‹ Scènes et épisodes de l'histoire d'Allemagne [microform]Chapitre 34 sur 56 · SUPPLICE DE JEAN HLS · texte numérisé non relu

SUPPLICE DE JEAN HLS

Sa nomination à Bethléem le mit tout à fait au premier rang. L'archevêque le nomma membre de la commission chargée d'aller faire une enquête sur le prétendu miracle de Wilsnack. On avait trouvé dans les ruines d'une église incendiée trois hosties brûlées portant chacune une goutte de sang et qui faisaient, disait-on, des guérisons miraculeuses. Des foules nombreuses y venaient en pèlerinage. Jean Hus découvrit la supercherie et publia un écrit a Sur le sang du Christ glorifié », où il déclare que le sang du Christ dans le sacrement de l'autel était invisible. L'archevêque approuva ses conclusions et interdit le pèlerinage à Wilsnack.

Vers ce temps les écrits de Wyclef, le théologien anglais, pénétrèrent dans le monde universitaire de Prague, apportés par des étudiants qui revenaient d'Oxford (les relations entre les deux Universités étaient devenues fréquentes depuis que la fille du roi de Bohême, Anne, avait épousé Richard, roi d'Angleterre). Wyclef en philosophie était « réaliste ». Hus avait adopté ce système comme son maître, en opposition avec les Allemands qui prenaient parti pour les a non réalistes ». Hus fut amené à accepter aussi les idées de Wyclef sur la religion et sur l'Église.

Pour prêcher régulièrement les vérités de l'Évangile il dut travailler beaucoup et réfléchir journellement sur l'Écriture et sur l'état de l'Église de Bohême, et il trouva qu'elle ressemblait peu à l'Église des premiers Apôtres. Hus considéra vite son sacerdoce comme une mission divine. « Dieu, disaitil, m'a suscité pour percer la muraille afin qu'on découvrît à la multitude les abominations du Lieu Saint. » Ses sermons eurent un grand succès, surtout parce qu'ils étaient clairs, simples et frappants. Hus voulait régénérer l'Eghse en la ramenant à la pauvreté évangélique et il faisait appel aux prélats et aux princes laïques pour contraindre les prêtres à la pauvreté.

Hus devint ainsi comme Gerson et Pierre Dailly, en France, un grand personnage, dont les avis étaient sollicités et en général suivis, même par les autorités; mais sa prédication populaire lui donnait un peu les allures d'un tribun et son admiration pour Wyclef pouvait le faire accuser d'hérésie.

Les adversaires de la Réforme n'y manquèrent pas; mais, n'osant l'attaquer directement, ils demandèrent à l'Université la condamnation de vingt et une propositions nouvelles tirées des œuvres de Wyclef dont ils n'avaient pas hésité à falsifier le texte. Au conseil de l'Université Hus protesta vivement, mais les Allemands qui avaient la majorité condamnèrent les propositions. Hus garda néanmoins toute la confiance de l'archevêque. Alors le parti anti-

réformiste s'adressa directement au Pape qui ordonna à l'archevêque d'arrêter en Bohème Thérésie Wycléliste. Cet archevêque était un brave homme, mais peu instruit et assez timoré. Il laissa poursuivre quelques amis de Hus qui lui écrivit pour les défendre. L'archevêque eut peur et se tourna contre Hus en lui retirant la fonction de prédicateur synodal.

Hus allait perdre successivement l'appui de l'Eglise et du roi.

Les rois de France et de Bohême s'étaient mis d'accord pour terminer le schisme en cessant de reconnaître les deux Papes rivaux, et en chargeant le concile de Pise d'en nommer un autre. Hus, comme toute la nation bohème de l'Université de Prague, approuva fort la décision du roi, qui s'accordait avec celle de la célèbre Université de Paris. Mais l'archevêque qui devait tout au pape Grégoire XII, et les Allemands de l'Université qui redoutaient une réforme protestèrent. Le résultat fut que le roi Wenceslas changea la constitution de l'Université en donnant trois voix aux Tchèques et une seule aux autres nations de l'Université. Les Allemands mécontents émigrèrent de Prague ^janvier i '|0<j et allèrent en pays allemand fonder l'Université de Leipzig; Hus devint recteur de l'Université.

La chute allait suivre de près le triomphe.

li'archevêque Sbynck pour se venger demanda et obtint du Pape une bulle, du lo mars 1410, qui ordonnait de saisir les livres de Wyclef. H les fit condamner par un synode provincial et les fit brûler. Puis il défendit de prêcher dans les chapelles particulières : c'était imposer le silence aux réformateurs, car les prêtres des paroisses, dépendant de rarchcvêque, étaient hostiles à la réforme. L'I^niversité et Hus en appelèrent à Rome, mais le Pape Alexandre \ approuva la mesure.

Alors commença la lutte (pii dura cinq ans, Hus, persuadé qu'il avait raison, refusa de se soumettre à toutes les autorités de l'Eglise. Il avait d'abord l'aide du roi.

Les mesures de rigueur contre les prédicateurs de la Réforme amenèrent des protestations à Prague. Il continua de prêcher, et le roi ordonna à l'archevêque de payer des dommages et intérêts à ceux dont il avait brûlé les livres. Sbynck excommunia Hus et tous ses adhérents et le fit citer à comparaître en cour de Rome.

Le roi écrivit au Pape pour lui demander de dispenser Hus de cette comparution; mais l'Université de Bologne ayant approuvé l'attitude et les doctrines des réformateurs tchèques, le Pape eut peur, maintint sa décision et

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