‹ Scènes et épisodes de l'histoire d'Allemagne [microform]Chapitre 35 sur 56 · SUPPLICE DE JEAN HUS · texte numérisé non relu

SUPPLICE DE JEAN HUS

envoya en Bohême deux cardinaux qui apportèrent la sentence et prononcèrent l'excommunication le i5 mars i4ii. Alors le roi Wenceslas irrité, fit saisir les revenus de l'archevêque et l'obligea à écrire lui-même au Pape, qu'il n'y avait pas d'hérésie en Bohême, et qu'il s'était accordé avec les réformateurs. Hus triomphait.

Malheureusement l'archevêque mourut, son successeur fut un ancien médecin du roi, Albik, nommé prêtre pour la circonstance, désireux avant tout d'être tranquille. Le légat qui vint à Prague lui apporter le pallium était porteur de la bulle par laquelle le Pape Jean XXIII prêchait une croisade contre son ennemi personnel, Ladislas de Naples, et accordait les indulgences de la Croisade à ceux qui fourniraient de l'argent pour cette expédition. Hus prêcha à Prague contre la vente des indulgences et l'abus que faisait le Pape des armes spirituelles pour des motifs temporels : c'était attaquer le pape même. Des troubles populaires, des processions satiriques ridiculisèrent le trafic des indulgences. Ces violences inquiétèrent l'Université et le roi. Wenceslas fit décapiter trois étudiants pour avoir traité les indulgences de tromperie. Hus enterra solennellement leurs cadavres et le peuple les vénéra comme des saints. Mais plusieurs amis de Hus l'abandonnèrent et le clergé de Prague se plaignit auprès du Pape. Cette fois le Pape chargea un cardinal d'excommunier Hus et de mettre en interdit tout endroit où il résiderait. Le roi efl'rayé de la turbulence du peuple de Prague, pria Hus de

sortir de la ville.

Hus en appela du Pape à Jésus-Christ, le seul juge incorruptible, sortit de la ville et se retira dans les châteaux des nol)les ses amis. Alors il se mit à prêcher dans la campagne en plein air devant des foules nombreuses, ce qui étendit l'hérésie. Il en venait à inviter les laïques à prendre les biens d'Église, cause de la corruption du clergé.

C'est alors en i4i4 que se réunit le concile de Constance destiné à mettre la paix dans l'Église. La convocation excita un vif enthousiasme dans toute la chrétienté : chacun espérait que ce concile réformerait l'Eglise et établirait la

concorde universelle.

L'empereur d'Allemagne Sigismond, frère du roi de Bohême Wenceslas, promit à Hus de lui obtenir une audience du concile devant lequel il défendrait librement sa doctrine; s'il ne se déclarait pas convaincu il retournerait en sûreté à Prague. Jean Hus accepta, plein d'espoir dans les lumières du concile. 11 se fit donner un certificat d'orthodoxie par l'inqui-

SCÈNES ET ÉPISODES DE L'HISTOmE D'ALLEMAGNE.

siteur de Prai^^ue, un sauf-conduit de l'empereur Sigisniond et se rendit à Constance avec une escorte de Bohémiens que l'empereur avait chargés de le défendre.

Cette ville remplie d'étrangers venus au concile ressemblait, dit Hus, à une véritable Babylone; les charlatans, les baladins étaient nombreux; les prélats montraient un grand luxe et se disputaient entre eux. Hus fut scandalisé de ce spectacle. Il observa cependant les règlements qu'on lui avait imposés, ne sortant pas de chez lui, ne prêchant pas, ne disant pas la messe.

Avant que l'Empereur fut arrivé, le 28 novembre i4i47 Hus appelé au palais du Pape, sous prétexte d'une conférence, fut arrrté. On l'enferma dans une prison malsaine du cou\cnt des Dominicains. Le chef de son escorte, le seigneur de Chlum protesta contre cette arrestation comme une atteinte à l'honneur de l'empereur, (jui avait donné sa parole à IIus de le laisser « aller et revenir librement ». L'empereur lui-même, à son arrivée, commença par se fticher et ordonna de le remettre en liberté, mais le concile, ([ui se déclarait supérieur à tout pouvoir sur terre, menaça de se dissoudre et l'empereur craignant de ne pouvoir rétablir la paix dans l'Eglise, cessa de réclamer. Hus fut remis à la garde de l'évéque de Constance qui le lit enfermer dans un château fort où on le tint enchaîné sans le laisser communiquer avec ses amis.

Hus resta en prison très dure jusqu'au mois de juin i4i5. Le concile voulait instruire son procès à huis-clos et nomma une commission pour l'interroger, Hus se défendit en citant des textes de l'Écriture et des Pères de l'Eglise; mais l'empereur craignit une révolte des seigneurs bohémiens qui ne cessaient de se plaindre de son manque de foi. Une pétition du 12 mai, signée de 2 jo nobles de Bohême et de Moravie, réclamait la mise en liberté de Hus. Le 5 juin on lit comparaître l'accusé devant le concile dans le réfectoire du couvent de Franciscains. Les prélats et docteurs voulaient le condamner d'abord et l'introduire ensuite devant eux. Le concile venait déjà de condamner comme hérétiques 4") propositions tirées des livres de Wyclef et semblables à celles de Jean Hus. L'empereur s'opposa à ce projet, mais la séance fut si orageuse ([ue Hus ne put ouvrir la bouche : tout le monde criait ensemble. Le surlendemain l'empereur vint présider. La discussion fut néanmoins très orageuse et très confuse; le 8 juin elle se termina par l'ordre donné à Hus d'abjurer ses erreurs. Il refusa, déclarant qu'il n'avait jamais professé une partie des doctrines qu'on lui imputait, et que pour le reste il ne demandait (pi'à se laisser instruire par le concile, mais que personne

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