SUPPLICE DE JEAN HUS
ne lui aNait prouvé la fausseté de ses dires par des preuves tirées des Écritures. L'empereur demanda lui même la condamnation de ce « révolté obstiné » ; on ne l'obtint qu'un mois après.
Le dimanche 6 juillet, le concile tint dans la cathédrale de Constance sa quinzième séance générale consacrée au jugement de Hus. L'empereur Sigismond présidait. A son côté, le comte palatin Louis tenait le globe impérial. Le burgrave de Nuremberg Frédéric de Hohenzollern tenait le sceptre, le comte Henri de Bavière la couronne; un magnat l'épée. Les prélats et cardinaux, venus en grand nombre, axaient à leur tête le cardinal Brogni.
Au milieu de l'Église était une petite tribune en bois. Hus resta à la porte pendant ([u'on célébrait la messe et que l'évéque de Lodi prêchait sur ce texte de saint Paul : « Que le corps coupable soit détruit. » ; l'évéque s'adressant à l'empereur lui dit que par la destruction de cet hérétique, il s'assurait un nom innnortcl auprès des générations futures. Hus, alors introduit, se jeta à genoux devant la tribune et pria. On relut ensuite les propositions de Wyclef condamnées par le concile, puis les trente articles tirés des œuvres de Hus et qui avaient causé son procès. Hus voulut encore parler pour se défendre. On l'en empêcha, et le cardinal Zabarella lui intima l'ordre d'abjurer ses erreurs, en particulier celles qui avaient trait à la Sainte-Trinité. Aux menaces, Hus répondit qu'il était venu volontairement au concile avec un sauf-conduit de l'empereur et qu'il gardait confiance en la valeur de cet acte. En même temps, il regardait Sigismond qui se mit à rougir et détourna la tête. L'évéque de Concordia lut alors les conclusions du procès. On déclarait les livres de Hus hérétiques; on demandait que lui même fut dégradé de sa dignité de prêtre et livré au bras séculier.
On procéda ensuite à la dégradation qui fut faite par sept évêques. On mit à Hus un calice dans la main, on le revêtit des ornements de la messe et pu l'invita une dernière fois à abjurer ses erreurs. Il refusa. Les évêques lui arrachèrent alors le calice des mains, lui ôtèrent l'un après l'autre ses habits ecclésiastiques en accompagnant l'opération d'une malédiction et firent le simulacre de lui enlever la tonsure en lui frottant légèrement le crâne avec un morceau de verre. Puis ils lui mirent sur la tête une mitre en papier en forme de pyramide, couverte d'images de diables et qui portait ces mots : « Cet homme est hérésiarque ». Les évêques s'éloignèrent alors de lui, en disant : « L'Église t'a maintenant rejeté, elle livre ta vie au bras séculier et ton âme au diable ».
Hus répli(jua aussitôt « Je la remets entre les mains de Notre Sauveur Jésus-Christ » ; il ajouta (|u'il ne demandait pas mieux ([ue d'être convaincu par des preuves, mais (ju'il était prêt comme le Christ à subir le martyre pour la vérité.
Le comte palatin emmena alors le prisonnier et le confia au ma*^istrat de la ville de Constance en disant : « Prends ce Jean Hus ([ui, d'après l'ordre du roi notre seijj^neur à tous, doit être brûlé comme hérétique ».
Le concile continua sa séance pendant que l'on procédait à Texécution de Hus.
Il fut emmené hors de la ville dans une prairie touchant aux remparts. Une escorte raccompa«]^nait; une foule nombreuse l'attendait sur le lieu du supplice.
Hus vit d'abord brûler ses livres à la porte de l'éj^lise, ce spectacle le fit sourire. Pendant le trajet, il chantait et priait, mt>ntrant toujours le plus grand courage. Une fois arrivé, il se jeta li genoux : à ce mouvement la mitre de papier tomba de sa tête, ce qui le fit sourire encore. Il se releva et voulut parler au peuple, mais le comte palatin l'en empêcha et ordonna de l'attacher au poteau.
Les bourreaux le saisirent et le lièrent avec des cordes et des chaînes. On le tourna du coté du soleil couchant. Deux voitures de bois mêlé de paille avaient été empilées autour de lui, de manière à l'entourer jusqu'à la hauteur du cou.
On raconte qu'une pauvre vieille paysanne apportait un fagot au bûcher, croyant faire une bonne œuvre en contril)uant à brûler un ennemi de l'église. Jean Hus la vit et dit en souriant : « O sainte simplicité ».
Le maréchal d'empire, comte de Pappenheim, l'invita encore une fois à sauver son ame et sa vie par une rétractation. Hus répondit qu'il restait ferme en sa croyance et qu'il mourait avec joie pour la vérité. A ces mots deux seigneurs de l'assistance applaudirent. Aussitôt le bourreau mit le feu.
La mort vint vite : la flamme entoura le condamné qui chantait des hymnes en regardant le ciel, mais un coup de vent rabattit sur lui feu et fumée et probablement l'étouffh.
Le comte palatin ordonna au bourreau de mettre dans le feu les habits de Hus. Enfin on jeta dans le Rhin les cendres du bûcher pour eflacer toute trace du mort et empêcher les Bohémiens d'emporter les reliques de leur martyr! Mais les Bohémiens le regardèrent comme un saint et adoptèrent l'usage de célébrer le jour de sa mort comme la fête du saint martyr Jean Hus.
Supplice de Jeas Hi;s. — Composition et dessin de ilucha.
Kl
SIEGE DE PRAGUE
Depuis le procès des deux martyrs de rÉj,dise nationale tcliè(jue, Hus de Husineck et Jérôme de Prague, la Bohême était restée divisée en deux partis hostiles, les catholiques et les réformateurs.
Ces derniers rejetaient l'autorité absolue de l'Eglise, des conciles et du pape; ils demandaient le droit de prêcher librement la parole de Dieu et d'organiser l'église de Bohême selon le désir des habitants du pays. En particulier ils voulaient que tous les fidèles reçussent, comme les prêtres, la communion sous les deux espèces du pain et du vin, et que le calice ne fut plus réservé aux prêtres, mais destiné aussi aux laïques. Ils prétendaient que les Tchèques devaient, en matière de religion, être jugés par leur évêque ou, en appel, par l'Université de Prague et non pas par une autorité ecclésiastique étrangère telle qu'un concile ou que la cour de Rome. Avant même le supplice de Jean Hus, un de ses disciples, maître Jacques de Mise, prêtre d'une des églises de Prague, célébra publiquement la communion en donnant à boire aux laïques le vin du sacrement dans le calice.
Après de nombreuses lettres collectives envoyées au roi de Bohême et au concile de Constance pour protester contre l'arrestation et contre la condamnation de Hus et de Jérôme, les seigneurs formèrent le 5 septembre i4i5 une ligue pour six ans afin de défendre leurs droits. Ils avaient avec eux la plupart des prêtres des campagnes, pres(jue tous les bourgeois des villes et beaucoup de paysans. Les catholiques ne comptaient dans leurs rangs que peu de nobles, le clergé régulier et une paitie des paysans : le roi Wenceslas, très indécis, penchait vers la réforme. Il accepta pourtant de se laisser mettre avec rarchevê(jue de Prague *à la tête d'une contre-ligue catholique; mais
i5o SCÈNES ET ÉPISODES DE L'HISTOIRE D'ALLEMAGNE.
cette association, peu nombreuse et faiblement dirigée, ne parvint pas à organiser la résistance.
Le concile ne céda pas. Il condamna comme une hérésie l'usage du calice pour les laïques, invita tous les chrétiens à combattre l'hérésie de Bohême, cita des chefs à comparaître et ordonna de dissoudre les ligues conclues pour la défense de l'erreur. 11 envoya comme légat l'évêque de Litomvsl, Jean, surnommé Jean de fer, un des auteurs de la condamnation de Hus. II fit arrêter et brûler un prêtre pour avoir donné la communion avec le calice à un bourgeois de Prague, et le bourgeois pour avoir bu dans le calice. Il jeta l'interdit sur tous les fidèles soupçonnés d'Iiérésie : on leur refusait les sacrements et l'entrée des églises, le concile supprima même les privilèges de l'Université de Prague, qui avait été le foyer des doctrines condamnées. Les cat]ioli(jues, exaltés par ces mesures, se soulevèrent partout pour imposer les décrets du concile.
Ce fut l'origine des émeutes et des meurtres (jui commencèrent à ensanglanter la Bohème. Dans la \ille de Kutna Hora, où les Allemands dominaient, les catholiques allemands massacrèrent des officiers royaux favorables aux réformateurs. Dans les campagnes habitées par les Tchèques partisans de Jean Hus. les hérétiques établirent par la force des curés utra([uistes, c'est-à-dire partisans de la communion sous les deux espèces. Plusieurs nobles formèrent des bandes armées ([ui profitèrent des troubles pour piller et incendier des couvents. Dans les villes les moines n'osaient plus se montrer, la foule criait : « Les moines dans un sac; à l'eau, les moines! »
Quand le concile se dispersa, après avoir élu un pape, la lutte continua entre les Tchèques et le Pape, Martin V. Le roi de Bohême menacé par lui tl'une croisade, soutint les réformateurs utracjuistes. D'autre part les hérétiques les plus hardis ne reconnurent plus le Pape pour chef de l'Eglise; ils \oulurent confiscpier les biens du clergé et réta])Iir entre les fidèles l'égalité prêchée par l'Évangile : ce parti radical se recrutait surtout dans la petite noblesse et parmi les ouvriers des villes et des campagnes.
Le roi Wcnceslas eut peur de ces nouveaux réformateurs; il eut peur aussi que son frère Sigismond, roi de Hongrie et enq)crcur (rAllemagne, n'acceptât de diriger une croisade contre la Bohême. Il revint donc au parti catholi{|ue et ordonna de rendre les églises au clergé orthodoxe.
Alors les radicaux se réuniient en j)lcine campagne pour prier : ces assemblées avaient lieu en général sur le haut d'une colline; on les appelait
SIÈGE DE PRAGUE
des Tabors. Dans les villes ils firent des processions pour demander la communion sous les deux espèces. Les hérétiques prirent ainsi conscience de leur force et songèrent à contraindre le roi à les soutenir, même quelques-uns pensèrent à le renverser. Aux portes de Prague on vit des tabors de 4ooo âmes; un jour dans Prague, une procession entoura le roi qui dut promettre d'abolir son édit de restitution. Les enfants catholiques et protestants se battirent à la sortie des écoles : plusieurs furent même tués.
Le roi Wcnceslas craignait surtout une émeute de Prague. Il interdit les processions dans cette ville et en changea les magistrats. Alors les hérétiques de Prague allèrent tous au Tabor.
Le 3o juillet 1419 un prêtre utraquiste, Jean de Zélio, et un chevalier taborite, Jean Ziska de Troenov, organisèrent dans Prague une procession armée. La procession promenait un calice dans toutes les rues de la vdle, pour manifester en faveur du culte utraquiste. Elle s'approcha dune église catholique, les prêtres la fermèrent. La foule irritée assiégea l'église, brisa les portes et massacra le curé. Puis elle se porta sur l'Hôtel de \ ille de la nouvelle ville où étaient gardés prisonniers quelques-uns des émeutiers arrêtés récemment. Elle demanda de les relâcher, on répondit en jetant des pierres par les fenêtres, un prédicateur hussite fut atteint. Alors la foule furieuse, excitée par Ziska força les portes de l'Hôtel de Ville, massacra les magistrats dans la salle ou les jeta par les fenêtres; les gens restés en bas. les percèrent avec leurs piques ou les assommèient à coups de fléaux.
Le roi en apprenant l'émeute prit un accès de colère, il eut une attaque d'apoplexie dont il mourut quelques semaines plus tard.
Son héritier était son frère Sigismond, l'empereur qui avait donné son sauf-conduit à Jean Hus et l'avait ensuite laissé condamner par le concile. C'était un catholique très soumis; c'était aussi un roi autoritaire qui voulait profiter de la révolte pour devenir maître absolu de la Bohême et pour supprimer l'élection des rois et les privilèges de la nation. Les nobles de Bohême refusaient d'abord de le reconnaître pour leur roi parce qu'il avait manqué à sa parole.
Pendant un an il fut occupé à une guerre en Hongrie contre les Turcs et s'efforça de tromper les Bohémiens sur ses intentions. Aux demandes des États de Bohême, réunis pour son élection, il répondait qu'il voulait régner comme son père Charles « pour le bien du royaume » . 11 laissait la veuve de Wcnceslas, amie des réformés, gouverner en son nom.
SIEGE DE PRAGUE
Les utraquistes modérés, qui avaient peur des révolutionnaires populaires des Tabors, espéraient s'entendre avec lui. Les troul)les continuaient en Bohême : les églises et couvents furent alors presque tous détruits, les moines étaient maltraités, chassés ou emprisonnés.
En 1420 Sigismond revint dans les pays vassaux de la couronne de Bohème, en Moravie et en Silésie, et les soumit très cruellement au catholicisme. Puis il réunit une armée composée de ses sujets fidèles et des troupes des princes étrangers, attirés par Tespoir d'une croisade en ]k>hême, et marcha sur la capitale, Prague.
Pendant ce temps tous les hérétiques s*étaient unis, et un homme de guerre remaripiahle, Ziska, avait «rganiM* Tsinriév dm Taixirites.
La guerre s'est dénouée autour Ac IVa^ic. Vo)on5 U 5crtic et le* acteur».
1^1 ville de Prague est située dans une plaine de méiliorre fteotloe, traversée du sud au nord par In \ litVA on Holdau et cntmir/c de collii»r«. Des hauteurs bordent la rive p^aorhc do la rivière : ee sont de* coleâux accentués surtout au nord, au lieu ^pfiflr le llmiUehifi. Sur U rite dmiio là plaine touche à la rivière et s'appu»e ver^ IViriout m un dcini-oerHe d'onduUtions qui oflrent deux saillies |inncipak*5 : au nord-e*l un |R*tit |)laleau, lo Vitkovberg et au sud-ouest un ginml roehcr, le Wysegradi
La ville avait été transforinée par Charles IV. Prague la Vieille était située sur la rive droite, au fon^l de la plaine, toiirlunt u la ri\ii^r^; Ckiitc <run pont solide, elle était à (><-ti \ï€h% ÎMihV de b ri%e f;aucl»e; c'^ail uiio \ille noire aux rues étroites et lortuotit^c^. CKarlc« IV lit iMlii* lur toute la plaine jusqu'aux collines de TcM un KOU^ttii quartior; ce fut la Villo Neuve aux grandes rues droite», aiax large* plaof», qui e%il »o« hôtel do ville et ses magistrats distinct» de cxux <le la Vieille ville. Sur la rive gauche fut bâti un autre quartier, la ville oflbriellc. surnonimée « la tité du petit côté n (Kleinseite), allongée au p*ed du llradschin sur lequel s^lcvfrent la cathédrale et un château royal imité du Ixtuvre. Un pont monumental défendu par deux tours, relia les deux rives.
Enfin le VVysegrad fut garni d'une forteresse soliite destitue À tenir la ville en respect.
En i4^o les soldats de Sigismond oreufNlItiftt le VVysegrad, le HraiWhin et le Petit coté. I>f* hci^tique* tenaient la vieille Priigne et la ville Neu\^. ils avaient occupe le Witkovbcrg et ronMruit uno Idte do poni pour fonRdcr I* passA|;c d'une rive «1 Tautre. L'arniiV' de Tempereur niarelvaît vtn la ville.
Elle était composée d'abord des soldats de Sigismond, Bohèmes, Moraves, Silésiens, Hongrois. Les princes de Bavière et d'Autriche, les chevaliers allemands et les autres croisés volontaires étaient un peu plus nombreux ({u'eux. L'armée formait un total de cent mille hommes environ, venus surtout pour piller le pays, et se défiant les uns des autres. Les Allemands campaient toujours à part; les Hongrois de même : c'étaient les plus féroces. Le matériel de siège et l'artillerie paraissent avoir été médiocres. La cavalerie, reîtres, hussards, gens d'armes (chevaliers armés de toutes pièces), formait le corps principal.
Tout cela s'avançait lentement sur Prague, ruinant les villages, brûlant et tuant les paysans tchèques, qu'ils fussent catholiques ou hérétiques. Les Bohémiens sentaient tous qu'il leur fallait vaincre ou mourir.
hta^ forr^ tclK*i|uc% fi>rrnaicnt deux groupes très différents. r)*abor<l les habôtAnts de IVa^e. armés pour la défense de Icvrcité; te» nik«x éipiipén étJticnK les l)oui|ico«s de la vieille ville, utraquistes mo<léré5» qui eussent pré- (iré s'arranger it l'Amiable avec le roi. Le* ouvrier* do la ville Neuve, plu>t cnthoutiaMC^ étaient moin^ organisés. Un corps de réfomx* S;ixon* était vtwx Aider U$ Praguois. Mai* U Y^iiaUe force était Tannée taborite comnMnriée \nr Jean Zi$ia.
Ce Ziska était wn petit liomcne iKiir, trapu, avee une grosse tète ronde rasée» aux MtvTes é|Kii59e* surmontées de Ioiiçum rnoutiaehcs noires^ le teint bran, le nez gros. Il Huit laid» ttoq^no e< vieux. 11 avait été soldat longtemps en Pologne, oh il avait Cût la guerre aux Alteoiaiids de PnuéC. Il poruit au tMé une grande épée et se battait avee une grosse mtâtme*
En deux ans il avait cnêé une armée et une lactiqut. 11 avait enrégintenté U foule qui se pres^t aux Tabors. Les cl»ev«li<r$ talnvitM lui avaient fourni une e^i alerte peti nombreuse mais solide. I^ gramle maise de SOS hommes servait U pied, avec des armes oITensives : les uns» en petite quantité pour\ u^ d*araios de jet régulières, arcs ou canons à main lervis par un ou doux bomme4, tout lo re^te armés cooiine ils avaient pu, avec île* outiU de paysans dont il» avaient f«il d«9 arnaei; les uns munis d'une faux emoMiicbée droite, d'autres d'un rnaiDet m long nkanche, les autre:» porteurs du terrible fléau bus«<leen liots bardé de Urnes de fer et dont le volant tenait t« niancbe par un doable anneau de métal. Ces fanUssins nuire Ivaiont à ronnonit» los arebers vcttaient devant, en gro« batailloiis, d'un pas leni et uniforme, on cliantani de« hymnes : la fl^clie trouait les escadrons, le Beau aliattait l'Iioinnie» le maillet l>royail armvro et cavalier.
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Avec cela, des machines de guerre admirables. De lourds chariots bardés de fer, cerclés de palissades et qui portaient des archers, des arquebusiers ou même de petits canons parfois formés de plusieurs tubes comme des mitrailleuses. Des chaînes pouvaient en un clin d'oeil relier les chariots entre eux; la grosse artillerie se tenait au centre avec la cavalerie, les bagages, les femmes; les chariots sur les bords : c'était le peuple de Dieu en marche.
La discipline était parfaite. Sur un signe les chariots partaient, formant un O, un V, une ligne et rompaient les rangs ennemis; derrière eux entraient les colonnes avec leurs machines à assommer.
A la halte les chariots faisaient cercle et formaient un camp fortifié ; puis on élevait des remparts improvisé*, de^i palissades de l)ois doubles ou triples, entourées d'un mur en terre battu* et préoédées d'un fo«^. Troii lignes à forcer, avec l'artillerie dessus» l« chariot* et \e% (iéàxix dorri^rc. L*s femmes occupaient un coin du camp el le iW^endiienl commu »Ut* hommcf. Ces fanatiques faisaient U guerre} d une façon saunage. On rucooUit qu'une foisZiska ayant donné l'ordre d« fairt une nuirchfe de nuil, «>nunc la nuit était IriNn nombre, se» liommes te pUigiiiienl de ne p^m^iir se conduire et disaient : « Parce (juil n'y voit rien, il»« fifwe qucl«*iilrf»n*i>ni pas besoin de lumière pour marcher ». .Ziika qui était borgne ai ait reça une flèche dans *on bon œil et était devenu aveugle, i U r^jH>ndii : « I^-bos à gauche il doit y avoir une ville, tn%ttyt2^y de* cavalier» et allumex-la •. 1^ marche continua ù la lueur de lluceiidie. Une autrefois Ziika Rt mettre le feu i\ une égliHc rcMqdic <lc gens (jui s'y étaient réfugies.
Toulo cette armée avait pour centrât \c nkont Tain», montagne déMrtOy dont on avait fait une forteresse inexpugnaW*". Zi-^kaavec neuf mille liommoa en était parti pour «léfcndro Prague, où le» nuMUré* l'appeUienl enfin. Bn route il avait forfifu; le Vitkowberg; en «n coup de main il ataii p^iié la Moldau et détruit len renfort* en\x>yés par le roi au chAteau du llrndschin (au mai;. Les fenwne* taborite* logeaient dan* la tranchée du cloître Saint'Ambroise; le» h<wnn>r* au nor<l, dans une Ile du fleuve.
C'c»t seulement le 3o juin i4»o, un tlimanchc» q«d COMiruença le siège. Ce jour-là l'empereur vint avec l« reine* au cliâtoaiu de Prigvo : il fut reçu au «on des cloches et des chants [»ar le clergé calMiquf venn en pnH^^Won au-devant de lui. Les Hongrois el SiW*>cn* occujKiient If Hr^dM^iin et ive* pentes. Ix* ABemands liordoient b MMkU et s'étendaient jusqu'au Vitkov%berg cl au Visbc^ratl. Ils appelaient U^ a*^»^^, et criaient : « Ali!
SIÈGE DE PRAGUE
ij;»
Hus! hérétiques! » dès qu'ils en voyaient un. Mais dans les combats qui journellement avaient lieu, surtout près du moulin et de l'île où se tenaient les taborites, les Allemands avaient d'ordinaire le dessous; de petits groupes d'hommes armés du fléau fondaient à l'improviste sur les reîtres et les assommaient.
Pendant deux semaines il n'y eut pas d'assaut sérieux. Sigismond espérait éviter à Prague le pillage en obtenant la capitulation de la ville; il employait le temps du blocus à reconquérir une îi une les diverses villes du royaume; il attendait l'arrivée de nouvelles bandes de croisés. Le 6 juillet le légat du pape écrivit aux Praguois une longue lettre pour les exhorter à
céder.
Le temlwdi la i«ilkt, une forte reconnaissance hongroise attaqua Wi»?» sarcès le nionaMèrv de* Ctiarti>ca\. I*e lendemain isouvette défiions! ratîiwi fur U SpittcrWd. Celle fos^ lo loc*in sonna H les Praguois firent une sortie en désordre. Ils furent Ixiltu:!, mai* les band« taborites sortirent en Ikhï ondn' el l'ennemi s'arrêta.
L'assaut général fut fixé au dimanche 1 4 juillet 1 4'X). 1^ pUn bien cooibiné eonip«>rfait Amx fausses attaquer accentuées, parlant Tuii* du llradscliin, l'autre ilu V)>»he^nid. Pen<lant qu'on occnperait ainsi les assiégés» l« Mtsnims et 1m Tliuringie«ii se jetteraient en masse »ur le Viikowlicrg. Une fois ce (x^int e<iiM[uis, il serait facile de plonger <lans la ville, iié*orfnais tloininée île partout. Ix roi avec une fi>rte tri>upe gardait lecaanp contre une sortie posûhle
d«f Tabontes^
Ce pUn faillit réuMÎr. .\pr^ sépres, le* Allemand* «sntourèrcnt le Villonberg et iiionlèrual U l'axsaut. Ziska avait fait conaruire deux remparts 4le 1k»s précédés d'un mur on terre et d'une tranchée. Mai^ il n'y a^ait presque personne pour les défendra. VÀiX^ **y prériptU avec qiMlquM soldats. Il laissa •rtivtr rcnncmi jusqu'au dernier rempart et là se maintînt liéro^uement. Vtvft tour défendue par vingt -«ix hommes et troi* femmes ne put être prise par le* Allemand*.
N^moin* Ziska semhlnit per<lu ; déjà une foâs il avait été entouré et à
grtml'pcinc sauxé.
Alors UM porte de la \ille **ousrit et une çrHêm Cfilonnc taborite • avança. Un prêtre nurchail en t(nc tenant un calice; derrière hii un gnmpe d'archer*, pni* une masae <xuiip»<-te de paysans armfe de fléaux ; la colonne marchait au pas, les yeux fixé» sur le calice, sam gestes, saii» cri», *«ns peur
lôG
aussi; les Taborites chantaient en chœur l'hymne de Ziska, au terrible refrain : « En avant! Aux armes! Dieu est notre maître! Frappez! tuez! » I^e bataillon fit un trou dans les rangs des Allemands et gravit la montagne. Le chant montait; là-haut Ziska et les siens chantaient à leur tour et redressaient leurs rangs. Les croisés allemands hésitaient, s'arrêtaient, sentant gronder la voix de tout un peuple et voilà que pressés par l'élan des Taborites, les chevaliers s'embarrassent dans ces remparts qu'ils venaient de conquérir, et s'empressent de s'enfuir. Les fléaux taborites en couchèrent à terre plus d'un millier, le reste culbuta sur les pentes; mais au pied les canons hussites de Prague les fauchèrent.
Les vainqueurs se rassemblèrent; sur le champ de bataille même, ils se mirent à genoux et chantèrent un Te Deum : de la ville tout le peuple répondait.
Le lendemain Ziska fit porter au Vitkowberg par les femmes, du bois pris aux églises et construisit des fortifications nouvelles et meilleures. La
montagne garda le surnom de « Montagne de Ziska j) .
Cette victoire détermina la levée du siège, les Allemands accusèrent les seigneurs tchèques et moraves de trahison; les vivres manquaient dans ce
pays ravagé.
Sigismond se fit couronner roi de Bohême, espérant encore obtenir ainsi
une réconciliation. Les Allemands partirent deux jours après. Mais les utra-
quistes et les Taborites restèrent dans leurs positions. Alors le roi leva le
siège de Prague.
En partant, ses soldats brûlèrent les villages des environs et jetèrent
dans le feu les femmes et les enfants. Les Taborites de leur côté enfoncèrent
seize prisonniers dans des tonneaux garnis de poix et les allumèrent à la vue
de l'armée impériale.
Ziska partit pour conquérir le sud de la Bohême et, malgré un retour
offensif de Sigismond avec les Hongrois, les Praguois prirent Vyshegrad et
le Hradschin. L'indépendance bohème était assurée.
Siège ue Phague. — Composition tl dessin de G. Rochegrosse.