CHARLES IV FONDE L'UNIVERSITE DE PRAGUE
jouissait d'une liberté absolue d'enseignement et rédigeait elle-même ses programmes. On se bornait à demander aux bacheliers de soumettre au doyen les leçons des maîtres de Paris ou d'Oxford qu'ils voulaient dicter à leurs élèves. Les maîtres ou docteurs n'étaient obligés que de « revoir avec conscience les ouvrages étrangers qu'ils prenaient pour base de leur enseignement ». Cette liberté fut la cause primordiale de l'activité et de l'éclat des études de Prague, surtout en théologie et en histoire : le roi lui-même s'intéressait particulièrement à ces sciences. Enfin chaque Faculté avait trois degrés d'instruction, et dès i349 ^^^^ ^^^ ^® droit de délivrer les grades universitaires. L'écolier, après avoir donné une preuve de son savoir par un examen, une thèse ou une disputation, montait d'un degré : il devenait bachelier, maître, puis docteur. 11 trouvait facilement une place dans les tribunaux, les églises ou les écoles, qui se multipliaient en Bohême, grâce à l'appui du roi, depuis la fondation de l'Université.
L'ensemble de tous les maîtres et écoliers formait la corporation universitaire ou l'Université, divisée en quatre nations. La nation bohème comprenait les gens de Bohême, Moravie, Hongrie; la nation bavaroise réunissait les habitants de Bavière, d'Autriche, de Souabe, de Franconie et des pays du Rhin; la nation saxonne était formée des Misniens, Thuringiens, Danois et Suédois ; la nation polonaise se recrutait en Pologne, Lithuanie et Prusse. Les quatre nations avaient deux fois par an une assemblée générale et chacune élisait un électeur. Ces électeurs en désignaient d'autres, qui nommaient le recteur. Plus tard l'archevêque établit près du recteur un conseil de l'Université composé de huit membres, deux par nations. En 1391, tous les maîtres y furent appelés et ainsi l'Université démocratique de Charles IV fut, comme celle de Paris, dirigée en fait par les maîtres seuls.
L'Université était internationale. En réalité les Allemands devaient y avoir la majorité.
Telle était l'organisation adoptée par Charles IV. Elle était complétée par la fondation d'un collège Charles, du à la générosité du roi et de nombreux collèges ou chapelles fondés par de riches particuliers. Le collège Charles était dans la vieille Prague, en la maison du juif Lazare. Ces collèges formaient des corporations de maîtres qui vivaient en commun, touchaient les revenus des biens attachés à la fondation et étaient tenus de lire à l'Université un cours écrit d'avance sur un cahier. La vie dans ces collèges
i4o SCÈNES ET ÉPISODES DE L'HISTOIRE D'ALLEMAGNE.
était réglée par une discipline analogue à celle des couvents; les maîtres de chaque collège nommaient eux-mêmes leurs prévôts ou administrateurs, et choisissaient les remplaçants des membres décédés. Des chapelles privées, entre autres celle de Bethléem, étaient de même attribuées à de certains maîtres, ((ui étaient tenus seulement de prêcher une fois par semaine en langue tchèque.
Ainsi se trouvait assurée la vie des maîtres, qui recevaient en outre de leurs auditeurs une rétribution.
Étudiants et professeurs avaient, comme à Paris, le privilège de ne pouvoir être jugés que par le tribunal de T Université.
Toute cette organisation se compléta peu à peu. La bulle de fondation ne fit qu'en poser les principes.
En i3j8 l'Université n'avait même pas de local spécial. Les divers professeurs appelés par Charles IV faisaient leurs cours chez eux. La Faculté de théologie comprenait cinq maîtres pris dans les ordres monastiques de Bohême. Quatre enseignaient dans leur couvent; le cinquième faisait ses cours dans une dépendance de la cathédrale. Le professeur de droit canon était un docteur venu de Bologne. Les trois professeurs de médecine pouvaient s'installer dans l'église paroissiale du recteur. On ignore les noms et le nombre des premiers professeurs de la Faculté des arts.
Plus tard, vu l'affluence des auditeurs et des maîtres venus de France, d'Angleterre ou d'Italie, Charles IV transporta l'Université dans une maison voisine de l'église Saint-Gall et fonda deux nouveaux collèges. Il organisa lui-même une bibliothèque très bien fournie, par une longue suite d'achats : ainsi en l'i-jo il se rendit possesseur des ii4 livres de Wilhelm de Hasenbourg, doyen du chapitre de Wysegrad, pour le prix de cent marcs d'argent. H donna ces livres à l'Université.
Ainsi naquit peu à peu, grâce à la protection éclairée et libérale du souverain, l'Université nouvelle. Elle grandit si vite qu'au début du xv' siècle, Prague jouait un rôle énorme dans la vie intellectuelle et morale de l'Europe. Progressivement l'Université devint purement tchèque puis réformatrice de l'Église. Son rôle fut pour la Bohême du xv* siècle, analogue à celui des Universités allemandes, pour la formation de l'unité germanique au XIX* siècle.
Charles IV ro5DE l'Université de Phacle. — Composition et dessin Je Mucha.
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