplé, riche et puissant, mais divisé en nations et en classes ennemies. Des nobles et des colons allemands s'y étaient établis avec l'aide des rois de race germanique, mais les habitants les considéraient toujours comme des intrus. Parmi les Tchèques, les bourgeois des villes et les paysans libres n'aimaient pas les nobles ni les chevahers à leur solde.
Or le second prince de la dynastie des Luxembourg, Wenceslas-Charles, empereur d'Allemagne sous le nom de Charles IV de Luxembourg, fut un prince cultivé et intelligent. Il avait été élevé en Occident; il avait même suivi les cours de l'Université de Paris. Sa jeunesse s'était passée à la cour luxueuse et despotique des premiers Valois, rois de France.
Quand il revint en Bohême, après la mort de son père, tué à Crécy en 1^46, il voulut organiser et illustrer son royaume et le rendre indépendant de l'empire d'Allemagne. Il fut, selon l'expression de Maximilien 1", un père pour la Bohême et un parâtre pour l'Allemagne.
Dès le début de son règne, il voulut, en même temps qu'il pacifierait et régulariserait le royaume, créer une capitale qui jouât, en Bohême et au besoin en Allemagne, le rôle que jouait Paris en Occident.
Aussi transforma-t-il la ville de Prague par ses travaux et ses constructions et essaya-t-il d'en faire le foyer intellectuel de l'Europe orientale.
i38 SCÈNES ET ÉPISODES DE L'HISTOIRE D'ALLEMAGNE.
A cette époque il n'y avait guère, sauf en France, d'autres savants que les prêtres et les moines; d'ailleurs l'Kglise qui dirigeait les consciences, était partout chargée de donner, de diriger et de contrôler l'enseignement. Charles IV se proposa un double but : l'indépendance de l'église tchèque et l'organisation par des religieux d'une Université dans la capitale tchèque. Déjà en i3\\ un archevêché fondé à Prague avait affranchi les Tchèques de la suzeraineté religieuse des archevêques de Mayence. En i347, le pape Clément VI autorisa la fondation à Prague d'un monastère où l'on suivrait une liturgie nationale. Charles IV donna l'exemple en apprenant lui-même la langue tchèriue, en ordonnant aux bourgeois de l'enseigner à leurs enfants, enfin en encourageant les prédicateurs à prêcher en langue nationale.
En i347, il obtenait aussi du pape, l'autorisation d'établir à Prague une « Étude générale » (c'est le nom qu'avait d'abord porté l'Université de Paris). Le 7 avril i348, il promulgua la bulle d'or qui fondait l'Université de Prague.
II n'y eut pas à proprement parler de cérémonie officielle de fondation ou d'inauguration de l'Université. La bulle du 7 avril est un règlement général des études et des pouvoirs du corps universitaire, et ce règlement fut précisé ou modifié plusieurs fois dans la suite.
Cette bulle déclarait que maîtres et étudiants jouiraient des mêmes droits et libertés ([ue ceux des Iniversités de Paris et de Bologne. Mais les coutumes de ces deux Universités étaient fort différentes : à Bologne la haute direction appartenait aux juristes et aux élèves, qui payaient les maîtres; à Paris, la haute direction était confiée aux théologiens et aux maîtres qui recevaient un traitement outre les rétributions des auditeurs. A Prague les Facultés s'entendirent au début, mais dès i3()u les juristes formèrent une Université distincte.
Charles IV, dans le détail, adoptait l'organisation de l'Université de Paris. La bulle établissait quatre Facultés : des arts, de théologie, de droit, de médecine, et divisait les étudiants en quatre nations : bohème, bavaroise, polonaise et saxonne. Selon l'usage l'archevêque de Prague, Arnest, fut nommé chancelier de l'Université.
Chaque Faculté formait comme une corporation d'hommes s'occupant d'études particulières, mais qui tous étaient membres de l'Université. Maîtres et écoliers se réunissaient tous les ans pour nommer un doyen qui dans tous les cas importants convoquait l'assemblée générale de la Faculté. La Faculté