SUPPLICE DE JEAN H13S
La Bohême, au temps du grand schisme, est devenue le centre d'une hérésie qui a causé une guerre terrible et plusieurs croisades. Cette hérésie est l'œuvre d'un homme, Jean Hus, qui fut à la fois un docteur de l'Eglise et un patriote tchèque.
L'Église de Bohême était très riche. Prague à elle seule comptait dix-huit couvents d'hommes et trois cents prêtres séculiers sans compter les prieurés, commanderies et autres bénéfices. L'archevêque possédait quatre cents villages et dix villes; un tiers du royaume appartenait aux prêtres.
Cette richesse avait amené une telle corruption, qu'en i38o l'autorité ecclésiastique fit faire une enquête générale pour corriger les abus. La démoralisation du clergé de Bohême était odieuse à tous les habitants, d'abord parce que les Bohémiens étaient très bons chrétiens, ensuite parce ([ue les cérémonies religieuses devenaient beaucoup plus chères; souvent un curé refusait d'enterrer les pauvres si un riche ne payait pas pour eux. Enfin les seigneurs tchèques étaient inquiets de l'accroissement des biens d'Eglise.
Cependant les Allemands, qui, grâce aux rois de la famille des Luxembourg, possédaient la plupart des bénéfices, ne désiraient guère la réforme du clergé. Le Pape, qui touchait une part du revenu des bénéfices, ne la souhaitait pas non plus.
Au milieu de ce mécontentement survint le grand schisme qui divisa tous les pays catholiques en deux partis, celui du Pape de Rome, celui du Pape d'Avignon. La Bohême, comme tout l'Empire, prit parti pour le Pape de Rome. Mais la lutte augmenta l'excitation rehgieuse. Alors un grand
nombre de prédicateurs populaires attaquèrent les abus de l'église de Bohême et demandèrent la réforme des mœurs du clergé. Ce fut d'abord un Allemand, Conrad de Walliausen, mais les plus illustres furent des Tchèques : Militsch de Kremsier, fondateur du couvent des converties, Mathias de Janow, chanoine de la cathédrale, surnommé le « maître parisien »; ils parlèrent au peuple dans sa langue, afin de créer un grand mouvement national en faveur de la réforme. I/archevécjue de Prague les soutenait. Un noble, Jean de Mulheim, et un riche marchand de Prague, Ki-ziz, fondèrent dans la capitale une chapelle spécialement destinée à la prédication tchèque et à la réforme des mœurs : ce fut la chapelle de Bethléem.
En i4oi un des jeunes élèves les plus brillants de l'Université de Prague, Jean Hus de Husinecz, devint prêtre de cette chapelle.
Jean Hus était fils d'un paysan qui habitait un village de province, Husinecz, situé au nord de la Bohème, tout près de la région habitée par les colons allemands. Depuis le règne de Charles IV il y avait dans les villages des écoles tenues par les gradués de l'Université. Hus alla à l'école de Husinecz, puis compléta ses études au bourg voisin, Protchatitz, et alla les achever à ri niversité de Prague.
Ses succès furent rapides. A vingt ans il était bachelier en théologie, à vingt-trois, maître es arts, il professait un cours de philosophie. Il savait tout ce qu'on pouvait apprendre de son temps, mais en particulier l'histoire de l'Eglise (|ui l'intéressait beaucoup et la langue tchè(iue dont il a fixé les règles d'orthographe.
Hus était alors un jeune honmie de mœurs simples et pures. 11 s'est accusé lui-même d'aimer les vêtements somptueux et le jeu d'échecs; c'est qu'il avait un idéal d'ascète et se repiochait les plaisirs les plus innocents. Il avait une sensibilité vive et comnmnicative, tatit elle se manifestait avec loyauté. Son imagination ardente l'entraînait vers une mélancolie mêlée de vagues in([uiétn(les morales; son esprit était droit au point de pousser la logique juscju'à la subtilité et ferme au point de rendre la précision de ses idées voisine de l'entêtement. Hus se montra très éloquent, mais sa parole faisiiit moins impression par l'éclat du discours, ([ue par la netteté des pensées et la piofonde sincérité avec laquelle elles étaient exprimées.
Hus avait en lioliême Teslime de tous. Sa réputation l'avait fait nommer confesseur de Sophie de Bavière, seconde fennne de Wenceslas, ce qui lui donnait l'appui de la cour.